Je me suis arrêtée à l'hôtel Clarington pour la nuit, j'ai entendu dire qu'il avait bonne réputation. En effet, la chambre est propre, le lit est fait, et tout est soigneusement rangé ; en apparence tout semble parfait... Mais j'ai le sentiment que cette femme de ménage de mon étage est autant fouineuse que consciencieuse. À trop vouloir dépoussiérer les secrets des clients, je crains que sa curiosité lui joue des tours un jour. Alors, le service sera-t-il étoilé ou minimum ?
❤ Sifflez en travaillant car plusieurs musiques accompagnent Sophie dans ses tâches. On est plongé immédiatement dans l'ambiance des années 50, avec des thèmes qui rappellent le travail de Bernard Herrmann, entre suspense et romantisme, et qui contribuent à installer ce climat de thriller. On a même droit dès l'introduction à une vieille chanson québécoise d'époque, qui nous transporte instantanément dans cette période. J'ai d'ailleurs regretté qu'il n'y en ait pas eu un peu plus par la suite, mais étant donné que c'est un petit studio, j'imagine que les droits n'ont pas forcément été accessibles. Et de toute façon, au vu de la qualité de la BO, on passe facilement outre ce détail. Côté environnement sonore, il se fait plutôt discret, mais pas besoin d'un grand remue-ménage pour faire monter la tension : les moindres craquements ou bruits d'ascenseur suffisent parfois à instaurer un sentiment d'urgence lorsque Sophie fouille les chambres. Enfin, quitte à découvrir des secrets, autant les commérer à voix haute. Ainsi, deux versions sont proposées pour le doublage, une anglaise et une québécoise, mais toutes deux interprétées par les mêmes comédiens. Elles sont chacune très bonnes, bien que j'avoue avoir une préférence pour la seconde, les accents et les expressions donnant beaucoup de charme à l'ensemble.
+/- Tout comme la musique, le visuel nous emporte dans le temps grâce à une esthétique très vintage, du chara-design aux décors. Il n'y a certes pas beaucoup de zones à explorer, mais la mise en scène sait en tirer parti en apportant ainsi un aspect très claustrophobique, encore plus lorsque le jeu des lumières et le silence viennent l'appuyer. En revanche, l'animation est assez rigide ; heureusement que le jeu d'acteur sauve les meubles, car ce ne sont pas les expressions faciales qui créeront l'émotion.
+/- Qui a dit que le travail d'une femme de chambre était ennuyant ? Du moins, pour Sophie, qui passe son temps à farfouiller dans les chambres de ses clients, cela peut amener à des situations bien particulières et intrigantes. C'est assez excitant de découvrir l'histoire au travers de ces fouilles : comme Sophie, on se prend à chercher de plus en plus d'informations pour résoudre le mystère de la chambre jau… ah, pas la bonne ! Le mystère de la chambre 505. Mais si le récit se construit en fouinant, il se développe également auprès de tous les employés de Clarington. Déjà, vous avez le choix entre deux acolytes pour vous épauler dans votre enquête, ou plus si infinités, et tous les deux amèneront un regard personnel selon les révélations faites. Car en effet, les années 50 abordent leur lot de discriminations et de problématiques qui feront le cœur même de l'intrigue. D'autres figures de l'hôtel seront également à découvrir, sans jamais apparaitre à l'écran, sûrement par manque de budget, mais amenées de manière maline avec des conversations de couloir. Pas facile de laver son linge sale quand les murs ont des oreilles...enfin, plutôt celles de Sophie qui trainent. Ces échanges furtifs dévoilent assurément encore plus de secrets, ou simplement des moments cocasses. Et là réside la force du jeu : nous faire connaître tout un tas de personnages sans jamais nous les montrer. Malgré tout, l'histoire manque de finalité et s'arrête au moment où elle semble véritablement démarrer, en balayant sous le tapis plusieurs informations non résolues, même s'il reste tout de même possible de théoriser à partir des indices récoltés. Par contre, même si le jeu est court, plusieurs fins sont possibles ce qui je l'avoue, m'a poussée à retourner un peu plus mettre mon nez dans les affaires des autres…. Sophie a décidément une mauvaise influence.
+/- Elle cire, elle frotte, elle range et chasse la poussière. Qui aurait cru qu'amusement et rangement feraient si bon ménage ? Car en effet, la majorité du gameplay repose sur le nettoyage. Autant, cela peut être vraiment satisfaisant de faire briller toutes ces chambres, autant cette mécanique fait surtout partie intégrante du scénario. D'un côté, elle nous permet de chercher des pistes pour résoudre les énigmes et de poursuivre notre petite enquête pas bien légale ; de l'autre, nos tâches peuvent même avoir une influence sur ce qu'il va se passer, en nous laissant choisir de faire ou non disparaître certaines preuves. Pour le premier point, les énigmes sont sympathiques mais ne seront jamais un très gros obstacle à franchir, et les indices révèlent même à mon goût, un peu trop de choses trop rapidement, nous laissant deviner assez vite les ressorts de l'affaire. Pour ce qui est des embranchements, je n'ai pas d'emblée saisi quelles actions pouvaient réellement avoir des conséquences. Une fois la partie achevée, avec la conclusion de l'intrigue en tête, j'ai toutefois pris davantage de plaisir à toucher à tout pour voir comment mes actions allaient se goupiller. En revanche, si Sophie est une femme de ménage efficace, il n'a pas été très clair au départ de savoir où tous les objets de ménage se rangeaient. Une petite formation s'impose !
✖ La gestion des indices et des tâches n'est pas très ergonomique, avec beaucoup de scrolling et une navigation qui ne facilite pas toujours la recherche d'informations. Un petit astiquage de l'interface serait de mise.
✖ Quelques soucis viennent entacher notre mission : il arrive que certains éléments du décor se coincent et que certaines actions à la manette ne se déclenchent pas correctement. Il faudra alors parfois la délaisser pour la souris, pourtant plus habituée à être chassée des chambres qu'à nous aider à les explorer.
Bilan du séjour : un service propre...trop propre...suspicieusement propre ? Si le personnel était attachant et que l'endroit ne manquait pas de charme, je soupçonne que certaines maladresses aient été effacées au désinfectant, car mon expérience n'a pas été tant mémorable que ça au final. En attendant, je quitte les lieux avant que Sophie n'ait le temps d'inspecter mes bagages. Après tout, chacun a ses petits secrets, destinés à rester cachés jusqu'à son lit de mort.