Après le choc vidéoludique qu'avait été l'adaptation de The Walking Dead (et après les six mois de thérapie visant à me convaincre qu'appuyer sur la gâchette était la bonne solution) c'est avec une certaine appréhension que j'ai lancé The Wolf Among Us. N'était ce qu'un coup de chance? Telltale était il être capable, ne serait ce que d'égaler la qualité d'écriture de son œuvre précédente? C'est déjà mettre la barre bien haut!

Mais je suis un homme confiant. Enthousiaste à l'idée que The Walking Dead marque l'émergence d'un studio à l'immense talent, je prend une grande inspiration et m'avance lentement vers les néons de Fabletown.

TWAU reprend l'univers de Fable, une série de comics créée par Bill Willingham qui narre les mésaventures de nombreux personnages de contes et légendes, brusquement expulsés de leur royaume merveilleux pour venir s'installer à New York. Si le concept, et les contes en général ont fréquemment été exploités ces dernières années, Fable se distingue par son approche sombre, mâture, crue, et (de manière tout à fait subjective ) par sa qualité d'écriture. Comme c'était déjà le cas pour TWD, l’enjeu est de taille pour Telltale qui doit se montrer à la hauteur d'un matériau original au succès critique et publique considérable. Heureusement, l'écriture est à nouveau soignée, ambitieuse, intelligente et témoigne d'un grand respect pour l’œuvre adaptée . Bigby, (le grand méchant loup que l'on incarne) a un charisme terrible. Les personnages sont globalement très attachants et bien caractérisés, la mise en scène impeccable. Bien que le parti pris d'un traitement très sombre soit déjà présent dans les comics, le studio oriente plus spécifiquement son jeu vers un aspect très "néo-noir", et ça marche.

En terme d'ambiance et d'esthétique, le jeu est un régal, la direction artistique à tomber par terre, la patte graphique et notamment le choix des couleurs hisse le cel shading (effet dessiné) à un toute autre niveau. Loin d'une recherche de photoréalisme ou de performance technique, TWAU est une de ces œuvres qui rappellent la véritable dimension artistique du jeu vidéo. En terme d'ambiance, on est en plein dans les codes du film noir. Un détective, des cigarettes et du whisky, un club de striptease et des meurtres. Voir des personnages de contes débarquer dans cet univers est déjà un régal en soit, mais il faut dire qu'en plus, le studio s'approprie l'exercice avec un remarquable talent.

Le gameplay reste le même, actions contextuelles, choix de dialogues et éléments à trouver dans les décors. Bien que Telltale sache maîtriser celui ci, et qu'une légère recherche pour en explorer les possibilités soient discernables, on peut reprocher une absence de réelle prise de risque. Sans aller jusqu'à casser l'immersion, cette légère redondance nous permet d'apercevoir les limites de cette forme d'interaction. On remarque aussi que, tandis que TWD s'articulait un peu comme un road trip et donnait une nette impression de progression , TWAU, enquête oblige, nécessite de repasser aux mêmes endroits, de poser les mêmes questions et d'interagir avec les mêmes personnes, allant parfois jusqu'à créer un petit côté "toi je t'aurais à l'usure," ce qui amène quelques problèmes de rythme.

A certains endroits, le gameplay se révèle même assez maladroit. Lors d'un interrogatoire par exemple, on est à la fois dans l'urgence de créer la narration car les choix de dialogues ont un temps limité, mais aussi dans la volonté de résoudre l'enquête avec le risque de mal aborder une conversation . Ce qui au final nous amène à bâcler un peu certaines séquences en choisissant maladroitement nos questions, car ne pas parler à un suspect fait craindre de manquer une occasion de faire progresser l'enquête. Quel intérêt d'inclure une limite de temps lorsque le suspect attend silencieusement que le joueur pose ses questions ? Le temps limité de certaines séquences se justifie par le contexte, mais pour les autres, dommage de sacrifier le confort du joueur au profit du rythme, ou plus simplement de la vitesse.

Mais je chipote, il ne s'agit là que d'un défaut assez minime, selon moi le problème le plus important du titre vient d'un personnage que je ne citerais pas pour éviter les spoilers, et qui accompagne notre héros tout au long de son aventure. Si les premières séquences qui mettent celui ci en scène laissaient présager du meilleur, il est regrettable de constater qu'il n'est utilisé pendant tout le jeu que comme un vulgaire faire valoir, une petite astuce des développeurs destinée à permettre au joueur de se sentir tout puissant, le Watson de notre Sherlock Holmes si vous voulez. Si l'idée d'avoir un personnage qui serve de faire valoir n'est pas mauvaise en soit, dans TWAU, elle gêne, car le personnage en question est censé être fort, actif, indépendant, fonctionner sur un pied d'égalité avec le joueur et exercer une certaine influence sur l'univers du jeu. Hors dans l’œuvre, si il s'oppose au joueur de manière assez systématique, c'est uniquement pour mieux mettre en exergue notre toute puissance par la suite, lorsque la narration accordera à l'issue de chaque conflit, qu'on le veuille ou non, les pleins pouvoirs à Bigby pour décider de la suite de l'aventure,

Ce personnage qu'on voyait plein de potentiel est donc réduit à une simple présence sans aucune influence réelle sur le cours des évènements, uniquement exploité pour valoriser maladroitement le personnage principal et mettre en lumière notre influence absolue sur l'univers qui nous entoure. Ce choix casse légèrement l'immersion, rappelant au joueur qu'il est dans un monde crée à son intention, et que lui seul est au centre du dispositif narratif.

Dommage, donc... Mais espérons que le studio s'est rendu compte de sa petite maladresse et qu'il pourra rectifier le tir lors de sa saison 2, car il y'aura une saison 2 n'est ce pas? Game of Thrones, Borderlands et Minecraft c'est bien mignon mais après un final pareil, j'ose espérer qu'on aura droit à une saison 2!!

Pour conclure, The Wolf Among Us est une œuvre mémorable, loin d'être parfaite, certes, mais dont l'esthétique, l'ambiance et la qualité d'écriture parviendront sans mal à retenir celui ou celle qui accepte de déambuler dans les rues malfamées de Fabletown.
Towk
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le 24 janv. 2015

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