Étrangement, je ne m’étais jamais laissé tenter par Pikmin 1 et 2 sur Gamecube. La relative pénurie sur Wii U aidant, voilà cette erreur réparée avec Pikmin 3. Et très franchement, sitôt cet épisode terminé, je n’ai qu’une envie : aller m’essayer aux deux premiers épisodes ressortis sur Wii pour bénéficier du gameplay à la Wiimote. Explications…

Le concept de la série Pikmin est vraiment unique puisqu’il s’agit au final d’un mix improbable entre un STR et un jeu de réflexion. Dans cet épisode, vous incarnez ainsi 3 astronautes (Charlie, Alf et Britanny) venus sur la planète PNF-404 pour y trouver des ressources (des fruits en l’occurrence). Mais vous vous rendez vite compte qu’ils ne peuvent rien faire par eux-mêmes et doivent s’aider des Pikmins, les petites créatures colorées qui peuplent la planète. À l’aide de la Wiimote et du nunchuk (puisque c’est véritablement la configuration la plus recommandée pour profiter de la réactivité du gameplay ; le Gamepad étant alors relégué au rang de carte interactive de luxe), vous les dirigez pour attaquer des ennemis (qui peuvent être convertis en plants pour faire pousser de nouveaux Pikmin et accroître votre « armée »), pour creuser et pour transporter des éléments (des fruits, des carreaux en terre cuite pour construire des ponts ou encore des capsules contenant des nouveaux plants de Pikmin, par exemple). Bien sûr, la diversité des Pikmin vous fait vite découvrir la richesse et la diversité des mécanismes du level design (les Pikmin rouges sont très bons au combat et résistent au feu, les Pikmin jaunes neutralisent les barrières électriques et peuvent sauter très loin, les Pikmin bleus peuvent aller sous l’eau, les Pikmin roses volent et peuvent atteindre des lieux inaccessibles, les Pikmin rocs noirs peuvent briser les cristaux et les parois en verre…). Autant dire qu’on apprend vite à jongler entre les différentes espèces. Et un peu comme dans un Metroid, les mécanismes sont très stimulants : chaque nouvelle espèce de Pikmin découverte vous permet ainsi de vous aventurer un peu plus loin dans les décors luxuriants en franchissant des obstacles auparavant infranchissables. À cela s’ajoute le stress des contraintes du cycle jour/nuit : les Pikmin qui ne sont pas revenus à votre base à la nuit tombée seront inévitablement dévorés par les bêtes sauvages. Heureusement, cette contrainte n’est qu’une demie-contrainte puisque vous aurez tout le temps d’explorer de fond en comble les environnements proposés au fil des jours ; à condition bien sûr de ramener régulièrement des fruits (l’équipage consommant une ration de jus de fruits par jour).

Ce gameplay ingénieux ne serait rien sans une réalisation de haute volée qui rend véritablement justice aux décors organiques ultra-fouillés (rivière, jungle, neige, désert…) et aux fruits et végétaux qui font la richesse de la planète PNF-404. On reste par exemple véritablement impressionné par le reflet laissé par l’eau après la pluie sur les petits carreaux de faïence assemblés pour faire des ponts de fortune. C’est tout simplement magnifique. On prend ainsi un plaisir fou à explorer les zones de fond en comble.

Tout n’est néanmoins pas parfait dans Pikmin 3. On aurait tout d’abord aimé des zones à la fois plus vastes et plus variées à explorer. Au final, il n’y a en effet que 5 zones à explorer (le Verger de l’espoir, la Toundra Perdue, le Bosquet des sources, la Rivière du Destin et la Tour de la Mélancolie). Certes, le jeu est assez long (comptez 10 à 15 heures de jeu selon votre propension à fouiner)… mais c’est avant tout parce qu’on progresse lentement au prix d’un véritable travail de fourmi. À ce titre, la zone finale (la Tour de la mélancolie) est particulièrement pénible (il n’y a aucun fruit, aucune capsule contenant des plants de Pikmin… ce qui vous obligera à faire plusieurs allers-retours pour vous « ressourcer » dans d’autres zones avant d’affronter un boss final bien pénible et endurant). Autre moment frustrant : le twist au cours duquel le capitaine Olimar en personne (il joue un rôle dans le scénario) vient vous voler -momentanément- tout votre stock de jus de fruits, rendant l’expérience beaucoup plus tendue pour quelques journées de travail. À cela s’ajoute (surtout dans la dernière zone) une gestion pas toujours aisée du multitâches (quand il faut gérer 2 ou 3 équipes simultanément). On pourrait également citer le pathfinding des Pikmin parfois pris en défaut (un virage trop serré peut ainsi conduire à des noyades accidentelles ou à vous faire rebrousser chemin pour récupérer les retardataires piégés). Mais c’est bien cette légère impression de trop peu (certes trompeuse en termes de durée de vie brute) qui pourra en laisser quelques-uns sur leur faim. Heureusement, il vous restera le mode missions avec 10 nouveaux terrains de jeu taillés pour le scoring (avec des classements en ligne) et offrant une large marge de progression. 5 d’entre elles consistent à ramener le plus de ressources possibles (fruits, minerai…) et les 5 autres consistent à éliminer le plus d’ennemis possibles (le score variant selon la taille des fruits ou des monstres), le tout dans un temps limité. Autant dire qu’il faudra apprendre à optimiser ses trajets, son temps et son armée de Pikmin pour espérer obtenir une médaille du plus précieux des métaux. Ce mode semble anecdotique de prime abord mais s’avère en réalité particulièrement prenant (de quoi rajouter 1 à 2 heures de jeu au grand minimum).

Alors oui, on aurait aimé un Pikmin 3 encore plus vaste, plus long et parfois une progressions plus fluide et moins contrainte par le cycle jour/nuit. Mais franchement, ces quelques petits défauts ne pèsent pas bien lourd devant la réalisation organique de toute beauté et le concept rafraîchissant totalement servi par le gameplay à la Wiimote et au nunchuk. Pikmin 3 n’est certes pas un blockbuster (avec son rythme lent et posé) et encore moins un system seller… mais tout joueur curieux se doit d’essayer cette expérience ludique totalement originale sur consoles qui offre au joueur un level design d’orfèvre extrêmement gratifiant. Une vraie réussite.
marchiavel
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