Souvent flamboyant quand il s'assume comme un Beat Them All décérébré et spectaculaire. Souvent laborieux quand il essaye de cocher toutes les cases du AAA narratif d'aujourd'hui.
On nous bassine souvent avec la narration (plus que perfectible) des productions Sony alors que je trouve que les vrais héros oubliés de cet éditeur sont quand même les designers des systèmes de combat qui parviennent à nous offrir des combats à la fois spectaculaires mais avec une vraie exigeance de gameplay dans les difficultés les plus avancées. Après God Of War, The Last Of Us : Part 2, Horizon et Ghost of Yotei, Wolverine vient ajouter une pierre à cet édifice en franchissant clairement une étape après les combats juste fonctionnels des Spiderman ; si vous avez déjà transpirés face à Sekiro, n'hésitez pas à aborder directement le titre en difficulté ultime (Le Meilleur), ce qui vous offrira notamment des combats de boss assez mémorables.
Une autre qualité récurrente des exclusivités de cette console tient dans la qualité des versions françaises proposées et Wolverine ne déroge pas à la règle ; je savais que Jérémie Covillault serait à nouveau excellent mais on est dans un des cas de figure où la VF surpasse la version originale à bien des égards, notamment dans le récit des monologues hantés de Logan sur ses souvenirs confus (et un grand merci à ce comédien pour la générosité de son interprétation). Que ce soit dans le gameplay véritablement enragé qui nous incite à être extrêmement offensif en combat, la mise en scène hyper généreuse dans les moments de bravoure, la violence hallucinante de certaines séquences ou l'incarnation visuelle et vocale du personnage, Logan est un super-héros extrêmement réussi, à la fois touchant dans sa solitude et la peur de sa rage intérieure que galvanisant dans sa combattivité sans relâche face à l'adversité. Et si vous avez simplement envie de retrouver le personnage dans toute sa splendeur (sans des blagues Marvel de merde toutes les deux secondes), il n'y a vraiment pas de quoi faire la fine bouche à ce sujet.
Ça, c'est pour la facette réussie du titre car Logan est également en lutte intérieure avec un autre cahier des charges des AAA modernes et qui montre évidemment ses lacunes quasiment d'entrée de jeu. Deux écueils vraiment problématiques en la matière :
-Même en l'absence des Leaks regrettables dont Insomniac Games a souffert, le jeu est marqué par un rafistolage évident d'une structure plus ouverte vers une progression plus cadenassée. Je n'ai rien contre la linéarité dans le jeu vidéo mais on sent à bien des égards qu'elle n'a pas été assumée dès le commencement du projet et l'exploration pâtît énormément de ce basculement tardif : murs invisibles, barrières grossières, points d'accroches incertains ; le jeu est vraiment laborieux à explorer dès qu'il propose un niveau un peu moins condensé et à ce titre, l'exploration de Tokyo est un vrai ventre mou du jeu, tellement le cadre urbain illustre les limites de l'exploration (surtout que des jeux sur le Japon, on commence à en bouffer un peu trop à tous les râteliers dernièrement). Le jeu a été moqué pour sa durée de vie jugée dérisoire mais en vérité, il aurait gagné à évacuer deux ou trois heures de gameplay superflues dans l'exploration pour condenser davantage son rythme dans une dynamique d'action ininterrompue, là où il brille clairement davantage. En ce qui concerne la désormais célèbre ligne bleue, une option permet d'en changer la couleur et je ne peux que vous conseiller le rouge pour imiter les sens du Sorceleur ; cela jure infiniment moins avec le reste du jeu.
-Le jeu fait le pari de proposer une réinterprétation de l'univers X-Men où le joueur n'est ainsi pas vraiment en terrain connu par rapport au schéma traditionnel des comics, films et séries animées. Une intention louable mais à l'exécution très perfectible là où Spiderman et Batman proposaient quand même un paysage bien plus reconnaissable pour le joueur ordinaire ; je pense que sans cette rupture de ton, le jeu aurait été un peu mieux accueilli avec le capital sympathie associé à ces personnages et à cet univers connu. Un peu comme si les scénaristes avaient voulu sauter les étapes et proposer directement leur version de Old Man Logan sans bâtir en amont un affect pour le personnage et les autres mutants ; les X-Men emblématiques sont aux abonnés absents et remplacés par une galerie de personnages franchement ratés pour la plupart : Troy Baker est bidon comme d'habitude (une pierre de plus à l'édifice de l'escroquerie de ce comédien dont je ne comprendrais jamais l'omniprésence dans le milieu ; un peu le Pedro Pascal du jeu vidéo à ce stade), Mystique ne fait que hurler "Ma femme!" toutes les deux minutes pour cocher les quotas d'inclusivités de Twitter mais les scénaristes ont oubliés d'en faire un personnage intéressant à part entière (comme d'habitude, j'ai envie de dire) et ce n'était vraiment pas la peine d'accorder autant de place dans l'intrigue à Dents de Sabre si c'était pour en faire un personnage aussi unilatéral. Notons néanmoins que le dernier tiers de l'aventure renoue avec un cadre plus familier pour l'univers des mutants mais c'est un retour aux sources assez tardif pour une aventure de cette ampleur.
Enfin, au delà des débats "passionnants" sur le physique des héroïnes en 2026, force est de reconnaître que la romance avec Jean Grey est extrêmement forcée et ne fonctionne que rarement, hormis une étonnante scène à la James Bond (mais la plupart du temps, on se retrouve avec le sempiternel contraste à la Uncharted 4 : on vient de tuer 100 personnes mais accordons nous une pause romantique avec un air de violon en arrière fond). Car oui, autre cahier des charges oblige, on est à nouveau dans un jeu à compagnon avec Logan affublé d'un comparse durant les deux tiers de l'aventure ; le silence reste malheureusement l'ennemi numéro 1 des développeurs d'aujourd'hui. Et malheureusement, il est également difficile de croire à un univers où les mutants sont censés être inconnus du grand public quand des tueries ont lieu en pleine rue, sans réaction des PNJ en conséquence : à nouveau, le jeu montre ses faiblesses dans les reliquats de ses anciennes zones ouvertes et il aurait été plus opportun de déplacer l'action de Logan hors des quartiers habités. Pour finir, le récit a également un peu trop tendance à verser dans la surenchère en ce qui concerne les blessures de Logan, ce qui favorise une certaine distanciation avec les enjeux du scénario ; il est souvent admis qu'il est plus difficile de susciter l'empathie du public avec un surhomme (les scénaristes de Superman en savent quelque chose) et même si Logan est fragilisé à maintes reprises durant l'aventure, la suspension d'incrédulité est quand même un peu plus malmenée qu'à l'accoutumée en ce qui concerne la survie de notre personnage face à tous les périls qui le menacent.
Bref, un cahier des charges à nouveau regrettable pour un jeu qui ne manque pourtant pas de cœur à l'ouvrage mais j'ai eu à maintes reprises le sentiment d'une production qui essayait trop souvent d'imiter la patte de Santa Monica au lieu de creuser sa propre singularité. Rien néanmoins d'aussi honteux que l'Internet manichéen et haineux d'aujourd'hui voudrait faire croire mais le jeu illustre malgré tout les limites d'une formule qui semble trop essorée aujourd'hui (et dont il est à craindre que Laufey sera un peu le dernier clou dans le cercueil avant de passer enfin à autre chose). J'espère malgré tout un futur jeu X-Men de la part d'Insomniac enfin libéré de ces archétypes pour se consacrer pleinement à sublimer ses personnages de comics en mouvement ; dans ses moments de gloire, Wolverine nous rappelle la force du spectaculaire dans le jeu vidéo, bien au delà des capacités du cinéma ou de l'animation en la matière, et même s'il est souvent contraint de marcher à deux à l'heure, la lame de Logan ne s'est clairement pas émoussée avec l'âge.