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Worst Game Ever
Je n'ai pas l'habitude de mettre des notes aussi extrêmes, mais The Callisto Protocol fait incontestablement parti des pires jeux auxquels j'ai joué dans ma vie. Et le pire, c'est que j'étais...
le 18 déc. 2022
Jeu de Striking Distance Studios et Krafton Game Union (2022 · PlayStation 5)
Le pire ennemi de The Callisto Protocol n'a jamais été un Biophage. C'était un fantôme. Celui de Dead Space, évidemment, convoqué à chaque bande-annonce, à chaque interview, à chaque plan où une silhouette avançait dans un couloir mangé par les ombres. Comment aurait-il pu en être autrement ? Glenn Schofield revenait sur les terres qu'il avait lui-même labourées, entouré d'une partie de ceux qui avaient façonné le chef-d'œuvre de Visceral Games. Puis l'ironie s'est invitée au pire moment. Quelques semaines seulement après son arrivée, Dead Space renaissait dans un remake d'une insolente maîtrise. La sentence était prête avant même le procès. The Callisto Protocol ne serait jamais jugé pour ce qu'il proposait, mais pour ce qu'il refusait d'être. Il fallait un nouveau Dead Space. Il a livré autre chose. Et cette différence lui a longtemps coûté plus cher que ses véritables défauts.
Car Black Iron ne cherche jamais à séduire. Cette prison ne possède rien de spectaculaire. Elle écrase. Elle compresse. Elle donne l'impression d'avoir été bâtie pour broyer les hommes avant même que les monstres ne s'en chargent. Les coursives sont étroites, les plafonds oppressent, les salles techniques ressemblent à des organes industriels laissés à l'abandon. Chaque porte hydraulique s'ouvre dans un râle métallique qui semble protester contre votre présence. On a souvent reproché au jeu ses conduits d'aération, ses passages forcés entre deux plaques de métal, ses étranglements permanents. Comme si l'on reprochait à une prison de manquer d'horizons.
Cette obsession de l'enfermement finit par contaminer tout le reste. La lumière elle-même paraît prisonnière des lieux. Elle glisse sur l'acier graisseux, s'écrase contre les murs humides, accroche les flaques de sang avec une précision presque obscène. Peu de jeux de cette génération donnent autant de poids à leurs matières. Le métal est froid. Les chairs sont lourdes. Les corps existent avant même d'être mutilés. C'est une qualité devenue étonnamment rare à mesure que la technique poursuit le photoréalisme. Beaucoup affichent des textures magnifiques. Peu fabriquent une véritable présence.
Cette présence, The Callisto Protocol la transforme en violence. Pas en action. En violence. La nuance compte.
Là où Dead Space invitait à garder ses distances, à réfléchir à l'espace, à découper méthodiquement chaque membre, ici tout finit par se jouer à portée de souffle. Les créatures se jettent contre Jacob avec une brutalité animale. Les coups de matraque résonnent comme des impacts de masse sur de la viande. L'esquive, si souvent moquée, impose un tempo inhabituel. Il faut accepter de rester au contact, de lire les épaules d'un ennemi plutôt que son animation entière, de sentir le moment où le corps bascule enfin assez pour ouvrir une fenêtre de tir. Les premières heures résistent. Les réflexes acquis ailleurs deviennent presque des handicaps. Puis quelque chose se met en place. Lentement. On cesse de jouer contre le système pour jouer avec lui.
Tout n'y fonctionne pas.
Dès que plusieurs ennemis envahissent l'écran, cette belle mécanique perd une partie de sa lisibilité. Certaines arènes paraissent davantage pensées pour mettre le joueur en difficulté que pour laisser le système exprimer ses qualités. Quelques affrontements sentent la contrainte plus que le défi. C'est vrai. Mais ces maladresses ont souvent servi d'alibi pour balayer tout le reste avec une désinvolture assez fascinante. Comme si un survival horror devait désormais être irréprochable jusque dans ses coutures pour mériter le droit d'exister.
Ce que The Callisto Protocol réussit, en revanche, peu de jeux l'approchent avec une telle obstination. Chaque impact possède une matérialité presque dérangeante. Les animations refusent toute élégance. Les os éclatent mal. Les corps tombent lourdement. Les monstres continuent parfois d'avancer alors qu'ils semblent déjà disloqués. Même les morts de Jacob, abondamment commentées à l'époque, dépassent rapidement le simple exercice de grand-guignol. Elles participent à une idée très précise. Ici, le corps humain ne vaut rien. Il casse comme une pièce d'usure. Il se déchire avec une facilité presque humiliante. Cette fragilité irrigue tout le jeu.
Son récit, lui, ne possède pas cette même force. Les expériences biologiques, les dérives carcérales, les conspirations industrielles dessinent un horizon familier que l'écriture peine parfois à dépasser. Certains personnages traversent l'aventure sans véritable épaisseur et quelques révélations arrivent avec un temps d'avance sur le joueur. Pourtant, je me suis surpris à suivre Jacob jusqu'au bout sans jamais décrocher. Peut-être parce que Josh Duhamel lui prête exactement ce qu'il fallait. Pas du charisme. De l'usure. Son visage raconte davantage que les dialogues. À mesure que Black Iron se désagrège, lui aussi semble perdre quelque chose. Pas seulement de l'espoir. De la résistance.
Le travail sonore accompagne cette lente érosion avec une intelligence remarquable. Les musiques savent disparaître au bon moment pour laisser les machines respirer seules. Un ventilateur lointain, un néon qui crépite, une porte qui gémit sous son propre poids deviennent des signaux d'alerte plus efficaces qu'un orchestre entier. Le silence n'annonce pas forcément le danger : il annonce surtout que quelque chose attend.
Bien sûr, difficile d'ignorer le lancement catastrophique. Les performances, notamment sur PC, étaient indignes d'une telle production. Plusieurs correctifs ont ensuite réparé une bonne partie des dégâts. Mais les réseaux sociaux avaient déjà classé le dossier. Le verdict était devenu un mème. Internet adore les exécutions publiques. Elles demandent moins d'effort que les réhabilitations.
Le temps, lui, travaille autrement.
En revenant aujourd'hui dans les entrailles de Black Iron, débarrassé du vacarme qui entourait sa sortie, The Callisto Protocol apparaît enfin pour ce qu'il est. Pas un successeur raté de Dead Space. Pas un chef-d'œuvre incompris non plus. Plutôt un survival horror profondément imparfait, parfois entêté jusque dans ses erreurs, mais animé par une vision qui ne ressemble à personne d'autre. Une œuvre qui préfère imposer son propre rythme plutôt que flatter celui des habitudes. Ce n'est pas toujours confortable. Ce n'est pas toujours brillant. Mais dans un genre qui recycle si souvent ses certitudes, cette façon de serrer les dents et d'avancer malgré tout mérite sans doute davantage qu'un haussement d'épaules.
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il y a 2 jours
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