Vous pouvez officiellement fermer les studios Ubisoft, annuler les douze prochains Assassin's Creed et virer l'intégralité du budget de Call of Duty sur le compte en banque du génie qui a pondu Pineapple on Pizza. En lançant ce jeu, je m'attendais naïvement à une petite balade indépendante de cinq minutes avant de passer à autre chose ; je n'avais absolument pas prévu de finir fiché par le Tribunal Pénal International. Le concept est pourtant d'une simplicité presque insultante : pas de tutoriel de quarante-cinq minutes, pas de vieux sage mystérieux qui me récite la prophétie de ses ancêtres, et aucune carte vomissant quatre-vingt-sept points d'intérêt ou quatorze camps ennemis à nettoyer. Juste moi, une île paradisiaque, un volcan, et un développeur qui avait probablement l'équivalent du prix d'un menu Maxi Best Of en guise de budget, mais qui a réussi à mettre une gifle monumentale au capitalisme vidéoludique et à ses jeux vendus 80 euros.
Avant de tout réduire en cendres, j'ai quand même pris le temps d'admirer les véritables stars de cette aventure : les habitants. Ces gens ont clairement trouvé le secret du bonheur absolu, puisqu'ils passent leur vie à danser, partout, tout le temps. Je ne sais pas s'ils paient des impôts ou s'ils ont simplement fondé une nouvelle religion basée sur le déhanché, mais eux vivent leur meilleure vie. Zéro stress, zéro pression, et une meilleure ambiance au boulot que dans 90 % des entreprises. Franchement, je les respectais énormément… jusqu'au moment où j'ai décidé que leur avenir allait soudainement devenir très court et très chaud.
Parce que oui, la petite excursion touristique s'arrête brusquement quand je décide d'aller faire un tour du côté du volcan. Dans la majorité des jeux vidéo, on me demande de sauver le monde ; ici, je passe du statut de touriste en tongs à celui de menace géologique majeure en provoquant une éruption cataclysmique. C'est une démonstration magistrale de mon absence totale de compétences en gestion de crise. La lave engloutit le paradis, les danseurs paniquent, et tout cela fonctionne à merveille grâce à un décalage comique magistral : la bande-son. Pendant que j'orchestre un carnage digne de Michael Bay avec le budget d'une kermesse, la musique continue de balancer un rythme tropical ultra joyeux, comme si le compositeur avait reçu pour seule consigne d'animer une fête de plage pendant l'apocalypse. Même le volcan a l'air de participer à la fête, sauf que lui a clairement choisi l'option barbecue.
Et puis arrive la révélation finale, cet instant précis où le développeur me regarde droit dans les yeux pour m'annoncer que mon crime de guerre n'était qu'une gigantesque métaphore culinaire. Vue du dessus, l'île ravagée forme une pizza, la lave fait office de sauce tomate, et tout ce chaos ne servait qu'à illustrer littéralement le titre du jeu. Il y a des scénaristes qui suent pendant cinq ans pour écrire des intrigues complexes avec des personnages torturés, et puis il y a ce type, qui me fait rayer une civilisation de la carte juste pour alimenter le débat sur la pizza à l'ananas. Je veux le rencontrer et lui serrer la main. Heureusement que l'expérience plie bagage en dix minutes, parce que s'il avait fallu supporter une durée de vie gonflée à soixante heures avec des quêtes secondaires me demandant de collecter deux cents morceaux de mozzarella, j'aurais porté plainte contre la gastronomie.
Est-ce que je peux justifier objectivement ce 10/10 avec une grille d'évaluation sérieuse sans finir directement en prison ? Absolument pas, votre honneur. Mais reprocher à cet OVNI d'être court et basique, ce serait comme reprocher à une excellente blague de ne pas durer trois saisons sur Netflix. Je suis arrivé sur une île paisible, j'ai regardé des gens danser, j'ai déclenché une extinction de masse pour une recette hawaïenne et je suis reparti en étant devenu une menace pour la cuisine internationale. À ceux qui trouvent ma note beaucoup trop généreuse, je poserai une seule question : avez-vous déjà provoqué une éruption volcanique dans votre vie juste pour comprendre une vanne sur une pizza ? Moi, oui. Et franchement, je suis prêt à recommencer demain.