남한 Au Pays du Matin Frais - La Modernité entre Silence et Violence

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123 films

par Elvisant

Avec ma liste des films japonais et des films chinois, voici la liste exhaustive chronologique des films coréens que j'ai visionnés. J'apprécie tout particulièrement le cinéma asiatique, qui bien que constitué de pays très différents a une logique spécifique que j'affectionne. Alors que le cinéma nippon domine ses frères coréen et chinois, le cinéma de Corée du Sud a vite acquis une renommée dans le milieu cinéphile, grâce à des artistes maintenant mondialement connus comme Bong Joon-Ho, Kim Ki-Duk ou encore Lee Chang-Dong.

Cependant, contrairement aux voisins de l'autre côté de la Mer du Japon, la Corée n'a pu développer son 7e Art qu'assez tardivement, à cause du régime dictatorial en place jusqu'en 1987. C'est pourquoi, à part 'La Servante' de Kim Ki-Young qui date des années 1960, tous les films notoires de ce pays n'ont été produits qu'après la transition démocratique. Je n'ai moi-même vu que quelques films du siècle dernier car c'est surtout à partir du nouveau millénaire que les films d'auteur coréens ont commencé à sortir.

Le cinéma coréen est donc un cinéma plutôt moderne, contrairement aux vieux films de sabres du Japonais Kurosawa ou des anciens films d'époque chinois. Le fait de n'avoir pu se développer sur le tard le rend d'autant plus intéressant, car c'est ici un cinéma tout aussi spécial que le cinéma nippon auquel on a droit. Les vestiges d'une société dictatoriale où la censure était forte d'un côté, la purge culturelle libérale américaine de l'autre : ce cocktail détonnant a donné naissance à quelque chose d'unique, où le Silence et la Violence dominent, donc.

En effet, le silence, tout d'abord. Le cinéma coréen est connu pour son aspect des plus contemplatifs (Lee Yoon-Ki, Kim Ki-Duk, Hong Sang-Soo...) où les mots sont rares car pas nécessaires. Cependant, cette absence de mots qui privilégie donc l'image est aussi un symptôme du manque de communication très prégnant dans cette société. Alors que dans Locataires, les deux héros ne se parlent jamais car ils n'en ont pas besoin, l'absence de communication est souvent signe d'une société où les rapports interpersonnels sont difficiles. A cet égard, Breathless est un exemple parfait, car le protagoniste n'arrive pas à communiquer son amour à la fille qu'il rencontre à cause d'un passé trop lourd. C'est donc cette histoire dure à porter qui a rendu les Coréens 'silencieux'. On voit d'ailleurs souvent que les émotions amoureuses sont très rarement exprimées, et si elles le sont, de manière assez maladroite : Peppermint Candy est la preuve même d'un homme qui s'enferme dans sa folie et rejette sa femme car il n'a pas pu avouer à son véritable amour qu'il la voulait. En ce sens, cet excellent film de Lee Chang-Dong est très représentatif du cinéma coréen, l'analyse historique se mêlant à l'analyse individuelle du personnage.

Ce silence est donc souvent la cause d'une violence extrême, marque de fabrique d'une partie du cinéma coréen. Les thrillers sanglants (The Chaser, The Murderer, A Bittersweet Life, Old Boy...) en sont devenus un genre très représentatif, mais également des films dramatiques portant sur le viol (Hope, A Cappella, Beautiful...), étudiant un aspect très choquant de la société coréenne, mais qui malheureusement est récurrent. Cette violence est liée au silence, car selon moi, cette impossibilité à communiquer correctement fait naître des comportements déviants, surtout parce que, dans le cas du viol, il est difficile d'en parler par peur d'être rejeté. Dans A Cappella, on voit donc cette honte du personnage principal, qui alors qu'elle devrait être aidée est virée de son établissement scolaire.

J'ai donc perçu une forte complexité étudiée dans le cinéma coréen, ce qui le rend d'autant plus passionnant : alors que de purs moments de grâce permettent d'entrevoir un espoir de pouvoir évoluer de manière plus harmonieuse, c'est souvent un résulat violent qu'il nous sera donné de voir. Happy End est à l'image de cette dualité : alors que le personnage de Jeon Do-Yeon est très heureuse avec son amant, son absence de dialogue avec son mari qu'elle trompe la mènera à mourir violemment de ses mains. C'est peut-être ça, la qualité du cinéma coréen : savoir montrer subtilement l'impossibilité des humains à vivre ensemble.

Notes :
- 10 (1)
- 9 (4)
- 8 (12)
- 7 (10)
- 6 (6)
- 5 (1)
- 4 (2)
- 3 (2)
- 1 (1)

Photo : Jeon Do-Yeon & Ha-Jung Woo dans 'My Dear Enemy' de Lee Yoon-ki

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