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2021, 2022 - estampes et figures

Une fois tous les deux ans, c'est bien d'aligner un peu les cases, les compositions, les belles lignes colorées qu'on aura dévoré (il n'y aurait pas assez de contenu pour justifier à mon sens une liste annuelle ; au moins, j'ai moins d'images de couverture à chercher).

Dans ...

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16 BDs

créee il y a 9 jours

 · 

modifiée il y a 5 jours

Mauvais genre
7.7

Mauvais genre (2013)

Sortie : 18 septembre 2013 (France).

BD de Chloé Cruchaudet

Rainure a mis 7/10.

Résumé : Incapable de supporter l'horreur des tranchées, Paul déserte et rejoint sa femme Louise. Pour pouvoir sortir, il se met à se travestir.

Annotation :

---seule BD terminée en 2021...---

Quelques images qui marquent plus que d'autres : la poisse des griffonnés noir/gris, les cases soudaines sur l'horreur de la guerre, la danse concoctée comme un carnet de croquis accumulant les poses et élancées, et bien entendu les tenues, maquillages, objets et habitudes à prendre (la bourse, la maîtrise du corps - posture, les robes, le "miel dans la bouche") pour déguiser aux yeux de la société Paul en Suzanne. Bien moins touché par les hallucinations, démons ajoutés ci et là, enfin.

Escale à Yokohama
8.3

Escale à Yokohama (1994)

Yokohama Kaidashi Kikō

Sortie : 24 mars 2021 (France).

BD de Hitoshi Ashinano

Rainure a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Alpha tient un petit café, à l'écart de la ville. Le temps s'y écoule paisiblement, comme si plus rien n'avait d'importance... Entre deux approvisionnements à la ville de Yokohama, elle observe le monde, regarde le soleil se lever puis se coucher, et profite du temps qu'elle passe avec ses rares clients. Malgré les apparences, la belle Alpha est un robot, et cela fait bien longtemps qu'elle est là. Jour après jour, elle attend patiemment le retour de son maître, en jouissant tranquillement de la vie qui lui a été offerte...

Annotation :

---Lue toute l'année 2021, finie en 2022---

Siroté sous forme de jpg sur presque un an (à la fois la bénédiction et le malheur de mes lectures de bds sur ordinateur, je prend un temps monstre - c'était déjà le cas pour Calvin & Hobbes). Petite merveille sereine des petits riens, du ichi-go ichi-e et autres attitudes zen, attentives et calmes. Voir l'étrangeté d'un monde déclinant (mont Fuji à moitié explosé, villes éteintes les unes après les autres, ressources limitées) par le biais des échanges solidaires, des vies réduites qui poursuivent leur cours tranquille, d'êtres vivants grandissants, vieillissants, mourants, et des étranges robots (Alpha) qui persistent et maintiennent la mémoire des visages, des changements, des saisons. Donc : la grande joie des discussions de coin de café, des soirées pyjamas, de se traîner, ou juste de revoir quelqu'un, poursuivre les routines et leurs micro-bouleversements - une vie simple (et Ojisan, le grand-père ! plus beau sourire du manga)

Élégie en rouge
7.5

Élégie en rouge (1969)

Sekishoku Elegy

Sortie : 25 février 2010 (France).

BD de Hayashi Seiichi

Rainure a mis 8/10.

Résumé : Dans ce Japon post-1968, Ichiro et Sachiko rêvent d’une vie meilleure, sans être pour autant des révolutionnaires. Leurs jours s’écoulent à flâner, boire, fumer et faire l’amour. Tandis que Shihiro tente de vivre de ses bandes dessinées, Sachiko doit résister au mariage que ses parents tentent d’arranger pour elle. L’urgence, c’est de ne pas penser à l’avenir. Mais, même affranchis des normes sociales qui ont emprisonnées leurs parents, Ichiro et Sachiko peinent à exprimer leurs désirs et, frustrés, finissent par se dire des choses qu’ils ne pensent pas, communiquant mieux par les corps que par les mots. En décrivant la vie quotidienne d’un couple vivant en concubinage — chose peu courante dans le Japon des années 1970 — Hayashi parvient à traduire les sentiments d’une manière à la fois métaphorique et précises, leur donnant une justesse et une intensité qui restent intactes plus de trente ans après.

Annotation :

De sacrées propositions visuelles - les emportées bicolores qui composent avec les personnages simples, faits de simples contours presque, parfois des traits pour des ombres - quelque chose des collages des dernières années de Matisse ; quelque chose de très papier collé dans la composition aussi de la plupart des cases, à laisser tout de blanc autour des éléments importants, apparents, pour mieux ensuite tout combler lors d'éclats où reviennent les détails, les calques, les copies de photos (la lune en plein espace, mais aussi le portrait inaugural de Mishima - quelques visages là et là qui rappellent ce que fera Inio Asano bien plus tard). On est loin en effet (comme le mentionne l'intro) de Tezuka : tout là est plus acerbe, hors-les-clous, compose par associations d'idées, d'objets (on pense au Godard d'A bout de Souffle un peu, autant dans l'histoire de couple qui s'aime et ne s'aime plus, ne sait pas, que dans le montage chahuté).

Parfois les ennuis mettent un chapeau
7.8

Parfois les ennuis mettent un chapeau (2012)

Sortie : 24 février 2012 (France).

BD de José Parrondo

Rainure a mis 5/10.

Résumé : « Quand je parle tout seul je m'écoute attentivement car j'ai peut-être des choses importantes à dire ». Les petits carnets de cuir de José Parrondo compilent une somme édifiante de considérations afférentes aux choses de la vie sous l'exercice sobre et modeste d'une phrase attelée à un dessin synthétique au crayon de couleur ou à l'aquarelle. Interrogeant les corps de métiers, l'imagerie populaire ou encore les cycles de la nature (et si c'était les feuilles qui perdaient leurs arbres ?), l'auteur joue avec les échelles de temps, de taille et d'espace. Recréant un rapport au monde quasiment ludique, avec un ton qui rappelle parfois au Journal de Jules Renard, Parfois les ennuis mettent un chapeau, dans la parfaite continuité de La Porte, éclaire alors certaines vérités d'une lueur tout à fait poétique.

Annotation :

Ennui quasi-complet : des monostrips mignons, crayonnés, aux petits bonhommes à la tête et au nez ronds, avec une phrase un peu poétique, un peu rigolote, légère et vite envolée ; déjà lu déjà passé. "Les gardes placés à tous les coins du château n'ont pas pu empêcher la tristesse d'envahir le roi."

Une vie dans les marges
8

Une vie dans les marges (1995)

Gekiga Hyōryū

Sortie : 24 mars 2011 (France).

BD de Yoshihiro Tatsumi

Rainure a mis 6/10.

Résumé : À travers une quinzaine d'années - d'août 1945 à Juin 1960 - Tatsumi met en scène son double, Hiroshi Katsumi, qui doit faire face aux problèmes financiers de son père, à l’échec du mariage de ses parents, la jalousie et la mauvaise santé de son frère, et aux innombrables pièges qui l'attendent sur le marché hautement concurrentiel du manga dans la moitié du 20ème siècle. Jeune, il rêve de marcher dans les traces de son idole, Osamu Tezuka le père du manga moderne. Il deviendra par la suite l'un de ses pairs et, parfois même son rival en terme de style.

Annotation :

Juste l'impression de voir un ensemble de vignettes historiques (très intéressantes, foisonnantes, mais juste ça, inscrites dans l'histoire d'après-guerre japonaise) sur l'apparition du gekiga et son contexte, et toute l'intrication, la lutte des maisons d'éditions et des maisons de prêts de mangas pour parvenir à trouver sa formule, son public, son style - tenter de s'éloigner des canons Tezukesque ; mais jamais de n'avoir quelque chose qui échappe à la structure d'un manga historique bien classique (ennuis, amours, trahisons, refus, etc). Je n'y ai pas eu l'excitation d'avoir l'impression d'accéder à quelque chose d'inconnu, d'interdit, d'hors-les-chemins comme semblait être le gekiga alors / la revue Kage - faute à une facture de dessin finalement très classique, mise en scène comme trait, sans page à couper vraiment le souffle, qui appellerait à ralentir la lecture, souffler, s'extasier.

La Ville - New York Trilogie, tome 1
8

La Ville - New York Trilogie, tome 1 (1985)

New York : The Big City

Sortie : mars 2008 (France).

BD de Will Eisner

Rainure a mis 7/10.

Résumé : Muets ou diserts, instantanés ou développés en plusieurs planches, les portraits que dresse Will Eisner dans New York Trilogie révèlent toute la finesse et l'intelligence de ce grand maître de la bande dessinée contemporaine. Enseignant à l'École des arts visuels de New York lorsqu'il réalise cette trilogie, Eisner nous permet de profiter d'une belle leçon d'observation et de saisir au passage ce que la "Grosse Pomme" recèle de plus attachant.

Annotation :

Petites vignettes de la ville - avec un point de vue d'observateur un peu archi, questions d'appropriation de la ville, des façons d'habiter un quartier, ou observations de gentrifications ; Will Eisner propose une foule de points de vue sur la mégalopole américaine (sous formes de grands traits noirs plus ou moins épais, lignes perpendiculaires et parallèles à perte de vue) où se mêlent les silhouettes (quelque part pas si loin des croquis de Jan Gehl) et les personnes sur lesquelles Will resserre sa pensée ; bien des paumés et bien des malchanceux, pour une sorte de diaporama très rire noir, souvent violent, dur, parfois clicheteux, au dynamisme impressionnant (cases sans limites, laissant les sujets grandir et se tordre au besoin, les images s'interposer et se superposer, les détails disparaître et ressurgir)

L'Immeuble - New York Trilogie, tome 2
8.2

L'Immeuble - New York Trilogie, tome 2 (1987)

New York : Life In The Big City

Sortie : juillet 2008 (France).

BD de Will Eisner

Rainure a mis 8/10.

Résumé : Après La Ville, premier tome dans lequel Will Eisner observe New York comme un tout vivant et fascinant, L'Immeuble rapproche un peu plus la caméra de son sujet pour suivre le récit fictionnel de quatre fantômes, anciens habitants d'un immeuble ressemblant à s'y méprendre au Flatiron Building, mythique immeuble triangulaire du coeur de New York. En fin d'album, Eisner nous ouvre également son carnet de croquis, drôle et malicieux.

Annotation :

Un second volume qui creuse davantage le phénomène de vies partageant en s'ignorant les mêmes lieux (avec la grande histoire introductrice de quatre vies se croisant autour du même immeuble qui vient à être détruit), avant de revenir dans une seconde partie élaborer autour de concepts de la ville, les petites techniques des habitants pour se lever, aller travailler, y vivre, sur les temps et les espaces côtoyés. M'aura plus saisi graphiquement, quelques enchaînements saisissants, de sacrés crayonnés (les pluies, les brouillards, les nuits), les dernières grandes pages sur les rues désertes , hostiles, tristes et la foule pour de beaux jeux d'ombres et perspectives.

Les Gens - New York Trilogie, tome 3
8.1

Les Gens - New York Trilogie, tome 3 (1992)

New York : Invisible People

Sortie : octobre 2008 (France).

BD de Will Eisner

Rainure a mis 7/10.

Résumé : Dans ce dernier chapitre de la série consacrée à sa ville natale, Will Eisner pose un regard sur la foule et les visages anonymes qui la composent ; ces "gens invisibles" avec qui nous partageons, au mieux, une totale indifférence. Réunis autour d'une narration subtile et ironique, les trois récits qui composent ce roman graphique donnent vie à ces inconnus qui peuplent notre quotidien.

Annotation :

Moins captivé par le petit troisième, qui s'obstine à ne plus raconter que des "histoires d'habitants", plus ou moins captivantes (une première très truculente, kafkaïenne, avec son personnage d'invisible qui vient à être vraiment indiqué comme mort, par erreur, au registre du journal, et les didascalies qui s'ensuivent). Toujours les volutes impressionnants, cases qui se délitent, faces rivetées de cernes et plis, mais moins d'enjeu, d'attrait.

Everyday
7.2

Everyday (1998)

Sortie : 21 mai 2005 (France).

BD de Kiriko Nananan

Rainure a mis 5/10.

Résumé : Miho travaille comme vendeuse dans un magasin, pendant que son compagnon Seiichi se consacre à la musique. Même si elle repense souvent à son ex-petit ami, Hagio, elle est heureuse auprès de Seiichi. Le jeune ménage, pourtant, peine à joindre les deux bouts, et Miho doit prend un second emploi. Devenue hôtesse de bar, elle finit par céder, par besoin d'argent, aux avances d'un client. Lorsque Seiichi l'apprend, il ne la comprend pas et s'éloigne d'elle. C'est alors que Hagio ressurgit dans la vie de la jeune femme.

Annotation :

Quelque part dans le flottement perpétuel: silhouettes jamais bien déterminées ou presque (ciselées, presque brouillonnes ; cercles et autres formes géométriques qui échappent régulièrement au rectiligne), et étrangeté des textures monocordes, pleines, sans dégradés ; grands fonds noirs soulignant les réflexions internes, contrechamps et hors-cadres multipliés pour attraper un membre, un dos, souligner le visage, pour une histoire toute aussi flottante, personnages incertains, compromis difficilement réalisables, aspirations floues.

Corps sonores
7

Corps sonores (2017)

Sortie : 4 janvier 2017 (France).

BD de Julie Maroh

Rainure a mis 5/10.

Résumé : "(...) recueil de nouvelles sur des états amoureux"

Annotation :

Historiettes inintéressantes bouclées aussitôt entreprises, aux dessins ternes de chez ternes, un gris pâle aux fonds souvent en bouillie, brumeux, parfois des corps fluides, leurs frottements, leurs délacés, mais en dehors de ça quelque chose de statique et affreusement triste qui mériterait beaucoup plus de couleurs, de vie. Bref ennui triste, assez loin de mon (lointain) souvenir du "bleu".

Jolies ténèbres
7.5

Jolies ténèbres (2009)

Sortie : 6 mars 2009 (France).

BD de Fabien Vehlmann

Rainure a mis 7/10.

Résumé : Dans les champs, au printemps, une fillette gît, inerte. Est-elle morte ? Qui l'a tuée ? On n'en saura pas plus. De-ci de-là, une minuscule communauté surgit, comme échappée de contes de fées : Aurore, mais aussi l'Orgueilleuse, la Régressive, l'Aventurière, le Prince m'as-tu vu...Les saisons passent et Aurore, la presque princesse, s'agite toujours pour son petit monde, qu'elle voudrait merveilleux, pour accorder cette improbable assemblée à la nature et aux bêtes qui les entourent. Jusqu'à ce jour d'hiver, où elle devra faire face à un choix amer.

Annotation :

Loin de m'y attendre, à cette glauque aventurette joyeusement coloriée ; fantaisies et couleurs des quatre saisons, conte de fées déglingués à coup de ces "jolies ténèbres", de jeux d'horreur (on pense forcément à Burton, ou un Don Bluth qui glisserait plus loin dans le violent, le sinistre. Forcément, beaucoup de rire jaune à voir l'espèce de survie mal embarquée (trahisons, jeux de pouvoir, incompréhension de la faune et la flore alentours dans un monde de "chapardeurs"), les princes ridiculisés, la naïveté, l'innocence souvent perdante, et le contretemps du monde des "géants", oiseaux et rongeurs, tout aussi violent mais sans y penser, pour vivre juste. Comme ne jamais être vraiment droit dans ses bottes, le pied au bon endroit.

Quéquette Blues : Intégrale
7.8

Quéquette Blues : Intégrale (2010)

Sortie : 27 octobre 2010.

BD de Hervé Barulea (Baru)

Rainure a mis 7/10.

Résumé : Une chronique vigoureuse et attachante de l'adolescence dans une cité ouvrière de l'est de la France, au milieu des années 60, racontée de "l'intérieur" d'une bande de copains d'enfance, élevés dans l'ombre portée de l'usine du coin.

Annotation :

Petite fascination : quasiment de la bédé sociologique (m'aura évoqué le "Ceux qui restent" de Coquard, ou le Paysage Fer de François Bon dans une moindre mesure). Baru dessine des gueules : gros pifs, traits absurdement forcés, grossis, ventres plus que ventrues, baves, boutons couvrant largement la face, mauvaises moustaches, bref, tout pour que les rares visages plus fins, propres, ressortent d'autant. Mais pas que ; Baru dessine Villerupt au passage de cette année 1966 surtout, et ses rues, et bistrots, café-tabac (sales, plein de fumée, d'alcool renversé, de coups partis si vite), usines de hauts-fourneaux. Partout, des tâches, des saletés, des crasses, et là-dedans un groupe de jeunes fils d'ouvriers (majoritairement d'immigration italienne et du Maghreb) qui tente de s'éclater comme elle peut un soir de nouvel an : qui veut draguer, boire, danser et baiser, de ne pas penser à l'usine un temps encore. C'est donc suivre une sorte de gueule de bois dans ce microcosme très largement machiste, et cette bande de copains à l'énergie d'avant les vingt ans, fonceurs, rock période Stones et Salut les Copains, qui passe la frontière proche pour le Luxembourg dès que ça veut poursuivre la fête folle (et tomber dans les milieux trop guindés pour eux et s'en moquer, se faire jeter, poursuivre ailleurs, tomber encore). Soit, une flamme assez fascinante.

L'Enragé : Intégrale
7.9

L'Enragé : Intégrale (2010)

Sortie : 4 novembre 2010.

BD de Hervé Barulea (Baru)

Rainure a mis 7/10.

Résumé : Pour sortir de sa condition, quitter sa banlieue et fuir l'autorité d'un père auquel il s'oppose, Anton est prêt à tout. La boxe sera son viatique vers la célébrité et la richesse, quitte à laisser sur le bord de chemin ceux qui l'aiment et qui ont cru en lui. Ivre de sa rage de réussir, aveuglé par sa quête d'une reconnaissance qui ne le satisfera jamais, il détruit tout autour de lui, jusqu'à se retrouver sur le banc des accusés, livré à la vindicte publique. La chute, comme l'ascension, est brutale. Au milieu des décombres de sa gloire, Anton va devoir accomplir le long et difficile chemin qui lui apprendra l'indulgence et la sagesse.

Annotation :

Toujours mitigé penchant vers le bien pour Baru - il y a un espèce de dynamisme haché dans ses albums, des sortes de cases qui manqueraient et qu'il faudrait rajouter de tête pour compléter, et des broussailles, colorations en tâches aussi surprenantes que parfois juste pas très belles (les affiches de la manif, en genre de JPG copié-collé, m'aura arraché les yeux) - mais restent les angles des visages, les gueules qui s'ouvrent et s'écrasent, les traits déformés sous l'émotion de façon très exagérée. Il y a un côté Raging Bull au premier tome, plus encore un côté social marqué, vouloir la gloire sans rançon à la force de ses poings, se sortir de son milieu pourri, de sa banlieue et ne plus rien à voir à faire avec sa famille - pour revenir sur ce milieu, faire son "retour" sur un deuxième tome (moins convainquant pour ma part, toute la manipulation judiciaire m'interpelle moins, même si restent la marche, les manifestations, les retrouvailles). Encore une fois, en tout cas, de la bédé avec de la place pour les "potes", entre autres conneries.

Le Fleuve Shinano : Intégrale
8.2

Le Fleuve Shinano : Intégrale (2018)

Shinanogawa

Sortie : 24 août 2018 (France).

BD de Hideo Okazaki

Rainure a mis 6/10.

Résumé : Dans la région du bassin de la Shinano, dont la rivière a de tout temps été le crève-cœur, les conditions de vie sont depuis toujours difficiles. Longs hivers enneigés, maigres récoltes, enfants dévorés par les loups… rien n’épargne les habitants de la région. Dans les années 1930… Même si la modernisation entreprise par l’État japonais depuis 1868 a développé les manufactures de tissage, les jeunes filles sont les premières victimes des difficultés économiques. Leur destin est déjà tout tracé : ce sera le bordel ou l’usine. Issue d’un milieu aisé, la jeune et jolie Yukie ne sera pas épargnée par les aléas de la vie.

Annotation :

Histoire d'éducation amoureuse est plus convenue, pénible, pas farouche. Je suis loin d'être fan de ces abandons du premier amour, jalousies, sensualités, vus et revus. Ce qui est d'autant plus dommage que sinon le dessin est virtuose : voir ces vents soulevant les nuances, les ukiyo-e quasiment, les neiges et surtout les pluies torrentielles qui découperait presque vraiment.
Pour les tomes 2 et 3, mêmes constats, voire à un niveau encore plus grotesque dans toutes ses insistances "je suis une femme lubrique" / "perfide" / "ne méritant que le pire", avec l'espèce d'héritage du passé par la mère et la postérité identiquement perverse (ridicule jeu de poursuites des perversions), alors qu'encore vraiment, le dessin est à couper le souffle, tempête comme brise, noyades et envolées.

Le Club des Divorcés
7.8

Le Club des Divorcés (1974)

Rikon Kurabu

Sortie : 6 novembre 2015 (France).

BD de Kazuo Kamimura

Rainure a mis 8/10.

Résumé : Le « Club des Divorcés » est un petit bar à Ginza géré par Yukô, jeune femme de 25 ans divorcée. Elle devient la « mama » du bar après son divorce afin de subvenir aux besoins de sa petite fille de trois ans. Difficile de tenir bon en tant qu’hôtesse, patronne et femme divorcée au milieu du Japon des années 70.

Annotation :

Ambiances et histoire radicalement différentes à celles du Fleuve Shinano - Kamimura fouille le milieu urbain dense tokyoïte, loin des plaines, des ruralités, de la société pré-moderne de Shinano. Zoom sur la vie des clubs et la place des femmes dans des années où explosent les divorces, sur une période sociale d'inégalités et de crises marquées par les fermetures, les suicides - donc, ancrage beaucoup plus réaliste et social cette fois. Puis : Yûko surtout, qui développe son amertume, ses réjouissances, sa volonté de construire tout de même un coin réconfortant, un "quelque part" pour que des clients se sentent heureux, tiraillée entre telles envies et telles nécessités, tenant bon an mal an son club et son équipe. Restent ensuite la densité : nuits poisseuses, pleines de brouillards de néons, d'un Tokyo brouillé de détails, d'un club aux éléments simples mais aux gestes, mouvements déplaçant les perspectives, parfois des ensembles quasi photoréalistes, parfois des gris bien plus estompés, des broussailles, des buissons ; puis au contraire, les jours plus épurés, cases évidées sauf du principal. Bref, m'aura bien plus accroché que l'autre lu, il a tout pour me donner envie de poursuivre chez Kamimura !

Satanie
7.4

Satanie (2016)

Sortie : 19 octobre 2016 (France).

BD de Fabien Vehlmann et Kerascoët

Rainure a mis 8/10.

Résumé : [Contient le tome 1 précédemment paru chez Dargaud, et le tome 2 inédit]. Charlotte alias Charlie, une jolie rousse, organise une expédition afin de retrouver son frère. Ce jeune scientifique, qui a disparu sous terre depuis plusieurs mois, affirmait au plus grand étonnement de tous pouvoir prouver l'existence de l'Enfer en s'appuyant sur la théorie de l'évolution de Darwin ! Le petit groupe conduit par Charlie s'enfonce donc sous terre et découvre au fur et à mesure de sa progression que les entrailles de notre planète pourraient bien abriter une autre forme de vie pour le moins inattendue...

Annotation :

Très bel imaginaire des sous-sols et troglodytes, des territoires infernaux en rhizomes : sensations de voyages au centre de la Terre façon Verne, tout le superflu et l'imaginaire libre, avec le fondement semi-scientifique, ou des profondeurs des miasmes de Nausicaä, d'insectes terrifiants et dévorants. Assez fasciné aussi par ces couleurs qui viennent s'affoler de plus en plus, pleines de dangers, de variants effroyables de températures, de poisons variés - tout un univers sans socle, d'agitation permanente, de pièges et de survie (une équipe de choc pourrait en faire un jeu formidable d'explorations vertigineuses, à apprendre à connaître écosystèmes, tellurismes, vents et à s'adapter en permanence en fonction des règles survenant). Soit : régal d'imaginations en forme d'emmêlements, de toiles d'araignées.