Omori
7.8
Omori

Jeu de Archeia_Nessiah, OMOCAT et Playism (2020 · PC)

J'ai trouvé ce vieil album photo rempli de clichés en couleur et en noir et blanc, tirés d'un jeu un peu spécial appelé Omori. En parcourant les pages, je vois les sourires d'une bande d'amis autour d'un pique-nique, je vois des combats au tour par tour de lapins-monstres tout mignons, bref, à première vue, cela me paraît être un jeu doux qui me fera passer un peu le temps. Mais au fil des pages, des photos sont manquantes, les souvenirs deviennent flous et une ombre commence doucement à planer... Et si Omori n'était pas juste un petit jeu oubliable, mais un souvenir qui hantera votre ludothèque ?


❤ L'aspect visuel m'a immédiatement captivée ; il y a un habile mélange entre des graphismes pixelisés et des animations crayonnées ainsi qu'un contraste pertinent entre le monde des rêves au ton pastel, la white space dénuée de couleurs, et le monde réel bien plus fade. Ces changements d'atmosphère sont d'autant plus efficaces lorsqu'on passe brusquement de visuels très charmants à des scènes bien plus inquiétantes et macabres. J'ai vraiment adoré cette idée de passer par l'imagination enfantine pour retranscrire les peurs et les angoisses du personnage, où l'horreur n'est jamais bien loin, comme un monstre caché sous le lit... ou dans le reflet du miroir.

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❤ L'histoire d'Omori est poétique mais est très marquante psychologiquement car elle aborde des thématiques particulièrement difficiles, surtout pour un enfant. Le monde des rêves offre un moment de répit par sa légèreté et sa naïveté, mais dissimule une douloureuse vérité qu'il faudra décider ou non de confronter. J'ai trouvé l'écriture brillante avec un sens du détail pour lier les deux mondes entre eux. Par exemple, le personnage ne fait plus la distinction entre rêve et réalité en voyant des figures fantomatiques dans le parc. Ou encore les scènes de ses rêves qui rejouent en fait des scènes vécues gravées dans son album photo, comme une manière inconsciente pour le protagoniste de se réfugier dans ses souvenirs heureux. Aussi, les rêves sont remplis d'imageries étranges et confuses mais qui prennent tout leur sens dans la réalité, une façon subtile d'évoquer ce que le personnage s'inflige sans avoir à le décrire. C'est malin et évocateur, ce qui rend le jeu profondément identifiable.

❤ Les personnages sont tous très attachants et même si la plupart sont issus de l'imaginaire de Sunny, ils n'en restent pas moins mémorables. Leurs interactions sont drôles, pleines de candeur et apportent une énergie réconfortante face à la noirceur qui hante le personnage. Et si le monde des rêves se réfugie dans le cliché rassurant de "la force de l'amitié", le monde réel, lui, apporte une dynamique plus terre à terre. En grandissant, les gens évoluent tout comme les affinités. L'amitié peut perdurer, mais elle devient moins innocente, plus conflictuelle et complexe, et ainsi infiniment plus humaine. Et ça, le jeu le retranscrit à merveille.

❤ Le gameplay se distingue dans sa manière de différencier les deux mondes. Dans l'univers des rêves, on est plongé dans un RPG au tour par tour où notre héros avec ses amis vont parcourir un monde peuplé de monstres variés. De plus la mécanique de combat est originale puisqu'elle repose sur la gestion des émotions des combattants, et donc apporte une dimension stratégique intéressante (tout en faisant écho intelligemment au personnage qui a renfoui toutes ses émotions au fond de lui). A l'inverse, le monde réel est beaucoup plus posé avec des tâches bien moins palpitantes mais tout aussi essentielles pour l'évolution mentale du personnage. Cependant, le jeu surprendra par moment avec des actions bousculant nos habitudes de joueur mais en restant toujours en cohérence avec son univers.

❤ Les très nombreuses musiques (plus d'une centaine !) se retiennent bien et accompagnent parfaitement les changements de décors et de tonalité tout au long de l'histoire, renforçant le malaise ou adoucissant les cœurs.


+/- Le jeu regorge de petites quêtes secondaires assez mignonnes voire loufoques, en rêve ou non. Celles-ci permettent d'ailleurs d'étendre encore plus notre exploration de cet univers et de s'attacher à ses habitants. Cependant, si j'ai mentionné plus tôt le lien efficace qui se fait entre les deux mondes, j'ai trouvé que certains arcs, comme celui de Sweetheart, prenaient beaucoup trop de place dans le monde des rêves. Je n'ai pas bien perçu la résonnance avec le monde réel et donc l'intéret de se focaliser sur ce personnage.

+/- L'intrigue contient différentes fins selon les quelques choix proposés, ce qui offre une certaine rejouabilité... et de la volonté, car le jeu de base étant assez long (une trentaine d'heures pour ma part), cela peut décourager ceux qui souhaiteraient le compléter d'une traite. Il y a bien une option pour accélérer les dialogues, mais cela n'empêche pas de devoir refaire les mêmes combats et quêtes.


✖ J'ai trouvé par moment la gestion des objets et des capacités un peu brouillonne. Les "armes" ramassées sont spécifiques à chaque personnage, mais il n'est jamais vraiment indiqué à qui elles appartiennent quand on les ramasse. Cela oblige à chaque fois de vérifier dans les options des personnages. De plus, il y a un trop grand nombre d'objets dans le jeu, certains ayant même des effets similaires, et ils sont rangés automatiquement par ordre alphabétique. J'aurais apprécié pouvoir tout trier par date d'acquisition, afin de retrouver plus facilement les items acquis au fur et à mesure.

✖ Je n'ai pas pu jouer en grand écran en raison de flash lumineux mais qui disparaissaient en mode fenêtré. A priori, je ne suis pas la seule à avoir eu ce bug d'affichage et je n'ai pas trouvé de solutions pour le moment.


Omori est donc autant une aventure colorée et innocente qu'une exploration sombre et douloureuse des traumatismes infantiles, dont on ne ressort pas totalement indemne. Mais malgré tout, je referme cet album non pas sans ressentir déjà de la nostalgie. Et tout comme Sunny, je préfère en garder un souvenir teinté de peine plutôt que de peur.

Miyakuli
8
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le 29 mars 2025

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