PokéRogue
7.9
PokéRogue

Fangame de Pagefault Games (2024Navigateur)

« Vous ne pouvez pas vous attendre à gagner chaque bataille… »

Citation de Brock (Pokémon)


Qui reprendra le flambeau ?

C’est une question qui, dans le cadre de Pokémon, mérite d’être posée. Avec minimum plus de 15 millions de jeux vendus par génération, la licence Pokémon n’est pas connue pour s’insérer dans une petite niche. Niche qui jusqu’à présent, était sous leur quasi-monopole, si bien que même des versions à peine améliorées de jeux sortis quelques années plus tôt se vendent sans problème à plus de 5 millions d’exemplaires. Mais cette situation de monopole est en train, mine de rien, de se retourner contre la License pokémon. Le « petit » studio Game Freak et ses 200 employés ne sont plus capables d’assurer correctement le fait de sortir un nouveau jeu tous les 2 ans. Cela signifie que depuis 2012 avec Noir 2 et Blanc 2 (2014 avec la fin de la 6G si on tire le trait), à cause de la course effrénée qu’on lui impose, Game Freak ne peut plus se présenter comme un des studios de développement qui innove réellement son game-design et flirt avec les limites physiques de son support pour en mettre plein la vue. Cela se traduit également par la sous-traitance d’opus à des petits studios comme ILCA (Pokémon Diamant Étincelant et Perle Scintillante) qui eux non plus n’arrivent pas à se montrer à la hauteur de la qualité qu’indiquerait de telles ventes. Remarque, comment leur en vouloir quand on sait que même au vu de leur qualité technique plus que médiocres, les 8eme et 9eme générations sont respectivement les 4eme et 2eme plus vendues de la licence. Est-ce la faute de Nintendo de proposer des jeux aux finitions plus que pitoyables où aux fans d’acheter malgré tout et donc de ne pas profiter de leur pouvoir d’achat pour faire évoluer la licence ? La question ne se pose donc pas, Pokémon gardera son flambeau.

Oui…et non. Même si Pokémon obtient des résultats de ventes jamais vu depuis les jeux Gameboy Color, il existe toute une partie de la communauté lassée de ce bâclage vidéoludique qu’est devenu la licence. Cette partie de la communauté attend donc un concurrent qui ferait requestionner les choix éditoriaux de Nintendo, ou un successeur qui reprendra les rênes de cette niche envieuse de nouvelles expérience vidéoludique. Et quand on regarde les ventes de Palword, qui cumule pourtant avec amateurisme les limites de son concept, et l’oubli du public au bout de seulement quelques mois, alors que les grands noms de la communauté aimaient le présenter comme un concurrent sérieux, on comprend que les fans déçus n’obtiendront pas ce qu’ils veulent à moins d’œuvrer eux-mêmes dans cette direction. C’est dans ce contexte « d’échappatoire » (qui se ressentait bien avant la sortie de Palword) qu’une pluie de rom-hack et fangames, certains meilleurs que d’autres, ont vu le jour. On peut citer entre autres Rocket Edition et Insurgence pour les plus imaginatifs et pokémon Steam 1 et 2 comme représentants Français de bonne facture. C’est donc dans ce contexte qu’apparaît un peu de nulle part : Pokérogue.


L’introduction est longue je vous le concède, mais il est important de comprendre le milieu si particulier dans lequel évolue Pokérogue avant de le juger. D’autant plus que Pokérogue n’est pas un jeu crée pour le grand public mais pour le plaisir personnel de son créateur : FlashFyreDev qui a finit par rendre le jeu public. Ce détail rend la critique de Pokérogue délicate. Cela reviendrait à critiquer la vision d’un auteur sur son Pokémon parfait. Il est donc important de préciser que (la note de) cette critique s’intéressera donc plus à la façon dont le jeu s’insère dans cette niche, et que tous les points relevés n’ont donc pas le même poids dans l’appréciation globale de l’œuvre.


Commençons donc par parler du programme en lui-même. Cette partie est donc celle qui sera le plus rapidement caduque. Certaines attaques et talents ne sont pas encore implémentés dans le jeu. Heureusement les développeurs implémentent ces manquements par ordre d’importance, et il n’y a à ma connaissance, pas de pokémons complétement paralysés par ce problème. Les serveurs peuvent être out, empêchant les gens de jouer au jeu (même s’il existe un mode hors connexion). Et il y a des petits bugs de temps en temps, parfois des problèmes de connexion déconnectant du serveur et obligeant le joueur à recommencer le combat en cours. Le jeu n’est pas entièrement traduit en français mais rien de très dérangeant surtout si vous êtes habitués au fangames/rom-hacks en majorité anglophones. Ces problèmes techniques, en plus d’être excusables par le « fait maison » du jeu, ne sont pas trop gênants et disparaitront au fur et à mesure du développement du jeu. Ils sont cependant à préciser.


Pokérogue est un rogue lite. C’est-à-dire un jeu qui vous mettra face à des combats pokémons en boucle jusqu’à ce que vous perdiez. Vous pourrez cependant utiliser certaines ressources récupérées durant votre excursion pour faciliter la suivante. Le joueur pourra ainsi commencer avec de nouveaux starters et améliorer leurs statistiques en attrapant ces mêmes pokémons durant les différentes courses. Il pourra également récupérer des bonbons en faisant éclore des œufs ou aléatoirement en faisant monter le niveau d’un pokémon d’un niveau. Enfin le joueur pourra se voir offert des tickets pour récupérer des œufs (avec un système et des subtilités sur lesquels on ne s’attardera pas), pour pouvoir récupérer des nouveaux pokémons, des bonbons associés et des capacités spéciales à débloquer. Si Pokérogue doit être acclamé pour une chose c’est bien sur le fait de passer d’un genre à un autre ce qui est particulièrement complexe, et ce qui a nécessité un codage plus compliqué que d’autres fangames RPG ayant bénéficié de RPGMakers.


Le système de progression autour de la succession d’expéditions permet d’ailleurs à première vue un meilleur rééquilibrage globale, avec très vite un choix entre des pokémons plus faibles sur le papier mais plus communs donc plus capturés avec donc de meilleurs IVs et des pokémons plus couteux en points, avec de moins bon IVs mais meilleur sur le papier. Du fait que le pokémon ne soit pas rappelé entre les combats (sauf avant un combat de dresseur et un changement de zone), le jeu invite le joueur à s’intéresser à des parties du monde compétitif pokémon comme l’utilisation des pièges de rocks/toile gluante ou de la capacité relai ou des changements de stats en général. Pokérogue invite aussi à se pencher sur des constructions d’équipes stratégiques avec des combats de dresseurs plus relevés avec une équipe plus stratégique et une IA plus intelligente que dans les jeux de bases.


Malheureusement, le système de Pokérogue diminue grandement la diversité du système de combat pokémon. En rendant aléatoire les CTs et objets, le jeu invalide grandement l’utilisation de certains pokémons, comme Laggron qui tape sur le physique mais n’apprends en majorité que des attaques spéciales. Il est vrai que ce point est relativement personnel, et qu’un changement de méta ne doit pas être forcément vu comme quelque chose de négatif. Mais, Pokérogue étant un jeu qui se base essentiellement sur le système de combat de pokémon, je ne pense pas qu’un tel appauvrissement des libertés offertes au joueur soit souhaitable. De plus, ce n’est pas comme si le jeu brillait par autre chose que son système, l’histoire se résument à une étrange boucle temporelle. Les Biomes sont également mal imbriqués entre eux, limitant considérablement les possibilités de rencontre de la diversité de pokémons existante. Si on n’a pas de chance (et pas de carte) il est très simple de boucler sur 4/5 biomes en boucle (plaine, ville, égouts, usines) et donc de passer à coté de tout ce que le jeu a essayé de mettre en place.


Le système de sauvegarde du jeu joue en sa défaveur et casse le jeu, permettant à quiconque de recommencer un combat et cours. Et même si on pourrait simplement l’ignorer, cette simple possibilité casse complètement le coté roguelite sur lequel le jeu se base car le joueur va de préférence recommencer un combat qu’une partie. Difficile de leur en vouloir quand on sait que le jeu est inégal avec 50 premiers niveaux compliqués à attendre (car se jouant généralement avec un pokémon par souci de récupération de XP, il ne faut donc pas tomber sur un pokémon auquel il est faible). Ce problème est légèrement résolu en mode « Endless » mais l’absence de combat de dresseur (source principale d’argents dans le jeu) oblige le joueur à se lancer dans des constructions d’équipe précises comme une équipe dite « Stall » (très défensive), ou du moins des pokémons ayant accès à un outil de soin.


Malgré tout ce que j’ai pu évoquer jusqu’à présent, j’aime beaucoup Pokérogue. Ou plutôt l’aspect communautaire qui l’entoure. Discuter avec des amis de techniques à mettre en place, essayer de comprendre la façon dont le jeu fonctionne pour diminuer l’aléatoire ou encore faire la course aux légendaires. Mais c’est aussi paradoxalement le point qui me pose le plus problème avec Pokérogue. Cela va au-delà de simples problèmes de comportements, et le harcèlement envers FlashFyreDev qui l’a poussé à quitter l’équipe du développement du jeu.

Pokérogue a été un succès. Pas un petit succès, il y a deux semaines le jeu se targuait de dépasser les 1 millions d’inscrits. Pokérogue est actuellement en passe de devenir le fangame Pokémon le plus connu, loin devant de grands noms comme pokémon Insurgence ou Uranium. Et le monde regarde, regarde Pokérogue, un peu de la même façon qu’il regardait Palword en début d’année. Et nous, membre de cette communauté, par notre consommation de Pokérogue nous envoyons un message aux futurs créateurs de jeux vidéo. Est-ce ce que nous voulons ? La question peut sembler bête comme ça mais voulons-nous que le futur de cette niche se base sur Pokérogue et Palword pour construire le futur ? A titre personnel, non.

Au moment où cette question de l’arrivée de différents acteurs sur cette niche qui semble plus que jamais peuplée mais aussi polarisée, il est bon de se demander pour quel futur devrions-nous espérer. Je ne pense pas qu’il soit une bonne chose de montrer un tel engouement pour un jeu Gatcha, qui se contente d’utiliser le système de combat pokémon en moins complet. Il ne faut pas lui en tenir rigueur car ça n’a jamais été son objectif mais Pokérogue n’est pas un jeu qui cherche à faire progresser le médium : son game design ne raconte rien, le jeu en lui-même ne raconte rien. Pokérogue est plus un jeu service, il se consomme plus qu’il s’apprécie.


Peut-être suis-je trop défaitiste, mais si « L'enfer est pavé de bonnes intentions », alors il y avait probablement du dioxyde de souffre dans le bol d’air frais proposé par Pokérogue.


Créée

le 20 mai 2024

Critique lue 368 fois

4 j'aime

Lyonor

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