2026 - Lectures
Le Côté de Guermantes (1921)
À la recherche du temps perdu / 3
Sortie : 1921 (France). Roman
livre de Marcel Proust
Annotation :
Jusqu'ici celui qui me plait le moins : c'est long, ça tartine du mondain jusqu'à en donner le vertige (la citation que j'ai notée donne une belle raison à cela), et ça se répète un peu avec les précédents (le fantasme de Mme de Guermantes qui tourne à fond lorsqu'elle se refuse au narrateur avant de se révéler décevant lorsqu'il s'offre à lui qui fait penser à La Berma qui évoquait cela en quelques pages plus synthétiques).
Mais quand on s'éloigne de ces mondanités, c'est souvent fulgurant : la poursuite de Mme de Guermantes qui finit en chassé croisé, la mort de la grand mère du narrateur décrite en détail tout en imposant le caractère subit de la chose, et quelques scènes métaphysiquement savoureuses comme une scène conjugale jouée sur une scène de théâtre où les décors changent, ou la maitresse de Saint Loup qui se fait difficile d'accès auprès de lui alors que le narrateur la remet dans un bordel, toujours apte à communiquer cette vision du monde où le regard cherche à dévorer la réalité pour la plier à ses règles, plongeant les individus dans une tragédie comique de laquelle ils ne savent ni s'extraire ni même la reconnaitre. L'Affaire Dreyfus comme manifestation la plus aboutie de cette absurdité, et les pages finales où Swann évoque sa mort prochaine auquel on rétorque que les chaussures de Mme de Guermantes ne sont pas assorties à sa robe.
Un psaume pour les recyclés sauvages (2021)
Histoires de moine et de robot, tome 1
A Psalm for the Wild Built
Sortie : 15 septembre 2022 (France). Roman, Science-fiction
livre de Becky Chambers
Annotation :
Une parenthèse enchantée où l'on s'installe confortablement pour boire un thé dans un post-apo dont on a évacué l'angoisse pour la remplacer par le réconfort d'un monde qui a réussit à continuer malgré tout. Un livre qui ne cherche donc pas spécialement quelque chose de fondamentalement génial mais qui atteint pleinement ses objectifs malgré tout d'une certaine ambition : parler de l'absurdité camusienne en faisant grimper une montagne afin de grappiller des moments de contemplation où l'on s'imagine heureux grâce à une relation touchante et des décors sublimes.
Hypérion (1797)
Hyperion oder Der Eremit in Griechenland
Sortie : 25 janvier 1973 (France). Poésie, Roman
livre de Friedrich Hölderlin
Annotation :
Le livre début avec Hypérion divisé par sa position sur un isthme, un pied de chaque côté. Cette division traverse tout le livre et incarne le romantisme allemand à la perfection : l'homme est trop grand pour se laisser mourir mais trop faible pour vaincre son destin. Ce romantisme au lyrisme exacerbé m'évoque la noblesse archétypale du seigneur des anneaux, avec quelques fulgurances d'images à la poésie sublime, même si le style ne m'apparait pas comme d'une grande finesse. De l'archétypal donc avec ce passé antique volontiers fantasmé, mais le livre n'oublie pas de mettre un peu de recul sur tout ça, par exemple quand Diotima, incarnation de la femme parfaite, moitié oubliée de l'homme à retrouver, exprime à Hypérion le fantasme un peu ridicule qu'il projette sur elle et que c'est bien son rapport au monde déçu qui s'exprime dans l'admiration béate qu'il a pour elle. Un livre court qui réveille la puissance universelle qui réside dans chaque individualité, bref qui fait de la poésie en somme.
Surveiller et Punir (1975)
Sortie : 20 février 1975. Essai, Histoire
livre de Michel Foucault
Annotation :
Foucault décrit d'abord le passage au XIXème d'une punition corporelle où l'offense se fait contre le Roi qui vient réparer par le châtiment corporel donné en spectacle pour réaffirmer son pouvoir (et avec une culpabilité qui peut se mesurer en fraction dans l'individu plutôt qu'en binaire coupable/innocent, qui devient de ce fait toujours au moins un peu coupable), à une punition de l'âme où l'on cherche à redresser l'âme du condamné en le soumettant à un cadre normatif sensé le faire sortir du chemin de la criminalité pour le ramener dans la normalité. S'en suit alors toute une armada de technologies de surveillance qui vient s'insinuer dans tous les domaines de la vie pour s'assurer que le plus grand nombre soit soumis à cette normativité permettant le contrôle des masses. C'est le passage du criminel (celui qui a commis un crime ponctuel) au délinquant (statut donné à l'arrivée dans le processus judiciaire et qui suit la personne à redresser toute sa vie).
La dernière partie sur les critiques adressées aux prisons, principalement sa manière de générer de la récidive, qui seraient les mêmes depuis la création de la prison telle qu'on la connait, montre que la prison, plutôt qu'une tentative de redresser les vies déviées du droit chemin, semble parfaitement tenir son rôle social puisqu'elle n'a malgré toutes ces critiques jamais évoluées significativement pour les prendre en compte. Foucault propose alors que ce rôle social tient plus du maintien d'une classe délinquante que l'on garde sous contrôle grâce à certains procédés de surveillance (on connait sous les moindres coutures les individus, leur profession, leurs connaissances, leurs idées...), limitant ainsi une délinquance qui échapperait à la surveillance, le but étant toujours d'accumuler de la connaissance sur les individus pour diminuer l'inconnu et empêcher la masse de devenir imprévisible. Le savoir ici devient donc plus une arme de surveillance favorisant la normativité qu'un outil poursuivant son propre but.
Guerre (2022)
Sortie : 5 mai 2022. Roman
livre de Louis-Ferdinand Céline
Annotation :
Un personnage toujours aussi ignoble servi par un style toujours aussi pesant et frappant, Céline décrit un réveil au milieu d'un champ de bataille déserté, une marche infernale jusqu'au soin et les-dits soins où l'on cotoie les autres blessés, galerie de personnages vulgaires. Il n'y a pas les fulgurances d'humanisme que l'on perçoit de temps en temps dans le voyage, c'est un livre resserré sur les sensations de crasse, de vomi et de merde qui attendent les blessés de guerre. Dégueulasse et percutant.
Le Monde nazi (2024)
1919-1945
Sortie : 19 septembre 2024. Essai, Culture & société, Histoire
livre de Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin
L'Œil et l'Esprit (1961)
Sortie : 11 avril 1985 (France). Essai, Philosophie
livre de Maurice Merleau-Ponty
Annotation :
Ici la perception n'est pas le résultat d'un agencement de fonctions dans un corps matériel ni une oeuvre divine qui ferait du corps une sorte de coquille vide, mais le résultat d'une possibilité de la vision de soi-même, permettant une association entre une perception et une sensation. Le fait d'être à la fois celui qui perçoit, se plaçant ainsi dans un monde nous entourant et se mouvant en fonction de ce qui nous meut, et celui qui est perçu, crée une sorte de paradoxe à même de plaire à ce type de philosophe bergsonnien. La peinture donc, manifestation la plus explicite de ce concept, à la fois dans le rapport du peintre à son oeuvre, donnant naissance à la relation entre le visible et celui qui voit (qui ne sont pas deux choses distinctes, mais cette relation est le réel il semblerait), et dans le rapport du spectateur à l'oeuvre, qui fait naitre la sensation que l'oeuvre génère chez la personne la percevant, sensation absolue et intemporelle. On trouve alors cette idée qui m'a un peu obsédée il y a plusieurs années que l'oeuvre agit comme une conscience qui regarde le spectateur pour faire naitre la relation entre le visible et le voyant. Merleau-Ponty en parle explicitement lorsqu'il parle du paysage peint qui regarde le peintre plutôt que l'inverse.
Le genre de philosophie difficilement compréhensible mais qui n'hésite pas à se lancer dans des descriptions de phénomènes des plus abstraits, provoquant des sensations de recul qui m'apaisent toujours un peu, même si on pourra reprocher à l'auteur de bullshitter avec du jargon à n'en plus finir pour parler de manière péremptoire de trucs que par définition personne ne pourra aller vérifier.












