La visual novel, ou pour faire simple le point n'click à la japonaise, a eu un beau succès sur la nintendo DS notamment grâce à la série emblématique des Phoenix Wright. Mais bien évidemment, il s'agit de l'arbre qui cache la forêt, la dite forêt étant aujourd'hui bien clairsemée (Repose en paix CING). Invisible sous nos latitudes, 999 : Nine Hours, Nine Persons, Nine Doors était l'un de ces jeux et remporta un succès d'estime bien mérité en 2010. Près de deux ans plus tard, c'est avec grand étonnement que Chunsoft a sorti une suite pour la nouvelle génération de portatives, sur Vita et 3DS en l’occurrence. C'est une suite dans le vrai sens du terme. En effet, pas la peine d'y toucher si vous n'avez pas fini 999 sous peine de louper ¾ des références aux personnages et autres clins d’œil. Vous incarnez Sigma, un étudiant brillant (mais un peu con sur les bords) qui par une belle nuit de Noël 2028 se fait enlever par un type affublé d'un masque à gaz. Le réveil est dur, comme le sol de la pièce. Coincé dans un ascenseur bizarre avec comme seul compagnon une jeune fille un peu étrange et fort irritable, le jeu démarre fort. Après avoir résolu une énigme simple, vous tombez nez à nez avec sept autres personnes aussi paumées que vous. Très vite, un écran s'allume et la raison de votre présence devient limpide : un malade mental prénommé Zero vous a sélectionné pour jouer au nonary game. Ce jeu sadique est symbolisé par un bracelet électronique avec un chiffre pouvant vous tuer si vous trichez ou si son compteur tombe à zéro. Comme dans 999, votre seule échappatoire sera la porte Neuf qui mène vers la sortie. Pour la franchir, rien de plus facile : obtenir neuf points sur son bracelet. Grande différence, les points se gagnent en activant « l'ambidex game », sorte de dilemme du prisonnier opposant deux personnages à un troisième. S'allier ou trahir ? Telle est la question qui changera l'issue de l'histoire, vous amenant vers une mort certaine ou vers la sortie...

Le découpage du jeu est assez simple : une phase histoire et une phase énigme. La première prend la forme de dialogues et fait avancer l'histoire, vous offrant des choix cruciaux de temps en temps. Ces choix sont de deux types : choisir avec qui vous allez jouer la prochaine manche du jeu et ''l'ambidex game ». Les deux influent sur l'embranchement de l'histoire, vous offrant à la clé une salle d'énigmes différente et souvent un changement de partenaires. La phase énigmes prend la forme d'une pièce spécifique de votre prison : lounge, laboratoire, cuisine, etc. Le but de chaque salle est le même (trouver la combinaison d'un coffre contenant la carte d'activation de l'AB game) mais la manière varie énormément. Je conseille fortement de garder un cahier de notes et une calculatrice sous le coude, certaines peuvent être assez tordues (surtout pour les non-matheux comme moi!).

Si le jeu est basé sur le dilemme du prisonnier et que l'on passe son temps à crever ou à faire crever les autres, comment arrive-t-on au happy end ? C'est très simple. Le menu possède un écran « Flow » qui vous permet de d'aller à n'importe quel moment débloqué du jeu. Par une pirouette qui vous sera révélée, ce système s'inscrit dans la diégèse du jeu. Vous pouvez donc revenir à n'importe quel AB Game et faire un autre choix ou décider de changer de partenaire pour explorer une autre pièce. Le menu « flow », disposé comme un arbre généalogique, vous montre d'ailleurs les chemins débloqués et les futures possibilités qui s'offrent à vous. A certains embranchements de l'histoire, il vous manquera une information vitale (par exemple : le mot de passe d'un ordinateur) et un verrou se formera. Il vous faudra chercher dans une autre branche du flow la dite information. Le jeu comporte une dizaine de verrous que vous devrez débloquer pour acquérir la vraie fin. Contrairement à 999, vous êtes donc obligé d'obtenir les huit premières premières fins pour obtenir la dernière. Comme vous pouvez l'imaginer, Virtue's Last Reward est très long : 20 à 30 heures selon votre résistance à regarder une soluce.

Bien évidemment, dans un jeu où vous devez lire une tétrachiée de texte, une question essentielle se pose très vite : l'écriture est-elle bonne ? Étonnamment, oui. Comme 999, la structure narrative est faite comme un oignon, couche par couche, l'intrigue se dévoile. Le début est assez lent et l'on apprend pas grand chose. Puis les fins se débloquent une à une par à-coups. On finit par comprendre ce qui se trame, jusqu'à ce que le chemin vers la dernière fin se dévoile et que le twist final nous explose à la gueule. Les thèmes de l'histoire restent proches du précédent volume avec quelques concepts scientifiques pour expliquer le grand n'importe quoi final. Et croyez-moi, on finit par mordre à l'hameçon et à savourer chaque retournement de situation, avec un sourire en coin, celui qui confirme vos soupçons. A une ou deux fautes de goût près, le design des personnages reste plutôt agréable. Très vite, les neuf personnages deviennent familiers et l'écriture fait mouche. La traduction est assez hallucinante, toujours drôle et assez osée. Félicitations à Aksys pour son beau boulot. Le doublage (japonais ou anglais, au choix) est lui aussi d'excellente facture, même si les habitués des JRPG Altus reconnaîtront la plupart des voix. On regretta la présence de scénettes faites avec le moteur du jeu bien cheapos, au détriment de zolis dessins de 999.

Essentiellement, comme avec Hotel Dusk ou Phoenix Wright, vous jouerez à Virtue's Last Reward pour l'histoire. Les énigmes ne constituent qu'un gros aparté. Un gros chagrin toutefois, la fin du jeu qui n'est qu'un gigantesque teaser pour une suite. Là je ne parle pas d'une fin abrupte à la Soul Reaver, non, non. Chunsoft passe la dernière HEURE du jeu à vous expliquer ce qui va se passer dans la suite et le grand ordonnateur du nonary game vous dit texto (à vous le joueur) « wow, j'espère que tu seras des nôtres pour le grand final. ;) ». Le foutage de gueule fait art en quelque sorte. En faisant quelques recherches, on s'aperçoit bien vite que le scénariste du jeu, Kotaro Uchikoshi , avait réalisé Ever 17 en 2003, visual novel aux thèmes extrêmement similaires à 999/Virtue. Il semble donc que le monsieur offre tout simplement un successeur spirituel en bonne et due forme à son premier bébé. A suivre donc.
Coulis
8
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le 14 janv. 2013

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