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Cover Carnet de glanures : « Fragments »

Carnet de glanures : « Fragments »

Des citations, bouts, bribes, extraits trop longs pour tenir dans le cadre restreint de la longueur de caractères des annotations des listes de lecture.

[+ d'autres bouts encore plus longs en commentaires]

Liste de

726 livres

créée il y a presque 6 ans · modifiée il y a 3 jours
Rêves de nacre
-

Rêves de nacre (2018)

La collection Ensor du KMSKA à Ostende

De Ensor-verzameling van het KMSKA in Oostende

Sortie : 2018 (France). Essai, Peinture & sculpture

livre de Herwig Todts

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

« Ensor rappelait à qui voulait l'entendre ses origines anglaises, mais on ignore si le peintre ostendais vit jamais de ses propres yeux les toiles de William Turner ou John Constable. Son père James Frederic Ensor avait bien la nationalité anglaise mais était né à Bruxelles. Il était issu d'une famille aisée et avait reçu une bonne éducation. Il épousa la fille d'un boutiquier d'Ostende. La famille tint jusqu'à la mort de la mère d'Ensor Catharina Haegheman en 1915 une boutique de souvenirs et curiosités, et louait des chambres aux estivants. Après ses études à l'Académie de Bruxelles, de 1877à 1880, Ensor retourna à Ostende, où il aidait régulièrement sa tante, sa mère et sa cadette d'un an Mariette ou Mietje (ou comme Ensor le francophone l'écrivait Mitche)à tenir la boutique pendant l'été : choisir des marchandises, les commander, les réceptionner,les exposer, les vendre, les emballer, calculer les dépenses et les recettes... »

Zothique
8

Zothique (1970)

(intégrale)

Sortie : 27 septembre 2017 (France). Recueil de contes

livre de Clark Ashton Smith

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Mais le vin lui refusait son oubli, et les baisers de ses amantes ne suffisaient plus à son extase. Il chercha d’autres divertissements, convoqua d’étranges masques, mimes et bouffons, rassembla des chanteurs exotiques et des musiciens aux instruments primitifs. »

« Dans mon livre, fit la silhouette encapuchonnée, sont consignés les caractères de toutes choses. Au commencement, chaque forme visible n’était qu’un symbole tracé de ma main, et à la fin, seules les inscriptions de mon livre demeureront. Pour un temps, elles en sortent, s’incarnent… C’est moi, ô Nushain, qui ai placé dans les cieux les astres ayant présidé à ton voyage, c’est moi qui t’ai envoyé les trois guides. Et tous, ayant rempli leur rôle, sont redevenus des symboles bien alignés, comme auparavant. »
« Hardiment, ils naviguèrent parmi des matins d’amarante où filaient des loris dorés, et parmi des midis ardents de saphir foncé, suivant des vols de flamants roses vers des rivages vierges et oubliés. Les étoiles changeaient au-dessus d’eux, et sous les constellations aux formes inconnues, ils entendirent le cri mélancolique des cygnes sauvages qui fuyaient vers le sud l’hiver de royaumes introuvables, cherchant l’été dans des contrées inexplorées. Ils parlèrent avec des hommes fabuleux vêtus de rangées de plumes d’aepyornis ou portant en guise de manteaux des plumes de rhok larges d’une aune, qui traînaient sur le sol derrière eux. Ils rencontrèrent des êtres primitifs dont le corps était couvert de duvet comme celui des poussins fraîchement éclos et d’autres encore, dont la chair semblait hérissée de pointes pennées. Mais nulle part ils ne purent obtenir la moindre information au sujet du gazolba. »

« Tandis qu’il écoutait le musicien, une sorcellerie s’immisça dans l’esprit d’Améro. La lassitude, les devoirs et inquiétudes liés à son rang éclatèrent, bulles de rêve que vint emporter un flot de Léthé. La verdure paisible et baignée de soleil des vals enchantés, évoqués par la mélodie, s’animèrent sous ses yeux. Il était le berger, suivait des sentiers herbeux ou s’allongeait avec insouciance au bord des eaux calmes sans que sa tête fût percluse de pensées parasites.

Il remarqua à peine que la mélodie légère avait cessé. Mais la vision s’assombrit, et celui qui rêvait de tranquillité redevint un roi inquiet. »

Vertige de la liste
6.9

Vertige de la liste (2009)

Vertigine della lista

Sortie : 2009 (France). Essai, Culture & société, Littérature & linguistique

livre de Umberto Eco

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

[facile, attendu, mais n’est-ce pas de plus en plus vrai ?]
« Enfin, voici pour finir la "Mère suprême de toutes les listes", infinie par définition car en continuelle évolution, le Word Wide Web, toile d'araignée et labyrinthe, et non pas arbre ordonné, qui, de tous les vertiges nous promet le plus mystique, le plus totalement virtuel, et nous offre un catalogue d'informations qui nous fait nous sentir riches et tout-puissants, au prix de ne plus savoir lequel de ses éléments se réfèrent à des données du monde réel et lequel non, sans aucune distinction désormais entre vérité et erreur. »

*

« Un passionné de livres anciens comme Mario Praz, dans un texte pour le Catalogue 15 de la Librairie du Salon du Livre de 1931, disait que le bibliophile, à la lecture des catalogues de livres anciens, éprouvait un plaisir aussi immense qu'à celle de romans policiers. "Soyez certains - disait-il - qu'aucune lecture n'a jamais engendré d'action aussi rapide, aussi émue, que la lecture d'un catalogue intéressant." Mais aussitôt après, il laissait entrevoir que l'on pouvait même faire des lectures rapides et émues de catalogues inintéressants. »

*

« Tesauro élabore ainsi un Index Catégorique - sorte d'énorme dictionnaire n'ayant du dictionnaire, que la forme apparente, car la quantité de propriétés qu'il énumère est telle qu'elle laisse penser qu'elle ne se limite pas à celles qu'il mentionne. Avec une satisfaction toute baroque pour la trouvaille merveilleuse, Tesauro présente son index comme un "secret vraiment secret", une mine inépuisable de métaphore infinies et de concepts ingénieux, car l'esprit n'est autre que la capacité à "pénétrer les objets hautement écrasés sous diverses catégories et de les confronter les uns aux autres" - la capacité à découvrir des analogies et des similitudes qui seraient passées inobservées si chaque chose était restée classée sous sa propre catégorie. »

Un balcon en forêt
7.9

Un balcon en forêt (1958)

Sortie : 1958 (France). Roman

livre de Julien Gracq

Nushku a mis 8/10.

Annotation :

« On buvait beaucoup. Chacun de ceux qui sont ici vaut mieux que ce qu’il montre, se disait Grange exaspéré : les pères de famille sont au bordel. Par la fenêtre, la Meuse virait lentement au sombre, éteinte par l’ombre de la falaise ; l’ennui morne et vacant du dimanche provincial suintait malgré la guerre à travers les croisées ; l’air sentait le pernod, la fumée de tabac rassise et les viandes lourdes. Visiblement on singeait quelque chose ici, mais quoi ? Dans les moments de silence, les convives regardaient par la fenêtre les enfants du catéchisme qui se rangeaient maintenant sur la place pour les vêpres. »

*

« Ce voyage à travers la forêt cloîtrée par la brume poussait Grange peu à peu sur la pente de sa rêverie préférée ; il y voyait l’image de sa vie : tout ce qu’il avait, il le portait avec lui ; à vingt pas, le monde devenait obscur, les perspectives bouchées, il n’y avait plus autour de lui que ce petit halo de conscience tiède, ce nid bercé très haut au-dessus de la terre vague. Sur le plateau, où la chaussée s’égouttait mal, les flaques des bas-côtés s’élargissaient déjà au travers du chemin, toutes cloquées par l’averse qui redoublait de grosses bulles grises. »

*

« Grange pensa que la moitié de sa vie allait lui être rendue : à la guerre, la nuit est habitée "À la belle étoile…" songea-t-il, et il pensait confusément à d’étroites routes blanches sous la lune, entre les flaques noires des pommiers ronds, aux campements dans les bois pleins de bêtes et de surprises. Il s’endormit, sa main pendant de son lit au-dessus de la Meuse comme du bordage d’une barque : demain était déjà très loin. »

L'Herbe des nuits
6.5

L'Herbe des nuits (2012)

Sortie : 4 octobre 2012. Roman

livre de Patrick Modiano

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

« Le bois, les avenues vides, la masse sombre des immeubles, une fenêtre éclairée qui vous donne l’impression d’avoir oublié d’éteindre la lumière dans une autre vie, ou bien que quelqu’un vous attend encore… Tu dois te cacher dans ces quartiers-là. Sous quel nom ? Je finirai bien par trouver la rue. Mais, chaque jour, le temps presse et, chaque jour, je me dis que ce sera pour une autre fois. »

*

« Il me semble aujourd’hui que je vivais une autre vie à l’intérieur de ma vie quotidienne. Ou, plus exactement, que cette autre vie était reliée à celle assez terne de tous les jours et lui donnait une phosphorescence et un mystère qu’elle n’avait pas en réalité. Ainsi les lieux qui vous sont familiers et que vous revisitez en rêve bien des années plus tard prennent-ils un aspect étrange, comme cette morne rue d’Odessa et ce cinéma Montparnasse à l’odeur de métro. »

*

« Pourtant je n’ai pas rêvé. Je me surprends quelquefois à dire cette phrase dans la rue, comme si j’entendais la voix d’un autre. Une voix blanche. Des noms me reviennent à l’esprit, certains visages, certains détails. Plus personne avec qui en parler. Il doit bien se trouver deux ou trois témoins encore vivants. Mais ils ont sans doute tout oublié. Et puis, on finit par se demander s’il y a eu vraiment des témoins. »

La Grande Muraille de Mars
8.2

La Grande Muraille de Mars (2016)

Beyond the Aquila Rift: The Best of Alaystair Reynolds

Sortie : 9 octobre 2026 (France). Recueil de nouvelles, Science-fiction

livre de Alastair Reynolds

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Je t’amènerai aux Tréfonds de Vénus, a-t-il dit. Ou à Crêteville, sur Japet. Je connais un coin super, là-bas, et les panoramas… Tu as déjà vu les écumeurs plongeant dans la tache de Jupiter, les cités-falaises sous Europe ? »

*

« L’univers donne toujours une impression d’antiquité, par contre. C’est une vérité, un fait… universel. Elle le trouvait vieux, déjà festonné des toiles d’araignée de l’histoire. Dur à appréhender pour nous, je sais. La civilisation humaine n’est que la dernière encoche sur la dernière encoche sur la dernière encoche sur la dernière couche du tout. On n’est que du bruit. De la poussière. On n’a même pas commencé à laisser une trace. »

*

«"Ce n’est pas moi le défaitiste, répliqua ce dernier.
– Non, bien sûr. Contente-toi de faire de ton mieux, petit frère."
Warren lui tendit la main. Hésitant, Nevil replongea le regard dans l’œil indemne de son aîné — l’œil de quelqu’un qui mène des interrogatoires, aussi pâle, décoloré et froid que le Soleil au cœur de l’hiver. Il y avait de la haine dans cet œil. Warren méprisait le pacifisme d’un Nevil persuadé que n’importe quelle sorte de paix, même une paix faite de fragiles épisodes de méfiance coincés entre deux crises, valait toujours mieux que la guerre. Ce schisme avait brisé le peu de sentiment fraternel qui les unissait encore. À présent, quand Warren évoquait leur lien de parenté, il ne parvenait jamais à dissimuler tout à fait le dégoût qui perçait dans sa voix. »

*

« – Tu as été bon pour moi, Inigo, mais je suis un zéphyr, oui. Tu peux m’admirer, m’aimer à ta manière ; moi, je ne peux pas t’aimer. Je te vois comme une photo. Tu me parais transparent. Je t’étudie sous tous les angles. Tu m’amuses. Mais tu n’as pas assez de profondeur pour me fasciner.
– L’amour, ce n’est pas que de la fascination. Et tu l’as dit toi-même : tu es à mi-chemin de redevenir humaine. »

*

« – J’ai reçu… je ne sais pas trop, Dimitri. On aurait dit… tout.
– Tout quoi ?
– Tout ce qui tentait d’entrer dans ma tête. Tout à la fois. L’univers qui s’invitait dans mon cerveau. Pas désagréable, mais… c’était trop. »
À mon tour, j’ai tendu le bras.
« Fais gaffe. »
Contact. Un savoir limpide, lumineux, aussi fragile et convoluté qu’une fleur trempée dans l’azote liquide, a forcé les portes de mon esprit. Sentant mes sutures mentales se distendre sous la pression, j’ai reculé à mon tour. Ça n’avait sans doute pas duré plus d’une seconde, mais le flot d’informations résonnait sous mon crâne comme les échos d

Le Roman d'Oxford
6.9

Le Roman d'Oxford

Sortie : septembre 1989 (France). Roman

livre de Javier Marías

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Alors je me mis à regarder ouvertement le visage de Clare Bayes et, sans la connaître, je la vis comme quelqu’un qui appartenait déjà à mon passé. Je veux dire comme quelqu’un qui ne faisait plus partie de mon présent, comme quelqu’un qui vous a beaucoup intéressé et a cessé de vous intéresser ou qui est mort, comme quelqu’un qui fut ou qu’un jour déjà lointain vous avez condamné à avoir été, peut-être parce que cette personne vous avait vous-même condamné à cesser d’être bien avant. »

« À Oxford la lumière est la même à partir de cinq heures et demie, quand on est bien forcé de s’en apercevoir à l’arrêt de toute activité visible – à la fermeture des boutiques et au retour chez soi des professeurs et des étudiants –, jusqu’à neuf heures passées, où enfin le soleil se couche subitement – comme éteint par un interrupteur, bien qu’il en reste un éclat fantasmatique et lointain – et ceux qui sortent la nuit se précipitent dans la rue avec impatience. Cette lumière immuable, cette accentuation de la pérennité ou stabilité du lieu fait que l’on se sent arrêté et encore plus hors du monde et de tout passage qu’il n’est courant là-bas, comme je l’ai expliqué. Pendant ces heures immobiles il n’y a rien à faire pour peu qu’il soit impossible de dîner à la lumière du jour, comme bien sûr c’était le cas pour moi. Et l’on attend. On attend. On attend que vienne la nuit tant désirée, que disparaisse cette lumière suspendue et tiède, que se remette en marche la faible roue du monde et que cesse le calme, enfermé chez soi, regardant la télévision ou écoutant la radio, sans même une librairie ouverte à visiter où se sentir actif, utile et en sécurité. »

« Je ne suis plus perturbé, même si ma perturbation d’alors n’a pas été grand-chose, elle fut légère et passagère, articulée et logique, comme je l’ai déjà dit, une de ces perturbations qui ne vous empêchent pas de continuer à travailler, ni de vous conduire de façon sensée, ni d’être correct, ni d’être avec les autres comme s’il ne vous arrivait rien ; une de ces perturbations qui probablement passent inaperçues pour tout le monde sauf pour celui qui la ressent, une de celles que l’on connaît tous de temps en temps. »

Moby-Dick ou le Cachalot
-

Moby-Dick ou le Cachalot (1851)

(traduction Philippe Jaworski)

Sortie : 2006 (France). Roman

livre de Herman Melville

Nushku a mis 8/10.

Annotation :

« Puisque j'ai entrepris de m'occuper de ce monstre, il convient que mon étude soit systématique et encyclopédique, que rien ne soit négligé, ni la plus microscopique cellule de son sang, ni le plus intime repli de ses intestins. J'ai déjà évoqué la plupart des particularités actuelles de son habitat et de son anatomie ; il me reste donc à l'exalter d'un point de vue archéologique, fossilifère et antédiluvien. Appliqués à toute autre créature que notre léviathan - une fourmi ou une puce -, ces termes imposants pourraient être, à bon droit, jugés atrocement pompeux. Mais avec Léviathan pour thème, le cas est tout autre. Je suis trop heureux, pour mener à bien mon affaire, de chanceler sous les mots les plus pesants du dictionnaire. »

*

« Mais Achab, mon capitaine, ne cesse de se mouvoir devant moi, rude, farouche comme tous les marins de Nantucket. Et dans cet épisode où sont évoqués rois et empereurs, je ne dois pas dissimuler que je n’ai affaire qu’à un pauvre chasseur de baleines plus tout jeune ; les pompes et l’apparat, signes extérieurs de la majesté, me sont donc interdits. Oh ! Achab ! ce qui fait ta grandeur, il me faudra l’arracher au ciel, le ramasser dans les profondeurs de l’océan, le sculpter dans l’air immatériel ! »

*

« On entend souvent parler d'autres quelques-uns de ses plus subtils secrets. Nous fûmes témoins des idylles des jeunes léviathans. Ainsi, toutes cernées qu'elles fussent par les tourbillons concentriques de la terreur et de l'épouvante, ces créatures insondables, au centre des cercles, se livraient sans contrainte et sans peur à toutes sortes d'occupations paisibles, et même s'abandonnaient en toute sérénité aux délices du badinage. De semblable manière, au plus fort de la tempête atlantique de mon être, je m'ébats à tout jamais dans le silence et la paix ; et tandis que les lourdes planètes d'une affliction sans remède accomplissent autour de moi leur course, loin dans les profondeurs de mes terres intérieures, je folâtre dans les eaux éternellement douces de la joie. »

The Legend of Zelda: Breath of the Wild
8.1

The Legend of Zelda: Breath of the Wild (2017)

La Création d'un prodige

The Legend of Zelda: Breath of the Wild - Master Works

Sortie : 17 juin 2020 (France). Beau livre & artbook, Jeu vidéo

livre de Nintendo

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

« Étonnamment, à aucun moment du développement je ne me suis senti abattu par la difficulté. Chaque jour, nous pensions à de nouvelles idées amusantes et nous vivions de véritables moments de joie à chaque fois que nous parvenions à réaliser ces idées dans le jeu. Plus nous avions d'idées, plus l'ambition du jeu était importante. Mais aussi fourni soit-il, il y avait un certain nombre d'idées que nous ne pouvions mettre en œuvre ou alors qui n'ont laissé que des traces. Dans certains cas, cela a créé un mystère. Par exemple, pourquoi l'emblème du Gang des Yigas est-il une version inversée du symbole de l'œil des Sheikahs ? Et comment le roi d'Hyrule est-il mort? Nous avions également créé un riche passé aux Prodiges comme Daruk et Mipha pendant le développement du jeu principal, mais nous n'avons pas pu beaucoup l'aborder. »

*

« La Création d'un Prodige contient beaucoup d'éléments qui ne seraient normalement pas disponibles en dehors de l'entreprise et, en raison de l'immensité de ce jeu, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup plus de matériel que prévu. Ce fut beaucoup de travail de choisir et d'organiser tout cela [rires]. Pour les développeurs, ce qui est le plus important, c'est le résultat final, et ces éléments de production que nous montrons dans le livre n'ont pas été créés dans l'intention de les dévoiler au public. Ils sont, tout au plus, quelque chose de semblable aux plans utilisés pour créer ce qui apparaît dans le jeu. J'imagine qu'il y a des membres de l'équipe de production qui sont gênés que leurs travaux bruts soient rendus publics. Pourtant, je suis heureux que nos fans puissent regarder ce matériel et voir comment le jeu a été créé. Je pense qu'il est important de mettre autant de travaux de développement à disposition, surtout pour les enfants qui voudraient en faire leur métier un jour. En vérité, c'est ce qui m'est arrivé. Quand j'étais à l'école primaire, j'ai lu un artbook qui contenait de nombreux designs de conception. Ça m'a vraiment enthousiasmé et j'ai décidé de travailler là où je pourrais créer des choses. C'est pourquoi j'ai fini par rejoindre Nintendo et créer des jeux. Si ce livre pouvait avoir une telle importance pour quelqu'un d'autre, j'en serais ravi. »

Layla et Majnûn
-

Layla et Majnûn (1188)

Leili o Majnun

Sortie : 3 mai 2017 (France). Poésie

livre de Nezami

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

« Cet habitacle de terre jusqu'à quand revêtir ?
de ses délices et poisons jusqu'à quand se nourrir ?
Cette enveloppe est le repaire de l'araignée
qui la plaie tantôt irrite et tantôt panse ;
Qui tantôt sur le moucheron fait assaut ;
tantôt la main retient de verser le sang,
Tel le cocon, ferme la porte de la maison
afin sur de beaux rêves de poser la tête.
Cette demeure, qui est séjour insalubre,
à l’évidence n'est allouée que pour un temps.
Échanson, n'aie de cesse de procurer vin et joie,
— vin sur donne, et joie suave —
Ce vin qui, selon l'état de l'homme,
rend manifeste ce qui est sur l'ensouple. »

*

« Jusqu'à quand évoquer ceux qui sont partis ?
le cortège des pas qui s'accordaient aux siens ?
L'abeille qui réjouit avec son miel,
ce miel procure grâce à l'accord intime.
Le cocon qui fournit la soie du bonnet,
c'est à l'aide d'intimes associés qu'il y parvient.
La fourmi, pour la joie de ses compagnes.
traîne un poids qui plus qu'elle est lourd.
Avec quiconque sur cette voie tu vas de concert,
à son instrument sans cesse accorde les touches.
Sur le mode de cette mélodie subtile,
tu entonneras faux si tu n'as pas le ton.
En Chine, ce n'est pas à chacun de tisser la soie:
à l'un royal vêtement,à l'autre natte de raphia.
En tout ce qui est régi par l'équilibre,
l'accomplissement dépend de l'harmonie.
Le roud qui au chant ne s'accorde pas
perturbe quand le chanteur entonne. »

Babylone
-

Babylone (2025)

Sortie : 2025 (France). Récit, Histoire

livre de Arnaud Maisetti

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Nous sommes seuls face à elle.
Pour ma part, j'ai dit comment ce qui n'a pas eu lieu existe, pas seulement dans les mémoires et non pas au lieu où la terre et le ciel se rejoignent comme à la fin, mais quelque part au fond de nous et à chaque instant qu'on fabrique une ville, qu'on songe à le faire le soir quand on est trop fatigué pour dormir, le matin quand on a trop peur pour reprendre la veille ou on l'a laissée, mais qu'insiste cette féroce douceur de désirer recommencer le monde. Oui, l'Histoire existe chaque fois que ces pensées nous viennent, brutales comme l'amour, de désastre et dans le désir de tout détruire, comme l'amour.
J'ai dit comment étaient la terre et le ciel, et quelle était notre place, entre les deux, combien c'est insoutenable. »

*

« ALORS L'HISTOIRE QU'ON RACONTE, la fameuse, la grande, aussi grande que la Tour qui paraît comme son image sur terre, oui, cette Histoire-là qu'on sait par cœur, qu'on se passe de siècle en siècle quand on voudrait dire tout et son contraire, qui sert le plus souvent aimablement à passer le temps ou pour faire le contraire et maudire, dresser l'inventaire, pour éblouir aussi, menacer, tisser des métaphores, l'Histoire qui insiste et semble dire autre chose qu'elle, de plus terrible, de moins dicible, l'Histoire qu'on dessine dès lors quand les mots manquent et qui deviennent de pures images sur des toiles hautes comme des temples et à laquelle on rêve en secret quand la nuit vient et qu'on voudrait tout dévaster de ce monde ou qu'on a peur qu'il nous dévaste, qu'on appelle à soi les forces de la conjuration, que la peur grandit alors et qu'on est seul, cette Histoire-là, non, n'a pas eu lieu ; on le sait bien, mieux que l'Histoire, même si cela n'empêche pas les peintures immenses et la peur et l'histoire de se raconter. »

Ensor et Spilliaert
-

Ensor et Spilliaert (2016)

Deux grands maîtres Ostendais

Sortie : 2016 (France). Beau livre & artbook, Peinture & sculpture

livre de Inne Gheeraert

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Léon Spilliaert loue vers 1908 une mansarde au Quai des Pêcheurs qu'il transforme en atelier. De sa fenêtre, il observe les activités de pêche sur le quai, dans les bassins et le chenal portuaire. Sa période de sombre solitude est révolue. Il s'intéresse maintenant à la vie des pêcheurs et aux activités portuaires, qu'il enregistre sous divers angles, apportant un soin particulier au cadrage, aux lignes et aux surfaces.

Suit alors une période d'intenses expérimentations picturales. Il schématise, simplifie encore plus les formes pour dépasser le quotidien et révéler l'universel. Il travaille sur du carton brut, donnant ainsi à ses peintures davantage d'expression et de mouvement. Ses teintes se font plus claires, plus contrastées. Il varie le pastel, la gouache et l'aquarelle, et ne produit qu'un seul tableau à la peinture à l'huile. »

« Léon Spilliaert loue vers 1908 une mansarde au Quai des Pêcheurs qu'il transforme en atelier. De sa fenêtre, il observe les activités de pêche sur le quai, dans les bassins et le chenal portuaire. Sa période de sombre solitude est révolue. Il s'intéresse maintenant à la vie des pêcheurs et aux activités portuaires, qu'il enregistre sous divers angles, apportant un soin particulier au cadrage, aux lignes et aux surfaces.

Suit alors une période d'intenses expérimentations picturales. Il schématise, simplifie encore plus les formes pour dépasser le quotidien et révéler l'universel. Il travaille sur du carton brut, donnant ainsi à ses peintures davantage d'expression et de mouvement. Ses teintes se font plus claires, plus contrastées. Il varie le pastel, la gouache et l'aquarelle, et ne produit qu'un seul tableau à la peinture à l'huile. »

L'Agneau mystique, Gand
-

L'Agneau mystique, Gand (2014)

Het Lam Gods, Gent

Sortie : 30 mai 2014. Beau livre & artbook, Peinture & sculpture

livre de Peter Schmidt

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

« Il est fort possible que la distinction entre l'apport d'Hubert et celui de Jan ne doive pas être cherchée en surface, mais plutôt dans la profondeur des couches picturales. Comme la plupart des tableaux de l'époque, L'Agneau mystique a été peint sur des panneaux de chêne d'environ 1 cm d'épaisseur. Le bois était recouvert d'une couche de fond dure, de couleur ivoire, faite d'une émulsion de poudre de craie et de colle. Sur cette couche, l'artiste traçait son dessin préparatoire, avec les contours des personnages. Hubert a probablement effectué ces opérations pour l'ensemble de l'intérieur du retable, à l'exception d'Adam et Eve, qui sont généralement attribués au seul Jan. Ensuite, le peintre construisait son œuvre en superposant plusieurs fines couches de peinture. Comme toutes ces couches laissent passer et reflètent des fréquences différentes du spectre lumineux, elles créent une extraordinaire luminosité. A la mort d'Hubert, il se peut donc que la majeure partie des dessins préparatoires ait été terminée, tandis que certaines scènes en étaient à la première ou deuxième couche de peinture et que d'autres étaient complètement achevées. Mais il est aussi parfaitement possible que Jan ait peint des couches de finition par- dessus l'œuvre de son frère aîné, auquel cas la main d'Hubert ne devrait pas être cherchée à côté, mais en dessous de celle de Jan. Ici et là, le projet initial a en tout cas été modifié en cours d'exécution. L'examen aux rayons X a ainsi démontré que, dans la couche picturale des panneaux montrant les ermites et les pèlerins, des arbres d'origine plus septentrionale se cachent sous la végétation méditerranéenne que l'on peut voir en surface. »

*

« Près de 600 ans n'ont pas suffi à établir la part de chacun des deux frères dans l'œuvre. Il est impossible d'identifier avec précision deux mains différentes. Cette difficulté est due à la répartition extrêmement égale de la couleur. Des études récentes ont tendance à attribuer les figures moins modelées (bidimensionnelles) - par exemple les trois personnages centraux et les anges musiciens des volets à Hubert. La majeure partie du projet du retable doit aussi incontestablement être imputée à Hubert. Le programme théologique a sans doute été établi en concertation avec un théologien. Beaucoup pensent au curé de Saint-Jean, le très érudit maître Johannes van Impe. Mais les moines des deux abbayes bénédictines gantoises de Saint-Bavon et de Saint-Pierre peuvent aussi avoir été consultés. »

La Mort d'Artemio Cruz
7

La Mort d'Artemio Cruz (1962)

La muerte de Artemio Cruz

Sortie : 1966 (France). Roman

livre de Carlos Fuentes

Nushku a mis 8/10.

Annotation :

« La sierra éclairée par les étoiles. Assis, reprenant ton souffle, tu t'ouvriras au vaste panorama proche : la lumière du ciel couvert d'étoiles te parviendra régulière et permanente... La terre tournera dans sa course uniforme sur un axe propre et autour d'un soleil qui la domine... la terre et la lune tourneront sur elles-mêmes et autour du corps opposé et toutes deux autour du champ commun de leur pesanteur... Toute la cour du soleil sera en mouvement dans sa ceinture blanche et la coulée de poudre liquide sera en mouvement face aux conglomérats externes, autour de cette voûte claire de la nuit tropicale, dans la danse perpétuelle de doigts entrelacés, dans le dialogue sans but ni frontières de l'univers... et la lumière clignotante continuera à te baigner, toi, la plaine, la montagne, avec une persévérance étrangère au mouvement de l'étoile et à la révolution de la terre, du satellite, de l'astre, de la galaxie, de la nébuleuse; étrangère aux frictions, aux cohésions et aux mouvements élastiques qui unissent et compriment la force du monde, du rocher, de tes propres mains unies cette nuit en une première exclamation d'étonnement... Tu voudras fixer le regard sur une seule étoile et recueillir toute sa lumière, cette lumière froide, invisible comme la couleur plus ample de la lumière du soleil... mais cette lumière on ne la sent pas sur la peau... Tu cligneras les yeux et dans la nuit comme dans le jour tu ne pourras pas voir la véritable couleur du monde, interdite aux yeux de l'homme... Tu te perdras, distrait, dans la contemplation de la lumière blanche qui pénétrera dans ta pupille avec son rythme haché et discontinu... »

« Artemio Cruz. Ainsi se nommait, alors, le nouveau monde surgi de la guerre civile: ainsi se nommaient ceux qui venaient prendre sa place. Infortuné pays — se dit le vieil homme tout en se dirigeant, avec lenteur de nouveau, vers la bibliothèque et cette présence non souhaitée mais fascinante -: infortuné pays qui à chaque génération doit détruire les anciens possesseurs et les remplacer par de nouveaux maitres, aussi cupides et aussi ambitieux que les précédents. Le vieil homme s'imaginait lui-même comme le produit final d'une civilisation proprement créole : celle des despotes éclairés. Il se plaisait à se dire qu'il était un père, parfois sévère, mais enfin pourvoyeur et toujours dépositaires d'une tradition du bon goût, de courtoisie, de culture. »

À lire à ton réveil
7

À lire à ton réveil (2012)

To Be Read Upon Your Waking

Sortie : 22 mai 2025 (France).

livre de Robert Jackson Bennett

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Qui ? s’enquit le marquis.
Moi : Les rois du temps.
Lui, en riant : Oui. Mais ce ne sont pas les rois. Nous tous, ici, ne sommes que des officiels mineurs. Des courtisans. Les rois dorment. Alors que nous avons été réveillés. Ne sommes-nous pas suffisants ? »

*

« Il se pencha de nouveau en avant, et je fus de nouveau obligé de détourner le regard. Vous ne comprenez pas, mais si vous nous accompagnez, vous comprendrez, dit-il. Venez jouer avec nous. Les vôtres sont liés de toute éternité aux rouages du temps, mais cette nuit, dégagez-vous en. Nous allons vous montrer. Nous allons vous donner une sagesse et un savoir sans rivaux. Nous allons vous emmener en des lieux inconnus pour des siècles, des millénaires. Accompagnez-nous.
Je parcourus le cercle des yeux. Ils étaient tellement étranges, tellement hors de proportion. Je me sentis incapable de dire non.
Je leur dis que j’allais les accompagner. »

*

« J’écris cela parce que je m’y sens obligé. Je préserve l’image d’un jour ordinaire, un jour de travail banal où tout va bien, où nous allons bien, toi et moi. Comme si tu étais toujours à Londres au lieu d’être ici.
Ainsi écornons-nous nos vies invivables — fragment par fragment, seconde par seconde. Illusion de gagner du terrain. »

Un cas de conscience
6.3

Un cas de conscience

A Case of Conscience

Sortie : 1958 (France). Roman

livre de James Blish

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

« Jusque-là, parfait ; mais jusque-là rien n’expliquait cette sensation de désespoir sans fond, de solitude et de dégoût qui s’était abattue sur lui, quand il avait découvert cette chose, apparemment insignifiante en soi : son programme favori de tridivision ne passerait pas ce soir. Superficiellement, tout, à part ce détail, semblait aller pour le mieux. Il avait été convié à passer une année aux laboratoires sismologiques de Fordham, en raison de ses travaux antérieurs sur les ondes gravitationnelles – les secousses dues aux marées et aux tremblements de terre –, et son arrivée avait été accueillie avec le mélange convenable de respect et d’enthousiasme par les jésuites qui dirigeaient le département scientifique de la grande université. Son appartement, dans le bâtiment des étudiants en sciences, n’avait rien de monastique, il était même presque luxueux pour un homme seul ; on avait mis à sa disposition tout l’appareillage dont pût rêver un géologue en pareille circonstance, il était pratiquement dispensé de conférences, il s’était fait de nombreux amis nouveaux parmi les étudiants diplômés qui lui avaient été confiés, et malgré cela, ce soir, tandis qu’il contemplait d’un œil fixe sur l’écran de télévision le programme qui remplaçait l’émission d’Egtverchi… »

*

« Aujourd’hui et demain (j’en ai bien peur), notre monde embouteillé et néomalthusien, sur lequel plane la menace d’anges de la mort dépourvus d’ailes mais capables d’atteindre en vingt minutes l’autre côté de la planète, ce monde nous confronte au spectre d’hécatombes massives, face auxquelles les prêtres ne seront jamais assez nombreux pour administrer l’extrême-onction. »

Lettres de château
-

Lettres de château (2009)

À Larbaud, Conrad, Manet, Giono, Poussin, Toulet, Braque, Apollinaire, Stendhal, Morand

Sortie : 1 octobre 2009. Essai, Littérature & linguistique

livre de Michel Déon

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Longtemps le Poussin a dérouté les amateurs les plus passionnés. Une impression syncrétique ne permet pas de discerner au premier coup d’œil tout ce que dissimule le paysage rustico-poétique d’Orphée et Eurydice. Un deuxième regard découvre la naissance du drame. Les perceptions fragmentaires se fondent alors dans un ensemble où plus rien n’est gratuit, et la fable, dans sa désespérante fatalité, foudroie le contemplateur. La toile s’anime, du sang lui vient aux joues. Les ombres de la mort annoncée planent sur la scène. C’est la naissance d’une tragédie à laquelle on assiste impuissant, le cœur serré. Comme toujours, le Destin a choisi pour victime la plus innocente et la plus poétique des créatures. Nous pleurons Eurydice depuis des siècles. Voilà qui est bien éloigné de l’image du peintre froid et hautain que l’on a trop souvent cultivée. »

*

[Giono, l’universel]
« La lumière de cette fin de journée au Paraïs s’est adoucie. Encore timides, les premières cigales chantent dans le jardin. L’œuvre de Giono lutte glorieusement contre l’oubli, contre la damnation et pour une mort qui élève l’homme au-dessus de sa condition. Jamais ne faiblit le plaisir de conter. Peu d’œuvres donnent autant l’illusion d’être en compagnie d’un de ces vagabonds qui, dans les campagnes françaises, payaient leur écot d’une histoire sans commencement et sans fin. Nous l’écoutons comme s’il était là, à notre côté, le soir au coin du feu, le jour en marchant dans la forêt, la nuit en rêvant. Sa voix monte du fond des âges, raconte l’histoire trouble et magnifique des hommes en lutte contre leurs vices et leur mortel destin. Fruit spontané d’un romancier né dans une petite ville fortifiée de Provence qu’il a élevée à la hauteur d’un mythe, cette œuvre est une exaltante énigme. Quel décret divin a désigné cet homme dans la foule pour être le héraut de sa terre natale et de son peuple, le héraut chargé de faire passer le singulier dans l’universel… Giono a volé le feu sacré, affronté le monde et dénoncé ses crimes, porté en pleine gloire ses passions saintes ou funestes, sordides ou magnifiques, rappelé que rien n’est donné, que tout est à conquérir, et que sans caractère il n’est point de conquête. Seules les âmes fortes ont droit au respect et au pardon. Et, parfois, à notre compassion. »

Comment tout finira
-

Comment tout finira (2020)

(Astrophysiquement parlant)

The End of Everything: (Astrophysically Speaking)

Sortie : 2 septembre 2021 (France). Essai, Sciences

livre de Katie Mack

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Aujourd'hui, on constate que les modèles de la physique des particules issus de décennies de tests rigoureux menés par les meilleurs laboratoires terrestres sont incomplets, et les indices nous viennent désormais du ciel. L'étude du mouvement et de la distribution des autres galaxies - des conglomérations cosmiques contenant des milliards ou des billions d'étoiles, comme notre propre Voie lactée - nous a signalé certaines carences importantes dans les théories de la physique des particules. On ne sait pas encore comment cela se résoudra, mais il y a fort à parier que nos explorations du cosmos y seront pour quelque chose. L'unification de la cosmologie et de la physique des particules nous a déjà permis de mesurer la forme basique de l'espace-temps, de faire l'inventaire des composants du réel et de jeter un coup d'œil à travers les âges sur une ère précédant l'existence des étoiles et des galaxies afin de retracer nos origines, pas en tant qu'êtres humains, mais en tant que matière proprement dite. »

*

« On peut voir sur les simulations informatiques qui ramènent l'écoulement de milliards d'années à quelques secondes, une tache de matière à peine plus dense que sa voisine absorber suffisamment de gaz environnant pour fabriquer la première étoile de l'Univers. Ces étoiles se forment au sein des premières galaxies, qui se regroupent pour constituer des amas de galaxies, qui transforment complètement le patchwork marbré du FDC et donnent naissance à ce qui nous apparaît à présent comme la toile cosmique : une composition marbrée faite de nœuds, de filaments et de vides, tracée par les galaxies qui luisent en son sein, comme des gouttes de rosée sur une toile d'araignée. Si l'on compare le fruit de l'une de ces simulations à une carte réelle du cosmos, où chaque galaxie est un point dans une carte géante en 3D, la concordance est si formidable qu'on ne voit pas la différence.
Donc : le Big Bang a eu lieu. On l'a vu, on l'a calculé, et la physique valide tout ça. Rassemblons-nous tous à présent autour du rougeoiement du corps noir cosmique et racontons l'histoire des origines du cosmos. »

L'Effet Sherlock Holmes
-

L'Effet Sherlock Holmes (2015)

Sortie : 14 octobre 2015 (France). Essai, Peinture & sculpture

livre de Victor I. Stoïchita

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

« Mais observons de plus près le tableau. Un homme assis lit le journal; une femme debout regarde par la fenêtre. Ni l'un ni l'autre ne sont vus dans leur intégralité. Le point de vue du peintre - et, par extension celui du spectateur - est très proche des personnages. Le cadre du tableau opère une coupure nette dans l'espace de vie : nous ne voyons pas l'ensemble de la pièce où se déroule la scène et le corps même des acteurs se trouve partiellement hors du cadre. Ce que nous voyons est un "fragment", mais un fragment d'autant plus éloquent qu'il met en scène ce qui - on le comprend maintenant – fait l'essentiel de la représentation. Lire/regarder, regarder/lire, tout en s'opposant, se rencontrent. Le "lisible" comme le "visible" font représentation ou, plus exactement, problématisent la représentation. Le journal déplié et la fenêtre aux rideaux tires ne permettent qu'un accès partiel du spectateur aux secrets de l'image. Mais les différences entre les objets déployés au centre du tableau sont notables. Tandis que la page imprimée nous est presque complètement inaccessible, la fenêtre, en revanche, met en scène un jeu intrique entre visible et invisible.

Le motif de la fenêtre est d'autant plus important qu'il offre un dédoublement de l'image au sein même du tableau ? Le cadre de la fenêtre est parallèle à celui de la peinture, Le rectangle vitré du second plan est enchâssé dans la surface encadrée du tableau. Leurs marges, à l’extrémité gauche de la représentation, coïncident partiellement, La fenêtre est une image dans l'image". Elle est aussi, selon une tradition qui remonte à la Renaissance, une métaphore de la peinture. »

Le Château des Carpathes
6.8

Le Château des Carpathes (1892)

Sortie : 1 décembre 1892. Roman

livre de Jules Verne

Nushku a mis 5/10.

Annotation :

« Le docteur venait de se relever, se demandant s'il était éveillé, ou s'il se trouvait sous l'influence d'un cauchemar.

En effet, là-haut, il crut voir – non ! il vit réellement des formes étranges, éclairées d'une lumière spectrale, passer d'un horizon à l'autre, monter, s'abaisser, descendre avec les nuages. On eût dit des espèces de monstres, dragons à queue de serpent, hippogriffes aux larges ailes, krakens gigantesques, vampires énormes, qui s'abattaient comme pour le saisir de leurs griffes ou l'engloutir dans leurs mâchoires.
Puis, tout lui parut être en mouvement sur le plateau d'Orgall, les roches, les arbres qui se dressaient à sa lisière. Et très distinctement, des battements, jetés à petits intervalles, arrivèrent à son oreille.
« La cloche… murmure-t-il, la cloche du burg ! » Oui ! c'est bien la cloche de la vieille chapelle, et non celle de l'église de Vulkan, dont le vent eût emporté les sons en une direction contraire. »

*

« Et, pourtant, la traversée de cette zone d'arbres allait offrir de réelles difficultés. Des ormes, des hêtres, quelques-uns de ces érables qu'on nomme « faux platanes », de superbes chênes, en occupaient les premiers plans jusqu'à l'étage des bouleaux, des pins et des sapins, massés sur les croupes supérieures à la gauche du col. Magnifiques, ces arbres, avec leurs troncs puissants, leurs branches chaudes de sève nouvelle, leur feuillage épais, s'entremêlant de l'un à l'autre pour former une cime de verdure que les rayons du soleil ne parvenaient pas à percer. »

Georges de La Tour
-

Georges de La Tour (2025)

Entre ombre et lumière

Sortie : 10 septembre 2025. Beau livre & artbook, Peinture & sculpture

livre de Gail Feigenbaum, Pierre Curie et Paulette Choné

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

« Pour Jacques Thuillier, l'histoire de La Tour est devenue en 1972 celle de sa redécouverte : "La Tour est le triomphe de l'Histoire de l'art, et sa justification. Car La Tour n'existerait pas sans l'Histoire de l'arts." Ironiquement, c'est d'abord l'histoire de l'art qui a oublié La Tour : Roger de Piles, André Félibien ou Jean Pierre Mariette n'ont jamais prononcé son nom. C'est Dom Calmet, un historien local, qui, en 1863, conduit l'architecte lorrain Alexandre Joly vers les archives et vers des documents essentiels sur la vie du peintre. Pour autant, on ne connaît pas de tableaux de La Tour avant 1915, date à laquelle Hermann Voss fait le rapprochement avec un Reniement de saint Pierre signé, à Nantes qu'il relie, sur une simple base visuelle, à L'Ange apparaissant à saint Joseph de la même collection, et au Nouveau-Né, à Rennes. À partir de ce corpus de trois tableaux, les historiens de l'art se lancent dans une reconstitution du parcours du peintre.
En 1934, l'exposition "Les peintres de la réalité en France au XVIIe siècle" présente au public treize de ses œuvres. C'est le coup de foudre. Pour Roberto Longhi, l'historien de l'art italien célèbre pour avoir redécouvert Caravage, La Tour est le gentilhomme masqué du caravagisme (qui avait par ailleurs disparu en Europe), particulièrement moderne, intelligent et mystérieux dans son décryptage des sujets religieux'. En 1948, le magnum opus de Georges Pariset sur La Tour fixe le programme des études pour le demi-siècle qui suit [...]. La Tour enchante le public en 1972, lors de la rétrospective organisée à l'Orangerie par Jacques Thuillier et Pierre Rosenberg. »

*

« Nous disposons désormais sur La Tour tures - bien que partiel -, quantité de documents biographiques et des recherches éclairantes sur le contexte lorrain. Cette somme est aujourd'hui presque importante que celle concernant Caravage, artiste aussi brillant et aussi controversé. Les nombreuses copies de La Tour ont donné lieu à de précieuses recherches. Les connaissances scientifiques d'Élisabeth Martin et de restaurateurs constituent une ressource d'une portée capitale. Ce qui, en 1997, semblait faire consensus sur la chronologie et le statut autographe d'un grand nombre de tableaux s'est avéré plus compliqué. Les experts continuent d'argumenter et de changer d'avis, et des toiles autrefois considérées comme des copies sont réévaluées à mesure qu'évolue notre compréhension des pratiques de La Tour. »

Humiliés et offensés
8.1

Humiliés et offensés (1861)

Униженные и оскорбленные

Sortie : 1866 (France). Roman

livre de Fiodor Dostoïevski

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Ceci dit, je dois tout avouer franchement : est-ce à cause de mes nerfs malades, ou des impressions liées à ce nouveau logement, ou de ma mélancolie, petit à petit et progressivement, je m’étais mis à sombrer, dès que le soir commençait à tomber, dans cet état d’esprit qui me prend si souvent aujourd’hui, la nuit, avec ma maladie, et que j’appelle l’effroi mystique. C’est la peur la plus effroyable, la plus torturante, de je ne sais pas quoi, de quelque chose que je ne peux pas définir, quelque chose d’insaisissable, d’inexistant dans l’ordre de la vie, mais qui doit se réaliser absolument, peut-être à la minute, qui viendra me trouver comme pour se moquer de toutes les déductions de la raison et se dressera devant moi comme un fait indéniable, affreux, monstrueux, inflexible. Cette peur grandit généralement de plus en plus, malgré toutes les déductions de mon intelligence, au point que, finalement, l’esprit, même s’il acquiert pendant ces minutes-là, peut-être, une clarté encore plus grande, n’en perd pas moins toute capacité de résister aux sensations. On ne l’écoute pas, il devient inutile, et ce dédoublement renforce peut-être encore l’angoisse craintive de l’attente. J’ai l’impression que telle doit être un peu l’angoisse des gens qui craignent les revenants. Mais, dans mon angoisse à moi, le vague même du danger renforce encore les tortures. »

*

« J’abandonnai la plume et m’assis à la fenêtre. La nuit tombait et je me sentais de plus en plus triste. Toutes sortes de pensées oppressantes m’envahissaient. Il me semblait toujours que j’achèverais de me perdre à Pétersbourg. Le printemps approchait ; je me ranimerais, je crois bien, me disais-je, si je m’échappais hors de cette coquille vers la lumière du monde, pour respirer l’air des champs frais et des forêts : comme il y avait longtemps que je ne les avais plus revus !… Je me souviens, l’idée me vint qu’il ne serait pas mal, par une espèce de tour de magie ou de miracle, d’oublier complètement tout ce que j’avais vécu ces dernières années : tout oublier, se rafraîchir la tête et tout recommencer avec des forces nouvelles. A ce moment-là, j’en rêvais encore et j’espérais une résurrection. “Ou même me retrouver chez les fous, peut-être, finis-je par conclure, pour qu’au moins tout le cerveau se retourne dans la tête et qu’il se replace autrement, et puis, après, pouvoir guérir.” Oui, je l’avais, cette soif de la vie, et cette foi en elle !… Mais, je me souviens, j’ai éclaté de rire tout de suite. »

Séries parisiennes
-

Séries parisiennes (2024)

Vues de quartier

Sortie : 27 juin 2024. Poésie

livre de Etienne Faure

Nushku a mis 4/10.

Annotation :

« Comme on part en vitesse refaire sa vie, un soir d'été il arrive, à l'angle d'une rue adoucie par un bar, qu'une rencontre avec des yeux complices, présumés tels, l'espace d'un éclair tétanise le temps. La peau aimantée par l'orage offre alors cet aspect nommé d'un raccourci de plume chair de poule.
Et pour garder la contenance - ce menu geste en tenant lieu - on prend un verre, épousant discrètement du regard, compliment réversible, une forme assez compliquée de félicité, au moindre éclair des yeux, avec leurs façons proches, à la fin presque amis, séduit. »

*

« Les yeux selon la langue imprimée dans le tremblement du métro-haut en bas, droite à gauche ou l'inverse- font un aller-retour avec les têtes, opinent, non, dénient et vibrent. Oui j'ai vécu un an avec un livre en français dans la poche, sous les yeux, dans la poche, qu'un incessant transport maintenait en vie, parfois rouvert à l'air libre au-dessus des eaux puis enfoui de nouveau sous la ville.
Sans précédent sous terre à chercher la ligne, j'ai marché, rattrapé par le néant des aieux sans racines, eux qui n'auront bientot jamais existé, denoué leur langue - et nulle correspondance. »
sur la ligne

Andromaque
7.5

Andromaque (1667)

Sortie : 1667 (France). Théâtre

livre de Jean Racine

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

PYRRHUS.

« Moi l’aimer ? une ingrate
Qui me hait d’autant plus que mon amour la flatte ?
Sans parents, sans amis, sans espoir que sur moi !
Je puis perdre son fils, peut-être je le doi ;
Étrangère… que dis-je ? esclave dans l’Épire,
Je lui donne son fils, mon âme, mon empire ;
Et je ne puis gagner dans son perfide cœur
D’autre rang que celui de son persécuteur ?
Non, non, je l’ai juré, ma vengeance est certaine ;
Il faut bien une fois justifier sa haine :
J’abandonne son fils. Que de pleurs vont couler !
De quel nom sa douleur me va-t-elle appeler !
Quel spectacle pour elle aujourd’hui se dispose !
Elle en mourra, Phœnix, et j’en serai la cause :
C’est lui mettre moi-même un poignard dans le sein. »

ORESTE.

« Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance !
Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance !
Appliqué sans relâche au soin de me punir,
Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir ;
Ta haine a pris plaisir à former ma misère ;
J’étais né pour servir d’exemple à ta colère,
Pour être du malheur un modèle accompli.
Eh bien ! je meurs content, et mon sort est rempli.
Où sont ces deux amants ? Pour couronner ma joie,
Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noie ;
L’un et l’autre en mourant je les veux regarder :
Réunissons trois cœurs qui n’ont pu s’accorder…
Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne ?
De quel côté sortir ? D’où vient que je frissonne ?
Quelle horreur me saisit ? Grâce au ciel, j’entrevoi…
Dieux ! quels ruisseaux de sang coulent autour de moi ! »

Agéladas d'Argos
-

Agéladas d'Argos (2025)

Contre Thèbes

Sortie : 5 novembre 2025. Théâtre, Essai

livre de Pierre Michon

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

Je vous le redis : je sais compter.
Agéladas et Eschyle ont fait Les Sept. Michon a fait Les Onze.
Et les Sept comme les Onze sont penchés sur le dur accomplissement de la cité libre.
Tous les Sept donc, de gauche à droite : Parthénopée l’Arcadien, Tydée, Capanée, Étéoclos, Polynice, Hippomédon, Amphiaraos.
L’Amant de la mort, la Lune, le Fer rouge, l’Étalon, le Roi, le Géant, le Chamane. Les Sept. Le commando au complet.
Et tous debout.
On a beau faire, le Tydée les dépasse tous.
Tydée est le plus beau tueur de l’histoire de l’art.
Et alors ? « Un nombre incalculable de fois, quelqu’un a tué quelqu’un », comme dit le roman où j’étais plongé dans le train qui nous a débarqués dans ce bled. »

*

« Bleu est plus puissant que rouge. Tant pis pour le feu des démiurges et celui qui fond mes airains.
Bleu est un despote : à lui tout le ciel et la mer, tout le jour et la nuit. Il est le grand manteau – et la grande déchirure du manteau est bleu de nuit, aussi. L’autre grande fissure, pareil.
Je ne fonds mes figures que pour qu’elles apparaissent au sein du bleu. Que ceux qui les peindront se débrouillent avec. »

*

« Et ça remonte plus haut, chez les rabbis, c’est même depuis le début : les deux frères flingueurs Abel et Caïn, puis le retour des frères flingueurs une génération sur deux, toute une mer dépliée pour engloutir l’armée de Ramsès, et leurs propres rois tueurs, tous, Josué, Saül, David, Achab. Et pourquoi en rester au pays bleu des rabbis ? Pas besoin même d’un détour par Ninive, où on écorchait vif si joliment. Cette férocité vient de beaucoup plus loin, elle est dans l’eau et le nuage, dans la vigne et le cuivre, dans le lierre aux grandes dents cachées fouillant sous le leurre des jolies feuilles et effondrant les murailles – bien avant que le bipède ne tue des bœufs à Lascaux. C’est que le Tydée est un des rares qui regarde en face ces forces. Ces puissances. Qui en est peut-être même une, si c’est concevable chez un homme. Une exception rarissime. Dans le bien comme dans le mal. Et le plus souvent les deux mêlés.
Tout cela Eschyle ne l’a pas bien compris, en dépit des félicitations qu’il s’envoie, lui qui ne sait même pas faire parler le bronze. »

L'Événement
8

L'Événement (2000)

Sortie : 14 mars 2000. Roman

livre de Annie Ernaux

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

« J'ai effacé la seule culpabilité que j'aie jamais éprouvée à propos de cet événement, qu'il me soit arrivé et que je n'en aie rien fait. Comme un don reçu et gaspillé. Car par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j'ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que j'en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres. »

*

« Sœur Sourire fait partie de ces femmes, jamais rencontrées, mortes ou vivantes, réelles ou non, avec qui, malgré toutes les différences, je me sens quelque chose de commun. Elles forment en moi une chaîne invisible où se côtoient des artistes, des écrivaines, des héroïnes de roman et des femmes de mon enfance. J'ai l'impression que mon histoire est en elles. »

*

« (Ces noms et les cotes, Per m 484, nos 5 et 6, Norm. Mm 1065, figurent sur la page de garde de mon carnet d'adresses de cette époque. Je regarde ces traces gribouillées au stylo à bille bleu avec un sentiment d'étrangeté et de fascination, comme si ces preuves matérielles détenaient, de façon opaque et indestructible, une réalité que ni la mémoire ni l'écriture, en raison de leur instabilité, ne me permettront d'atteindre.) »

*

« Les mois qui ont suivi baignent dans une lumière de limbes. Je me vois dans les rues en train de marcher continuellement. À chaque fois que j'ai pensé à cette période, il m'est venu en tête des expressions littéraires telles que « la traversée des apparences », « par-delà le bien et le mal », ou encore « le voyage au bout de la nuit ». Cela m'a toujours paru correspondre à ce que j'ai vécu et éprouvé alors, quelque chose d'indicible et d'une certaine beauté. »

Le K
7.6

Le K (1966)

Il colombre e altri cinquanta racconti

Sortie : 1967 (France). Recueil de nouvelles

livre de Dino Buzzati

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Ils n’ont pas perdu de temps, ces messieurs, ils sont nés, ils ont grandi, et rapidement ils sont partis pour toujours. Quelques saisons leur ont suffi pour conquérir la gloire immortelle. Et moi, qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ? Ce n’est pas que je veuille me comparer à ces génies. Mais qu’est-ce que j’ai réussi à faire ? Comparé à l’un d’eux j’ai déjà eu le privilège de vingt ans supplémentaires ; comparé aux autres, de dix, de quinze. Et je reste là à me tourner les pouces, je regarde autour de moi, j’attends, comme si le beau côté de la vie était encore à venir et qu’il n’y eût aucune urgence. Arrivé à ce point j’éprouve une sensation de précipice sous mes pieds, le remords du temps gâché, le vertige du vide et de la vanité.
Ce petit jeu numérique dans les salles des grands musées est amer et décourageant. Pourtant il s’agit en général de personnages de l’antiquité ou de la légende et dans le fond très éloignés de moi. La confrontation avec son propre père est beaucoup plus forte et troublante. »

*

[Hollow Knight :]
« La kermesse de la mort avait commencé au crépuscule. Maintenant elle était au paroxysme de la frénésie. Et elle continuerait jusqu’à l’aube. Partout ce n’était que massacre, supplice, tuerie. Des scalpels défonçaient des crânes, des crochets brisaient des jambes, fouillaient dans les viscères, des tenailles soulevaient les écailles, des poinçons s’enfonçaient, des dents trituraient, des aiguilles inoculaient des poisons et des anesthésiques, des filets emprisonnaient, des sucs érosifs liquéfiaient des esclaves encore vivants. Depuis les minuscules habitants des mousses : les rotifères, les tardigrades, les amibes, les tecamibes, jusqu’aux larves, aux araignées, aux scarabées, aux mille-pattes, oui, oui, jusqu’aux orvets, aux scorpions, aux crapauds, aux taupes, aux hiboux, l’armée sans fin des assassins de grand chemin se déchaînait dans le carnage, tuant, torturant, déchirant, éventrant, dévorant. Comme si, dans une grande ville, chaque nuit, des dizaines de milliers de malandrins assoiffés de sang et armés jusqu’aux dents sortaient de leur tanière, pénétraient dans les maisons et égorgeaient les gens pendant leur sommeil. »

Dante et Virgile aux enfers
-

Dante et Virgile aux enfers (2004)

d'Eugène Delacroix

Sortie : 1 avril 2004. Beau livre & artbook, Essai, Peinture & sculpture

livre de Sébastien Allard

Nushku a mis 8/10.

Annotation :

« Pire, il n'hésitait pas à franchir les limites auxquelles Géricault, dans son grand tableau de Salon du moins, s'était arrêté : la sauvagerie humaine jusqu'au cannibalisme. Son sujet cependant le justifiait en partie; la caution littéraire, même un peu suspecte comme pouvait encore l'être celle de Dante, rendait la représentation acceptable. Se mettent alors en place, et comme en chiasme, les ingrédients de ce qui fera, en 1824 et en 1827, la bataille romantique : la dignité et la valeur éthique de la représentation, l'autonomie de la couleur, la dimension politique de l'art.

Tout tournait donc, dans ces années 1820, autour de la question du sujet. Delacroix, qui bénéficiait de l'expérience de Géricault, en était parfaitement conscient. Encore indécis sur ce qu'il allait peindre, il écrivit, le 15 septembre 1821, à son ami Soulier : "Je propose de faire un tableau pour le Salon prochain, dont je prendrai le sujet dans les guerres récentes des Turcs et des Grecs. Je crois que, dans les circonstances, si d'ailleurs il y a quelque mérite dans l'exécution, ce sera un moyen de me faire distinguer." »

*

« L’urgence qui le contraignit à abréger les temps de séchage, la façon qu'il eut de superposer les couches de peinture et de déplacer des figures entières finirent par se révéler, quelques années plus tard, désastreuses. Delacroix, encore inexpérimenté mais bien décidé à briller les étapes, avait joué les apprentis sorciers. Les couches sombres sous-jacentes séchant plus vite que les claires en surface provoquèrent d'énormes craquelures, des gerçures. Le visage de Dante, en 1855, était traversé de ces balafres béantes, laissant apparaître des sous-couches vertes. Alarmé par ces problèmes, le maître écrivit, en décembre 1859, au comte de Nieuwerkerke : "J'ai été frappé des progrès rapides qu'ont fait les gerçures sur mon tableau du Dante et Virgile; Il n'est pas difficile de voir que si une réparation radicale [...] n'est pas pratiquée dans un court délai, le tableau sera entièrement perdu". Delacroix, insistant, finit par obtenir, en février 1860, l'autorisation de le restaurer lui-même. »

Les Héraclides
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Les Héraclides (1995)

Sortie : 1995 (France). Articles & chroniques

livre de Jean Giono

Nushku a mis 6/10.

Annotation :

« Les Grecs n'aiment pas. C'est pourquoi, dans cette histoire, ils seront battus. C'est pourquoi ils vont avoir le sort de ceux qui n'aiment pas. Le destin va les leurrer de victoires furtives. Les dieux sont avec eux : périlleuse compagnie. La mer se laisse boire : fâcheux symptôme, la sagesse les conseille : irrémédiable désastre. Comment vivre après ces coups ? Ils habiteront un pays d'or et de poussière où la joie aura les narines sèches. Ils n'approcheront du Lotos que dans une légende d'aveugle. Terrifiés des mystères de la lumière, ils seront avides de brumes et de cieux cimmériens. Ils seront sans mélancolie. Ils vaincront les Perses. A part quelque pâtre perdu au sommet du Taygète, ils auront des vies rapides, en spirale courte, au milieu des matières les plus précieuses du monde, et ils finiront dans l'immobilité de la guêpe, au sein de l'ambre. »


*

(Le Dit du Genji)

« Dans le premier livre du Roman de Genji, que Mme Murasaki écrivit au Japon aux environs de l'an 1000, il y a un extraordinaire passage sur la peinture. Genji, qui est un prince et un Don Juan, s'abrite d'un violent orage nocturne dans le hall d'un château en ruines de la forêt. Avec ses compagnons et son escorte, il fait du feu et tout le monde essaye de passer le temps en discourant à bâtons rompus sur les choses de la vie. On parle des femmes de la gloire, des honneurs, de la politesse, des combats, des arts en général, et Genji, lui-même, plus particulièrement de la peinture. Il dit: "Les peintres (il parle des peintures de l'an 1000 au Japon, mais il semble parler des peintres de tous les pays et de tous les temps), les peintres peignent volontiers les volcans jetant des flammes ou des combats d'empereur : il y a plus de peinture dans une pomme sur une nappe". Il nous faudra, à nous Occidentaux. Encore neuf cents ans pour en arriver à la même constatation. »

Nushku

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