J’attendais ce jeu depuis longtemps et je pense que c’est exactement là que se situe le problème avec Scott Pilgrim EX.
Il faut dire que tout semblait aligné pour que ça fonctionne. Je venais tout juste de m’acheter un stick leverless pour profiter un peu plus sérieusement de certains jeux de combat et de quelques beat’em all 2D... Et dans un coin de ma tête, il y avait évidemment le souvenir très positif de Scott Pilgrim vs. The World: The Game, un jeu qui avait su trouver un équilibre assez malin entre baston arcade et petites mécaniques RPG. Un mélange qui fonctionnait particulièrement bien et qui rappelait beaucoup ce que la série River City Girls a su perfectionner ces dernières années.
Du coup, je partais avec cette idée assez simple en tête. Reprendre cette formule, l’améliorer un peu, l’enrichir, et proposer quelque chose de plus moderne. Rien de révolutionnaire, juste une évolution logique de ce qui existait déjà.
Très vite, dès les premières heures, j’ai compris que ce n’était pas vraiment ce que le jeu cherchait à faire.
Sur le papier pourtant, l’ambition est là. Le jeu tente d’élargir la formule en proposant une structure semi-ouverte. On explore plusieurs quartiers de Toronto, on discute avec des PNJ, on récupère des missions, on se déplace d’un endroit à l’autre plutôt que d’enchaîner simplement des niveaux comme dans un beat’em up arcade classique. L’idée n’est pas mauvaise. Elle rappelle même certains vieux jeux de baston-aventure à la River City Ransom.
Mais dans la pratique, ça fonctionne assez mal.
Très vite, je me suis retrouvé face à un beat’em all extrêmement répétitif. Les combats sont corrects, les coups répondent bien, mais tout paraît terriblement basique. Les affrontements s’enchaînent sans véritable surprise et surtout sans la progression RPG qui donnait justement du relief au premier jeu. À l’époque, les statistiques, les améliorations et les petits systèmes d’évolution donnaient un vrai sentiment de progression. Ici, j’ai surtout eu l’impression d’avancer dans quelque chose d’assez plat.
Et cette structure semi-ouverte n’arrange rien. Au lieu d’apporter de la variété, elle ralentit le rythme. On traverse souvent les mêmes zones, on revient parler à un personnage pour débloquer la mission suivante, on enchaîne quelques combats, puis on repart dans l’autre sens. Cette boucle finit par devenir très mécanique.
C’est d’autant plus dommage que le premier jeu allait droit au but. Il assumait pleinement son ADN arcade, avec un rythme constant et une progression immédiate. Ici, le jeu semble hésiter entre plusieurs directions sans jamais vraiment en pousser une jusqu’au bout.
La direction artistique reste pourtant fidèle à l’univers. Le pixel art est agréable et reconnaissable, et la musique signée Anamanaguchi fonctionne toujours aussi bien avec ce mélange de chiptune et de rock qui colle parfaitement à l’ambiance Scott Pilgrim. Sur le plan esthétique, il y a clairement un respect de l’identité de la licence. Sans oublier ces animations de combats qui vont avoir directement un effet addictif et qui va certainement en attirer plus d'un(e) via les thriller.
Mais même cet habillage ne suffit pas à masquer ce sentiment d’occasion manquée.
Parce que plus je jouais, plus je me disais que le jeu semblait ne pas vraiment comprendre l’héritage de ce qui avait été fait auparavant. Là où le premier titre mélangeait intelligemment baston et progression RPG, celui-ci donne parfois l’impression d’avoir choisi la solution la plus simple possible. Un beat’em all efficace, certes, mais beaucoup trop timide dans ce qu’il propose.
On est face à une licence qui avait déjà posé de bonnes bases il y a plus d’une décennie. On aurait pu imaginer quelque chose de plus riche, plus généreux, avec davantage d’options, davantage de systèmes, davantage de raisons d’y revenir.
Au lieu de ça, j’ai souvent eu la sensation de jouer à quelque chose d’un peu trop minimaliste.
Même en coopération, qui reste pourtant l’un des plaisirs naturels du genre, l’enthousiasme ne dure pas très longtemps. On passe un bon moment pendant quelques combats, puis on se regarde presque en se disant qu’il y a peut-être d’autres beat’em up plus intéressants à lancer.
Ce qui rend la déception un peu plus forte, finalement, c’est que le jeu n’est pas catastrophique. Les bases sont là! Mais tout donne l’impression d’un projet un peu trop prudent, un peu trop timide, qui n’ose jamais aller plus loin que le strict minimum.
Et quand on a attendu un jeu aussi longtemps, ce genre de sensation laisse forcément un goût un peu amer.
Je pense sincèrement que Scott Pilgrim EX n’est pas un désastre. Mais il reste très loin de ce qu’il aurait pu être. Et surtout, il reste très loin du souvenir que m’avait laissé le premier jeu.
Pour le coup, c'est assez triste à dire, mais il va falloir lui préférer un River City Girls 2, même si il est bien plus difficile.