Au milieu des grosses sorties de février, entre Sifu et Elden Ring, en passant par Horizon, est sorti en catimini un petit jeu qui me faisait du gringue depuis son annonce et ce malgré que je n’ai pas touché à ses prédécesseurs, OlliOlli World (OOW dirons-nous dorénavant). Troisième jeu de la licence de skate en 2D qui n’est pas sans rappeler un certain Trials, mais sur planche à roulette, le titre de Roll7 en a sous le capot.
Derrière cette direction artistique fortement inspirée des design de Pendleton Ward (Adventure Time, Midnight Gospel…), le jeu rentre dans cette sphère récente et croissante des wholesome games, étiquette regroupant tous ces jeux au feeling vibrant et bienveillant, où la direction artistique nous berce de douceur et où les mécanismes proscrivent toute animosité, parmi lesquelles figurent des titres tels que les très bon Spiritfarer, A Short Hike ou Donut County. Cela se traduit dans OOW par des graphismes aux aplats chatoyants et aux contours nets, des personnages hétéroclites allant du hippie divin à la grenouille médium ayant toujours les mots pour nous encourager et nous féliciter, ainsi que par une musique lo-fi groovy (avec une tracklist malheureusement trop courte et donc inévitablement répétitive sur le moyen terme). Tout est fait pour nous accueillir et nous mener vers une relaxation.
Cet aiguillage passe également par le gameplay, basé sur le principe de flow. Tout passe par la capacité du jeu à nous faire lâcher prise sur nos décisions conscientes et à nous faire écouter nos réflexes instinctifs, travaillant sur notre mémoire kinésique et notre appréhension des environnements traversés. La rapidité du défilement des parcours fera ainsi lâcher prise aux plus cérébraux des joueurs pour les forcer à réagir au sens, prolongeant ainsi ce sentiment d’expérience de laisser aller. Du moins, si vous vous en tenez à finir les différents niveaux en ligne droite et à vous balader d’un univers bariolé à un autre.
Car si les premiers ollies de votre parcours vers l’ascension au rang de Dieu du Skateboard se feront avec grâce et volupté, et que remplir les nombreux objectifs secondaires et challenges proposés se fera sans mal sur les trois premiers mondes, le quatrième vous fera entrer dans une mentalité de tryharder (tel un Trials ou un Tony Hawk) prêt à passer deux heures sur une piste pour obtenir le high score, et le cinquième vous fera tout simplement jeter l’éponge, brisant toute illusion d’un jour obtenir le satisfaisant 100%. En effet, si vous avez accès à tous les inputs dès vos premiers pas, leur explication et leur application sera essaimé tout au long du jeu, jusqu’à ce que vous rendiez compte qu’une véritable gymnastique digitale est nécessaire pour tirer à profit tout l’éventail de tricks, tweaks, spins, manuals et firecrackers à disposition. La relaxation et le wholesome disparaissent alors pour laisser place à l’acharnement et aux ampoules (si tant est qu’acharné vous soyez).
Par chance, le joueur n’a que l’embarras du choix dans ses activités, et si la difficulté rébarbative à laquelle sera confronté le complétionniste peut se présenter comme un mur infranchissable, il pourra toujours retourner rider dans la foultitude de niveaux disponibles, se frotter au mode multijoueur, faire une session de freeride, puis aller équiper tous les cosmétiques gagnés dans un mode customisation très riche. OOW en a donc pour tout le monde, du gamer en manque de challenge à celui en recherche de détente bubblegum. Il est bien dommage qu’il semble être passé sous les radars de la plupart des gens.