Jour 10

Des inconvénients de la choucroute au petit déjeuner

Publié le 22 mai 2026, modifié le 12 mai 2026

Temps de lecture : 4 minutes

On le dit déjà depuis quelques années, mais les films à Cannes sont très longs, et dépassent régulièrement les 2h15. L'épreuve de la durée est souvent parlante, car l'endurance est corrélée à la densité et la pertinence du film. On ne vit pas de la même manière les 3h15 de Soudain, qui peuvent ne pas poser de problème quand les 78 minutes de Full Phil entament sérieusement notre patience. Deux films d'une durée égale (2h40), traitant d'un sujet similaire (la France sous l'Occupation) méritent ainsi d'être comparés : Notre Salut, d'Emmanuel Marre, dont je parlais hier, et La Bataille de Gaulle : L'âge de fer d'Antonin Baudry que je vois à 8h30, ce qui équivaut à peu près à se fader une choucroute de la mer au petit-déjeuner. Une successions de discours poussiéreux, de musique pompière, de solennité rigide, par un casting aussi savoureux qu'une cagette d'endives. Une seule séquence vaguement épique (la bataille de Bir Hakeim) vient équilibrer ces échanges raides, et ce ne sont pas les quelques saillies embarrassantes d'humour qui viendront humaniser ce Musée Grévin à gros budget. Et ce n'est que la première partie.


Vu comme ça, on pourrait penser à un Mad Max, mais méfiez vous des contrefaçons.


Sortie le 3 juin, suivi du deuxième volet un mois plus tard, le 3 juillet.


Je vais ensuite rejoindre sur la Terrasse des journaliste un jeune cinéphile créateur de contenu que j'ai croisé plusieurs fois, et dont j'avais apprécié l'interview fleuve qu'il avait faite de Jean-Baptiste Thoret. Je m'initie ainsi à un live sur Twitch, qui consiste, pour le lectorat non initié, à l'équivalent d'un direct : nous échangeons pendant une heure sur nos visionnages et films préférés, le tout étant diffusé à ses abonnés via internet. Expérience très sympathique, d'autant qu'elle se fait sans aucune contrainte de temps, ce qui est un véritable luxe.


Cannes est un endroit un peu magique : on y croise évidemment tous les contacts possibles dans le monde du cinéma - et en ce qui me concerne, de la presse, mais on y fait également des rencontres qu'on retrouve d'année en année. J'avais ainsi fait la connaissance, il y a bien longtemps, d'un comparse, et nous avons constaté que nous nous retrouvions systématiquement dans les toilettes, passage obligé et vital avant le début des projections, particulièrement cette année au vu de la durée des films. Nous avons gardé contact sur les réseaux sociaux et j'ai appris cette année qu'il était de retour après avoir manqué plusieurs éditions. On savait où on allait se retrouver, et ça n'a pas manqué : sans s'être concertés en amont, on est tombés dans les bras l'un de l'autre dans à l'entrée des sanitaires, sous le regard interloqué des autres usagers.


C'est le moment de la Compétition où je vois le film qui me donnait le moins envie : The Man I Love d'Ira Sachs, avec qui je suis passablement fâché depuis son très vain Frankie en Compétition en 2019. On y suit le parcours d'un comédien homosexuel dans les années 80, continuant sa vie en ignorant sa maladie, tandis que ceux qui tiennent à lui tentent de l'accompagner. Un rôle comme les aime le performer Rami Malek, qui se prend un peu trop pour Gena Rowlands filmée par Cassavetes dans certains passages. Le film, qui ne dure qu'1h35 - soit un miracle, accuse quelques longueurs dans ses débuts avant de parvenir à émouvoir, mais il est clair qu'il sera rapidement oublié parmi ses nombreux concurrents.



J'enchaine avec un autre gros morceau du cinéma français qui vient s'offrir une vitrine de choix hors compétition : L'objet du délit d'Agnès Jaoui qui ose enfin se lancer sans le concours de son regretté comparse Jean-Pierre Bacri à l'écriture. Le sujet est osé pour cette figure connue pour son franc-parler et un féminisme qui lui appartient : Jaoui traite de la cancel culture, dans un récit qui voit un projet d'opéra tanguer lorsqu'un des chanteurs se voit accusé d'agression sexuelle. Alors que le festival multiplie les invitations de personnalités ayant elles-mêmes été bannies ces dernières années (James Franco et Kevin Spacey ont monté récemment les marches), sa proposition va être scrutée à la loupe.


Ce qui ne manque pas d'ironie, c'est que je ne peux pas vous en parler, car la critique est sous embargo avant la projection officielle de gala ce soir. De toute façon on peut plus rien dire.


Sortie la semaine prochaine, le 27 mai.



Au programme aujourd'hui : marathon final pour achever la compétition avec des lâches, des espagnols, un huis clos et une aventure onirique.



Sergent_Pepper
Écrit par

Sergent_Pepper

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