Je ne m’attendais à rien de précis avec Nordhold, mais j’y ai trouvé un mélange aussi rugueux qu’attachant, une sorte d’ovni entre le tower defense, le rogue-lite et la gestion de ressources. Ce n’est clairement pas un jeu qui cherche à séduire tout le monde, et c’est peut-être ce qui m’a plu. Il m’a happé sans me prendre par la main, en me laissant tout découvrir, me planter, recommencer, comprendre, et finalement... gagner.
Au départ, c’est la logique très carrée du système de vagues et de construction de tours qui m’a parlé. Le placement est au cœur du jeu, non pas juste placer des tourelles pour que ça tire, mais réfléchir à comment construire un réseau défensif qui tient sur la durée, avec des timings précis, une adaptation constante à la montée en puissance des ennemis, et surtout, un subtil équilibre à maintenir entre économie, ressources et défense. Et ça, je ne l’ai pas compris tout de suite. Au début, je perdais sans vraiment saisir pourquoi.
J'avais l'impression que mes tourelles n’évoluaient pas assez, que la difficulté grimpait par à-coups. Mais plus je jouais, plus je me rendais compte que je passais à côté d’une partie du gameplay, à savoir la gestion de base et d'avant-poste
C’est là que Nordhold dévoile son vrai cœur.
On est loin d’un tower defense classique. Le jeu t’invite à déployer des avant-postes, récolter des ressources, construire des routes logistiques, renforcer des zones stratégiques et répartir ta production avec finesse. Et ce n’est pas optionnel. Si tu n’investis pas intelligemment dans ta logistique, tu n’avances pas. C’est un jeu qui t’apprend à penser autrement, à voir ton écran comme une petite société à faire vivre, comme si la bataille se situait aussi hors du champ de bataille, ce qui est inédit pour un tower defense! Et quand tu comprends ça, que tu commences à relier les points, à renforcer les lignes de front, à optimiser le moindre caillou extrait ou la moindre tourelle posée, tu ressens une vraie montée en puissance, méritée, pas offerte.
Alors oui, ce n’est pas un jeu très chaleureux. L’ambiance graphique est sobre, très low-poly, un peu brute, limite austère. Pas de grandes envolées musicales non plus, pas de narration enrobante ni de progression spectaculaire. ça va en rebuter plus d’un... Le jeu est exigeant, parfois opaque. Il ne t’explique rien, ou très peu, et tu dois deviner, essayer, échouer. Mais justement, si tu es du genre à aimer comprendre les choses par toi-même, à vouloir apprivoiser une machine, il te tend la main discrètement.
Il a des défauts, bien sûr. Le rythme peut paraître lent, les parties longues, et certains choix d’interface sont encore un peu rugueux. Il manque peut-être un poil de lisibilité dans les feedbacks visuels, et le tout pourrait gagner à être un peu plus clair dans la façon dont il introduit ses mécaniques. Mais en même temps, c’est ce côté bricolé, cru et authentique qui rend la victoire si gratifiante. Rien n’est prémâché.
Nordhold, c’est un jeu qui ne cherche pas à plaire vite, mais qui résonne longtemps si on lui laisse le temps. Un vrai jeu de systèmes, de compréhension progressive, et de petites victoires arrachées à la logique pure.
Pas inoubliable, mais sacrément original et respectueux de l’intelligence du joueur et c’est assez rare pour être souligné.