Un de mes plus grands coups de cœur en matière d'univers, ces dernières années. Malgré cette étrange et tenace impression d'un monde MMO plutôt figé dans le marbre.
Je ne sais pas s'il faut y voir là à quel point l'expérience Fallout 76 a déteint sur Bethesda mais je n'ai jamais eu autant le sentiment d'une exposition gargantuesque où on ne laisse finalement le joueur influer que sur bien peu d'éléments. Le simple contexte d'une armistice déjà signée avant les évènements du jeu est évocateur en ce sens mais à de nombreuses reprises, le jeu nous propose une géniale présentation d'un monde...Pour nous laisser simplement spectateur de la chose.
Une quête annexe m'a vraiment marquée à ce titre et montre tout le paradoxe du jeu dans son exécution : on nous propose littéralement une visite guidée sur Titan, l'une des lunes de Saturne, de quoi mettre en évidence le World Building exceptionnel du titre où tout est résolument cohérent et vraisemblable dans la manière dont les mondes sont agencés. Et une fois la visite terminée...Hé bien voilà, merci d'être venu et vous pouvez passer à autre chose. Il y a vraiment un effet carte postale très étrange où il faut réfréner ses velléités d'impacter l'environnement autour de nous, au delà du carcan prévu par des quêtes spécifiques. Et même dans ce cadre là, le jeu donne l'impression d'avoir souvent le cul entre deux chaises en matière de flexibilité de la narration sans jamais lorgner vers la structure hyper scénarisée popularisée par Mass Effect ou Witcher et sans jamais non plus offrir la même souplesse qu'un Baldur's Gate 3 ou Kingdom Come Deliverance 2 dans la résolution du conflit. Le jeu est également plombé par le même ton consensuel qui a grandement desservi Bioware ces dernières années avec une emphase trop prononcée sur le côté "Bon Samaritain / Gentil de service" dans les options de dialogue, ce qui rend d'autant plus surprenant par contraste les fois où on peut agir comme un véritable enfoiré, sans vergogne.
Ce qui a amené beaucoup de joueurs à médire sur la qualité d'écriture du titre et je peux comprendre ses réserves, même si je ne les partage aucunement au terme de ma longue aventure (130 heures et il me reste encore beaucoup de contenu à découvrir pour le New Game +). J'ai été au contraire agréablement surpris par l'ambition thématique du jeu qui parvient à convoyer des réflexions existentielles sur notre place dans l'univers sans verser dans la revendication prétentieuse ; un équilibre difficile à trouver en science-fiction mais j'ai rarement vu un titre interpeller autant le joueur sur ses croyances religieuses ou ses convictions morales ; des certitudes qui sont amenées à être inéluctablement ébranlées par la nature de nos découvertes. A ce sujet, le jeu possède la scène d'enterrement la plus mémorable que j'ai vu dans un jeu depuis Lost Odyssey et son impact émotionnel a fini par me saisir malgré la mise en scène rudimentaire de l'ensemble (privilégiez vraiment l'ancienne caméra à la Oblivion pour les dialogues au lieu du plan fixe catastrophique imposée par le jeu en premier lieu).
Même chose pour les quêtes où parmi les nombreuses livraisons Fedex et autres éradications de camps ennemis, le jeu offre de vraies pépites à l'image de l'infiltration dans la Forteresse Écarlate, tout simplement une des missions les plus mémorables du RPG de ces dernières années, aux côtés de l'Auberge de Baldur's Gate 3 ou du Mariage de Kingdom Come 2. Mais il faut s'imposer pour cela de séparer le grain de l'ivraie et ne pas avaler tout ce le jeu nous propose par crainte d'indigestion immédiate ; heureusement, c'est quelque chose que j'ai appris à faire depuis Dragon Age Inquisition, un autre RPG MMO inavoué, et en l'occurrence, j'ai choisi très tôt de mettre de côté la découverte des planètes et la collecte de ressources vu le caractère laborieux de la chose. Mais rien qu'avec les planètes habitées et les espaces urbains, il y avait déjà largement de quoi faire et si vous êtes du genre à vous intéresser aux micro-détails d'une Lore, jusqu'à la marque des vaisseaux ou les chaines alimentaires à travers la galaxie, tout est ici incroyablement harmonieux, même si l'immersion est souvent coupée dans notre élan par cette rigidité de l'univers.
En définitive, j'ai un peu le sentiment que l'ami Todd Howard s'accroche trop à un idéal d'un RPG ultime, accessible à tous, au lieu de défendre une vision créative plus radicale mais induisant aussi une proportion plus limitée dans le public visé ; le jeu de rôle PC a souvent souffert d'une impression un peu sectaire pour les non-initiés et Starfield se propose d'y remédier de bien des façons, jusqu'à sa difficulté totalement paramétrable mais où on ne sait même plus si on est en train de foutre en l'air la logique du jeu ou s'il peut véritablement encaisser toutes ses variations sans démolir la structure des quêtes (la réponse est non : les dégâts environnementaux par exemple rendent impossibles la complétion de certaines missions avancées dans le jeu). Même chose pour les allégeances contradictoires envers les différentes factions, réalisables au sein d'une même partie sans que le jeu ne prenne en compte nos connaissances acquises auprès des autres organisations concurrentes ou même le principe, génial sur le papier, du New Game + qui nous encourage dans cette démarche complétionniste sans se soucier vraiment d'un RolePlay très défini.
Et pourtant que de souvenirs en définitive...Des mondes, des trahisons, des secrets vertigineux, des batailles spatiales où on prie autant pour la survie du vaisseau que le moteur du jeu encaisse le choc, des dizaines de conflits désamorcés, des vaisseaux volés à la surface des planètes ou en abordage dans l'espace et au milieu de tout ce foutoir intergalactique, la simple joie de constituer son propre équipage comme un rêve de gosse alors que les jours du Commandant Shepard commencent à se faire lointains. Car au delà des innombrables paysages stellaires contemplés depuis mon vaisseau, ce sont bien mes compagnons qui resteront à nouveau gravés dans ma mémoire.
Même dans l'espace, l'humain prime toujours.