Il me fait souffrir, et il le sait, mais pourtant je l’aime. J’ai un problème docteur ?

J’ai beau être fan de Shinji Mikami, les premières heures au contact de The Evil Within auront failli me faire abandonner le jeu : on commence avec une première demi-heure pendant laquelle on clopine de cachette en cachette, sans arme, face à un gus qui nous insta-kill chaque fois qu’il nous trouve. Puis le jeu introduit ses mécaniques pendant l’heure suivante, et franchement je commence à en avoir marre d’être bridé de la sorte.

Mais il faut avouer que la curiosité est titillée par des scènes complètement what-the-fuck qui te retournent le cerveau, c’est génial ! Et puis le héros est classe, si vous êtes sensibles aux charmes des « beaux bruns ténébreux ».

Mais le gameplay de ce qui était présenté comme un Resident Evil 4-like fait tout pour me repousser : le perso est lourd, on met quinze plombes à fouiller les décors, le level design est plein de culs de sac et de murs invisibles, et l’interface est vraiment pas pensée pour le PC. En plus le jeu est en 2.35:1, ce qui le rend terriblement peu user-friendly.

Bref j’ai l’impression de me retrouver face à un The Last of Us raté, avec une infiltration moins bonne, un perso plus lent, et une difficulté totalement folle renforcée par des checkpoints trop espacés. Du coup je suis ennuyé, pas effrayé, parce que si un ennemi me trouve je vais devoir me retaper 20 minutes de gameplay lent et lourd...

Bref j’en suis à 2h30 de jeu, il n’y a pas vraiment d’histoire, et je commence à me demander si ça vaut le coup de continuer, alors j’arrête...

Le lendemain, je me surprends à avoir envie de rejouer, parce que quand même, cet univers Lynchien comme c’est pas permis (Est-ce qu’on rêve ? Est-on encore vivant au moins ?) me fait envie, alors je relance le bousin.

Et je ne sais pas si je commence à m’habituer à la lourdeur des actions, mais je commence à bien m’amuser. C’est très lent, la fouille des niveaux est longuette, mais en améliorant un peu nos compétences et armes par-ci par-là, le jeu devient moins âpre. On se fait quand même éclater régulièrement, mais c’est un parti pris du jeu, et un tout cohérent commence à se former :

The Evil Within est une pure proposition horrifique, totalement premier degré : rien n’est accueillant, c’est glauque comme c’est pas permis, le jeu est sombre et parfois illisible, et ose en plus utiliser un format d’image qui renforce son côté claustrophobique. En nous faisant incarner un policier claudiquant de danger en danger, il nous rend terriblement pessimiste quant aux chances de survie de notre personnage, si celui-ci n’est pas déjà mort et en enfer, évidemment.

Et je pense que le vrai piège pour le joueur, c’est la comparaison avec Resident Evil 4, qui était un grand huit d’action, parfois difficile, mais dynamique de bout en bout. Alors qu’ici, malgré les citations que Mikami s’amuse à faire (la première rencontre avec un « zombie », l’arrivée dans un village rural,...), on est face à une proposition radicalement différente : tout est lent, oppressant, on est incité à s’infiltrer parce que largement sous-équipé, et on se sent incroyablement fragile face à un univers incompréhensible et impitoyable. Et j’irai même jusqu’à dire que les références à Resident Evil sont une erreur, et rendent la proposition de Mikami encore plus casse-gueule, tellement ce The Evil Within propose quelque chose de radicalement différent pendant ses premières heures.

Car oui, plus l’on progresse dans le jeu, plus on trouve d’armes et plus on améliore notre personnage, ce qui vient contre-balancer un peu notre fragilité originelle, et nous fait abandonner l’infiltration. Le jeu sait intelligemment s’adapter, en proposant des situations dans lesquelles notre arsenal sera toujours presque insuffisant pour s’en sortir vivant, mais une fois qu’on a assez de munitions et des niveaux un peu plus ouverts, on se rapproche effectivement d’un Resident Evil 4 en plus lourd, plus lent, et plus horrifique.

Car oui, encore une fois, The Evil Within tourne le dos à la bisserie de la série de Capcom, en nous proposant une horreur premier degré qui fonctionne très bien : on a du symbolisme à la Silent Hill, des environnements tous plus cauchemardesques les uns que les autres, alors si vous êtes fan d’horreur vous allez vous régaler.

Et cet aspect m’a fait adorer ce jeu, alors même qu’il est loin d’être parfait, notamment parce qu’il mélange un peu trop de trucs :

- L’infiltration qui était si importante au début est clairement abandonnée en cours de route.

- On sent une influence de The Last of Us un peu mal digérée, car ici le perso est trop lent pour qu’on ait envie de fouiller le décor.

- Les scripts hachent un peu trop l’action, comme dans les derniers Wolfenstein : quand le gameplay est fun, donnez-moi des ennemis et fermez vos gueules !

- Les morts sont bien trop souvent injustes, car dues à des pièges impossibles à prévoir, et ça vous force à refaire un tronçon de jeu.

Et on quand même l’impression, une fois passé la phase d’infiltration, que The Evil Within répond à la question (que personne ne se posait) : Resident Evil 4 en plus lent, plus difficile et plus joli, c’est aussi bon ? Non, évidemment ! Mais c’est quand même pas mal, faut avouer.

Tous les chapitres ne se valent pas, mais le jeu se termine sur des chapitres bourrés d’idée de mise en scène géniales, avec notamment un final dantesque que j’ai adoré !


Bref : côté ambiance et mise en scène, le jeu assure à mort. Côté histoire, c’est franchement sympa. Et côté gameplay ? Ben c’est moins bien que Resident Evil 4, et pas forcément pour de bonnes raisons. Mais si vous aimez l’horreur, vous auriez tort de vous priver de ce The Evil Within, clairement !


16/20


Jopopoe
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le 29 déc. 2025

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