Resident Evil 6
5.3
Resident Evil 6

Jeu de Capcom (2012 · PC)

Hélicos zombies explosifs sur une plateforme pétrolière en flammes

Pris en étau entre le succès délirant de RE9 et mes finances vacillantes, je me vois poussé dans mes derniers retranchements, et explore enfin le dernier Resident Evil numéroté auquel je n'avais pas encore joué. Lorsque RE6 est sorti, je n'étais ni un grand fan de la série, ni très motivé par sa réception critique, et je l'ai donc ignoré.

Quelques années plus tard, j'avais tenté de motiver un ami à le faire en coop mais il avait lâché l'affaire après 20 minutes d'explosions, d'hélicoptères et de prises de catch. Je lui avais pourtant expliqué que le jeu s'appréciait au second degré, comme un Michael Bay sous kétamine, mais je n'avais pas eu gain de cause.


Me revoilà donc 14 ans après sa sortie, prêt à sauver le monde d'une nouvelle épidémie de T-Virus, C-Virus..., X-Virus ? Désolé, mais j'ai perdu le fil depuis bien longtemps. À ce propos, si vous n'êtes pas un fan hardcore de la série, attendez-vous à ne rien comprendre à ce qui se passe autour de vous, et à vous gratter régulièrement la tête sans savoir qui est qui, et comment ces personnages se sont rencontrés - souvent hors champ – entre deux épisodes, ou dans un quelconque spin-off.

Ayant joué à RE2, 3, 4, 5, 7 et 8, on pourrait penser que j'ai une vague idée de la trame générale de cette série, mais ça fait longtemps que j'ai renoncé à y comprendre quoi que ce soit.


RE6 est un jeu ridiculement ambitieux : 7 personnages jouables, dans divers coins du globe et à plusieurs époques, pour un jeu presque entièrement jouable en coop, porté par un budget pharaonique (ses 5 millions de ventes ont été considérés comme un échec). Le jeu fait le pari osé (et stupide) de s'affranchir définitivement de ses origines de jeu d'horreur, et embrasse férocement l'action décomplexée, pour tenter de marcher sur les plates-bandes de Call of Duty.

Pour l'anecdote, la même année, un autre studio japonais a lancé un projet titanesque du même genre, avec Yakuza 5 (5 persos dans 5 villes différentes). En restant fidèle aux piliers de leur série, ils ont réussi à sortir un bon jeu et à ne pas contrarier leur fan-base - deux choses que RE6 a royalement foirées.


o o o


RE6, donc, c'est 4 campagnes successives qui se déroulent simultanément et racontent la même histoire d'apocalypse bioterroriste à l'échelle mondiale, de 4 points de vue différents.

• Leon Kennedy + Helena Harper

• Chris Redfield + Piers Nivans

• Sherry Birkin + Jake Muller

• Ada Wong


Le principe est de mettre un personnage iconique de la série avec un nouveau venu jetable qu'on ne reverra jamais, et ces nouveaux persos sont loin d'être inoubliables, particulièrement ce petit con de Piers Nivans qui tient en un adjectif et n'existe que pour donner la réplique à un Chris hanté et tourmenté par de funestes évènements de son passé. Helena a une forte... personnalité et deux... armes à gros calibre, et c'est malheureusement tout ce qui la caractérise. Leon n'offre pas beaucoup plus d'épaisseur à l'écran.

Les seuls qui sortent un peu du lot sont Sherry et Jake, avec une dynamique romantique tellement grossière qu'elle nous est quasiment tartinée au visage, mais j'ai un cœur d'artichaut et je dois avouer que ça fonctionne un peu.


L'une des conséquences de cette quadruple campagne est que le jeu est beaucoup trop long pour son propre bien. J'ai terminé avec 22h au compteur en finissant par courir le plus vite possible entre les ennemis que le jeu vous balance à l'infini, avec trop peu de variété.


o o o


RE6 est un jeu boursoufflé, bruyant et épuisant. C'est un jeu qui se veut "généreux" et en fait beaucoup trop, sans jamais savoir où s'arrêter, ni aucun sens du rythme et de la mesure. J'ai sans cesse eu l'impression qu'il était écrit par un gamin de 10 ans en train d'inventer des histoires avec ses jouets. Un gamin biberonné à GI Joe, Transformers, Fast & Furious et toute la filmo de Michael Bay, parce qu'en dehors de Just Cause, je n'avais jamais vu autant d'explosions à la minute.


Le jeu commence dans une métropole en flammes en pleine apocalypse zombie, sous des tirs d'hélicoptère, et l'adrénaline ne fera qu'augmenter... ou votre ennui, parce qu'à force de jamais avoir de fluctuation dans l'intensité et de toujours se prendre plus d'explosions dans la gueule, on finit anesthésié, et cette débauche de pyrotechnie semble bien vaine.


On se retrouve dans une rue remplie de voitures en flammes, et infestée de zombies. Un avion de chasse brûle, encastré dans un immeuble adjacent. Il y a des ennemis partout, mais pas le temps de s'en alarmer car le jet explose subitement et nous tombe dessus ! L'instant d'après, c'est la rue entière qui s'effondre dans un affaissement de terrain et l'avion de chasse fout le feu à un camion-citerne qui explose en faisant décoller des dizaines de bagnoles qui pleuvent autour de nous dans un océan de flammes ! Léon et Helena courent, face caméra, et derrière eux, l'écran est rempli de flammes et de carcasses de voitures emportées par l'explosion, WHHOOOSHH !!

Alors que l'avenue entière continue d'exploser dans une inexplicable réaction en chaîne, un hélicoptère vient nous secourir. Léon s'y accroche à la dernière seconde, il est suspendu à l'hélico, un zombie accroché à sa jambe ! Gnnnaaarll !! QTE !

Oh non, les pilotes sont morts et l'hélico part en vrille, dangereusement proche du plancher des vaches ! QTE ! Toutes les alarmes s'emballent, dans l'hélico. Léon agrippe le manche pour retarder l'inévitable crash. Il y a un zombie dans l'hélico ! QTE ! QTE ! L'hélico frôle le sol, sur le point de s'écraser ! QTE ! Il y a de la fumée et des débris partout, quel bordel ! On passe à deux doigts de s'encastrer dans un métro qui surgit à pleine vitesse (peu importe que la ville soit en flamme, ils assurent le service avec un beau professionnalisme). L'hélico frotte le métro dans une pluie d'étincelles et finit par s'écraser contre la baie vitrée d'un bâtiment ! KKRRR BBRRMM ! On dérape à bord de l'hélico en dévastant des bureaux dans notre sillage, jusqu'à s'éclater dans un autre immeuble.

Nos deux héros sont suspendus dans le vide et finissent par s'écraser en contrebas sur un plafond vitré en dessous duquel grouille une marée de zombies ! GGGRRR ! L'hélico tombe sur le plafond de verre et fait tout exploser ! BOUM ! QTE !

Ça ne fait que 10 minutes que le jeu a commencé et je suis déjà épuisé.


Ce n'est pas la scène la plus représentative, mais elle révèle un malaise qui se répétera très souvent au cours de l'aventure : un manque de retenue et une méconnaissance flagrante de ce qui fait le rythme d'une bonne séquence d'action, et de comment doser la quantité d'explosions et de passages frénétiques pour ne pas cramer les yeux de son audience.


Plus tard, deux personnages sont poursuivis par un tank à l'intérieur d'un bâtiment. Le tank tire des obus dans tous les coins, ça explose de partout ! BOUM ! Nos héros s'enfuient et le tank les poursuit en détruisant tout sur son passage, dans un torrent de débris et de fumée ! Nos héros enfourchent une moto et s'ensuit une interminable course-poursuite à base d'hélico (encore), de gangs de motards zombies armés de fusils-mitrailleurs et de cocktails Molotov, et de trains qui déraillent sur des autoroutes en faisant tout exploser dans leur sillage. Et c'est bien plus épuisant en jeu que quand j'en parle, si vous pouvez y croire.


On a aussi des boss beaaaaaucoup trop longs. Ils sont énormes, épiques, et parfois intéressants à combattre, mais ils sont tous en 12 phases, et chaque fois, le jeu semble certain de nous surprendre, parce qu'il y avait eu une grosse explosion et le boss était hors de vue. JUMPSCARE ! Il est toujours vivant ! Il a muté ! Il est encore plus gros ! Attendez un peu de voir sa forme finale, dans 40 minutes !


o o o


Entre ces scènes de destruction massive, on a du RE classique, mais dans une version un peu nulle. Alors certes, c'est rigolo de faire des prises de catch aux zombies, mais tous les niveaux sont des couloirs à peine déguisés, avec BEAUCOUP TROP de combats qui se ressemblent tous, la faute à un level design peu inspiré, et des ennemis qui se comportent à peu près tous de la même manière. Les énigmes... existent.


Et malgré tout... la sauce peut prendre. Parce que c'est Resident Evil et que le jeu n'a jamais eu peur de tomber dans le nanar, et parce qu'il y a quand même beaucoup de pognon à l'écran. C'est ainsi que je me suis surpris à le terminer, alors que je lui trouvais tous les défauts du monde, qu'il me foutait la migraine et que certains niveaux m'ont tellement ennuyé que je me retrouvais à courir entre les ennemis pour speed-run le bousin sans aucune élégance.


Ça marche, parce que je suis attaché à ces personnages et que j'avais envie de connaitre la fin de l'histoire, l'issue de la romance téléphonée, et de savoir si Leon réussirait enfin à pécho Ada. Ça marche parce qu'on a envie de voir la prochaine scène d'action énormissime avec des monstres géants, des poursuites en moto (jouable), en bagnoles (jouable), en motoneige (jouable !), en hélico, et même une séquence en jet, à mitrailler un zombie géant sur une plateforme pétrolière.

Tout est beaucoup trop intense et épique du début à la fin, ça n'a pas beaucoup de sens, mais j'ai quand même souvent pris mon pied, et le jeu est si énorme et généreux que je me suis laissé embarquer, même si aucune de ses parties n'est vraiment réussie.

Ezhaac
6
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le 14 mai 2026

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Ezhaac

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