Jour 8

Une journée sous le signe du malaise

Publié le 20 mai 2026, modifié le 11 mai 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Sur la billetterie en ligne ce matin, toutes les séances de 8h30 sont à nouveau disponible : on sent la motivation des festivaliers faiblir.


Alors qu'un orage a rafraichi la croisette hier soir - et a eu la décence de se déverser pendant ma dernière projection de la journée, je rejoins la salle Varda en empruntant un itinéraire que nous sommes deux à connaitre, moi et un journaliste Suisse que je retrouve régulièrement sur les séances matinales. Le soleil va rapidement laisser place aux néons de Nicolas Winding Refn et son Her private hell (Hors Compétition) Le Danois formaliste n'a plus proposé de long métrage depuis une décennie avec Neon Demon, en compétition en 2016, s'essayant à deux séries restées un peu confidentielles. On était un peu surpris de voir le film relégué en séance de Minuit, mais il suffit de le voir pour comprendre. Recyclage de ses obsessions fétichistes habituelles (femmes mannequin, violence, néons roses et bleus, échangisme généralisé au sein des familles... la routine, quoi) cet opus qui semble doté du budget et du cast des De Palma fin de carrière (à savoir : 15 balles et des inconnus BG qui sourient, bandent leurs muscles et changent régulièrement d'outfit) est tout bonnement consternant. On finit par comprendre qu'il y a très probablement du second degré à déceler face au ridicule des situations, des répliques, des décors et des symboles, et qu'il faut peut-être atteindre le troisième pour commencer à prendre du plaisir. Arrivé, au bout de 50 minutes, au sixième sans aucune incidence, je me suis abimé dans le supplice de l'heure restante, tandis que mes voisins, qui avaient lâché la rampe depuis longtemps, scrollaient sur leur téléphone.



J'enchaine ensuite trois films en compétition :


Fjord de Cristian Mungiu. (Compétition). Cinéaste roumain grand habitué de la compétition, Palme d'Or il y a près de vingt ans avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007), succède à l'intense R.M.N. de 2022. Le cinéaste roumain s'expatrie pour explorer les relations, en Norvège, de deux familles, dans un film qui occasionne les retrouvailles entre Renate Reinsve (grande habituée de Cannes, notamment dans les films de Trier) et Sebastian Stan comédien attaché à la franchise Marvel, qui partageaient déjà l'affiche du film A Different Man d'Aaron Schimberg en 2024. Fjord, est, comme tous les films de Mungiu, un bloc intense qui, sur 2h30, sonde les mobiles de chacun au sein d'un conflit qui prend soin de ne pas prendre parti. C'est l'exploration d'un gouffre culturel, religieux et sociétal, traité avec sobriété, dans de longs blocs séquentiels qui prennent le temps d'alimenter le débat plutôt que de générer du drame. Sans affèteries, sans musique additionnelle, dans la froide lumière de la Norvège, Mungiu réalise en somme le film que Fahradi n'a jamais su écrire.



Sortie le 19 août.


En sortant de la salle, je croise peu après la projection sur la Terrasse des journalistes où je suis venu me recharger en caféine un collègue journaliste qui était assis à côté de moi pendant le film. Il me rend ma souris que j'avais laissé tomber par terre dans la salle sans m'en rendre compte, ce qui me sauve un peu la vie car la discipline olympique de la billetterie du matin sans souris équivaut à un forfait.


Minotaur d'Andreï Zviaguintsev (Compétition) voit le retour d'un très grand cinéaste russe contemporain, absent depuis 2017 et le très intensément pessimiste Faute d'amour. Désormais exilé de son pays, il continue à le filmer à distance (le tournage a eu lieu en Lettonie) dans ce drame familial où l'irruption de "l'opération militaire spéciale" contre l'Ukraine va s'immiscer dans les affaires de cœurs et de l'entreprise du père de famille. Le regard est toujours aussi acéré et glacial et si le cinéaste n'atteint pas les sommets de ses films précédents, l'intelligence de son écriture dresse un constat désabusé sur les mécaniques cyniques d'un monde dénué de toute transcendance.


Sortie le 14 octobre.


C'est la septième fois qu'Almodovar concourt pour la Palme d'or. Si le public lui a souvent décerné la "Palme du Coeur", la récompense suprême lui a toujours échappé et il a dû se reporter sur d'autres festivals pour gagner (La Chambre d'à côté, Lion dOr à Venise en 2024).


Au début de ce film qui tisse d'étroits liens entre fiction et réalité, l'héroïne se rend aux urgences. On entend alors un cri déchirant qui semble littéralement sortir de l'écran, et pour cause : un spectateur fait un malaise très violent qui cause un début de panique et une évacuation de la salle. Après intervention des secours et constat que la personne sort vivante de la salle, la projection peut reprendre. Ce sera de loin l'émotion la plus forte de du film. Il reste encore 4 jours à tenir...


Autofiction sort simultanément en salle. En ce qui me concerne, j'aime un Almodovar sur quatre, ses chances de me convaincre son assez maigres, mais qui sait ? Réponse avec la critique déjà en ligne.



Au programme aujourd'hui : mariage, monde cruel, animation et un retour à l'Occupation.

Sergent_Pepper
Écrit par

Sergent_Pepper

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