10 films de la Berlinale 2026 à ne pas manquer

10 films de la Berlinale 2026 à ne pas manquer

15 février 2026

9 minutes

La 76e édition du Festival international du film de Berlin a débuté. Dans la programmation de cette année : 22 films en compétition officielle (dont neuf réalisés par des femmes ou en coréalisation avec des femmes), parmi lesquels 20 premières mondiales. C’est la deuxième Berlinale sous la direction de Tricia Tuttle, qui succède au directeur artistique Carlo Chatrian et à la directrice exécutive Mariette Rissenbeek partis l’année dernière avec pas mal de bruits. On vous fait un récap sur 10 films à surveiller de près dans cette édition du festival.

Film d’ouverture No Good Men de Shahrbanoo Sadat (Séances spéciales)



Comédie romantique afghane, troisième long métrage de la cinéaste Shahrbanoo Sadat (Wolf and Sheep, L'Orphelinat), révélée à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Elle y tient également le rôle principal.


Seule femme cadreuse au service des informations d’une chaîne de télévision à Kaboul avant le retour des talibans au pouvoir en 2021, Naru a quitté son mari infidèle et se bat pour obtenir la garde de son fils de trois ans. Désormais, il n’existe pour elle que lui et sa carrière. Mais, alors qu’elle ne s’y attend pas, un nouvel amour surgit dans sa vie, sur fond de travail dangereux des reporters à Kaboul. Tricia Tuttle a qualifié Shahrbanoo Sadat de « l’une des voix les plus lumineuses du cinéma mondial ».


Née à Téhéran dans une famille de réfugiés afghans, Sadat a vécu quelque temps en Afghanistan à l’époque de la République. Avec le retour des talibans, elle et sa famille ont dû fuir à nouveau le pays. La réalisatrice raconte donc cette histoire presque de première main, connaissant intimement l’injustice et la discrimination des femme d’un État patriarcal extrémiste.


At the Sea de Kornél Mundruczó (Compétition officielle)



Grand metteur en scène hongrois de cinéma et de théâtre, Kornél Mundruczó présentera en compétition son deuxième projet anglophone après Pieces of a Woman (2020), montré à Venise, qui valut à Vanessa Kirby une nomination aux Oscars.


Au centre de ce nouveau drame : Laura, ancienne danseuse confrontée à l’alcoolisme. Après une cure de désintoxication, elle retourne dans la maison familiale à Cape Cod, tentant de reconstruire ses relations avec son mari et ses enfants et de se retrouver (se reconstruire ? se décoder ?..) Autrefois visage de la troupe de danse dirigée par son père, elle a grandi dans l’ombre de son héritage ; puis vinrent la dépendance, l’accident et la rupture avec sa vie d’avant. Son mari l’accueille avec méfiance, sa fille adolescente avec une hostilité à peine voilée, et une distance douloureuse s’installe entre elle et son fils. D’anciens collègues la poussent à revenir sur scène, mais elle tarde à retravailler tant qu’elle n’aura pas éclairci son lien avec celle qu’elle était.


Le rôle principal est interprété par Amy Adams, nommée six fois aux Oscars mais toujours en attente de sa première statuette. Lauréat à Locarno, Cannes et Venise, Mundruczó explore à nouveau la fragilité de l’être humain au moment d’une fracture intime et familiale.


Rosebush Pruning de Karim Aïnouz (Compétition officielle)



Sans doute la première la plus attendue de la Berlinale en raison de son casting étoilé : Elle Fanning, Riley Keough, Callum Turner et Pamela Anderson.


Déconstruction satirique d’une famille bourgeoise patriarcale qui se fissure lorsque de sombres secrets remontent à la surface. Promesse presque shakespearienne, déployée dans le décor d’une villa luxueuse sous le soleil catalan. Jack, Ed, Anna et Robert vivent dans l’abondance et l’isolement, profitant d’un héritage confortable sans se soucier de leur père aveugle. La tragédie s’enclenche lorsque Jack décide d’emménager avec sa petite amie Marta, et qu’Ed découvre un secret de famille lié à la mort de leur mère.


Karim Aïnouz (La Vie invisible d'Euridice Gusmão), réalisateur franco-algéro-brésilien et habitué de Cannes, installé à Berlin depuis 2012, aime fouiller les zones d’ombre de l’âme humaine. Surtout lorsqu’il s’agit d’héritage, de foyer familial et d’âmes plus mortes que vivantes.


Rose de Markus Schleinzer (Compétition officielle)



Drame historique porté par Sandra Hüller, qui dresse le portrait de l’Allemagne du début du XVIIe siècle, après la guerre de Trente Ans. Arrivée dans un village protestant isolé, l’héroïne désespérée se fait passer pour un homme et vétéran de guerre, héritier d’un domaine abandonné. Les habitants regardent ce mystérieux étranger asocial avec suspicion.


L’Autrichien Markus Schleinzer a débuté comme acteur avant de devenir une figure majeure du casting, collaborant avec Ulrich Seidl, Jessica Hausner et Michael Haneke — il sélectionna notamment les enfants parmi des milliers de candidats pour Le Ruban blanc. Passé à la réalisation au début des années 2010, son premier film Michael (2011) fut sélectionné en compétition à Cannes et compta parmi les œuvres les plus provocantes du festival. Son deuxième long métrage, le drame historique Angelo (2018), fut présenté à Toronto.


Ce troisième film, à nouveau nommé d’après son personnage principal, compose avec les deux précédents une sorte de triptyque. Selon le réalisateur, l’inspiration provient de témoignages documentaires sur des femmes qui, à différentes époques de l’histoire européenne, se faisaient passer pour des hommes pour des raisons économiques, politiques, sociales ou personnelles.


The Moment d’Aidan Zamiri (Panorama)



The Moment est un mockumentary A24, produit et interprété par l'icône pop Charli XCX (réal. Aidan Zamiri), consacré à la tournée de son album phénomène brat. Un exercice d’équilibriste à la frontière du réel et de la fiction.


Star montante de la pop mondiale, l'héroïne principale affronte la pression de la célébrité et de l’industrie. Déclaration à la fois intime et post/méta-ironique de la chanteuse et cinéphile dont l’amour du cinéma fait les légendes: du « brat summer » devenu « Joakim Trier’s Summer » à son compte Letterboxd viral où elle chronique Pasolini, la bande originale des Hauts de Hurlevent avec Margot Robbie et Jacob Elordi, et bien sûr ses premiers rôles d’actrice.


L’an dernier, Charli a fait ses débuts dans le film polonais Eruption (Toronto), Sacrifice de Romain Gavras et le conte féministe 100 Nights of Hero (Venise). 2026 nous promet des apparitions chez Gregg Araki, Dakota Johnson et Cathy Yan, et bientôt une collaboration avec le maître japonais de la douleur et de la souffrance, Takashi Miike.


The Moment, c’est une esthétique néon et acide, un marketing minimaliste et audacieux façon A24, mais aussi de la pellicule, du palimpseste et une autofiction sur l’esprit du temps présenté en première mondiale à Sundance.


Joséphine de Beth de Araújo (Compétition officielle)



Un autre film venu de Sundance, reparti avec le Grand Prix et le Prix du public est ce drame sociétal difficile, mais nécessaire (et malheureusement pertinent avec les nouveaux détails de l’affaire Epstein). Ce film avec Channing Tatum nous présente les relations parents-enfants justes et authentiques et trace le processus de construction de soi dans un monde saturé de violence.


Tôt le matin, Joséphine et son père Damien se rendent au parc pour jouer au foot et deviennent témoins d’une scène de violence sexualisée. Après coup, Joséphine demande ce qu'il s’est exactement passé, mais son père ne trouve ni la force ni les mots pour répondre. Lorsqu’elle comprend le sens de ce qu’elle a vu, le monde lui apparaît soudain dangereux et sale, et elle se replie sur elle-même.Damien tente de gérer la situation en inscrivant Joséphine à des cours de kung-fu, sans mesurer l’ampleur de son traumatisme émotionnel. À l’école, la fille devient de plus en plus agressive, divise ses camarades entre « les siens » et « les autres » afin de se protéger.


Il s'agit du deuxième long métrage de l’Américaine aux origines chinoises et brésiliennes Beth de Araújo. Le premier, Soft & Quiet, s’intéressait à un groupe de femmes racistes réuni autour d’une institutrice de maternelle.


The Blood Countess d’Ulrike Ottinger (Séances spéciales)



Horreur-comédie avec Isabelle Huppert, dont le scénario a été coécrit par l’artiste visuelle Ulrike Ottinger et la lauréate du prix Nobel Elfriede Jelinek. Le film s’empare de la figure d’Élisabeth Báthory, aristocrate hongroise du XVIe siècle, accusée d’être une tueuse en série et une vampire, accusations dont la véracité historique reste hautement discutable.


Ottinger joue avec le mythe par le biais du grotesque : Lady Báthory cherche à s’emparer d’un livre capable de détruire son pouvoir vampirique. À ses trousses : un neveu végétarien, une psychothérapeute, deux vampirologues et un inspecteur de police accompagné de son assistant.


Le film réunit également Lars Eidinger et Birgit Minichmayr. Le projet, développé pendant plus de dix ans, mêle l’écriture acérée de Jelinek à l’imaginaire visuel débridé d’Ottinger.


Nightborn de Hanna Bergholm (Compétition officielle)



Premier film anglophone de la réalisatrice finlandaise Hanna Bergholm (Ego), avec Rupert Grint dans le rôle principal. Un couple s’installe dans une maison isolée, au cœur d’une forêt reculée et mystique de Finlande, et commence à soupçonner que quelque chose ne va pas chez leur enfant.


L’horreur — et plus particulièrement l’horreur à dimension sociale et folklorique (ici c’est l’angoisse de la famille nucléaire, dépression post-partum + folklore finlandais) — s’impose comme le genre de notre époque : on se souvient du record de nominations aux Oscars pour Sinners ou du succès public phénoménal de The Substance. Nightborn, comme If I Had Legs I'd Kick You (nomination aux Oscars de Rose Byrne) et Mother’s Baby l’année dernière, s’inspire de Rosemary’s Baby et en fait une déclaration féministe. 


Bergholm s’est fait remarquer à Sundance en 2022 avec un autre film d’horreur, Egō, centré sur la relation tendue entre une mère et sa fille. Nightborn est le film le plus coûteux jamais réalisé par une femme en Finlande : son budget atteint près de 4 millions d’euros.


Une Aube Nouvelle de Yoshitoshi Shinomiya (Compétition officielle)



Premier long métrage d’animation en tant que réalisateur pour Yoshitoshi Shinomiya, animateur japonais de renom (Your Name), en coproduction entre le Japon et la France. Le titre complet : Le jour où l’aube se lève sur Hanarokuse.


L’intrigue nous conduit dans une ancienne usine de feux d’artifice fondée il y a 330 ans au bord d’une forêt. Les autorités municipales ont rasé les arbres, construit une centrale solaire, et le bâtiment est sur le point d’être détruit. Depuis quatre ans, le jeune Keitaro y vit en solitaire, tentant d’achever le feu d’artifice fantomatique Shuhari, imaginé par son père disparu, une œuvre censée symboliser la structure de l’univers.


C’est une histoire d’héritage familial, d’amitié d’enfance, et de l’impact du changement climatique et de l’urbanisation sur la nature. Shinomiya privilégie une esthétique inspirée de la peinture japonaise traditionnelle.


Pour la Berlinale, il s’agit d’un prolongement d’une tradition forte en faveur de l’animation : il y a trois ans, la compétition présentait Suzume de Makoto Shinkai, et en 2002, l’Ours d’or était attribué à Hayao Miyazaki pour Le Voyage de Chihiro.


Objets non volants non identifiés de Sasha Svirsky (Compétition courts métrages)



Pour finir, encore de l’animation, cette fois-ci signée par l’artiste expérimental russe Sasha Svirsky installé depuis quelques années en Allemagne.


L’animation de Svirsky relève d’un avant-garde frontal, rugueux, sans détours. Ce n’est pas un hasard s’il se tourne vers l’héritage des poètes expérimentaux russes comme Obérioutes ou Prigov. Dans son travail coexistent le rire carnavalesque (concept de Bakhtine), la provocation, l’ironie et le kitsch. C’est précisément par ces biais que se déploie son esthétique singulière : abrupte, audacieuse, intime et démocratique, mais aussi dense de sens, portée par un fort sens du rythme visuel et du jeu entre forme et formalité.


À noter que Svirsky avait déjà été sélectionné à la Berlinale Shorts en 2020 avec son court métrage Mon double galactique Galaktion.


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