Grosse journée de compétition aujourd'hui, je vais me contenter d'entrer et sortir du Grand Palais.
On commence avec Garance de Jeanne Herry. La cinéaste, après Je verrai toujours vos visages, un des succès critique et public de 2023 et le joli Pupille, accède à la cour des grands. Portrait d'une actrice en prise avec sa dépendance avec à l'alcool, le film est un écrin pour la performance d'Adèle Exarchopoulos qui, comme souvent, est à la hauteur des attentes. On retrouve l'habileté de la cinéaste à faire vivre les personnages secondaires, le quotidien et la collectivité, dans un récit linéaire de bonne tenue, qui, sans être un grand film de cinéma, sait traiter avec justesse son sujet.
La projection commence sous les huées lorsqu'apparait sur l'écran géant le logo Canal +. L'annonce de l'arrêt du partenariat du premier financier du cinéma français avec les signataires d'une tribune anti Bolloré dépasse largement la sphère cannoise du milieu du cinéma. A l'inverse, un soutien d'ampleur est manifeste dans la salle lorsque France Télévision ou Arte sont présentés. Contrairement à ce qui se dit, le public est tout sauf hors-sol.

J'enchaîne avec l'une des plus grandes attentes de la Compétition, Hope de Na Hong-Jin Le réalisateur coréen, dont on était sans nouvelles depuis dix ans et The Strangers (Hors Compétition 2016), travaillait sur le montage de son monstre depuis près d'un an, et il se murmure que la copie proposée pourrait ne pas contenir les effets spéciaux entièrement achevés. Il faut reconnaitre que ces derniers piquent pas mal. Hope, c'est un peu le message qu'envoie le Festival de Cannes à Hollywood, qui ne veut plus proposer ses blockbusters en avant-première mondiale. Le film est un mix entre Alien, Jurassic Park et Transformers, mâtiné d'humour asiatique - attention au choc culturel, il faudra s'ouvrir à la scatologie. La mise en scène est virtuose, et ça faisait un moment qu'on n'avait pas vu une telle dynamique de poursuite et de fluidité, pas loin d'un Fury Road. Mais le film se répète beaucoup, et parvient à conjuguer action et lassitude, ce qui relève tout de même du défi. L'écriture, très déséquilibrée, semble orientée vers un deuxième volet car on nous divulgue sur la fin tout une mythologie qui n'a pas du tout été exposée. Frustration, fatigue et embarras viennent donc sérieusement dynamiter la splendeur de la forme.

On tient au moins l'affiche la plus dingue de l'année
J'ai faim à peu près continuellement, mais il est évidemment exclu de descendre en ville s'acheter un sandwich, et mon régime Pompotes* (enfin, PomPotes, on se comprend) hydrate et sucre vaguement, associé à quelques barres de céréales qui calent comme elles peuvent. Les collègues avec qui je discute sont à peu près au même régime, ou, chose étrange, réduisent le nombre de projections pour aller se sustenter. Peut-être devrais-je m'inspirer de ce voisin de séance qui tout à l'heure a sorti un cordon bleu froid et l'a dégusté comme un cookie. C'est dommage car quand c'est froid, le fromage n'est pas coulant. Je salue l'audace en tout cas.
Le gros morceau suivant est L'inconnue d'Arthur Harari, compagnon et coscénariste de Justine Triet (Anatomie d'une chute), très remarqué pour Onoda en Un Certain Regard en 2021. L'attente est donc importante. Adapté de sa propre BD cosignée avec son frère, c'est aussi le second Léa Seydoux en Compétition. Le film relate le destin d'un photographe qui rencontre une jeune femme après l'avoir photographiée, et se réveille dans son corps après avoir couché avec elle. La première heure installe une ambiance poisseuse et suffocante qui rappelle les thrillers paranoïaques des années 70 et lorgne clairement du côté de De Palma. Mais l'ensemble s'essouffle étrangement dans deuxième partie, qui s'étire inutilement dans un récit psychologique étiolant tout ce qu'il avait mis en place. On s'attendait à davantage de radicalité, et les 2h20 ne semblent pas du tout justifiée. L'audace du cinéaste reste néanmoins intéressante et à suivre sur ses prochains opus.

Sortie le 26 août
Je termine en douceur avec L'affaire Marie-Claire de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, en Séance Spéciale. Cette sous catégorie de la Sélection officielle présente des films hors compétition, mais qui n'appartiennent pas à la section Hors Compétition. Je n'ai toujours pas compris, mais à Cannes, on n'a pas toujours le temps de comprendre.
Le film relate le procès historique de Bobigny lors duquel Gisèle Halimi a défendu une jeune fille de 16 ans, accusée d'avoir avorté à la suite d'un viol. Les faits, essentiels dans l'histoire de la justice et du droit des femmes, sont évidemment essentiels à raconter. Pour le film, si l'on fait abstraction de sa mise en scène laborieuse, sa musique pompière, ses personnages manichéens, ses répliques récitées artificiellement et ses ralentis gênants, il nous reste... une fiche Wikipédia fort instructrice. Il ira rejoindre le catalogue des ressources de l'Education Nationale, et les collégiens apprécieront certainement de ne pas avoir à faire une recherche sur Chat GPT grâce à une sortie scolaire.
On aura au moins eu l'occasion de voir le nouveau logo introductif de Gaumont, qui est très joli.

Sortie le 4 novembre. Mais si vous êtes pressés, c'est là que ça se passe.
Au programme aujourd'hui : le retour des néons, des luttes roumaines, des conflits russes, des disputes espagnoles.




