Carnet de lectures 2020

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15 livres

par nm-reader

Livres retirés de la PAL en 2020, classés par ordre de lecture. Objectifs de l'année : 1) Varier les styles, les époques, les langues ; 2) Continuer de rattraper mon retard dans la lecture des Classiques ; 3) Se faire plaisir !

BILAN LINGUISTIQUE :
----------------------------------
Angleterre : 1
Belgique : 2
Chili : 1
Etats-Unis : 5
France : 6

BILAN STYLISTIQUE :
---------------------------------
Littérature blanche : 5
Policier/Thriller/Espionnage : 4
Science-fiction : 3
Fantasy : 1
Fantastique :
Théâtre : 2
Poésie :
Essai :

BILAN PAR ÉPOQUE :
--------------------------------
XXIe : 7
XXe : 7
XIXe : 1
XVIIIe :
XVIIe :

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  • La Fleur de Dieu (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Jean-Michel Ré

    31 décembre - 2 janvier

    (327 pages, Albin Michel)

    Un premier roman pour cet auteur, premier volume d'une trilogie, qui malgré ses quelques qualités, présente de nombreux défauts. L'univers proposé est original (contexte ultra religieux au 100e siècle), assez fouillé (avec un glossaire très - trop ? - complet). L'hommage à Dune est totalement assumé par J-M. Ré (voir son interview) ; mais peut-être est-il trop appuyé, tellement les similitudes fourmillent dans le récit... Par ailleurs, les personnages sont assez caricaturaux et pas vraiment crédibles. L'écriture est très ordinaire, voire maladroite, mais elle reste honnête pour un premier texte. Un bilan très mitigé, donc ; j'hésiterai à lire la suite.

    5/10
  • Le Signe des Quatre (1890)

    The Sign of Four

    Sortie : 1890. Roman.

    Livre de Arthur Conan Doyle

    3 - 4 janvier

    (95 pages, Omnibus)

    Cette deuxième aventure du célèbre détective est finalement bien décevante : un dénouement trop rocambolesque pour être crédible, des ficelles grosses comme des poutres, des discours à la limite du racisme... Je ne reproche rien à Doyle - il n'est qu'un homme de son siècle - , mais on sort quand même un peu perplexe de ce texte. Le talent du conteur anglais sauve un peu l'ensemble, on ne s'ennuie guère dans ces pages.

    5/10
  • Le Rivage des Syrtes (1951)

    Sortie : 1951. Roman.

    Livre de Julien Gracq

    5 – 11 janvier

    (331 pages, José Corti)

    Difficile de ne pas être conquis par le charme évanescent de ce texte ! Et pourtant, la lecture est relativement exigeante, car elle demande une attention de tous les instants : la pensée de Gracq est complexe, servie par un vocabulaire recherché et un rythme presque syncopé – on ne respire jamais où on s’y attendait, dans ces phrases labyrinthiques !
    Le récit semble hors du temps et de l’espace, comme nimbé de brumes : on se perd dans ces pages comme on se perdrait délicieusement dans un rêve sans fin. Et la subtilité avec laquelle Gracq nous mène lentement vers la guerre, chaque chapitre semblant un jalon posé vers cette inéluctabilité, une pierre à l’édifice, fait qu’au final la conclusion tombe d’elle-même, logique, quand Orsenna s’envole vers sa destinée sans doute tragique. Fascinant.

    9/10

    Extrait (p.51) : « Les jardins Selvaggi dans le mois de mai, au sortir du labyrinthe de rocailles et de marbre qui surplombe la colline, sont une seule nappe de soufre clair qui flambe d’un blanc de coulée jusqu’au bas de la pente et vient mordre en festonnements de vagues la falaise opposée de forêts sombres qui clôt de ce côté Orsenna comme un mur. Passé le faîte de la colline qui l’isole des bruits familiers de la ville, à midi l’odeur des narcisses et des jacinthes reflue sur le vallon comme un vertige tournoyant, pareille à l’attaque sur l’ouïe d’une note trop aigüe qui creuse pourtant, avant de la combler aussitôt, la soif d’une note plus aigüe et plus déchirante encore. Sur les derniers degrés de marbre, mordus par la nappe lisse comme un escalier qui plonge dans la mer, les feuilles d’un tremble font cet ombrage vivant, si pareil au reflet sur un mur d’une eau agitée, et la brusquerie du silence, au sortir du fracas de la rue, est celle d’un lieu magique, de ces cimetières abandonnés où le suspens léger et détendu de toutes choses donne au seul bourdonnement d’une abeille une plénitude d’orgue, et comme le poids grave d’une visitation. »
  • Miroir de nos peines (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Pierre Lemaitre

    12 – 15 janvier

    (533 pages, Albin Michel)

    Pierre Lemaitre conclut avec « Miroir de nos peines », sa trilogie de l’entre-deux guerres, et le résultat est à la hauteur de nos attentes. Le roman est passionnant du début à la fin, on est totalement happé par le récit ! On retrouve les qualités des 2 volumes précédents : une écriture simple et limpide, qui a la beauté des grands classiques, à mon sens. Lemaitre aime mettre le doigt sur les aberrations d’une époque et ses non-sens, mais il le fait toujours avec une forme d’humour qui fait que le tragique côtoie bien souvent le burlesque. On sent enfin qu’il pose sur ses personnages plongés dans le grand chaos de l’invasion allemande, un regard chargé d’une grande tendresse, qu’il parvient avec talent à infuser chez le lecteur. L’émotion nous gagne, page après page, et ma vue s’est légèrement brouillée, quelques fois, je l’avoue… Sans doute – déjà – l’un des romans phare de l’année 2020.

    9/10

    Extrait (p.212) : « La véritable cause des difficultés françaises, c’est la cinquième colonne, c’est-à-dire la présence, sur notre sol, d’agents embusqués dont la mission est de saper l’action de l’armée française. Savez-vous que l’Allemagne a parachuté récemment, dans le nord de la France, près de cinquante jeunes filles (moins voyantes que les hommes) chargées d’adresser des signes aux forces allemandes grâce à des miroirs, mais aussi par des fumées, comme chez les Indiens, pour leur indiquer les positions françaises ? Elles ont été arrêtées, mais le mal était fait. On a la preuve que des paysans infiltrés disposent leurs vaches dans les champs de manière à montrer leur chemin aux soldats allemands. Quelle n’a pas été la surprise des officiers français qui ont découvert des chiens dressés par des traîtres aboyer en morse ! Il y a moins d’une semaine a été abattu un avion allemand rempli d’œufs de sauterelles qu’il s’apprêtait à larguer sur nos récoltes ! (…)
    On ignorait si cette chronique constituait un mode de diversion efficace pour restaurer le moral des français, mais on avait au moins la sensation de faire quelque chose et on savait gré à Désiré de ses efforts patriotiques. »
  • Souvenirs de l'avenir (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Siri Hustvedt

    16 – 20 janvier

    (333 pages, Actes Sud)

    Siri Hustvedt se dévoile beaucoup dans ce roman, au point de mettre parfois le lecteur un peu mal à l’aise devant un tel déballage d’intimité. Je n’avais jamais lu cette auteure américaine, et je l’ai trouvé plutôt attachante. Certes, on s’ennuie parfois un peu, notamment dans les passages concernant le roman en gestation dans sa jeunesse, mais le lecteur peut comprendre l’importance de tout ceci pour l’auteure : une sorte de regard vers son passé, à l’approche du bilan que chacun, finalement, fait un jour sur sa vie. Malgré cela, le roman ne manque pas de fulgurances, de passages superbes, de réflexions intelligentes : avec en point d’orgue la parole des femmes, trop souvent muselée, notamment dans les milieux artistiques. Le cas Duchamp/Von Freytag-Loringhoven, qu’elle décortique brillamment, en atteste. Une belle découverte !

    8/10

    Extrait (p.307, 326) : « Nous souffrons tous et nous mourons tous, mais vous, la personne qui lisez ce livre en ce moment, vous êtes encore en vie. Je suis peut-être morte mais vous ne l’êtes pas. Vous inspirez et expirez tout en lisant et si vous vous interrompez et posez la main sur votre torse, vous sentirez battre votre cœur, et il doit y avoir de la lumière dans la pièce où vous vous trouvez, une lumière provenant d’une fenêtre ou d’une lampe ou d’un écran, qui éclaire la page et une partie de votre corps tandis que vous lisez. (…)
    J’écris maintenant, j’écris contre le temps, pour le temps, avec le temps, au cœur du temps. J’écris de mon temps vers le vôtre. Il y a de la magie dans cette simple action, n’est-ce pas ? Pour vous, ce peut être l’an prochain alors que pour moi c’est encore cette année-ci. A Page, sur la page, les morts parlent aux vivants. »
  • « Art » (1994)

    Sortie : . Théâtre.

    Livre de Yasmina Reza

    20 janvier

    (64 pages, Le livre de poche)

    Sans doute l’une de mes pièces de théâtre préférées, et la version filmée avec Vaneck, Arditi et Lucchini n’y est évidemment pas étrangère ! La lecture de la pièce, après coup, en se rappelant leur jeu exceptionnel, n’en est que plus délicieuse. Où il est question du sens profond de l’amitié, qu’il s’agit finalement de faire un pas vers l’autre, malgré nos différences… Il faut maintenant que j’aille lire Sarraute, pour me faire ma propre opinion sur ces accusations de plagiat.

    9/10

    Extrait (p.247) :
    MARC : Ne te mets pas dans un état pareil.
    YVAN : Ne te mets pas dans un état pareil ! Qui m’a mis dans cet état ?! Je n’ai pas vos froissements d’âme, moi, qui je suis ? Un type qui n’a pas de poids, qui n’a pas d’opinion, je suis un ludion, j’ai toujours été un ludion !
    MARC : Calme-toi…
    YVAN : Ne me dis pas, calme-toi ! Je n’ai aucune raison de me calmer, si tu veux me rendre fou, dis-moi, calme-toi ! Calme-toi est la pire chose qu’on peut dire à quelqu’un qui a perdu son calme ! Je ne suis pas comme vous, je ne veux pas avoir d’autorité, je ne veux pas être une référence, je ne veux pas exister par moi-même, je veux être votre ami Yvan le farfadet ! Yvan le farfadet.
    Silence.
    SERGE : Si on pouvait ne pas tomber dans le pathétique…
  • Chasse royale IV (Rois du monde, 5) (2020)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Jean-Philippe Jaworski

    21 – 24 janvier

    (276 pages, Les Moutons électriques)

    Nous y voilà. Le gargantuesque Chasse royale, qui devait au départ ne faire qu’un volume, s’est finalement étiré sur 4 romans d’une écriture dense comprenant plus de 1000 pages. La plume de Jaworski est toujours aussi éloquente et racée, et son panthéon de personnages a des allures de super-héros d’un temps révolu. Il était temps de boucler cette branche, cela dit, car trop de batailles finit par lasser le lecteur.
    Jaworski a mis en place tous les éléments de l’histoire légendaire de Bellovèse : le personnage est prêt pour l’écriture de sa légende, telle que la présente Tite-Live dans l’Histoire romaine (quelques précisions ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bellovesos). Espérons que la troisième branche, La grande jument, ne se fera pas désirer pendant des années…

    8/10

    Extraits (p.146) : « Aussi suis-je d’humeur sombre quand nous laissons derrière nous le Gué d’Avara. Aussi sombre que les nuées qui s’amassent au-dessus de nos têtes, sécrétant une nuit précoce. Les mouches accrochées aux croupes des chevaux se font horripilantes, les oiseaux volent en rase-motte, toute la nature hébétée fait le dos rond en prévision de la tourmente. Je surprends plus d’une fois mes compagnons en train de lever le nez, désirant l’orage autant qu’ils le redoutent, au lieu de balayer des yeux les terres qui nous entourent. Paysage accablé de chaleur, engourdi de mutisme ; les méandres de la rivière y prennent des nuances de plomb, les frondaisons s’y obscurcissent en massifs d’ardoise. C’est à croire qu’on s’égare dans une autre contrée, une marche forestière entre le royaume des vivants et celui des morts, suffoquée par la fièvre qui consume la Celtique. Entre la campagne qui s’enténèbre et le ciel où coagulent les présages, seule une ligne jaunâtre dessine encore les horizons, visqueuse comme le fiel. Il est à craindre qu’on n’y voie plus goutte avant le coucher du soleil. Personne toutefois ne parle de faire étape. On marchera à la brune, aussi longtemps que les cieux ne déverseront pas leurs trombes ; au moins, tant qu’il ne pleuvra pas, on pourra apercevoir les feux sur la plaine. De toute façon, personne n’a l’énergie d’ouvrir la bouche. La fatigue, la canicule et la soif nous en découragent. Alors, interminablement, on s’enfonce dans la fournaise obscure, dans les campagnes abrasées de sécheresse, et le pas lourd des chevaux soulève une poussière que l’on respire plus qu’on ne la voit. »
  • Le Pendu de Saint-Pholien (1931)

    Sortie : février 1931. Roman.

    Livre de Georges Simenon

    24 janvier

    (127 pages, Omnibus)

    J'ai trouvé ce quatrième roman plus abouti que les précédents : la plume de Simenon s'améliore, on ne s'ennuie pas, l'histoire est bien ficelée. Le personnage de Maigret séduit davantage, avec le flegme qui le caractérise ; mais il s'écorne, malgré tout, et quelques émotions percent sa carapace devant la tristesse de cette histoire. Car Maigret est très humain, finalement, et c'est pour cela qu'il nous plaît autant.

    7.5/10
  • Les Détectives sauvages (1998)

    Los detectives salvajes

    Sortie : 1998. Roman.

    Livre de Roberto Bolaño

    25 janvier - 7 février

    (930 pages, Folio)

    Si je salue volontiers la superbe construction polyphonique du roman, son contenu, en revanche, ne m'a guère conquis, et même régulièrement rebuté. La première partie est assommante de vulgarité, et j'ai vraiment pris sur moi pour poursuivre, en espérant de grands moments de lecture dans le coeur du roman, comme annoncé par beaucoup. Pourtant, il m'a semblé qu'il ne se passait pas grand chose, finalement, l'écriture est très ordinaire, et on sort de ce labyrinthe assez frustré. Le seul plaisir que j'y ai pris est dans l'éternel jeu de piste entre les personnages. Pas mécontent cela dit d'en être quand même venu à bout (!), Bolaño étant l'un des chefs de file de la Littérature contemporaine.

    6/10

    Extrait (p.741) : "Autrefois les écrivains d'Espagne (et d'Amérique latine) entraient sur la scène publique pour la transgresser, pour la réformer, pour la brûler, pour la révolutionner. Les écrivains d'Espagne (et d'Amérique latine) étaient issus généralement de familles aisées, de familles installées ou ayant une certaine position, et lorsqu'ils prenaient la plume ils se tournaient ou se retournaient contre cette position : écrire c'était renoncer, c'était renier, parfois se suicider. C'était aller contre la famille. Aujourd'hui les écrivains d'Espagne (et d'Amérique latine) sont issus en nombre de plus en plus alarmant de familles des classes inférieures, du prolétariat ou du lumpenprolétariat, et leur pratique la plus habiuelle de l'écriture est une manière de grimper les échelons de la pyramide sociale, une manière de s'installer en prenant bien soin de ne rien transgresser. Je ne dis pas qu'ils ne sont pas cultivés. Ils sont aussi cultivés que ceux d'autrefois. Ou presque. Je ne dis pas qu'ils ne sont pas travailleurs. Ils sont beaucoup plus travailleurs que ceux d'autrefois ! Mais ils sont, aussi, beaucoup plus vulgaires. Et ils se comportent comme des chefs d'entreprise ou comme des gangsters. Et ils ne détestent rien ou seulement ce qu'on a le droit de détester et ils prennent bien soin de ne pas se faire d'ennemis ou de les choisir parmis les plus inoffensifs. Ils ne se suicident pas pour une idée mais par folie ou par colère. Les portes, implacablement, leur sont grandes ouvertes. Et ainsi la littérature va comme elle va. Tout ce qui commence en comédie s'achève indéfectiblement en comédie."
  • Conversations après un enterrement (1987)

    Sortie : . Théâtre.

    Livre de Yasmina Reza

    7 février

    (71 pages, Le livre de poche)

    Il ne se passe vraiment pas grand chose dans cette pièce bien décevante ; je crains de l'avoir totalement oubliée dès demain...

    5/10
  • Trop semblable à l'éclair (2016)

    Too Like The Lightning

    Sortie : 2016. Science-fiction et roman.

    Livre de Ada Palmer

    8 – 14 février

    (658 pages, Le Belial)

    J’ai bien du mal à me forger un avis sur ce roman hors-norme ! D’un côté je suis conquis ; conquis par sa démesure, son ambition culturelle, son univers original et fort bien développé. D’un autre côté, son impertinence m’a parfois semblé bien pénible, tout comme sa narration assez libre qui interpelle trop régulièrement le lecteur à mon goût. Quoi qu’il en soit, ce texte, écrit en hommage aux Lumières, aux idées de Voltaire, Diderot, Sade et Rousseau, ne laissera sûrement pas indifférent : on devrait adorer et détester.
    Pour revenir à l’histoire elle-même, ce premier volume ne sert qu’à planter le décor (mais on ne s’ennuie jamais, rassurez-vous). Palmer a pris le temps de nous présenter tous ses personnages et de les positionner soigneusement sur son échiquier, de nous immerger dans son XXVe siècle pas banal du tout. Il fallait au moins cela pour nous initier à son univers, et le pari est plutôt réussi. Mais enfin, les dernières pages, pleines de révélations surprenantes, nous promettent un bel emballage dans la suite qui arrive bientôt.

    7/10

    Extrait (p.187) : « Lui seul échappe à l’engloutissement par l’arrière-plan éblouissant du château. L’albâtre de sa peau n’est jamais caressé que par la soie ou des tissus plus raffinés encore, sa silhouette jamais rehaussée que de vêtements qui auraient satisfait Louis XIV. Ses manchettes ruissellent de dentelle, son gilet de broderies. Son costume de monarque donne à Dominic l’allure de ce qu’il est : un serviteur. Le duc n’arbore pour toutes couleurs que l’or et l’ivoire, parfois agrémentés de bleu, mais il n’est pas jusqu’au véritable or filé qui ne pâlisse par moments auprès de sa crinière blonde, dont le soleil auréole ses épaules. Le bleu de ses yeux surpasse celui du ciel, de la mer et de l’améthyste ; c’est le bleu féroce des diamants et des saphirs étoilés, du Hope, de l’Etoile de Minuit, des gemmes au sillage de meurtres. Ainsi paré, il incarne l’époque où le paysan qui entrapercevait une telle beauté par la fenêtre d’une voiture de passage se disait peut-être que son labeur n’était pas vain, puisque la sueur de son front permettait à une si noble créature d’orner le monde de sa grâce. Nu, c’est un dieu. »
  • Vis à vis (2020)

    Sortie : . Roman et policier.

    Livre de Peter Swanson

    15 - 16 février

    (392 pages, Gallmeister)

    Comme annoncé par la 4e de couverture, Vis-à-vis est un thriller psychologique, qui s'avère au final d'assez bonne facture. Pas de surenchère ici : pas de sang qui dégouline à chaque chapitre, pas de tortures plus perverses les unes que les autres ; simplement une bonne histoire savamment orchestrée, au dénouement peut-être prévisible mais brillant.

    7/10
  • La Tête d'un homme (1931)

    Sortie : septembre 1931. Roman.

    Livre de Georges Simenon

    16 - 17 février

    (139 pages, Omnibus)

    En regardant les (excellents) épisodes de Maigret interprétés par Bruno Cremer, on pourrait facilement oublier que les premiers romans de Simenon ont presque un siècle maintenant. Mais dans le texte, tout le Paris des années 30 est là : le téléphone avec l'opératrice, les bars, les hôtels, les vendeurs de journaux, la peine de mort,... A sa manière, Simenon est finalement le témoin d'une époque, d'un Paris qui rend un brin nostalgique.

    7/10
  • Aurora (2019)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Kim Stanley Robinson

    18 - 23 février

    (474 pages, Bragelonne)

    Fidèle à lui-même, Robinson nous offre un roman très dense sur le thème du premier voyage interstellaire de l'espèce humaine. Il ne lésine pas sur les détails techniques et biologiques de cette aventure hors du commun, ce qui rend le récit très crédible. Mais la nouveauté ici, il me semble, par rapport à sa trilogie martienne par exemple, est qu'il s'attarde bien davantage sur les aspects psychologiques et sociologiques de l'aventure spatiale, et sa conclusion en laissera plus d'un pantois.
    Le résultat est assez bluffant, on tient là un excellent roman de SF. Je reste juste un peu sur ma faim concernant les autres trajectoires croisées dans le récit (mais cela aurait peut-être grossi trop lourdement le roman) ; et je suis un peu sceptique quant aux phobies vécues sur Terre : n'auraient-elles pas du être rencontrées également sur Aurora ?

    8/10

    Extrait (p.436 - ATTENTION SPOILERS) : "Vous vous accrochez à une idée qui ne tient pas compte des réalités biologiques de ces voyages. Nous qui sommes allés jusqu'au système de Tau Ceti, nous le savons mieux que quiconque. Vous allez vous retrouver confrontés à des difficultés insolubles d'ordre écologique, biologique, sociologique et psychologique. Les problèmes physiques de la propulsion ont accaparé votre imagination, et vous les avez résolus, sans doute. Mais c'était le plus simple. Vous ne trouverez pas de solution aux problèmes biologiques. Et même si vous faites comme s'ils n'existaient pas, ils existeront pour les gens que vous enverrez dans les étoiles à bord de ces engins. (...)
    Voilà pourquoi personne ne nous a jamais contactés. Voilà pourquoi le grand silence persiste. Il y a forcément d'autres intelligences dans l'univers, mais elles non plus ne peuvent pas quitter leur planète d'origine. La vie est une manifestation planétaire qui ne peut survivre que sur son monde d'origine..."
  • L'Appel sauvage (1903)

    The Call of the Wild

    Sortie : 1903. Roman.

    Livre de Jack London

    23 – 24 février

    (142 pages, Libretto)

    J’ai trouvé assez étrange la façon singulière qu’a London d’humaniser ses chiens, au point parfois de leur prêter une intelligence sans doute un peu surestimée, voire même des vertus morales. Cela donne parfois au récit des allures de conte, malgré la dureté permanente des faits rapportés.
    Etrange, mais pas du tout déplaisant, bien sûr. Car on s’immerge très facilement dans le texte de London, et on s’attache sans retenue aucune à ce monstre de chien. Superbe hymne à la Nature, qui donne envie de s’éloigner bien loin de la fureur des hommes. On pourra simplement reprocher au roman sa longueur ; on aurait aimé poursuivre l’aventure bien plus longtemps.

    8/10

    Extrait (p.121) : « L’ordre de Thornton éclata comme un coup de pistolet. Buck se lança en avant tirant sur les traits d’un mouvement brusque. Tout son corps se ramassait sur lui-même dans le formidable effort ; ses muscles se tordaient et se nouaient comme des créatures vivantes sous sa fourrure soyeuse. Sa vaste poitrine rasait le sol, sa tête s’avançait baissée, tandis que ses pattes piétinaient follement, et que ses griffes marquaient la neige durcie et tassée de sillons parallèles. Le traineau oscillait et tremblait, à demi démarré. Une des pattes glissa, et un homme grogna tout haut. Puis le traineau avança par à-coups dans ce qui apparaissait comme une succession rapide de secousses, mais il ne s’arrêta plus jamais complètement – un demi pouce – un pouce – deux pouces… Les saccades diminuaient sensiblement ; alors que le traineau gagnait de la vitesse, Buck les maîtrisa, jusqu’au moment où il se déplaça de manière régulière. »