La matinée du premier jour est généralement consacrée à l'ouverture la Quinzaine. Mais cette année, ils ont eu l'idée saugrenue de la programmer à 10h, ce qui n'est vraiment pas une heure raisonnable pour voir son premier film : tout le monde sait bien évidemment que c'est à 8h. Je me reporte donc sur les deux premier films de la Semaine de la Critique. Dommage, j'aurais adoré voir le nouveau Kantemir Balagov qui n'avait rien réalisé depuis 2019 et son impressionnant Une grande fille, mais j'attendrai la sortie en salle de Butterfly Jam. Les premiers retours de la nuit étant plutôt désastreux, je ne regrette pas d'avoir donné la priorité aux deux autres.
In Waves, film d'ouverture, est le premier long métrage d'animation de Phuong Mai Nguyen, qui s'était fait remarquer pour son l’adaptation de la BD Culottées de Pénélope Bagieu en série de 30 épisodes diffusée sur France Télévisions en 2019.
Et c'est tout simplement un chef-d'œuvre. J'imagine déjà que la promo du film en dévoilera bien trop (d'autant que c'est l'adaptation d'un roman graphique qui s'était déjà fait remarquer), mais j'ai particulièrement apprécié de ne pas du tout savoir où le récit allait nous mener. C'est poétique, l'animation est sublime et particulièrement réfléchie, c'est poignant. Superbe découverte, l'animation française se porte décidément à merveille.

Sortie le 1er juillet.
J'enchaine avec Dua de Blerta Basholli, premier film kosovar à rejoindre cette sélection, ce qui donne l'occasion d'enrichir les conversations élitistes des cinéphiles, sur le mode "Ecoute, j'ai découvert une petite pépite kosovare qu'il faut vraiment mettre en lumière".
L'histoire d'une adolescente à Pristinia dans les années 90, alors que les persécutions serbes s'intensifient. La comédienne est particulièrement impressionnante pour incarner cette trajectoire heurtée entre rébellion, colère, arrachement et construction identitaire. Le film est évidemment tout sauf feel good, mais le regard à hauteur d'adolescente est d'une belle justesse.

Je me rends au palais pour y boire rapidement un café, étonné de constater que cette année, on voit même des armes à l'intérieur des locaux. Visiblement, les nombreux contrôles qu'on passe avant d'entrer ne suffisent pas à rassurer les autorités. Mes Pom'potes seraient-elles suspectes ?
À ce propos. Suite à vos nombreuses remarques au sujet de ce sponsor officieux de mes festivals depuis 9 ans, je me dois d'être à la hauteur de l'accréditation presse qui m'a été délivrée, en vous livrant les informations authentiques et sourcées en toute transparence. Cette année, j'ai changé de marque, en optant pour le saint Graal de l'équilibre avec l'option Bio + Sans sucres ajoutés. Les concurrents m'ont tous démarché, la négotiation a été rude, et j'ai jeté mon dévolu sur une autre marque, Cool Fruit de Vitabio. Fabriqué en France, qui plus est. Me voilà donc contraint de trahir une mythologie ancestrale. Mais comme nous sommes tous d'accord que Cool Fruit est un nom particulièrement disgracieux, je continuerai, par fidélité à la charte littéraire de ce journal, à utiliser l'appellation d'origine. Les vrais sauront désormais.
J'enchaine sur le premier film en compétition avec Quelques jours à Nagi de Kōji Fukada, déjà passé par Cannes Première l'année dernière avec le mignon mais dispensable Love on trial.
Rude épreuve que de programmer un tel film en pole position, qui plus est à 15h, car Fukada fait de beaux films pour ceux qui parviennent à ne pas s'endormir. C'est statique, austère, verbeux, mais intelligent, sensible et doté d'une dynamique profonde et souterraine. Exigeant, comme on dit au grand public quand on sait qu'il va détester. En ce qui me concerne, je trouve cette histoire de famille, d'amour et de création bien plus pertinente que ses précédentes, et il est intéressant de voir la question de l'homosexualité s'intégrer progressivement au cinéma japonais depuis quelques années.
Sortie prévue le 7 octobre.

Le deuxième film de la Compétition est La Vie d'une femme de Charline Bourgeois-Tacquet, dont c'est le deuxième long métrage après Les Amours d'Anaïs présenté à la Semaine de la Critique en 2021. Tout film avec Mélanie Thierry doit être vu. C'est l'une des plus grandes comédiennes actuelles, et La Chambre de Mariana l'un des très grands films ignorés de 2025. D'ailleurs allez donc voir en salles le joli C'est quoi l'amour ? de Fabien Gorgeart où elle joue un second rôle assez décalé.
La Vie d'une femme est un très beau film, qui comme son titre l'indique, fait de la pluralité des thématiques le nerf central de son récit. Autour de la magistrale Léa Drucker, qui à chaque nouveau film semble livrer sa meilleure performance, sont traités la famille, le métier, l'amour, l'amitié, dans un kaléidoscope intime et pudique à la fois, très intelligemment resserré sur 94 minutes.

Fin de journée pour ma programmation. Pourtant, ce matin, j'ai senti une fébrilité particulière dans les couloirs que j'arpentais, avec pas mal de badauds attendant une équipe sortant du photo-call. Je demande à un agent de qui il s'agit, et il me répond "Le chauve, là". Les hypothèses restant bien larges, je constate que certains fans transis tiennent des voitures dans leurs mains. Tout s'éclaire : c'est bien un chauve, le chauffard de la saga Fast & Furious qui aime la famille, les dollars et les Corona.
En mal de blockbuster américain à projeter en avant-première, le Festival râcle donc les fonds de tiroir et présente le premier volet 25 ans après sa sortie. Les snobs affirmeront avec morgue que projeter ce film à Cannes est aussi cohérent qu'éditer Guillaume Musso dans la Pléiade, sortir une intégrale de Patrick Sébastien en vinyle ou monter Ma femme s'appelle Maurice à la Comédie Française. Mais ce sont des snobs, le cinéma se doit d'être populaire, même pour un clip vantant les mérites des bikinis, et de l'injection de Redbull dans des gros cylindres. Disons simplement que je passe mon tour.
Au programme aujourd'hui : du slasher qui tache, Hafsia Herzi #1, du ski au Chili, Thomas Mann de retour en Allemagne, Fahradi et ses fariboles.


