Carnet de lectures 2018

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103 livres

par nm-reader

Livres retirés de la PAL en 2018, classés par ordre chronologique de lecture. Objectifs de l'année : 1) Une moyenne de 100 pages par jour (il faut être ambitieux dans la vie !) ; 2) Lire un grand Classique par mois (on commence avec Zola).

MàJ 31/12 : 103 livres / 35454 pages

BILAN LINGUISTIQUE :
- Angleterre : 10
- Arménie : 1
- Australie : 1
- Bangladesh : 1
- Canada : 3
- Chine : 3
- Colombie : 1
- Espagne : 4
- Etats-Unis : 21
- Finlande : 1
- France : 52
- Pérou : 1
- Portugal : 1
- Russie : 1
- Suède : 2
- Venezuela : 1

BILAN STYLISTIQUE :
- Littérature blanche : 45
- Policier/thriller/espionnage : 15
- Science-fiction : 23
- Fantasy : 5
- Fantastique : 9
- Théâtre : 5
- Essai : 1
- Poésie :

BILAN PAR ÉPOQUE :
- XXIe : 69
- XXe : 24
- XIXe : 9
- XVIIIe :
- XVIIe: 1

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  • La mort de Santini (2017)

    The death of Santini

    Sortie : . Roman.

    Livre de Pat Conroy

    9 - 27 janvier

    (360 pages, broché)

    Dans ce roman autobiographique, testamentaire et presque prémonitoire (il décédera 3 ans plus tard, en 2016), l'auteur des formidables "Prince des marées" et "Beach music" revient une dernière fois sur l'histoire mouvementée de sa famille torturée. La plume de Conroy est toujours aussi belle et flamboyante, évocatrice et émouvante. Il est néanmoins fortement conseillé de lire ses premiers romans avant de s'atteler à cet épilogue touchant. Adieu Pat Conroy, et merci pour tout ; tes mots fleuris ont su me faire vibrer à chaque fois que je t'ai lu.

    8.5/10

    Extrait (p.11) :
    "J'ai cru pendant longtemps avoir vu le jour non dans une famille mais dans un univers mythologique. Mon père fracassait le ciel avec ses avions de combat aux ailes noires et tout, chez lui, tenait du dieu de la guerre. Ma mère tenait le rôle de la déesse de la lumière et de l'harmonie - figure arcadienne virevoltant dans les herbes et dans les fleurs sauvages des longues journées d'été. Peg Peek et Don Conroy s'étaient mutuellement apporté l'âpreté du Sud et les meurtrissures de l'Irlande. (...)
    Dans ce mythe, je sais que je suis né pour être l'ange dépositaire de l'amour dangereux de mes parents. Leurs enfants abîmés ont dépassé la cinquantaine mais les résidus de leur furie nous torturent tous encore aujourd'hui. Nos parents nous ont fait flamber comme du brandy dans une poêle. Nous fûmes torturés par l'amour imparfait et sans considération qu'ils se portaient."
  • Susto (2018)

    Sortie : janvier 2018. Roman.

    Livre de Luvan

    27 janvier - 5 février

    (388 pages, broché)

    Quel ovni ! Ce texte sort clairement de l'ordinaire, autant par son style très original que par son scénario ambitieux (quel final !). Un peu trop, peut-être ? Il faut avouer qu'on s'y perd parfois, égaré dans les récits non linéaires, et les tournures de phrases de Luvan, certes très poétiques, mais un peu obscures parfois. Sans doute que ce roman mérite d'être relu pour être totalement apprécié, et je m'y recollerai peut-être un jour. Dans tous les cas, Luvan est une voix bien singulière dans la SF, une vraie Voltée !

    8/10

    Extrait (p.86) :
    "L'espoir est une tâche de kérosène. Nacre sur neige. Parfaitement étale, comme la trace d'une bouteille brûlée.
    Là-haut, Waldman l'a vue sans la voir. Maintenant, Waldman se rappelle, aussi distinctement qu'une aiguille s'enfonce dans la pulpe d'un doigt, la tôle labourée du réservoir et l'hélicoptère suinter par bouillons, comme le coléoptère crache-sang feint la mort en sécrétant son hémolymphe pestilentielle."
  • À l'orée du verger (2016)

    At the Edge of the Orchard

    Sortie : . Roman.

    Livre de Tracy Chevalier

    5 - 10 février

    (320 pages, broché)

    Un roman qui parle des arbres ? Plus d'un resterait sceptique, et je reconnais avoir mis du temps à le choisir dans ma PAL. Mais Tracy Chevalier sait raconter de belles histoires, indéniablement, et rendre ses personnages bien vivants. Je la relirai volontiers à l'avenir ; et l'envie me prend d'aller voir de mes propres yeux les séquoias géants de Californie...

    8/10

    Extrait (p.116) :
    "A la fin ils se retrouvèrent côte à côte. L'homme tenait un cône dans sa main, de la poigne assurée de celui qui avait l'habitude. Voilà quelqu'un qui connait les arbres, songea Robert. 'J'ai compté cent deux pas', déclara-t-il.
    - Quatre-vingt-quinze, rectifia l'homme. Mais je suis un peu plus grand que toi, alors ça fait un peu moins d'enjambées. D'après mon estimation, il fait trois cents pieds de long...trois cent vingt, avec la cime. Pas aussi grand que les redwoods côtiers, mais grands quand même. C'est sa circonférence qui est vraiment extraordinaire.
    - Ces redwoods, ils sont différents de ceux qu'on trouve le long de la côte ?
    - Ce ne sont pas des redwoods, répondit l'homme avec la fermeté d'un maître d'école. Ne les appelle surtout pas des redwoods. Ce sont des séquoias."

    https://generationvoyage.fr/plus-vieux-sequoia-monde-age-3200-ans-photographie-entier/
  • La Fille qui rendait coup pour coup - Millénium, tome 5 (2017)

    Sortie : . Roman.

    Livre de David Lagercrantz

    10 - 13 février

    (399 pages, broché)

    Un scénario plutôt sympa, mais ce roman a autant de qualités littéraires qu'un livre de cuisine ; insipide au possible ! Adieu Salander et Blomkvist, vous m'avez fait un peu rêver, mais ça c'était avant !...

    5/10
  • Tigane (1990)

    Tigana

    Sortie : . Roman.

    Livre de Guy Gavriel Kay

    10 - 23 février

    (765 pages, broché)

    G.G. Kay confirme déjà dans ce roman son immense talent de conteur ; tout est déjà là : son sens du romanesque, de l'épopée, de l'aventure, dans de magnifiques décors médiévaux. Seule sa plume manque encore un peu de maturité, d'où ma note un peu inférieure à celles de ses romans à venir (les lions d'Al Rhassan, les chevaux célestes et le fleuve céleste). Mais qu'on ne s'y trompe pas : G.G. Kay est l'un des plus grands auteurs de fantasy actuels. Et j'espère que l'Atalante va continuer de rééditer (superbement) ses premiers romans, pour notre plus grand bonheur.

    8/10

    Extrait (p.120) :
    "Et ce n'est ni d'une voix chuchotée ni d'une voix grinçante qu'il prononça ces dernier mots, dans l'obscurité des premières nuits d'automne en Astibar. Il les lança violemment, comme une accusation, une dénonciation, à l'intention des arbres, de la nuit et des étoiles, des étoiles surtout, qui avait été témoins de cette abomination.
    Et le chagrin contenu dans cette accusation serra le cœur de Devin d'une poigne de fer, l'étreignit au-delà de tout ce que Baerd pouvait imaginer. Car personne depuis la mort de Marra ne savait l'importance qu'avait prise la mémoire pour Devin d'Asoli, et comment elle était devenue la pierre de touche de son âme.
    Sa mémoire était tour à tour talisman et ange gardien, passage et refuge ; elle était source de fierté et d'amour. Elle palliait les pertes, car ce qu'il gardait en mémoire n'était pas complètement perdu ; ne mourait pas, ne disparaissait pas irrémédiablement."
  • L'Art de perdre (2017)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Alice Zeniter

    23 - 25 février

    (506 pages, broché)

    Alice Zeniter sait trouver les mots justes pour rendre accessibles - à notre intellect comme à nos émotions - les multiples facettes du drame algérien : les injustices bilatérales de la guerre d'indépendance, la douleur de l'arrachement à la terre natale, la difficulté de l'intégration, le long chemin du retour aux racines pour les générations suivantes... Un très beau roman, en vérité, qui aide à mieux comprendre l'Autre, sa culture, son héritage ; indispensable, dans notre France à la fois riche et fragile de son multiculturalisme.

    8.5/10

    Extrait (p.84) :
    "Un couloir de pierre monte à la verticale pour redescendre en éboulis, se troue de dentelles calcaires, se creuse pour accueillir une petite rivière que l'été boit et assèche. Le paysage ressemble alors à un décor de western. Mais quand l'eau y jaillit, il s'adoucit de cascades, de ruissellements, de vaguelettes. Il reverdit en guirlandes et en coussins. Le long des pentes, les coquelicots fragiles et hâtifs jettent les tâches rouge et sang de leurs pétales. Les poissons et les anguilles se glissent en éclats argentés dans le courant."
  • L'Homme aux cercles bleus (1991)

    Sortie : 1991. Roman.

    Livre de Fred Vargas

    25 - 26 février

    (214 pages, broché)

    Mon premier Vargas ! Et je suis séduit, à plus d'un titre : c'est drôle, les personnages sont hauts en couleur, l'intrigue est bien ficelée... C'est frais, en fait, et le tout sans tomber dans cette manie qu'ont les thrillers modernes, de proposer toujours plus d'horreurs et de barbarie. Je vais continuer de lire les aventures du commissaire Adamsberg, c'est un plaisir.

    7.5/10

    Extrait (p.50) :
    "C'est vrai que je m'en bats l'oeil, des poissons.
    - Ça, ça arrive à beaucoup de gens. C'est vrai que les poissons, on a tendance à s'en foutre. Je peux m'asseoir sur cette chaise ?
    - Je vous en prie. Et qu'est-ce que vous leur trouvez, aux poissons ?
    - On se comprend, les poissons et moi. Et puis, on a trente ans de vie commune, alors on n'ose plus se quitter. Si je me faisais plaquer par un poisson, je serais désorientée. Et puis je travaille avec eux, ils me font gagner de l'argent, ils m'entretiennent, si vous voulez.
    - C'est parce que je ressemble à un de vos foutus poissons dans le noir que vous êtes venue me voir ?
    Mathilde réfléchit.
    - Vous n'arriverez à rien comme ça, conclut-elle. Vous devriez être un peu plus poissonneux justement, un peu plus souple, plus fluide. Enfin ça vous regarde, si c'est votre ambition d'en faire baver à tout le cosmos."
  • Issa Elohim (2018)

    Sortie : . Recueil de nouvelles.

    Livre de Laurent Kloetzer

    27 février

    (125 pages, broché)

    Quel plaisir de plonger à nouveau dans l'univers étrange et poétique d'Anamnèse de Lady Star ! L. Kloetzer diffuse ses informations au compte-goutte : on en sait toujours aussi peu sur ces fascinants Elohim (mais on progresse), mais leur nature insaisissable est leur essence même. Les événements de ce texte se situe sans doute avant ceux du roman précédemment cité, et peut-être, finalement, est-il plus simple pour ceux qui veulent aborder ces œuvres, de commencer par cette nouveauté-là.
    J'adhère assez peu au format de la novella, j'en ressors toujours un peu frustré de devoir déjà quitter mes compagnons imaginaires. Néanmoins, cette "heure-lumière" fut délicieuse, et j'attends impatiemment le prochain roman de L. Kloetzer.

    7/10

    Extrait (p.17) :
    "On n'a pas eu peur, à aucun moment. On était tous éveillés, on s'est regardés, en silence. Personne n'a prononcé un seul mot. Ce n'était pas une voix comme celle d'un homme, d'une femme, d'un enfant ou d'un animal. C'était une voix sans son, sans mots distincts, pourtant je sais qu'elle nous disait de sortir, de venir. Nous avons quitté l'abri, il faisait froid encore, mais la soif et la faim étaient passées, et nous avons marché, je ne sais pas vous dire combien de temps, jusqu'à arriver au cratère. Je l'ai appelé comme ça tout de suite quand je l'ai vu."
  • Couleurs de l'incendie (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Pierre Lemaitre

    27 février - 2 mars

    (530 pages, broché)

    Je ne peux m'empêcher de penser aux grands Classiques quand je lis Lemaitre, et j'imagine que c'est le plus grand compliment à lui faire, lui qui se revendique disciple de Dumas (cette histoire a d'ailleurs des similitudes avec le Comte de Monte Cristo, et ce n'est sûrement pas un hasard). Ce deuxième volet de sa nouvelle trilogie est maîtrisé de bout en bout : réalisme historique (même s'il est parfois fantasmé), personnages très bien construits, narration impeccable, humour caustique... Un grand roman classique et moderne, dont le film est -je l'espère - déjà en préparation.

    9/10

    Extrait (p.273) :
    "La séance fut un calvaire.
    Hortense proposa qu'elles jouent un morceau de piano à quatre mains, Alphonse sourit avec gentillesse, mais ne parvint pas à prononcer un mot. Elles massacrèrent un air que personne n'aurait pu reconnaître. Le jeune homme applaudit silencieusement, les filles firent une petite révérence, Rose faillit se foutre par terre et se retint de justesse, puis elles coururent reprendre leur place sur la banquette où elles se perchèrent comme des poules. Leur parfum à la noix de coco fit une vague dans la pièce.
    - Alors ? demanda Hortense.
    Elle souriait de toutes ses dents, qu'elle n'avait pas bien belles non plus. La pomme ne tombe pas bien loin de l'arbre, se dit Charles."
  • Le Misanthrope (1666)

    Sortie : 1666. Théâtre.

    Livre de Molière

    2 mars

    (95 pages, poche)

    Je me faisais une joie de retrouver Molière, délaissé depuis mes années collège. Le sujet est évidemment intéressant - l'hypocrisie en société - et pourtant je suis plutôt déçu, malgré quelques fulgurances qui conviendraient parfaitement pour décrire la bêtise de la télé-réalité ou la médiocrité des émissions qui en vivent, par exemple. Ce Molière vieillissant m'a paru fatigué, la mise en scène peu soignée, les scènes trop vite enchaînées, le propos souvent ennuyeux.

    6.5/10

    Extraits (p.9) :
    "Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
    Qu'affectent la plupart des gens à la mode ;
    Et je ne hais rien tant qu les contorsions
    De tous ces grands faiseurs de protestations,
    Ces affables donneurs d'embrassades frivoles,
    Ces obligeants diseurs d'inutiles paroles,
    Qui de civilités avec tous font combat,
    Et traitent du même air l'honnête homme et le fat.
    Quel avantage a-t-on qu'un même homme vous caresse,
    Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
    Et vous fasse de vous un éloge éclatant,
    Lorsqu'au premier faquin il court en faire autant ?"
  • Bagdad, la grande évasion ! (2017)

    Escape from Baghdad!

    Sortie : . Roman.

    Livre de Saad Z. Hossain

    2 - 4 mars

    (379 pages, broché)

    Ce livre est complètement barré ! Ça commence comme une grosse parodie de la guerre du Golfe, dans laquelle tout le monde en prend pour son grade : indigènes corrompus jusqu'à la moelle, GIs au cerveau ramolli par la coke ("Vous n'auriez pas vu des armes de destruction massive, par hasard ?"), fanatiques religieux hypocrites, seigneurs de guerre intraitables... Ça déménage comme il faut, et il faut reconnaître qu'on rigole pas mal. Le récit est pourtant traversé par quelques fulgurances, qui prennent aux tripes, quand par exemple les "petits" dans cette histoire (comprenez les sacrifiables) évoquent tout ce qu'ils ont perdu (femme, fille, sœur...) dans les pires souffrances, et qui explique qu'ils n'ont finalement plus rien à perdre... On finit par s'attacher un peu à ces brutes épaisses, persécutées par des brutes encore plus épaisses. Et les surprises ne s'arrêtent pas là, quand le récit prend un virage inattendu et vire au fantastique... Bref, un roman décoiffant, loin de tout standard, qui ne fait pas dans la poésie. On aimera ou on détestera.

    7/10

    Extraits (p.27) :
    "Ce Hamid a côtoyé tous les pontes de l'ancien régime. Voilà qui pourrait, Hoffman, être notre poule aux œufs d'or.
    - Le gros poisson, mon capitaine.
    - Que pensez-vous qu'il sache, ce colonel Hamid, Hoffman ?
    - Euh, l'emplacement des armes de destruction massive ?
    - Exactement, Hoffman. Le colonel Bradley croit à leur existence, ajouta Fowler la mine grave, le Président aussi et Dieu en personne également.
    - Semper fidelis !"
  • Le Lièvre de Vatanen (1975)

    Jäniksen vuosi

    Sortie : 1975. Roman.

    Livre de Arto Paasilinna

    4 - 5 mars

    (236 pages, poche)

    Cette fable loufoque a des qualités et des défauts ; on envie un peu, au fond de soi, cet homme qui décide sur un coup de tête de tout plaquer pour aller vivre une vie de vagabond, au plus proche de la Nature ; mais d'un autre côté, ses aventures n'ont parfois ni queue ni tête, on se demande où l'auteur veut en venir, ou quel est le sens de tout cela. Bref, un roman gentillet, mais qui sera finalement assez vite oublié.

    5.5/10

    Extraits (p.10) :
    "Le journaliste marchait distraitement dans le bois clairsemé ; il atteignit la lisière d'un petit carré de prairie, sauta le fossé et scruta la pelouse vert foncé. Dans les herbes, il aperçut le levraut.
    Sa patte arrière était cassé. Elle pendouillait tristement au-dessus du genou et l'animal était si mal en point qu'il n'essaya pas de fuir en voyant l'homme approcher.
    Le journaliste prit dans ses bras le levraut terrorisé. Il cassa un bout de branche et le fixa en attelle à la patte avec son mouchoir déchiré en lanières. Le lièvre se protégeait la tête entre ses petites pattes de devant, ses oreilles tremblaient tant son cœur battait fort."
  • L'Homme à l'envers (1999)

    Sortie : 1999. Roman.

    Livre de Fred Vargas

    5 - 8 mars

    (301 pages, broché)

    Mais comment ai-je pu éviter de lire Vargas pendant toutes ses années ?! C'est un pur bonheur ! Ses textes, et surtout ses dialogues sont savoureux, à la fois tendres, drôles et tellement justes. Les personnages sont magnifiques, tellement vivants qu'on les voit devant nos yeux. Un seul reproche pour ce roman : on devine bien trop facilement, je trouve, qui est l'assassin. En tout cas, aucun doute maintenant : je vais lire tout Vargas.

    7.5/10

    Extrait (p.34) :
    "A dix-sept ans, le jeune homme avait tenté une unique rébellion.
    - J'en ai rien à foutre de ces types, avait-il gémi devant un reportage sur la chasse au phacochère.
    Et pour la première et dernière fois, Suzanne lui avait retourné une baffe.
    - Parle pas comme ça de tes origines ! avait-elle ordonné.
    Et comme Soliman avait manqué pleurer, elle avait tenté de s'expliquer plus tendrement, sa grosse main serrée sur l'épaule délicate du petit.
    - On s'en branle, Sol, de la patrie. On naît où on naît. Mais tâche de pas renier tes vieux, c'est un truc à te foutre dans la merde. C'est renier qui n'est pas bon. Renier, dénier, cracher, c'est pour les aigris, les fortiches, les types qui veulent croire qu'ils se sont faits tout seuls et personne avant eux. Les cons, quoi. Toi, t'as les Ecarts et puis t'as toute l'Afrique. Prends le tout, ça te fera double."
  • Les Cerfs-volants (1980)

    Sortie : 1980. Roman.

    Livre de Romain Gary (Émile Ajar)

    8 - 11 mars

    (369 pages, broché)

    La quatrième de ouverture nous vend une histoire d'amour sur fond de seconde guerre mondiale, j'ai plutôt l'impression que c'est le contraire. Romain Gary parle avec beaucoup d'intelligence de toutes les formes de Résistance, et invite à renoncer à une vision trop manichéenne des positions des uns et des autres. La plupart ont simplement tenté de survivre. Alors, le récit a ses Héros, bien sûr, mais la part belle est également faite aux gens ordinaires, ou à ceux, comme Lila, que la guerre a frappé de plein fouet. Le récit est parfaitement maîtrisé, et de nombreuses phrases sont de petits bijoux. Superbe.

    9/10

    Extrait (p.241) :
    "- Rien ne vaut la peine d'être vécu qui n'est pas d'abord une oeuvre d'imagination, ou alors la mer ne serait plus que de l'eau salée... Tiens, moi, par exemple, depuis cinquante ans, je n'ai jamais cessé d'inventer ma femme. Je ne l'ai même pas laissée vieillir. Elle doit être bourrée de défauts, que j'ai transformés en qualités. Et moi, je suis à ses yeux un homme extraordinaire. Elle n'a jamais cessé de m'inventer, elle aussi. En cinquante ans de vie commune, on apprend vraiment à ne pas se voir, à s'inventer et à se réinventer à chaque jour qui passe. Bien sûr, il faut toujours prendre les choses telles qu'elles sont. Mais c'est pour mieux leur tordre le cou. La civilisation n'est d'ailleurs qu'une façon continue de tordre le cou aux choses telles qu'elles sont..."
  • Shikasta (1981)

    Sortie : 1981. Roman.

    Livre de Doris Lessing

    11 - 16 mars

    (475 pages, broché)

    219 pages lus, j'arrête ! C'est dommage, les 100 premières pages étaient vraiment intéressantes, on découvre une civilisation extraterrestre extrêmement évoluée qui pilote le développement d'une planète primitive (qu'on identifie rapidement à la Terre), et on revisite l'Histoire d'un point de vue autre que le nôtre, avec un recul immense : passionnant ! Mais l'auteur s'enferme rapidement dans des détails qui semblent interminables et sans grand intérêt, comme si elle voulait décrire chaque situation rencontrée sur Terre ; ça devient un documentaire barbant, une sorte d'étude socio-politico-religieuse. Bref on s'ennuie grave en s'enfermant dans des détails finalement très connus, et la science-fiction passe à l'arrière-plan. Dommage.

    5/10
  • Outrage et Rébellion (2009)

    Sortie : mars 2009. Roman.

    Livre de Catherine Dufour

    16 - 17 mars

    (389 pages, broché)

    120 pages, j'arrête (la loi des séries...), c'est trop trash pour moi. Je comprends le concept, l'idée est séduisante quelque part, mais cette vulgarité permanente, pour une intrigue qui avance très lentement en plus (120 pages qui ne sont qu'une succession de concerts, on a fait plus palpitant), j'en peux plus, stop ! Dommage, car C. Dufour écrit bien, évidemment.

    4/10
  • Annihilation - La trilogie du Rempart Sud, tome 1 (2014)

    Sortie : . Roman et science-fiction.

    Livre de Jeff VanderMeer

    17 - 18 mars

    (234 pages, poche)

    Un roman finalement assez banal, pas mauvais, non, mais loin d'être inoubliable (pourtant prix Nebula...). L'écriture est très ordinaire, et on n'est guère angoissé par cette ambiance qu'on nous vend comme lovecraftienne. Bon, je lirai quand même la suite de la trilogie, en espérant quelque chose d'un peu plus consistant.

    6/10
  • Amatka (2012)

    Sortie : 2012. Roman.

    Livre de Karin Tidbeck

    18 mars

    (218 pages, broché)

    Dans un futur plus ou moins lointain, une colonie sur une planète étrange, la Terre n'étant plus habitable. Dans ce nouveau monde, à la fois attirant et menaçant, il faut "marquer" les choses, par la parole et l'écriture, pour qu'elles conservent leurs formes. Tout mot prononcé de travers est dangereux pour la communauté dans ce contexte, et une sorte de censure de plus en plus sévère s'est installée, pour protéger une culture au bord de l'extinction. Mais est-ce réellement la bonne voie à suivre, pour le bien commun ?... Dans cette fable politique, K. Tidbeck souligne avec intelligence les dangers d'une société incapable de s'ouvrir au monde, s'auto-censurant et conduisant aux pires dictatures. Un très beau roman, servi par une écriture subtile et délicate. A découvrir !

    8.5/10

    Extrait (p.24) :
    "Après la classe, les enfants avaient passé le reste de la journée à seriner des chants de marquage et à retoucher les panneaux et les étiquettes avec une attention redoublée. Ce n'était plus un jeu.
    Vanja était dans la réserve. On l'avait chargée du marquage des stylos et des règles, et elle prenait sa tâche à cœur. Stylo stylo stylo stylo stylo stylo, avait-elle ânonné en touchant les objets les uns après les autres. Soudain, le flot de paroles s'était inversé pour ressembler à lo-sty lo-sty lo-sty lo-stylo-sty lo-sty et la rangée de stylo avait frémi, prête à se métamorphoser en autre chose. Vanja avait compris que c'était comme ça que ça arrivait et sa poitrine avait été parcourue de picotements."
  • La Fortune des Rougon (1871)

    Sortie : 1871. Roman.

    Livre de Emile Zola

    19 - 23 mars

    (307 pages, broché)

    Voir ma critique

    9/10
  • Ceux qui vont mourir te saluent (1994)

    Sortie : 1994. Roman.

    Livre de Fred Vargas

    23 - 24 mars

    (190 pages, poche)

    Un roman des débuts qui, malgré son côté un peu anecdotique, annonce déjà le talent d'une grande romancière. L'humour, l'ironie, le sens de l'intrigue, tout est déjà là. Je vais continuer de découvrir Vargas avec grand plaisir.

    6/10
  • Autorité - La trilogie du Rempart Sud, tome 2 (2014)

    Authority

    Sortie : 2014. Roman.

    Livre de Jeff VanderMeer

    24 - 27 mars

    (392 pages, broché)

    Loin du côté aventurier de Annihilation, Autorité est plutôt un roman psychologique, dense et paranoïaque. On découvre ici de nouveaux aspects de la zone X depuis l'extérieur, depuis le rempart Sud chargé de sa surveillance. On hésite continuellement entre la frustration et l'envie de crier au génie, tant Vandermeer nous fait douter de tout, nous fait plonger dans la confusion des sens et du sens. Le texte est également bien plus abouti que celui du tome précédent. On espère désormais une conclusion à la hauteur de nos attentes.

    7.5/10

    Extraits (p. 219) :
    "Les premières séquences ne montraient rien que de très normal : installation du camp, apparition sporadique et saccadée du phare au loin. Les formes sombres des arbres et des tentes à l'arrière-plan. Le ciel bleu défila sur l'écran quand quelqu'un baissa le caméscope en oubliant de couper l'enregistrement. Des rires, des plaisanteries, mais, comme un devin ou un voyageur temporel, Control se méfiait déjà. S'agissait-il là de choses normales et attendues, d'une banale camaraderie entre êtres humains, ou des présages de communications secrètes, sous-cutanées et puissantes ? Ne voulant être ni perturbé ni contaminé par les analyses ou opinions d'autrui, Control n'avait pas lu la totalité des dossiers. Il s'aperçut toutefois aussitôt qu'il était malgré tout trop cuirassé par ce qu'il savait qui allait se passer, et trop cynique sur ses précautions pour ne pas se trouver ridicule. S'il ne faisait pas attention, tout serait amplifié, mal interprété, jusqu'à ce que chaque image semble porteuse de menace."
  • My absolute darling (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Gabriel Tallent

    27 - 30 mars

    (454 pages, broché)

    Comme annoncé, ce texte prend aux tripes, et ne doit pas être mis entre toutes les mains. Ce qui fascine plus que tout, dans ce premier roman magistral de l'auteur, c'est le talent avec lequel il parvient à décrire comment un prédateur peut détruire le psychisme de sa victime, comment par ses propos aux effets pervers il parvient à éradiquer toute confiance en soi, toute envie de vivre, et même à construire un solide syndrome de Stockholm. Ça donne des frissons, et on en sort rincé, à la fois ébloui par la justesse du propos et mal à l'aise devant l'existence d'un Mal si absolu qui nous était inconcevable.
    On tient sans doute là l'un des romans de l'année.

    9/10

    Extrait (p.94) :
    "Lentement, les garçons glissent dans le sommeil et Turtle reste étendue de l'autre côté de la grotte. Elle pense, Je l'aime, je l'aime si foutument fort mais, mais laisse-moi prendre un peu le large. Qu'il vienne à ma poursuite. Et on verra bien ce qu'il fera, pas vrai ? On joue à un jeu, et je pense qu'il le sait bien ; je le déteste pour quelque chose, quelque chose qu'il fait, il va trop loin et je le déteste, mais je me montre incertaine dans ma haine ; coupable, pleine de doutes et de haine envers moi-même, presque trop pour réussir à le lui reprocher ; c'est moi, ça, une foutue pouffiasse ; alors je franchis à nouveau les limites pour voir s'il refera quelque chose d'aussi mal ; c'est une façon de voir si j'ai raison de le détester ; je veux savoir. Alors tu t'en vas et tu te demandes : est-ce que je devrais le détester ? et je pense que tu auras la réponse à ton retour, car il réagit toujours à ton absence d'une manière que tu aimes, ou alors il réagit au-delà de toute raison, et ce sera la preuve, mais il a toujours, toujours, Turtle - et tu le sais -, il a toujours une longueur d'avance sur toi à ce jeu-là. Il te regardera et il saura exactement jusqu'où il pourra aller, et il t'emmènera au plus près du précipice, puis il se rendra compte qu'il s'est approché du précipice et il reculera ; ou alors non, ou alors il ira trop loin, ou peut-être qu'il ne fait pas ce genre de calculs prémédités."
  • Enig Marcheur (1980)

    Sortie : 1980. Roman.

    Livre de Russell Hoban

    31 mars - 03 avril

    (289 pages, broché)

    Même si le concept d'une réinvention de l'écriture dans une société post-apocalyptique est très intéressant, j'ai été plutôt déçu par ce roman. Je me suis souvent ennuyé, l'histoire part souvent dans tous les sens, au point qu'on en perd régulièrement le fil. Je reste également perplexe, parfois, sur l'écriture elle-même : elle contient des règles de grammaire et conjugaison au lieu d'être entièrement phonétique (dans sa version française en tout cas). Sur le même principe, j'ai largement préféré "Effroyabl ange1", au final bien plus percutant et à l'écriture bien plus poétique.

    Extrait (p.159) :
    "J'ai dit : "on est en quel an selon ce cale cul ?"
    Il a dit : "On gnore jusqu'où allé ce cale cul parsq le Sale temps y a mis un terme. Y a une pyèr sur les vestij de l'Anneau des Nergies avec le numéro d'an 1997 gravé de dans on n'a jamais vu un numéro d'an sup et rieur à ça. A près le Sale Temps prsonne a plus écri les numéro des ans pendant long tant on gnore combien jusq'à ce que le Mine Stère s'y rmett. Depuis quon sest mis à conter on est rivé à 2347 N.C.C. ce qui se gnifie Notre Cal Cul."
    J'ai dit : "Tu veudir que ceuss avant nous en 1997 an ils avé des bateaux dans l'ésert et toutes ces choses et nous on a par couru 2347 ans voar plus et on patoj encor dans la boue ?" "
  • Acceptation - La trilogie du Rempart Sud, tome 3 (2014)

    Acceptance (Southern Reach Trilogy - 3)

    Sortie : 2014. Roman.

    Livre de Jeff VanderMeer

    31 mars - 04 avril

    (379 pages, broché)

    La conclusion de la trilogie du Rempart Sud nous malmène, entre confusion et fascination. La zone X se révèle à demi-mot, comme un aveu concédé au lecteur, au détour de quelques phrases concentrées et énigmatiques. C'est à la fois séduisant et frustrant, totalement assumé par l'auteur. Jeff VanderMeer a démontré qu'il savait maîtriser son récit, en conservant de bout en bout cette ambiance oppressante et hypnotisante au fil des pages. Je le relirai avec curiosité à l'avenir.

    8/10

    Extrait (p.92) :
    "Vous n'avez pas encore compris que ce qui cause tout ça peut manipuler le génome, effectue des miracles de mimétisme et de biologie ? Sait y faire au niveau des molécules et membranes, peut voir à travers les choses, surveiller puis se replier. Pour cette chose, un smartphone, par exemple, est aussi grossier qu'une pointe de flèche en silex, elle possède des sens si fins et si complexes que les outils auxquels nous nous sommes liés, nos manières d'enregistrer l'univers, sont sans doute la preuve de notre nature primitive. Peut-être ne nous pense-t-elle même pas doués de conscience ou de libre arbitre... pas de la manière dont elle-même les mesure.
    - Dans ce cas, pourquoi nous consacre-t-elle un tant soit peu d'attention ?
    - Elle nous en consacre probablement le moins possible."
  • Debout les morts (1995)

    Sortie : 1995. Roman.

    Livre de Fred Vargas

    04 - 07 avril

    (270 pages, broché)

    Encore un bon Vargas (en existe-t-il des mauvais ?), même si les dialogues et les personnages sont moins truculents que dans d'autres romans. Mais l'indulgence est de mise : il s'agit de l'un de ses premiers romans et on passe quand même un bon moment dans ces pages-là, visitées ça et là par quelques fulgurances annonciatrices du talent qui couve.

    6.5/10

    Extrait (p.119) :
    "- Lex est trop jolie, trop émouvante et trop intelligente pour qu'on puisse espérer s'en tenir à la simple distraction. Tu ne vas pas te distraire, tu risques d'aimer. Catastrophe, Marc, catastrophe.
    - Et pourquoi catastrophe, crétin de soldat ?
    - Parce que, crétin bourré d'amour courtois, tu suspectes aussi bien que moi que Lex s'est fait larguer avec son môme. Ou quelque chose comme ça. Alors comme un crétin de seigneur sur son destrier, tu te racontes que son cœur est vide et qu'on peut occuper les lieux. Grossière erreur d'appréciation, laisse-moi te le dire.
    - Écoute moi bien, crétin des tranchées. J'en sais plus long que toi sur le vide. Et le vide prend plus de place que n'importe quel plein.
    - Étrange lucidité de la part d'un type de l'arrière, dit Lucien. Tu n'es pas un imbécile, Marc.
    - Ça te surprend, peut-être ?
    - Du tout. J'avais pris mes renseignements."
  • La Curée (1871)

    Sortie : 1871. Roman.

    Livre de Emile Zola

    07 - 09 avril

    (274 pages, broché)

    Le Second Empire s'est installé, et c'est l'heure de la curée dans la capitale. Zola décrit ici la cupidité des nouveaux riches, déterminés à démolir Paris pour la reconstruire tout en empochant au passage des fleuves d'or, et se vautrant toujours plus dans des excès de débauche, sous l’œil indulgent de l'Empereur. Je ne porterai plus le même regard sur les Grands Boulevards désormais. Un grand roman, donc, toujours servi par une plume magnifique, même si certains passages frisent le documentaire ennuyeux.

    8/10

    Extrait (p.428) :
    "C'était l'heure où la curée ardente emplit un coin de forêt de l'aboiement des chiens, du claquement des fouets, du flamboiement des torches. Les appétits lâchés se contentaient enfin, dans l'impudence du triomphe, au bruit des quartiers écroulés et des fortunes bâties en six mois. La ville n'était plus qu'une grande débauche de millions et de femmes. Le vice, venu de haut, coulait dans les ruisseaux, s'étalait dans les bassins, remontait dans les jets d'eau des jardins, pour retomber sur les toits, en pluie fine et pénétrante. Et il semblait, la nuit, lorsqu'on passait les ponts, que la Seine charriât, au milieu de la ville endormie, les ordures de la cité, miettes tombées de la table, nœuds de dentelle laissés sur les divans, chevelures oubliées dans les fiacres, billets de banques glissés des corsages, tout ce que la brutalité du désir et le contentement immédiat de l'instinct jettent à la rue, après l'avoir brisé et souillé. Alors, dans le sommeil fiévreux de Paris, et mieux encore que dans sa quête haletante du grand jour, on sentait le détraquement cérébral, le cauchemar doré et voluptueux d'une ville folle de son or et de sa chair."
  • Phare 23 (2016)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Hugh Howey

    09 - 11 avril

    (233 pages, broché)

    Ce court roman surprend par son scénario qui finit par prendre une dimension cosmique. On s'attendait à une fable méditative sur la solitude dans l'espace, c'est finalement plus tordu que ça. Je regretterais néanmoins la brièveté du texte : une telle idée aurait mérité un développement beaucoup plus poussé, une plus grande ambition littéraire. Ce n'est pas déplaisant, Howey écrit plutôt bien, mais on reste finalement un peu sur notre faim.

    6/10
  • Mourir sous ton ciel (2017)

    Morir bajo tu cielo

    Sortie : . Roman.

    Livre de Juan Manuel De Prada

    11 - 19 avril

    (681 pages, broché)

    Je découvre De Prada avec ce roman pseudo-historique assumé, qui s'avère être un véritable monument ! L'auteur tisse lentement sa toile, pour placer peu à peu les éléments du drame qui conduiront au siège de Baler, qui, à la fin du XIXe siècle, marqua la fin de la présence espagnole aux Philippines. les personnages sont superbes, pleins de nuances, d'interrogations politiques et religieuses, soumis chacun aux aléas de leurs consciences dans ce contexte hautement historique. On est emporté dans ce grand tourbillon, car l'auteur n'oublie pas de raconter aussi une histoire, une aventure, un drame absolu. Une grande plume, donc, une de plus parmi les hispanophones, qui ne cesseront jamais de me séduire par l'intelligence et la qualité de leurs propos.

    9/10

    Extrait (p.342) :
    "Las Morenas, de son côté, descendit prudemment de sa monture en se retenant fermement à l'arçon. Il n'avait jamais fait un cavalier émérite.
    "Il est des plus curieux, dit-il, réfléchissant à haute voix, de voir comment la séparation de l'Eglise et de l'Etat que les Américains ont encouragée et exportée dans la moitié du monde les a conduits à faire de la politique une façon de religion."
    Garzon s'étira dès qu'il eut mis pied à terre. Ses jambes grêles, comme arquées par une précoce habitude de la monte, accentuaient le caractère donquichottesque de sa silhouette.
    "C'est inévitable, dit-il. L'amour de la patrie, qui est tout naturel, est chez eux remplacé par une idolâtrie démente, moins de la patrie que de leur régime politique en vigueur, qui, une fois qu'ils l'ont divinisé, leur sert d'alibi pour justifier tous leurs abus. Après quoi ils aspirent à répandre partout dans le monde leur évangile noir." "
  • Le voyageur sans bagage (1937)

    Sortie : 1937. Théâtre.

    Livre de Jean Anouilh

    19 avril

    (160 pages, poche)

    Je me découvre un intérêt de plus en plus fort pour les pièces du XXe siècle ! Dans cette histoire qui ne manque pas d'humour grinçant, Anouilh aborde intelligemment les thèmes de la mémoire, du passé, de l'hypocrisie bourgeoise. Joliment écrite, au point qu'on s'imagine sans peine les personnages sur scène, et leurs réflexions intimes. Il me plairait bien de la voir jouer !

    7.5/10

    Extrait (p.33) :
    "LA DUCHESSE : Ainsi, vous êtes un des cas les plus troublants de la psychiatrie ; une des énigmes les plus angoissantes de la grande guerre - et, si je traduis bien votre grossier langage, cela vous fait rire ? Vous êtes, comme l'a dit très justement un journaliste de talent, le soldat inconnu vivant - et cela vous fait rire ? Vous êtes donc incapable de respect, Gaston ?
    GASTON : Mais puisque c'est moi...
    LA DUCHESSE : Il n'importe ! Au nom de ce que vous représentez, vous devriez vous interdire de rire de vous-même. Et j'ai l'air de dire une boutade, mais elle exprime le fond de ma pensée : quand vous vous rencontrez dans une glace, vous devriez vous tirez le chapeau, Gaston.
    GASTON : Moi... à moi ?
    LA DUCHESSE : Oui, vous à vous ! Nous le faisons bien tous, en songeant à ce que vous personnifiez. Qui vous croyez-vous donc pour en être dispensé ?
    GASTON : Personne, Madame la Duchesse.
    LA DUCHESSE : Mauvaise réponse ! Vous vous croyez quelqu'un de très important. Le bruit que les journaux ont fait autour de votre cas vous a tourné la tête, voilà tout."
  • La Cinquième Saison - Les Livres de la terre fracturée, tome 1 (2015)

    The Fifth Season

    Sortie : . Roman.

    Livre de N. K. Jemisin

    19 - 21 avril

    (476 pages, broché)

    Double lauréate du prix Hugo (pour ce roman et sa suite), N.K. Jemesin invente sa propre fantasy, sa propre mythologie, loin des très classiques dragons, elfes et autres sorciers, et le résultat est époustouflant. Il y a une fureur incroyable dans ce roman, dont elle maîtrise le récit de bout en bout, pour nous servir un scénario plein de rebondissements. Une fois n'est pas coutume, j'ai l'impression que ce prix n'est pas usurpé, et j'ai hâte de lire la suite !

    8/10

    Extrait (p.16) :
    "Alors il se tend vers les profondeurs et s'empare de la vastitude vorace, résonnante, ondulante de la cité, du socle rocheux plus calme qui la porte, du mélange bouillant de chaleur et de pression qui le souligne. Puis il se tend plus largement, s'emparant de l'immense pièce du puzzle - la plaque de coûte terrestre - sur laquelle repose le continent.
    Enfin, il se tend vers le haut. En quête de pouvoir.
    Il s'empare de tout cela avec ses mains imaginaires - les strates, le magma, les gens, le pouvoir. Tout. Entre ses mains. Il n'est pas seul. La terre est avec lui.
    Et puis il casse tout."