Après avoir sauvé la princesse du Royaume Champignon, Mario est envoyé dans sept pays dont les différents souverains ont été transformés en animaux par les sbires de Bowser (et non ses fils, comme on l'entend souvent). Première véritable suite de Super Mario Bros.*, Super Mario Bros. 3 en reprend les principaux codes et en complexifie la formule.

Notre héros a désormais plus de choix dans ses transformations : outre le champignon qui le fait grandir et la fleur qui lui permet d'envoyer des boules de feu, la feuille lui procure une queue de raton-laveur très seyante lui permettant de ralentir sa chute ou de prendre son envol pour quelques secondes quand il prend l'élan nécessaire. Plus rares, différents costumes lui procurent de nouveaux pouvoirs : celui de tanuki octroie les mêmes capacités que la feuille en ajoutant la possibilité de se transformer en statue invulnérable pendant un court instant, celui de grenouille nous rend bien plus maniable sous l'eau et celui des frères marto nous permet de lancer... des marteaux.

Le chemin sur la map-monde n'est plus imposé mais propose des embranchements ainsi que des mini-jeux permettant de gagner des vies ou des objets. Ces derniers (champignons, feuilles, fleurs, étoile, etc) sont alors stockés dans un inventaire et utilisables avant de commencer un niveau. Certains bonus plus rares (ex: l'aile P qui permet de voler indéfiniment) perdent leur effet une fois le niveau terminé. Il existe toujours des raccourcis permettant de sauter des niveaux, notamment en utilisant des flûtes, mais celles-ci sont si bien dissimulées que je n'en ai pas vu une seule.

Bref, tout cela vous le savez déjà - car qui ne connaît pas SMB 3? D'autres ont déjà souligné le talent qu'il faut pour proposer un gameplay aussi riche et varié en utilisant seulement deux boutons. Oui, Super Mario Bros. 3 est le jeu de plate-forme ultime : scénarisation minimaliste, menus quasiment absents, contrôles épurés et possibilités d'action nombreuses. Là où je voudrais en venir c'est sur le ton de l’œuvre, son ambiance.

Aujourd'hui, chacun tient pour acquis que l'univers de Mario est mignon. C'est d'autant plus flagrant dans les productions récentes - les New SMB - où l'on en vient à se demander pourquoi l'on devrait cogner ces sympathiques tortues qui dansent au rythme d'une musique guillerette. Mais en revenant aux sources de la série, j'ai pu constater que sous les airs de naïveté infantile de SMB 1/3 sourdait une inquiétante étrangeté.

On ne s'en rend pas bien compte du fait de la progression toute en subtilité de l'ambiance. Tout commence sous les meilleurs hospices, avec décors idylliques et musiques sautillantes. Ici un souterrain avec une musique plus caverneuse, là un château renfermant un mini-boss, mais rien de véritablement troublant. Et puis, tout d'un coup, un changement de ton à peine perceptible, quelque chose qui nous souffle que le temps de l'insouciance enfantine est révolu. Dans SMB, c'étaient par exemple les premiers décors de nuit. On se rend compte que les ennemis sont dangereux : oui, la jolie tortue veut votre mort. Les pièges deviennent plus retors, les sauts plus périlleux, et on découvre que l'univers de SMB est un univers de faux-semblants, que le cadre gentillet est une menace pour votre vie.

Dans SMB 3 on le perçoit musicalement avec la musique étrange du monde 6. On sent aussi que quelque chose ne va pas quand le décor est celui d'un extérieur et la musique celle d'un souterrain - et l'on s'aperçoit en frappant un bloc que le décor est une supercherie, un vulgaire papier-peint, car le minuscule tressautement du bloc a laissé entrevoir les profondeurs d'une caverne.

A cela s'ajoute les énigmes. On en parle assez peu, mais SMB ce n'est pas que de la pure plate-forme dirigiste : tout à coup, le château se transforme en dédale, et il vous faut trouver la sortie. Cela participe au changement de ton, sans crier gare l'obstacle change, et les repères de notre plombier avec. Le monde 7 contient une perle du genre.

Et enfin arrive le monde 8, le Dark World, celui qui fait tomber les masques, celui qui révèle au joueur arrivé jusque là que décidément, non, Super Mario Bros. n'est PAS mignon. Partout la lave, les flammes qui dansent, des crânes qui s'illuminent. Comme pour bien montrer que toute gaieté a disparu, les niveaux sont austères, plongés dans le noir, MOCHES. Ce sont des champs de bataille faisant passer les bateaux volants pour des parcs d'attractions, avec des chars en bois truffés de dizaines et de dizaines de canons. La difficulté atteint sont paroxysme (et on ne peut que regretter l'absence de sauvegarde ou de mot de passe, qui peuvent rendre le jeu assez rebutant dans ses conditions d'origine). Et lorsque l'ultime épreuve est passée, lorsque Bowser le roi Koopa est à nouveau défait, on retrouve la princesse prostrée dans sa geôle. Elle se retourne pour vous dire très doucement... "Thanks, but our princess is in another castle... Just kidding ha ha ha" La pauvreté du remerciement et l'incongruité de la blague mettraient presque mal à l'aise. On se rappelle alors que Princess Toadstool signifie "Princesse du champignon vénéneux". Et si l'antagoniste principal du jeu n'était pas celui qu'on croyait?

Pour moi l'essence de Mario est là : aventureux, mystérieux, étrange, fantastique. C'est aussi le souvenir que j'ai de Super Mario 64. Mais la série a pris une autre direction, assumant désormais pleinement son univers infantile. Et je ne saurai jamais si les toads sont bel et bien des crapules.

*Super Mario Bros. 2 est un imposteur, une version travestie pour l'occident de Doki Doki Panic. Le véritable Super Mario Bros. 2 ressemble davantage à une version Super Mario Bros. 1.5 : le principe et les graphismes sont exactement les mêmes. Les vraies évolutions apparaîtront dans ce Super Mario Bros. 3, notamment graphiquement (Mario et Bowser sont bien mieux modélisés).
RaoulDeCambrai
8
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le 29 oct. 2014

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