On parle, à raison, de Final fantasy 7 comme étant le jeu de la PSone et qui a été révolutionnaire pour l'époque... Parlons franchement, Suikoden II mérite le même traitement...
Il y a des jeux qui marquent un âge, et d’autres qui les traversent. Suikoden est entré timidement dans la légende et il mériterait d'être bien plus connu aujourd'hui. Découvert à l’époque bénie de l’émulation sur PC, dans ces années où on lançait un RPG sans savoir si on allait le finir ou l’oublier deux jours plus tard, je l’avais gardé dans un coin de mémoire comme étant l'une des meilleures suite à ma connaissance.
Et en le redécouvrant récemment, malgré la compilation HD paresseuse qui l’accompagne, j’ai retrouvé ce sentiment intact. Celui d’un jeu généreux, ample, habité. Un classique discret mais essentiel.
Là où le premier Suikoden posait des bases un peu rugueuses mais follement ambitieuses, le second les polit, les affine, les embrase. Tout est plus fluide, plus dense, plus incarné. L’histoire prend place trois ans après les événements du premier, mais même sans les avoir vécus, on comprend vite...
Ici, on va parler de guerre, de trahisons, de choix impossibles. Ce n’est pas un RPG héroïque où l’on sauve le monde, c’est une tragédie politique où l’on essaye tant bien que mal de rassembler les morceaux.
Le jeu réussit un truc rare, car il donner un sens émotionnel à la construction de ton armée. Recruter les 108 étoiles n’est pas juste un objectif de complétion. Un cri silencieux contre la fatalité. Chaque recrue, chaque brique de ton QG, chaque talent déniché dans un village paumé te rapproche de ce rêve un peu fou, faire tomber une dictature avec des artistes, des cuisiniers, des soldats, des enfants. Ce n’est pas juste un effectif, c’est une cause.
Et puis il y a le duo central.
Toi, le héros silencieux... Et le célèbre Jowy. Cette figure fraternelle, ce miroir inversé, ce cœur brisé que le jeu va te faire aimer, perdre, craindre, comprendre. Leur relation est l’une des plus puissantes qu’un RPG ait su créer sans phrases inutiles. (On est au niveau d'une Aeris) Tout passe par les silences, les regards, les batailles évitées ou déclenchées trop tard. C’est une histoire de loyautés brouillées, de chemins croisés, de ce qu’on sacrifie pour ses idéaux.
Le jeu ose aller jusqu’au bout, sans morale facile!
En bref, une claque que tous joueurs/eueses devraient vivre une fois dans leurs vies.
Sur le plan du gameplay, Suikoden II reste fidèle à sa formule... Combats classiques en tour par tour, magies via les runes, batailles stratégiques à grande échelle, et duels 1v1. Mais tout est plus équilibré, plus lisible, plus impactant. Les batailles stratégiques, surtout, ont gagné en ampleur et en tension. Et il y a cette possibilité incroyable de voir certains personnages mourir définitivement si on ne recrute pas à temps ou si on prend les mauvaises décisions. Le jeu ne te tient jamais la main et ça rend l'aventure et les choix bien plus percutants!
Visuellement, l’esthétique 2D n’a pas vieilli. Au contraire, elle a cette chaleur pixelisée que la compilation HD, paradoxalement, a un peu trahie par son lissage tiède. Les visages sont expressifs, les décors riches en détails. C’est sobre, mais plein de charme. Et la musique… douce, grave, mélancolique, parfois solennelle. Des thèmes comme “Reminiscence” ou “Gothic Neclord” restent en tête longtemps après la fin du jeu.
Alors oui, il y a encore des défauts. Quelques lenteurs, des pics de difficulté mal calibrés, une interface vieillissante… Mais franchement, qui s’en soucie quand un jeu arrive à ce point à nous faire croire en sa cause ? Suikoden II, c’est un cri d’amour pour les exclus, les rêveurs, les combattants sans gloire.
C’est l’un des plus beaux RPG de la PlayStation, et il ne cesse de le prouver, années après années.