Moi qui aime énormément les compilations de vieux jeux vidéo, la SNK 40th Anniversary Collection me faisait de l’œil depuis un bon moment. Pourtant, je n’avais jamais vraiment réussi à me convaincre de l’acheter. Je la trouvais souvent un peu trop chère sur les différents stores, surtout pour une sélection de titres qui, de l’extérieur, ne m’évoquait absolument rien.
Il faut dire que ma relation avec SNK est assez particulière. Je connais évidemment l’importance de l’éditeur dans l’histoire du jeu vidéo, mais je n’ai jamais été particulièrement attaché à son catalogue. J’adore Samurai Shodown, The Last Blade 1 et 2, et je garde beaucoup d’affection pour Garou: Mark of the Wolves.
En revanche, King of Fighters m’a toujours laissé assez indifférent... Je peux trouver certains épisodes sympathiques, mais je n’ai jamais compris l’enthousiasme presque religieux que la série pouvait provoquer chez certains joueurs.
Et lorsque je compare le parcours de SNK à celui de Capcom, le fossé me paraît immense.
Capcom a accompagné une quantité impressionnante de genres et de générations avec des jeux qui ont durablement marqué leur époque. Chez SNK, en dehors de ses jeux de combat les plus célèbres, j’avais beaucoup plus de mal à voir ce qui pouvait justifier une telle place dans la mémoire collective.
C’est justement pour cette raison que cette compilation m’intéressait. En la trouvant finalement à treize euros, je me suis dit que le risque était limité. J’adore me replonger dans les premières années du jeu vidéo, découvrir des titres oubliés et comprendre comment certaines mécaniques se sont construites. Une compilation de ce genre peut fonctionner comme une petite machine à remonter le temps. Même lorsque les jeux ont vieilli, ils peuvent encore raconter quelque chose de leur époque.
En lançant la collection, j’ai rapidement constaté que je ne connaissais pratiquement aucun des jeux proposés et je dois reconnaître que cela m’a immédiatement enthousiasmé. J’avais l’impression d’être un gamin devant une caisse remplie de vieilles cartouches inconnues. Je m’attendais à découvrir des bizarreries, quelques pépites oubliées et peut-être même certains ancêtres de genres que j’apprécie aujourd’hui.
Cela m’a un peu rappelé UFO 50, qui inventait rétrospectivement le catalogue d’un faux éditeur des années 1980. Sauf qu’ici, je pensais vivre une expérience similaire à partir de véritables morceaux de l’histoire du jeu vidéo.
J’allais pouvoir fouiller dans les archives de SNK et découvrir les fondations d’un éditeur devenu mythique.
Malheureusement, j’ai surtout eu l’impression de fouiller dans ses poubelles.
Il y a pourtant de bonnes idées dans la manière de conserver ces jeux. La compilation propose plusieurs versions de certains titres, des documents d’époque et un mode permettant de regarder une partie enregistrée avant d’en reprendre directement le contrôle. Plusieurs jeux utilisant autrefois des joysticks rotatifs ont également été adaptés aux deux sticks des manettes modernes, ce qui permet de déplacer son personnage dans une direction tout en visant dans une autre.
Sur le papier, c’est donc un véritable travail d’archivage. Mais dans la pratique, je trouve l’ensemble terriblement froid. L’interface manque de personnalité, les menus ne donnent pas particulièrement envie de parcourir la sélection et les explications restent souvent trop discrètes pour quelqu’un qui découvre complètement ces jeux. J’aurais aimé être davantage accompagné, comprendre pourquoi chaque titre avait été retenu, ce qu’il avait apporté à son époque et dans quelles conditions il avait été conçu.
Une compilation historique devrait servir, un minimum, de guide.
Elle devrait contextualiser les œuvres, montrer leurs particularités et expliquer ce qui justifie leur conservation. Ici, j’ai surtout eu la sensation qu’on me déposait devant une longue liste de jeux en me demandant de trouver moi-même ce qu’ils pouvaient avoir d’intéressant.
Mais le principal problème ne vient même pas de la présentation. Il vient tout simplement des jeux.
Je ne vais pas prétendre qu’ils sont absolument tous mauvais. Certains possèdent des idées réellement intéressantes. Les anciens jeux à joystick rotatif, comme Ikari Warriors ou Guerrilla War, permettent par exemple de se déplacer et de tirer dans deux directions différentes. Avec les contrôles modernes de la compilation, cela se rapproche du fonctionnement d’un twin-stick shooter.
Historiquement, c’est intéressant. On comprend immédiatement que certaines idées associées aujourd’hui aux jeux de tir modernes existaient déjà sous une forme plus rudimentaire. Le problème, c’est que cette curiosité mécanique ne suffit presque jamais à soutenir une partie entière.
Dans beaucoup de cas, j’ai compris le principe du jeu en quelques secondes et j’en avais déjà fait le tour quelques minutes plus tard. On avance, on tire sur tout ce qui bouge, on évite quelques projectiles et on recommence jusqu’à ce que la difficulté finisse par devenir absurde. Les décors se répètent, les ennemis reviennent continuellement et les boucles de jeu s’étirent bien au-delà de ce qu’elles peuvent réellement supporter.
Je sais parfaitement que ces titres viennent d’une époque dominée par l’arcade. Ils étaient souvent conçus pour être compris immédiatement, proposer une difficulté élevée et pousser le joueur à remettre une pièce dans la machine. Je ne leur reproche donc pas de ne pas fonctionner comme des jeux contemporains. Pourtant, même en acceptant ce contexte, j’ai trouvé la majorité de la sélection particulièrement pauvre.
Les mécaniques sont souvent trop simples pour rester intéressantes, mais les jeux peuvent en même temps se montrer extrêmement abrupts. On se retrouve donc face à des expériences à la fois rudimentaires et pénibles. Elles ne demandent pas nécessairement beaucoup de réflexion, mais punissent constamment le joueur avec des ennemis difficiles à anticiper, des collisions parfois étranges et des séquences qui semblent pensées pour l’épuiser davantage que pour l’amuser.
La plupart de ces jeux me sont tombés des mains très rapidement. Je me suis malgré tout forcé à prolonger les parties, justement parce que je voulais comprendre ce que la compilation cherchait à mettre en valeur. À chaque fois, j’attendais le moment où un titre allait enfin dévoiler quelque chose de plus profond, une mécanique inattendue ou une idée capable de justifier sa présence.
Ce moment est rarement arrivé...
La sélection contient énormément de jeux de tir vus du dessus, de shoot’em up et de jeux d’action très répétitifs. Pris individuellement, certains peuvent être amusants durant quelques minutes. Enchaînés les uns après les autres, ils finissent cependant par donner l’impression de jouer continuellement à différentes variations d’un même prototype.
Quelques titres ressortent malgré tout grâce à leur univers ou à une mécanique particulière. Prehistoric Isle possède par exemple un concept suffisamment amusant avec ses avions affrontant des créatures préhistoriques. Crystalis ressemble davantage à une véritable aventure et paraît immédiatement plus consistant que la majorité du catalogue. D’autres jeux éveillent ponctuellement la curiosité par leur direction artistique ou leur manière d’utiliser les contrôles.
Mais ces exceptions ne changent pas mon impression générale. La plupart du temps, je ne découvrais pas des classiques oubliés. Je découvrais surtout pourquoi certains jeux avaient été oubliés.
Par exemple, Street Smart représente probablement le sommet de cette médiocrité.
On pourrait déjà être très critique envers le premier Street Fighter, qui reste un jeu de combat particulièrement pénible aujourd’hui. Pourtant, Street Smart parvient à proposer quelque chose d’encore plus approximatif.
Les personnages semblent avoir des savonnettes sous les pieds. Ils glissent d’un bout à l’autre de l’arène, se croisent, se frappent dans le vide et donnent parfois l’impression de flotter légèrement au-dessus du sol. Les combattants s’échangent quelques coups de poing et de pied sans que les impacts procurent la moindre satisfaction.
La palette de mouvements est minuscule, les affrontements manquent de rythme et le joueur dispose de très peu d’options intéressantes. Tout paraît grossier, imprécis et construit sans véritable compréhension de ce qui peut rendre un duel amusant. Ce n’est même pas un mauvais jeu attachant dont les défauts finissent par devenir amusants. C’est simplement une expérience pénible, qui donne rapidement envie de revenir au menu principal.
Et c’est là que ma comparaison avec Capcom revient forcément. Lorsque je parcours les anciennes compilations de cet éditeur, je tombe régulièrement sur des jeux imparfaits, mais aussi sur une quantité impressionnante de titres immédiatement identifiables. Même les productions plus modestes possèdent souvent une identité visuelle, une précision ou une énergie particulières.
Dans la SNK 40th Anniversary Collection, j’ai au contraire découvert beaucoup de jeux qui ressemblent à des produits anonymes. Des personnages génériques, des univers interchangeables, des bruitages agressifs et des mécaniques qui semblent parfois n’être que des versions moins réussies de ce que d’autres studios faisaient déjà à la même époque.
La compilation m’a malgré tout appris quelque chose sur SNK. Avant de devenir l’entreprise principalement associée à la Neo Geo et aux jeux de combat, l’éditeur a expérimenté beaucoup de choses. Il a développé des jeux de tir, des jeux d’action, des productions sportives et quelques aventures plus ambitieuses. Certaines idées annoncent clairement ce que le studio allait devenir par la suite.
Le problème, c’est qu’une importance historique ne garantit pas une expérience intéressante plusieurs décennies plus tard. Je peux reconnaître la valeur documentaire de certains jeux tout en constatant que je n’ai pris presque aucun plaisir à y jouer. C’est même tout le paradoxe de cette compilation. Elle possède une véritable utilité comme archive, mais beaucoup moins comme collection de jeux encore agréables à découvrir.
À 13 euros, je ne regrette pas complètement l’expérience, mais en grand partie quand même... Elle a satisfait ma curiosité et m’a permis d’explorer une partie de l’histoire de SNK que je connaissais très mal. J’ai découvert quelques idées originales, plusieurs méthodes de contrôle étonnantes et deux ou trois titres que je suis content d’avoir essayés.
Mais je ne vais certainement pas prétendre avoir découvert un trésor caché, bien au contraire!
J’étais entré dans cette compilation avec l’envie de comprendre pourquoi SNK avait autant marqué certains joueurs. J’en suis ressorti avec l’impression que les véritables grandes années de l’éditeur sont arrivées plus tard, lorsque son identité s’est affirmée autour de la Neo Geo et de ses jeux de combat.
Cette collection raconte les débuts de SNK. Elle montre ses tâtonnements, ses expérimentations et quelques bonnes idées. Elle montre aussi une quantité impressionnante de jeux répétitifs, archaïques et parfois franchement mauvais.