At Night
Pitch : Paris. Nuit. Témoignages de six femmes qui traversent l’angoisse de la ville après la tombée de la nuit. Une cinéaste tente de comprendre le film qu’elle est en train de faire. Une mère noire célibataire refuse les cases qu’on lui impose. Une ancienne travailleuse du sexe revient sur son passé. Une poétesse renonce à essayer d’avoir un enfant. Le film mêle rêve, fiction et réalité, jusqu’à les rendre complètement indistinguables.
Contexte : At Night de Beatrice Gibson, film explicitement féministe, met en avant les problématiques sociétales, les inégalités et la lutte des classes, mais aussi la question du gaze, du regard. Cela fait penser à l’essai de bell hooks, The Oppositional Gaze, ou encore au film devenu classique du cinéma queer The Watermelon Woman de Cheryl Dunye. Les femmes noires ont été effacées de l’écran, sous-représentées ou, dans les rares cas où elles sont montrées, représentées de manière erronée.
"Le regard oppositionnel désigne le fait que les spectatrices noires choisissaient activement de ne pas s’identifier au sujet imaginaire du film, car une telle identification les privait de leur capacité d’agir."
— bell hooks
Dans At Night, on ressent fortement le caractère aliénant et oppressif de la représentation classique, tout comme l’aliénation omniprésente dans la grande ville, où seule la nuit devient un refuge.
Pourquoi le voir : Paris comme on ne l’a jamais vue : calme, vide, onirique, mystique. Le film, jusque dans son titre, fait écho à Night on Earth de Jim Jarmusch, avec ce farfelu conte parisien, porté par Béatrice Dalle, une aveugle coquette qui prend un taxi pendant la nuit et se lance dans un débat sensuel et philosophique avec le chauffeur.
Le ton, entre documentaire et autofiction, et le casting non professionnel transforment le film en un récit à la fois très intime et universel, puisqu’il parle de problèmes systémiques.
C'est un film choral et polyphonique qui met en lumière plusieurs témoignages et plusieurs vécus. Il s’agit du tout premier long-métrage de la réalisatrice, qui se positionne déjà comme une cinéaste à suivre de près après avoir remporté le prix de la mise en scène à Locarno en 2026.

I Rarely Wake Up Dreaming
Pitch : Olya et Oleh, un jeune couple queer ukrainien, sont amoureux. Leur sentiment est mis à l’épreuve lorsque la transition de genre de l’un des partenaires entre en collision avec l’invasion russe à grande échelle. Alors que la guerre restreint et remet en question les frontières entre masculinité et féminité, ils luttent pour préserver leur relation et leur identité. Que signifie être un homme dans un pays qui se bat pour son identité et sa survie ?
Contexte : La guerre en Ukraine n’est pas finie. Malgré l’oubli des médias conventionnels européens, I Rarely Wake Up Dreaming, une collaboration fructueuse entre Isabelle Stever, une réalisatrice allemande et sa femme, scénariste Anna Melikova, nous le rappelle, tout en mettant en avant le contexte subtil et complexe de ce qu’est la guerre et à quel point les discours, les voix et les corps queers peuvent y être effacés. Oleh est un homme trans qui se retrouve face à l’obligation militaire avec l’invasion russe à grande échelle à ses portes. Olya est une femme queer qui suit son partenaire et entre dans une relation presque hétéronormée puisque la société, leur famille et l’État les perçoivent comme telle. Ce paradoxe entre son image de soi et ses valeurs et le regard de l'Autre crée une tension, une fissure dans la connexion entre deux personnes qui protègent leur amour par le souci de l’autre, le respect mutuel et la tendresse révolutionnaire. Leur amour va se mettre à l’épreuve à laquelle l’on ne peut pas se préparer, la mort.
Dans la première scène du film, très symbolique, Olya raconte qu’elle a fait un rêve sur un cimetière, sauf que les tombes qu’elle a vues, c’étaient les années, pas les gens. Le film étant situé en 2022, la tombe de cette année-là était encore vide. En 2026, on compte beaucoup d’années enterrées, beaucoup de vies interrompues.
Pourquoi le voir ? : Ce récit méditatif, onirique, sans être trop éloigné de la réalité, doux et enveloppant par son ambiance contemplative sans être soporifique ou somnolent. Ce film est comme un rêve qui réveille à la réalité cauchemardesque d’aujourd’hui : la guerre, l’isolation, la solitude, la négation de la différence, un monde où l’on est obligé de se battre pour ne pas être battu, même malgré notre volonté.
The Riverbank
Pitch : Izaquiel travaille comme agent d’entretien à Recife, une ville brésilienne entrelacée de rivières et de mangroves. La nuit, il s’aventure dangereusement dans la forêt de mangroves à la recherche de rencontres secrètes. Son monde bascule lorsqu’il croise Jeremias, un pêcheur intrigant et magnétique. Alors que de violents intrus se rapprochent, Jeremias entraîne Izaquiel dans un voyage au cœur des mangroves.
Contexte : The Riverbank peint une critique acerbe des liens complexes, souvent corrompus, entre les églises évangéliques et la politique au Brésil. À la fois biblique et hérétique, ésotérique et somnambulique, il raconte l’histoire d’un travailleur queer lié à l’Église évangélique comme s’il s’agissait d’un témoignage presque légendaire.
Pour les réalisateurs brésiliens Matheus Farias et Enock Carvalho, c’est également le premier long-métrage, à la fois hyperréaliste et onirique dans sa critique du fanatisme religieux, de la violence commise au nom de Jésus et de l’hypocrisie que l’on connaît depuis l’institutionnalisation du christianisme. Farias et Carvalho, ensemble à la ville comme à la scène, se sont fait connaître avec le court-métrage Inabitável, un film de science-fiction queer qui avait fait sensation à Sundance et abordait déjà des thèmes qu’on voit dans The Riverbank : la violence institutionnelle, la transphobie et la sororité entre les corps marginalisés comme remède.
Pourquoi le voir ? : The Riverbank, prix spécial du jury, est une analyse impitoyable de la religiosité qui prend la forme d’une dérive fanatique et abuse du pouvoir, en se transformant en une forme d’institution pénitentiaire auto-proclamée. La force salvatrice de la tendresse contre la violence, le désir anarchique contre les luttes de pouvoir. Une œuvre dans laquelle le Brésil, et plus particulièrement la ville de Recife, est montré dans toute sa diversité, splendide et glaçante.
C’est un mélange des genres : thriller érotique, film de vengeance, réalisme magique et drame sociétal, surréalisme et parabole biblique. Izaquiel est un technicien de surface qui vit en colocation avec ses sœurs de cœur, des femmes trans qui sont devenues sa famille choisie. Forcé de quitter le foyer parental, son père et sa mère n’acceptant pas son homosexualité, Izaquiel a trouvé dans ce nouveau refuge accueillant, où priment la tolérance et le soutien mutuel, des êtres humains blessés mais combatifs qui, comme lui, ont été repoussés, dénigrés, marginalisés par une société qui les méprise.
Tandis qu’il erre, de nuit, dans la mangrove qui entoure la ville, le héros rencontre un fascinant et mystérieux pêcheur appelé Jeremias qui lui offre l’occasion d’expérimenter un désir qu’il a trop longtemps été contraint de réprimer, à cause de l’éducation qu’il a reçue, de la pression sociale et de l’endoctrinement religieux oppressant.
C’est une œuvre unique, extrêmement puissante et intrigante, qui garde à la fois la tension et le suspense et offre une critique tranchante de la violence, de la répression, de l’homophobie et de la transphobie qui infectent le pays.
Le film donne parole et corps à des personnes invisibilisées, fragilisées par le système, ces êtres humains courageux qui se retrouvent obligés de vivre constamment aux aguets. Les liens complexes, souvent fondés sur la corruption, entre les églises évangéliques et la politique brésilienne sont montrés dans toute leur ridicule et les corps et les âmes queers dans toute leur richesse.

Le Palmarès :
Concorso Internazionale
Grand Prix du Festival et de la Ville de Locarno à NU E LOCUL TAU AICI (YOU DON'T BELONG HERE) de Florin Șerban, Roumanie
Prix spécial du jury – Villes d'Ascona et de Losone à A MARGEM DO RIO (THE RIVERBANK) de Matheus Farias et Enock Carvalho, Brésil/Allemagne
Pardo de la meilleure réalisation – Ville et Région de Locarno à Hong Sangsoo pour NUN DUL DEGA EOMNE (NOWHERE TO LAY MY EYES), Corée du Sud
Pardo de la meilleure interprétation à Kim Minhee pour NUN DUL DEGA EOMNE (NOWHERE TO LAY MY EYES)de Hong Sangsoo, Corée du Sud
Pardo de la meilleure interprétation à Monica Bellucci pour KETTICÈ de Giovanni Tortorici, Italie
Mention spéciale à Xavier Bergeron pour VIOLENCE DU CORPS DE L'AUTRE de Denis Côté, Canada
Mention spéciale à Teodor Butănescu pour NU E LOCUL TAU AICI (YOU DON'T BELONG HERE) de Florin Șerban, Roumanie
Concorso Cineasti del Presente
Pardo d'Oro – Concorso Cineasti del Presente à LA ILUSIÓN DE UN VERANO SIN FIN d'Alessandra Sanguinetti, Argentine/États-Unis
Prix du meilleur réalisateur émergent – Ville et Région de Locarno à Beatrice Gibson pour AT NIGHT, Royaume-Uni/France
Prix spécial du jury CINE+OCS à REVOLUTIONARIES NEVER DIE de Mohanad Yaqubi, Palestine/Belgique/Qatar
Pardo de la meilleure interprétation à Idrissu Tontie Jr. pour EGO REACH WE ALL d'Amartei Armar, Ghana/France/Arabie saoudite
Pardo de la meilleure interprétation à Manal Issa pour L'ESTIVE de Naël Khleifi et Lisa Debauche, Belgique/France
Mention spéciale à LOS DÍAS LIBRES de Lucila Mariani, Argentine/Brésil/Mexique/France
Mention spéciale à HANABI d'Ana Vaz, France/Brésil
Pardi di Domani
Concorso Corti d'Autore
Pardino d'Oro WePresent by WeTransfer du meilleur court métrage d'auteur à THE BOVINE COMEDY de Ratchapoom Boonbunchachoke, France
Mention spéciale à ET SI THUY N'EXISTAIT PAS de Carlo Francisco Manatad, Philippines/France/Indonésie
Concorso Internazionale
Pardino d'Oro Arts3 Foundation du meilleur court métrage international à MELK de Filip Anthonissen, Belgique
Pardino d'Argento Arts3 Foundation – Compétition internationale à KHUFU de Mahmoud Assi, Égypte/France/Suède/Canada
Pardino de la meilleure réalisation WeShort – Compétition internationale à MUTRION de Marco Cavazzin, Italie
Candidat de Locarno pour les European Film Awards à MELK de Filip Anthonissen, Belgique
Mention spéciale à LAS DAMAS de Camille Zéhenne, France
Concorso Nazionale
Pardino d'Oro SRG SSR du meilleur court métrage suisse à TYPHOON MAMBO de Domenico Singha Pedroli, Suisse/France/Thaïlande
Pardino d'Argento SRG SSR – Compétition nationale à ALLES GUTE de Patricia Strübin, Suisse
Prix du meilleur jeune talent suisse à RESPIRER UNE FOIS SUR TROIS de Charlyne Genoud, Suisse
Pardo for Change
Pardo for Change à EGO REACH WE ALL (OUR TIME WILL COME) d'Amartei Armar, Ghana/France/Arabie saoudite
Mentions spéciales à LOS NUEVOS de Rodrigo Plá, Mexique/Espagne ; à PRIVATE PROPERTY de Deepak Rauniyar, États-Unis/Népal/France/Australie





