Films vus en 2018

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139 films

par sparowtony

Et c'est reparti pour un tour.
Faute de temps, je suis de moins en moins régulier. Mais j'essayerais de commenter du mieux que je peux (enfin, si il y en a qui lisent ^^).

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    Hors Satan (2011)

    1 h 50 min. Sortie : . Drame.

    Film de Bruno Dumont avec David Dewaele, Alexandra Lematre, Christophe Bon

    4 Janvier

    "Hors Satan", ou comment commencer l'année de manière laborieuse.
    Les 20 premières minutes sont assez intéressantes: Dumont raconte tout par la seule force de ses images, et on comprend vite le propos sur la foi. Cet homme mi-ange, mi-démon qui chasse ce qui pourrait nuire à sa disciple a un aspect assez fascinant et prometteur, d'autant plus que David Dewaele est impeccable. Problème: le film dure 1h50, et une fois passée les 20 premières minutes, la suite...est exactement la même. On assiste à intervalle régulier à quelques scènes chocs mais sinon, c'est peu ou prou la même chose: les personnages marchent dans la nature filmés en courte focale (car la nature les domine, bla bla bla...), tuent occasionnellement le mal présent dans les villageois et se regardent sans un mot.
    Bon, déjà, c'est clairement austère. Je n'ai rien contre si ça sert un parti-pris intéressant. Ce que le film raconte ne l'est pas. A part me montrer une "héroine" fanatique et 2-3 prolos possédés par Satan, concrètement, il me raconte quoi Dumont ? Quel intérêt de transformer la dite héroine en Jésus bis (le combo marche sur l'eau + résurrection) ? C'est vraiment tout ce que ça raconte: il faut avoir la foi car le démon est partout dans la campagne ? Mon point de vue est cela dit peut-être biaisé et je suis tout à fait ouvert au débat quant au sens de l'oeuvre.
    Mais ça ne change rien à la répétitivité du film, qui raconte tous le temps la même chose et se perd dans des élans poseurs qui finissent par devenir insupportables. C'est littéralement 1h50 de personnages qui regardent la nature en silence, et à aucun moment Dumont ne m'y dit quelque chose de fondamentalement intéressant sur ses personnages ou la nature humaine. C'est vide, il n'y a pas d'atmosphère, pas de magie, il n'y a rien. Me raconter quelque chose par l'image et se passer de musique, je ne suis absolument pas contre; au contraire j'adore l'idée. Ici, c'est d'un forcé qui devient gênant et qui n'apporte rien. Même le jeu des acteurs (non-professionnels et ça se voit) confine au malaise: strictement personne n'articule et vas-y que je te prends un accent paillard pour qu'on comprenne que c'est des arriérés perdus dans la campagne profonde.
    Concrètement, j'ai trouvé ça assez nul. Je reconnais que la photographie est très belle et que la plupart des cadres font sens: Dumont fait de la mise en scène, et je ne le nie pas. Il a aussi une intention, mais qui ne tiendrait la route qu'en court-métrage.
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    Happy Birthdead (2017)

    Happy Death Day

    1 h 36 min. Sortie : . Épouvante-Horreur, thriller et comédie.

    Film de Christopher Landon avec Jessica Rothe, Israel Broussard, Ruby Modine

    7 Janvier

    L'archétype du slasher sans idées: c'est-à-dire sans aucune originalité, prévisible de bout en bout, rempli de décisions débiles, ni drôle, ni effrayant...bref, le genre de description qui ferait fuir n'importe qui. Alors, si on est très laxiste, c'est relativement divertissant (et l'actrice principale est mignonne). Mais sinon, c'est complètement naze de bout en bout. Rien ne surprend, tout a déjà été vu ailleurs, des rebondissements à la caractérisation des personnages. Si le film en était conscient et jouait avec, pourquoi pas, mais il n'y a aucune dimension méta. On atteint le summum de la bêtise à la fin avec la citation de "Un jour sans fin", comme si ça excusait le plagiat de sa progression (genre l'héroine qui devient une fille bien comme Bill Murray). Je me demande encore comment on peut produire des films pareils tant il n'y a rien de nouveau. Des trucs comme ça, on en a fait à la pelle et on en refera à la pelle. C'est sans intérêt. Poubelle.
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    Une jeunesse allemande (2015)

    Eine deutsche Jugend

    1 h 33 min. Sortie : . Historique.

    Documentaire de Jean-Gabriel Périot avec Harun Farocki, Philip Werner Sauber, Holger Meins

    11 Janvier

    Curieux film, qui peut se targuer d'avoir une cohérence esthétique unique et réfléchie. Le tout n'en reste malheureusement pas moins très lourd à digérer. Le fait que le réalisateur confronte sans prendre parti plusieurs points de vues est un aspect positif, nous invitant parfois à réfléchir sur les légitimités de chacune. Reste que la première heure est trop indigeste; le montage ne se pose jamais et alterne sans cesse entre différentes archives sans que l'on comprenne tout ce qu'on voit et surtout que l'on soit concerné un minimum par ce qui nous est montré. Le parcours de la fraction armée Rouge est fascinant, mais j'ai regardé le tout d'un air bien trop détaché pour être vraiment pris dedans.
    En résulte une oeuvre très froide, qui impressionne par sa densité et ses expérimentations formelles, mais qui échoue à convoquer ne serait-ce qu'une émotion. En refusant tout pédagogisme et prise de position, Périot fait un choix audacieux mais qui a les défauts de ses qualités.
  • Bande-annonce

    Two Lovers (2009)

    1 h 50 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de James Gray avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw

    11 Janvier

    Chaque film que je vois de James Gray m'impressionne, et "Two Lovers" est loin d'échapper à la règle. C'est d'autant plus épatant que Gray part à chaque fois d'un postulat on ne peut plus classique qui, a priori, n'a rien de très excitant. Mais le soin qu'il accorde à ses personnages et à sa mise en scène qui fait toujours sens donne à l'oeuvre un cachet exemplaire. Joaquin Phoenix est comme à son habitude épatant, et Gwyneth Paltrow est agréablement surprenante, sortant son épingle du jeu dans une des histoires d'amour les plus barges et plus intenses que j'ai vu. Rien n'est laissé au hasard, tout fait sens dans la progression du personnage. Gray est d'une rigueur presque mathématique, qui pourrait faire peur si il n'en oubliait pas l'essentiel: l'émotion. Les personnages sonnent vrais, on croit à leurs aspirations et leurs états d'âmes. Gray arrive même à donner des relents de thriller lors de certaines scènes formellement superbes (dont le renvoi à Hitchcock est évident), ainsi qu'une ampleur tragique bouleversante. On comprend très vite où le film se dirige, la fin étant inévitable mais pas moins profondément triste. Leonard se sera battu contre son destin non sans panache.
    Et tout ça juste avec un triangle amoureux ?! Chapeau bas, Mr Gray.
  • Bande-annonce

    La Forme de l'eau (2018)

    The Shape of Water

    2 h 03 min. Sortie : . Drame, fantastique et romance.

    Film de Guillermo del Toro avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins

    Séances de cinéma (1 salle)
    13 Janvier

    Une très jolie surprise, d'autant plus surprenante que le film ne m'inspirait pas tellement. Evacuons la question de la mise en scène pure qui est sans surprise d'une maitrise à faire pâlir beaucoup; la photo est aussi très belle, la direction artistique toujours aussi propre et l'univers enchanteur à souhait. Bref, du Del Toro pur jus (et je dis ça en n'étant pas forcément fan du monsieur). C'est l'amour que Del toro porte à son histoire et à ses personnages qui m'a définitivement acquis à sa cause. Tous ont une personnalité bien définie qui ne laisse pas indifférent et qui donne au récit une dynamique indéniable. Si il n'y avait pas un tel soin dans leur écriture, l'oeuvre aurait sûrement été bien plus convenue. Sally Hawkins et son comparse Richard Jenkins portent le film; leur interprétation est touchante et l'empathie se crée rapidement. J'ai aussi apprécié le personnage de Michael Shannon, certes totalement grossier et manichéen, mais dont la menace qu'il incarne plane efficacement le long du récit (une belle épée de Damoclès, en somme). A vrai dire, l'écriture n'est pas forcément très fine; la limite entre le bien et le mal est clairement définie, avec en prime des antagonistes qui jurent comme des charretiers et ont à peu près tous les défauts du monde. Mais le contraste avec l'histoire d'amour qui est véritablement touchante n'en est que plus percutant.
    Ce dernier Del Toro prend en fait la forme d'un conte; une sorte de comédie macabre à l'impact d'autant plus efficace qu'il est très actuel. Je peux comprendre que ça fasse gueuler, mais en l'état, le film m'a très touché. C'était formellement impeccable, très prenant et d'une sincérité comme on en voit rarement. Après la déception du "Labyrinthe de Pan", me voilà réconcilié avec Del Toro. Et c'est bien le principal.
  • Baby Boy Frankie (1961)

    Blast of Silence

    1 h 17 min. Sortie : mars 1961. Film noir.

    Film de Allen Baron avec Allen Baron, Molly McCarthy, Larry Tucker

    17 Janvier

    Un film noir oublié mais dont l'influence est palpable, notamment sur Scorsese et "Taxi Driver". Et ce n'est pas pour rien tant l'oeuvre est d'une efficacité encore aujourd'hui indéniable. Du jeu parfait de Allen Baron (archétype du hard boiled) à la mise en scène pleine d'idées visuelles, le film s'amuse à rejouer les codes du film noir tout en y incorporant des éléments qui apportent plus d'ambiguité au récit. La place de la voix-off est intéressante, suggérant une schizophrénie du personnage principal et apportant une dynamique particulière à la narration. Même son rapport aux femmes et aux autres est original, transformant une simple traque en une quête désespérée d'épanouissement ainsi qu'en une lutte contre le destin. La réponse apportée par le réalisateur à tous ces questionnements a beau être prévisible, elle ne manque pas de force: le final est ainsi d'une logique glaçante et implacable.
    Un très beau film qui mériterait d'être redécouvert.
  • Bande-annonce

    The Immigrant (2014)

    2 h. Sortie : . Drame, romance et thriller.

    Film de James Gray avec Marion Cotillard, Joaquin Phoenix, Jeremy Renner

    19 Janvier

    Je ne sais même pas quoi dire tant je suis subjugué. La pudeur du jeu de Cotillard, l'intensité de celui de Phoenix, la beauté permanente de la photo de Kondji, l'habileté du scénario qui retourne constamment nos aprioris sur les personnages; le tout mis en scène par un James Gray toujours aussi inspiré, qui sait ce qu'il fait et quand il doit le faire...c'est juste du grand art. A vrai dire, je suis totalement en désaccord avec la plupart des notes du film et j'en suis le premier étonné. C'est donc ce film, la fameuse "sortie de route" de James Gray ? J'en voudrais plus souvent, des comme ça.
    Alors, il est vrai que le film devient un peu excessif dans sa dernière demi-heure, contrastant avec la relative sobriété qui la précédait. Mais rien de préjudiciable, tout se tient, et surtout, ça touche. Gray a co-écrit un pur mélodrame qui bouleverse, triangle amoureux aussi improbable que "Two Lovers" (et donc tout aussi intéressant) sous fond de recherche de rêve américain. J'ai entendu dire que le film avait été massacré par Weinstein; j'avoue ne pas l'avoir ressenti, les ellipses se tenaient et le film ne manque de rien. Cela dit, il y aurait bien eu une heure de plus que ça ne m'aurait pas dérangé tant je ne me suis pas fait chier une seule seconde.
    "The immigrant" prouve non seulement que Phoenix est un des plus grands acteurs de sa génération, mais aussi que Gray est l'un des plus solides metteurs en scène à l'heure actuelle. C'est une oeuvre aussi ambitieuse que touchante, loin de faire tâche dans une très belle filmo. Bien au contraire.
  • Bande-annonce

    Les Dix Commandements (1956)

    The Ten Commandments

    3 h 40 min. Sortie : . Aventure, drame et péplum.

    Film de Cecil B. DeMille avec Charlton Heston, Yul Brynner, Anne Baxter

    20 Janvier

    Un film imposant à l'ambition encore aujourd'hui monstrueuse. Cecil B. DeMille réalise l'archétype du péplum monumental, avec ses nombreux figurants et ses décors hallucinants construits en dur. Forcément, ça me parle. Le tout fonctionne encore, malgré des effets spéciaux qui ont évidemment vieillis (mais je n'en tiens pas du tout rigueur). Charlton Heston était fait pour ce genre de rôle, tout comme Yul Brynner, assez épatant. Je ne suis jamais fait chier: j'ai un rapport assez particulier avec l'histoire de Moise vu que j'ai grandi avec en me matant "Le prince d'Egypte" je ne sais combien de fois. Les 3h40 sont de fait passées assez vite, ce qui est toujours une sacrée qualité pour une durée pareille.
    Assez étrangement, la première partie (qui est très romancée) est la plus intéressante. La deuxième souffre à mon goût d'un traitement beaucoup trop fidèle et premier degré, se contentant de reproduire la surface du récit sans chercher à ajouter de la complexité et une âme à ses personnages. L'opposition Moise-Ramsès devient ainsi un peu plus fade, et le personnage de Moise n'est juste qu'un illuminé qui représente Dieu. Là où son évolution était intéressante dans la première partie, il devient une page blanche qui jamais ne remet en cause les actions de son dieu où n'a d'empathie pour Ramsès et les égyptiens. C'est pourtant ce qui rend le personnage et ses actions intéressantes dans "Le prince d'Egypte" et "Exodus", car il est creusé et fait face à des dilemmes importants. Ici, non et c'est un peu dommage. L'oeuvre est un peu trop orientée pour vraiment convaincre (confère la présentation de Cecil B. DeMille au début du film).
    Reste que le film a de très bonnes choses: ça suinte l'épique, de l'interprétation très pompeuse des acteurs (dans le bon sens du terme) à la partition majestueuse de Elmer Bernstein. Plus globalement, le film est très bien dialogué, et son écriture devrait encore servir d'exemple pour de nombreux péplums aujourd'hui (si il y en a qui daignent encore en faire).
    Le besoin de réactualiser l'oeuvre me semble criant lors de son visionnage (ce que Dreamworks et Ridley Scott feront brillamment), mais le film n'en reste pas moins incroyable. "Les Dix Commandements" est assurément un indispensable en matière de péplum, et je suis heureux de l'avoir vu.
  • Bande-annonce

    Showgirls (1995)

    2 h 08 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Paul Verhoeven avec Elizabeth Berkley, Kyle MacLachlan, Gina Gershon

    22 Janvier

    Une grosse mandale dans la gueule. Encore une fois, je ne m'y attendais pas. En fait, j'étais curieux de voir ce qui pouvait permettre une réhabilitation de ce film aux yeux de certaines critiques, et surtout, pourquoi il s'est tant fait éclater à sa sortie.
    La réponse est toute simple: Verhoeven opte pour une approche frontale. Le réalisateur n'en a rien à foutre et ne se pose aucune limite, exactement comme le milieu qu'il filme. Alors oui, c'est vulgaire, ça baise, ça jure, c'est clinquant, superficiel et malsain. Et c'est EXACTEMENT ce qui donne de la force au film. Jamais on n'avait mieux représenté toute la fausse splendeur et la décadence d'un tel milieu. C'est ce qui rend le film complètement dingue à mes yeux: j'y ai cru à chaque moment. Et dès que je crois au milieu où doivent survivre les personnages, le film a déjà tout gagné. Car c'est bien de survie dont on parle, où tous les coups sont permis pour gagner la vedette. Personne n'est assez con pour croire le contraire, et Verhoeven nous le jette à la gueule avec force. Au fond, je ne vois pas tellement ce que ce film a de différent qu'un "Starship Troopers": la note d'intention est peu ou prou la même, et Verhoeven s'amuse avec ses personnages superficiels pour mieux nous en dégoûter. On ne pouvait pas faire plus efficace.
    Et qu'on ne me dise pas qu'il n'y a pas de cinéma là-dedans, tout est au contraire ultra carré et réfléchi, de la photo à la mise en scène complètement hallucinatoire. Même les acteurs sont parfaits dans leur rôle, notamment Elisabeth Berkley qui donne à peu près tout (j'ai rarement vu ça). Sans aucune arrière-pensée (croyez-le ou non), je pense que les scènes de cul et de striptease sont les meilleures du film: le corps devient littéralement une arme et un instrument de domination, c'est hallucinant.
    Je trouve ça assez intéressant que le film divise à ce point, la paire de couilles de Verhoeven n'aura pas plu à tous le monde. On aura pourtant rarement fait une critique aussi forte de l'Amérique et ses dérives; le tout avec un culot et une maitrise presque arrogante. Tout, de l'approche formelle à l'écriture des personnages, fait sens. Même si je prenais le film au second degré, je lui accorderais bien des qualités qui en font une sacrée expérience sensorielle.
    "Showgirls" est un film aussi stupéfiant que démesuré. Le chef d'oeuvre de Verhoeven ? Peut-être bien pour ma part, et je l'assume totalement.
  • Bande-annonce

    120 battements par minute (2017)

    2 h 23 min. Sortie : . Drame.

    Film de Robin Campillo avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel

    24 Janvier

    C'est dommage, le film commence si bien pour finir par se perdre. J'ai beaucoup apprécié la première heure: Campillo montre avec beaucoup d'humanité et de rigueur le combat de ses personnages. Difficile de rester indifférent à leur sort: le film attire facilement l'empathie, sans trop en faire et en évitant le misérabilisme. Le tout fonctionne d'autant plus que les acteurs ont quelque chose de très sincère et spontané, et donc immédiatement plus touchant. Les débats sont probablement les meilleurs passages, témoignant d'une situation complexe et de bien différentes façons d'affronter ce que les personnages vivent.
    La deuxième heure se perd en revanche dans une histoire d'amour des plus oubliables: la fin est courue d'avance, et même si les acteurs donnent tout, ça ne change pas grand chose à la relative indifférence provoquée. Pire encore, Campillo en fait trop en se concentrant sur la lente agonie d'un des personnages principaux, ce qui est d'autant plus dispensable qu'on avait parfaitement compris l'enjeu et l'horreur de la situation de façon bien plus subtile. De fait, la fin ne m'a pas plus bouleversé que ça: en s'étirant trop, le film a fini par perdre de sa force alors qu'il aurait pu au moins être aussi marquant qu'un "Philadelphia" ou un "Dallas Buyers Club" (deux films qui m'ont bien plus convaincus). Cela reste loin d'être mauvais, c'est juste inégal.
  • Bande-annonce

    Little Odessa (1994)

    1 h 38 min. Sortie : . Policier et drame.

    Film de James Gray avec Tim Roth, Edward Furlong, Moira Kelly

    28 Janvier

    Une première oeuvre assez solide. Comme tout bon premier film qui se respecte, on retrouve la plupart des thèmes de la filmo de Gray comme le poids de l'héritage familial ou de la fatalité (j'ai beaucoup pensé à "Two Lovers"). Si il y avait encore besoin de le prouver, Tim Roth est comme toujours assez génial: sa composition de hard boiled au grand coeur est aussi classique qu'efficace. La relation de son personnage avec les membres de sa famille fait tout le sel du film. Gray évite d'ailleurs la caricature ou le manichéisme en fouillant un minimum chaque personnage: même le père, capable de battre ses propres enfants, a un aspect humain qui le rend immédiatement plus complexe. La bande-son aux allures opératiques donne un aspect tragique qui fonctionne totalement (et qui sera d'ailleurs repris dans "The Yards" et "La nuit nous appartient").
    Tout n'est pas parfait. Comme souvent chez les premiers films, il y a des maladresses évidentes. Le film se perd parfois dans une austérité peu nécessaire: il n'y a quasiment aucune musique et certains passages silencieux sont plus inutilement lents qu'autre chose. De plus, il manque indéniablement quelque chose aux personnages pour que la fin soit vraiment terrassante.
    Mais rien de très grave, le film fonctionne suffisamment bien. "Little Odessa" reste le jalon prometteur d'une superbe filmo; un film d'autant plus intéressant si on est fan de Gray.
  • Jackass, le film (2002)

    Jackass : The Movie

    1 h 27 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Jeff Tremaine avec Johnny Knoxville, Bam Margera, Steve-O

    3 Février

    En général, un film dit "extrême" a toujours quelque chose à raconter. Ou en tout cas, essaye de raconter quelque chose. Là est où tout le problème de "Jackass": c'est un film extrême, mais qui ne raconte rien et n'a rien à nous dire sur la société ou sur une jeunesse prête à tout pour se faire remarquer (et dieu sait que ce serait foutrement pertinent !).
    A la place, on a un déballage de conneries la plupart du temps assez dérangeantes et sans aucun autre intérêt que "lol c'est drôle, ils font des trucs de fou". C'est parfois assez ahurissant tant on atteint des sommets de conneries, les mecs vont beaucoup TROP loin sans aucune justification. Je suis désolé, mais un mec qui pisse sur un cornet pour ensuite le bouffer et gerber partout, je ne trouve pas ça spécialement drôle. C'est l'archétype-même de l'oeuvre obscène, une pornographie de la violence et de la débilité qui se vautre dans un traitement plus malaisant qu'autre chose. Faut voir la réaction des mecs à chaque fois que l'un d'eux prend cher, ils sont à chaque fois morts de rire: la violence n'y a plus aucune gravité, elle devient un objet de défi et d'amusement. Et quoi qu'on en dise, je trouve ça assez gênant, surtout que le dispositif de la caméra caché ancre encore plus l'oeuvre dans le réel.
    Allez, je reconnais que 2-3 sketchs un peu plus gentillets (comprendre: sans mise en danger et sans éléments à tendance scato) m'ont fait rire, mais ça ne va pas plus loin. C'est bien peu pour une "comédie".
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    Pentagon Papers (2018)

    The Post

    1 h 56 min. Sortie : . Biopic, drame, historique et thriller.

    Film de Steven Spielberg avec Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson

    3 Février

    Encore et toujours, Spielberg montre qu'il est le patron, tellement qu'il me parait légitime de se demander qui d'autre que lui pouvait rendre une telle histoire aussi palpitante. Les talents de conteur de Spielberg ne sont ainsi plus à prouver, mais le réalisateur réussit encore à impressionner au bout de plus de 30 films. Lui et son génial chef-op Janusz Kaminski optent pour une approche formelle étonnement similaire à celle du "Soldat Ryan", avec une mise en scène constamment en mouvement qui traduit l'urgence de la situation. Ce n'est évidemment pas que ça, et il y a comme toujours chez Spielberg beaucoup trop de choses à dire sur la réalisation. C'est un film très (bien) dialogué, mais chaque cadre et chaque mouvement de caméra suffit à raconter quelque chose: la rigueur de la mise en scène construit peu à peu une situation et une tension qui fonctionne très bien. Le passage charnière de la conversation téléphonique est ainsi un véritable tour de force tant Spielberg maitrise autant la technique (ce zoom sur Meryl Streep...) que l'émotion provoquée.
    Toujours aussi entouré par une équipe de cadors qui le connaissent mieux que personne (le travail de Kaminski et Williams est impeccable), "Pentagon Papers" est un film d'une maitrise presque trop facile. Mais ce serait oublier la pertinence de son propos et son actualité; ce serait oublier les performances étonnantes et presque à contre-emploi de Tom Hanks et Meryl Streep. Puis ce serait surtout oublier l'incroyable suspense créé autour d'une simple histoire de publication, faisant de "Pentagon Papers" un film qui n'a pas grand chose à envier par rapport à d'autres thrillers. Je pourrais reprocher au film certaines scènes avec Meryl Streep qui tirent un peu trop en longueur et qui s'embourbent dans un certain sentimentalisme; mais ce sont des écueils bien superflus par rapport à cet énième démonstration de talent, montrant que Spielberg manie avec une aisance rare l'équilibre entre le divertissement et la profondeur d'un projet.
    Et dire que "Ready Player One" sort dans 2 mois... :(
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    Bloody Sunday (2002)

    1 h 47 min. Sortie : . Drame.

    Film de Paul Greengrass avec James Nesbitt, Allan Gildea, Gérard Crossan

    3 Février

    Tétanisant et sans effets de manche: voilà ce qui pourrait résumer le cinéma de Paul Greengrass, réalisateur pour lequel j'ai une immense admiration et dont ce "Bloody Sunday" s'affirme comme la spectaculaire note d'intention. Comme toujours avec Greengrass, le tout est d'une justesse incroyable et évite (plus ou moins) le manichéisme, rendant l'oeuvre encore plus terrifiante car ancrée dans un réel palpable. C'est assez épatant de voir que le sens de l'image qui fera la réussite du metteur en scène dans le reste de sa carrière est déjà présent dans le film: rarement on aura filmé avec autant de force le chaos et l'horreur total. Greengrass sait ce qu'il montre et comment le montrer, ne sombrant jamais dans une obscénité qui pourrait lui faire tort mais en se concentrant au contraire sur l'humain. Car "Bloody Sunday" est un film sur différents camps qui s'affrontent mais qui, surtout, ne se comprennent pas et ne peuvent communiquer. Les barrières, blindés et autres fondus au noir qui jalonnent constamment le film (faut le temps de s'y habituer) n'en sont que plus logiques et deviennent les instruments d'une triste constatation.
    Le film n'en devient que plus terrassant: on est soufflé par l'horreur et l'injustice de la situation. La prestation crédible du casting ne fait que renforcer son efficacité, notamment l'interprétation de James Nesbitt qui est plutôt impressionnante.
    Le film a un côté assez sec qui peut surprendre, notamment dans sa conclusion. Mais son aspect d'oeuvre coup de poing n'en est que plus affirmé. Et Greengrass de signer un premier essai aussi marquant que prometteur.
  • Bande-annonce

    Elephant (2003)

    1 h 21 min. Sortie : . Policier, drame et thriller.

    Film de Gus Van Sant avec Alex Frost, Eric Deulen, John Robinson

    10 Février

    "Elephant" n'est certainement pas un film qui cherche à plaire, et c'est peut-être ce qui fait toute sa force. Evitant tout didactisme et psychologie de comptoir, Van Sant appuie sur la gratuité pure de l'horreur auquel on assiste. Sans aucun jugement ou condescendance, il nous montre une journée tout ce qu'il y a de plus banale et réussit à en capter l'atmosphère non sans brio. Tout passe par la mise en scène et la direction d'acteur: on comprend vite que quelque chose ne va pas et risque d'exploser. En résulte une impression paradoxale: excepté les 10 dernières minutes, il ne se passe pour ainsi dire pas grand chose, mais l'ambiance est continuellement glaçante. Par un jeu habile sur la temporalité et les placements de caméra, Van Sant réussit à nous faire comprendre le parcours de chaque personnage sans qu'on ait besoin d'en dire plus.
    La fin est totalement stupéfiante, filmant la violence de l'acte avec une justesse rare . On finit le film tétanisé (cette dernière scène...), cherchant à comprendre comment on a bien pu en arriver là. Mais tout était là devant nous: pendant 1h20, Van Sant nous montre la solitude profonde de chaque lycéen et leur rapport ambivalent aux autres. L'austérité et la lenteur du film n'en sont que plus légitimes, préparant lentement mais surement une explosion de violence aussi inévitable qu'incompréhensible.
    Une œuvre indéniablement marquante.
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    The Master (2012)

    2 h 18 min. Sortie : . Drame.

    Film de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams

    16 Février

    Paul Thomas Anderson le nouveau Stanley Kubrick ?
    Je l'avoue, le film est plutôt difficile à digérer tant il est dense et maitrisé. C'est un sacré morceau de cinéma, montrant à quel point Anderson est un perfectionniste qui sait entièrement ce qu'il fait. La mise en scène est ainsi d'une maitrise assez hallucinante. Certaines scènes comme le premier interrogatoire confinent au tour de force, qui ne serait rien, il est vrai, sans l'interprétation de Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman. On est clairement dans le cabotinage de haute catégorie pour chacun des personnages, mais un cabotinage qui trouve toute sa justification et offre un duel aussi complexe que fascinant. Car fascinant, le film l'est. Difficile à appréhender et à comprendre aussi. Ce n'est clairement pas une œuvre qui nous prend par la main, explorant la folie mentale et les relations de domination avec un brio et une originalité qui confinent au génie. L'évolution de Freddy (qui n'en est finalement pas une) est le fil conducteur qui permet au film d'être dans une virtuosité constante: parfois cruel, parfois plus doux, parfois totalement stupide...on ne sait jamais sur quel pied danser avec le personnage; son rapport aux autres n'en est que plus imprévisible et ambivalent, nous faisant se poser une question aussi simple que fondamentale: qui est le maitre dans cette histoire ?
    Plusieurs réponses sont possibles, toutes porteuses de sens. La richesse du propos, qui s'ajoute à l'ambiance aussi étrange que magnétique, à la virtuosité formelle, à l'incroyable photographie (ce jeu sur les clair-obscurs !), au casting complètement dingue et à tant d'autres choses, font de "The Master" une œuvre aussi marquante que surprenante. Et ça fait toujours du bien d'être surpris de la sorte, Anderson ne se pose aucune limite de bienséance pour raconter son histoire comme il faut et C'EST BON. A ne pas mettre devant tous le monde cela dit.
  • Bande-annonce

    Coco (2017)

    1 h 49 min. Sortie : . Animation, aventure, comédie, fantastique et comédie musicale.

    Long-métrage d'animation de Lee Unkrich et Adrian Molina avec Anthony Gonzalez, Gael García Bernal, Benjamin Bratt

    17 Février

    "Coco" est un film aussi maladroit qu'attachant, sauvé par sa sincérité, sa créativité et son positivisme qui font extrêmement du bien. Je pense que la beauté visuelle n'est pas à prouver, c'est foisonnant de couleurs et de détails et on entre dans un monde qu'on a envie de parcourir. Il y a une volonté de raconter une belle histoire, et elle est plus que louable. Malheureusement, c'est peut-être là que le bas blesse car les rebondissements, si ils partent d'une bonne intention, sont plus lourdingues qu'autre chose. Ou plutôt, c'est la façon dont les personnages nous révèlent ce qu'on ne savait pas qui fonctionne peu; les dialogues sont surexplicatifs, prévisibles et loin d'être naturels. Sans compter que le film sombre parfois dans une naiveté un peu lourde auquel je ne suis peut-être plus habitué...bref, ça m'a un peu gâché la fête. Mais ça serait de mauvaise foi que de dire que je n'y ai pas pris de plaisir, bien au contraire. La fin avec Mama Coco est très belle (même si elle n'a pas de sens en tant que tel vu que Miguel se souvient de Hector...donc tout devrait être réglé), la plupart des personnages sont attachants et la musique de Giacchino accompagne admirablement cette aventure survoltée. Donc oui, c'est largement recommandable. Ce n'est pas le meilleur Pixar mais c'est déjà bien plus intéressant que "Monstres Academy" ou "Le monde de Dory". Très sympathique, quoi.
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    Black Panther (2018)

    2 h 14 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de Ryan Coogler avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong'o

    18 Février

    Un film du MCU avec de vrais morceaux de mise en scène, un méchant convaincant et une musique qui marque ? Comme quoi, tout arrive ! Blague à part, j'apprécie beaucoup le MCU, mais c'est pas dans ces éléments-là qu'il arrivait à se démarquer.
    Evidemment, tout n'est pas parfait: on note des facilités scénaristiques et un peu trop de CGI ratés. Mais sinon, quel pied ! Coogler prend soin de non seulement nous immerger dans le Wakanda mais aussi de nous faire rencontrer toute une galerie de personnages charismatiques, avec leurs faiblesses et leur tragédies passées. C'est un film qui a de vrais enjeux, de vrais personnages, une vraie progression et un vrai héroisme. En bref, c'est un vrai bon film de super-héros, capable d'explorer les limites de son protagoniste pour mieux questionner son statut et ce qu'il représente. Je suis vraiment agréablement surpris par le méchant; son histoire est tragique et lui donne une légitimité ainsi qu'une épaisseur assez remarquable. Sans compter que Michael B Jordan est plutôt charismatique dans le rôle, ça fait du bien. Tous le casting s'en sort bien plus généralement (Chadwick Boseman est d'une classe impériale), et c'est un régal de les voir interagir dans des scènes d'actions aussi créatives que bien filmées. Même la musique de Ludwig Goransson est très bonne, jouant sur tous les registres avec efficacité.
    Pas besoin d'en dire vraiment plus: le film est un excellent divertissement qui ne prend jamais son spectateur pour un imbécile et l'invite à un voyage dépaysant avec des personnages auquel on s'attache. Meilleur film du MCU ? Je préfère "Captain America: Civil War" mais on est clairement dans le haut du panier. "Avengers: Infinity War" s'annonce aussi prometteur que casse-gueule; j'ai quoi qu'il en soit hâte de voir ça.
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    Le Crime de l'Orient-Express (2017)

    Murder on the Orient Express

    1 h 54 min. Sortie : . Policier et drame.

    Film de Kenneth Branagh avec Kenneth Branagh, Johnny Depp, Michelle Pfeiffer

    20 Février

    Une bonne surprise. On est clairement dans l'archétype du divertissement du Samedi soir (ou du Dimanche, ça dépend de votre préférence). Mais ça marche bien. Le film est honnête, fait avec soin et me semble plutôt correctement adapté. Moi qui pensait Branagh comme un faiseur inoffensif et sans idées, je me suis surpris à voir plusieurs tentatives de mise en scène qui sont intéressantes. Alors, ça vaut ce que ça vaut et c'est parfois un peu tape à l'œil (notamment certains plans-séquences qui ne se justifient pas tellement). Mais le tout arrive à se maintenir dans une cohérence formelle qui se tient, arrivant à rendre dynamique et intéressante une histoire qui, a priori, n'a pas grand chose de cinématographique. On échappe pas aux innombrables explications verbales mais on se prête au jeu sans soucis du fait de l'aspect "Whodunit" de l'histoire. Branagh est d'une classe intégrale et le reste du casting, si il a tendance à être sous-exploité (redonnez un bon rôle à Willem Dafoe !), lui rend plutôt bien la réplique. Même la musique de son compère Patrick Doyle est soignée.
    C'est certainement pas un film qui révolutionne grand chose, et il n'en a probablement pas l'intention, mais le tout est aussi plaisant qu'efficace. Je suis presque chaud pour "Mort sur le Nil". Comme quoi.
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    Magnolia (1999)

    3 h. Sortie : . Drame.

    Film de Paul Thomas Anderson avec Tom Cruise, Julianne Moore, William H. Macy

    24 Février

    Encore une fois, PTA ne me facilite pas la tâche tant son film est imposant. Il est plutôt amusant de voir l'évolution de son cinéma; quand on voit "Magnolia" et "Boogie Nights", puis qu'on compare avec "There Will Be Blood" et "The master", le contraste est impressionnant, comme si ce n'était pas le même homme derrière ces films. Ainsi, à l'instar de "Boogie Nights", "Magnolia" est une œuvre formellement excessive. Ce n'est clairement pas ici qu'il faudra chercher de la sobriété, le film est dans une sorte d'hystérie continue. Mais quelle hystérie ! Les acteurs et la musique ne s'arrêtent jamais, mais PTA savant décidément bien s'entourer, le tout est fait avec une classe mémorable. On est clairement dans du cinéma de performance, chacun semblant se démener pour faire du film un roller-coaster émotionnel implacable. Et ça marche. Que dire de plus sur Tom Cruise qui prouve décidément que si il ne s'enfermait pas dans le cinéma d'action, il pourrait faire d'autres choses tellement magnifiques ? Cruise est celui qui m'a le plus marqué (il faut dire qu'il a un rôle en or), mais le reste du casting est loin d'être en reste. La maitrise du montage est, à peu de choses près, absolument parfaite, de même que la mise en scène qui reste d'une cohérence et d'une rigueur à toute épreuve. Pour faire clair, le film est carré et entièrement maitrisé. L'exercice de style est réussi. Mais là où "Magnolia" l'emporte, c'est justement parce qu'il dépasse cet exercice pour arriver à faire vivre ses personnages. Au delà de la sidération provoquée par le travail monumental fourni, le film vit. L'œuvre est pleine d'émotions, et on est constamment touchés par ce que traversent les personnages. Peu importe que le tout soit tiré par les cheveux, "Magnolia" arrive à avoir une résonnance profonde en touchant à des thèmes universels. Le film semble se finir sur une note d'espoir qui confère à l'œuvre une touche savoureuse. Le film est aussi beau et sincère qu'il est dur et alambiqué. En somme, "Magnolia" est un film ambivalent, mais il est surtout un film fascinant.
    Une grande et belle œuvre, et une démonstration de plus du talent de son réalisateur qui est désormais indéniable.
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    Au revoir là-haut (2017)

    1 h 55 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Albert Dupontel avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafitte

    3 Mars

    Très honnête, et d'autant plus honorable qu'on a là affaire à une tentative d'œuvre populaire qui ne chie pas sur son public. Dupontel ne fait pas dans l'épate mais a au contraire toujours quelque chose à raconter avec sa mise en scène. C'est parfois virtuose, certes, mais jamais gratuit et très inspiré (la bataille de début est un vrai régal). Pour la faire courte, le film est dans l'ensemble très propre: c'est agréablement raconté, très bien joué (Laurent Lafitte est impeccable en salopard), beau visuellement...bref, c'est une œuvre très divertissante et attachante qui montre que Dupontel est un cinéaste indéniablement talentueux. Je suis peut-être un peu déçu par l'histoire qui part un peu trop dans tous les sens; si ça occasionne quelques morceaux de bravoures, ça amoindrit aussi la portée émotionnelle du récit qui est moins touchant que je ne l'espérais. Même l'arnaque qu'on nous vend n'est finalement pas très haletante, ce qui fait qu'on a l'impression qu'il manque quelque chose pour que le film s'élève et marque véritablement. Mais c'est plus une petite frustration qu'une déception, car en l'état, j'ai beaucoup apprécié le film et j'en garderais de bons souvenirs. C'est d'autant plus recommandable quand on voit que certains films soi-disant populaires comme "Raid dingue" gagnent le césar du public (mais c'est un autre sujet). Non; voilà un vrai bon film populaire, qui raconte quelque chose tout en étant accessible. C'est ça qu'on veut plus, et c'est pourquoi je trouve "Au revoir là-haut" très attachant.
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    3 Billboards, les panneaux de la vengeance (2018)

    Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

    1 h 56 min. Sortie : . Comédie, policier et drame.

    Film de Martin McDonagh avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell

    4 Mars

    J'avoue, je suis plutôt impressionné. C'est vraiment une œuvre qui vit et qui s'émancipe des carcans narratifs très écrits; c'est à la fois profondément drôle, touchant et cynique. On va pas se mentir, l'approche de McDonagh fait beaucoup penser à celle des frères Coen. Si on y ajoute Frances McDormand et Carter Burwell à la musique, on a là un film à l'identité singulière, très "coenien" mais en même temps suffisamment original pour s'émanciper de cette influence. Ce qui est vraiment touchant dans ce film, c'est l'humanité de ses personnages. McDonagh ne les traite jamais avec mépris mais leur offre au contraire une vraie complexité et une vraie évolution. D'où une impression étrange; le film a beau être très trouble moralement (ce qui est tout-à-fait volontaire), on le finit presque comme on finit un feel-good movie, satisfait de l'évolution des protagonistes. La mise en scène sait se faire sobre, sans fioritures, avec 2-3 fulgurances formelles qui font sens (comme un bref plan-séquence complètement dingue qui mène à un tournant dans le récit). Mais surtout, le film doit à son écriture absolument impeccable (McDonagh a du talent et ça se voit) ainsi qu'à son casting plutôt impérial. Mc Dormand est remarquable de charisme et de dignité, tandis que Sam Rockwell passe d'un personnage pathétique et effrayant à un homme aussi touchant qu'attachant. Pas grand chose à rajouter de plus, c'est un film qui brille par sa maitrise mais qui, en même temps, arrive à se démarquer par une humanité et une sensibilité qui sonnent très vrais. Un magnifique cru pour ce début d'année.
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    Jodorowsky's Dune (2013)

    1 h 30 min. Sortie : . Science-fiction.

    Documentaire de Frank Pavich avec Alejandro Jodorowsky, Amanda Lear, Brontis Jodorowsky

    6 Mars

    Est-ce que le film de Jodorowsky aurait été un chef d'œuvre ? Je n'en suis pas si sur, ça m'a l'air aussi spécial que bordélique. Mais dans tous les cas, le film aurait été si impressionnant qu'il aurait eu de l'intérêt. Dans tous les cas, ses visions auraient été si puissantes que le monde du cinéma en aurait probablement été changé. C'est donc un crève-coeur de voir que le film ne s'est jamais fait, d'autant plus que la passion de Jodorowsky est magnifiquement inspirante. A plus de 80 ans, le réalisateur fait preuve d'une fougue et d'une sincérité absolument admirable. A la fin, on a envie autant que lui que cette œuvre voit le jour. Volontairement ou non, "Jodorowsky's Dune" traite finalement de thèmes universels que sont l'accomplissement de ses rêves et l'accomplissement d'une vie. Le film est aussi frustrant qu'inspirant, laissant à réfléchir sur l'état du cinéma si Dune avait vu le jour...est-ce qu'on aurait eu droit à "Star Wars" ? A "Alien" ? A "Blade Runner" ? On en vient presque à se demander si, finalement, ce n'est pas mieux que ce film n'ait jamais vu le jour...
    En tout cas, le documentaire se suit très bien. C'est bien rythmé, les interventions sont toujours pertinentes, l'évolution est bien gérée jusqu'à la désillusion finale...et en prime, Frank Pavich anime les quelques storyboards visionnaires de Jodorowsky et Moebius, pour un résultat on ne peut plus impressionnant. Le plan-séquence de début...juste woaw, quoi. C'est d'ailleurs amusant, j'ai pensé directement au plan-séquence du "Contact" de Zemeckis, et Jodorowsky aussi manifestement, vu que "Contact" est cité vers la fin du documentaire.
    Quoi qu'il en soit, on reste très attristé par les refus qu'a essuyé Jodorowsky, frustré par la frilosité des studios. Et au fond, pas grand chose n'a vraiment changé de ce côté-là à Hollywood. Rien que pour ça, c'est un documentaire à conseiller.

    (Il faut vraiment que Refn adapte "L'Incal")
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    Annihilation (2018)

    1 h 55 min. Sortie : . Épouvante-Horreur, drame, science-fiction et thriller.

    Film de Alex Garland avec Natalie Portman, Tessa Thompson, Jennifer Jason Leigh

    13 Mars

    C'est pas mal du tout. J'apprécie assez Alex Garland (surtout son travail sur "28 jours plus tard" et "Sunshine"), et on reconnaît ici parfaitement son style sans vraiment le définir, ce qui est amusant. En l'état, j'ai trouvé le scénario très solide. A part deux-trois dialogues maladroits, le film évite la surexplication maladive et laisse ses images parler. Et quels images ! La mise en scène de Garland est très agréable, aidée par une photographie atypique et des idées visuelles tout simplement renversantes (comme les plantes qui ont forme humaine, menant à des tableaux aussi sublimes que dérangeants). Le film n'en fait jamais trop (ou presque), et se permet même des morceaux de bravoures comme une scène en milieu de film qui flirte avec l'horreur pur et qui m'a totalement scotché (j'en étais le premier étonné). Nathalie Portman prouve qu'elle reste à mon sens une actrice un peu sous-estimée, ici très convaincante en tant que protagoniste principal.
    Je suis peut-être moins convaincu cela dit par le dernier quart d'heure. Pas que je n'aime pas être bousculé devant un film (bien au contraire), mais pour moi, ça faisait un peu Kubrick du pauvre. La scène ne fonctionne pas vraiment, peu aidée par une mise en scène qui est sur le coup assez timide lors de ce passage. Je ne saurais pas trop dire sinon. Il manque un truc. Quelque chose cloche. Boyle aurait probablement fait des merveilles quand on voit ce qu'il fait des idées les plus géniales de Garland dans "Sunshine".
    Le film reste suffisamment bon (et un poil meilleur que "Ex-machina"), et son ambition est aussi rafraichissante que louable. Je n'ai juste pas été très marqué, malgré d'évidentes qualités. On comprend où veut en venir Garland, notamment avec la caractérisation de ses personnages secondaires, mais il manque de l'empathie. Garland a peut-être trop privilégié la profondeur, se risquant à une certaine froideur qu'il est toujours difficile de bien gérer, et se perdant dans une dernière partie bancale (n'est pas Kubrick qui veut). A voir cela dit.
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    Inherent Vice (2014)

    2 h 28 min. Sortie : . Comédie, drame et film noir.

    Film de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin, Owen Wilson

    26 Mars

    Drôle de film, tellement qu'on ne sait plus quoi en penser. A première vue, c'est assez décevant. Le film réussit l'exploit étrange de n'avoir aucune montée en puissance durant 2h30; de fait, le rythme est assez plat. Je savais déjà que l'intrigue serait incompréhensible, et honnêtement je m'y étais préparé en m'imaginant plutôt un délire à la "Las Vegas Parano". Et ce n'est même pas ça: mis à part quelques scènes qui sont extrêmement drôles et bien pensées (comme ce bref passage hilarant chez le dentiste), le film est bizarrement assez sage. La fin laisse une impression (rarement positive) de "tout ça pour ça ?".
    Mais tout aussi étrangement, j'ai trouvé l'œuvre divertissante. C'est que PTA n'est pas un manchot, et sa mise en scène est comme toujours très bien pensée. Aidé par son compère Johnny Greenwood qui compose une bande-originale de qualité, il arrive à élever suffisamment le film. Le casting s'en donne à cœur-joie, notamment Joaquin Phoenix qui est épatant tant il change de registre (Josh Brolin est aussi très drôle). L'intrigue a beau être alambiquée, elle se suit avec curiosité, sans compter que les personnages rencontrés sont hauts-en-couleur. Il y a même de très belles scènes, comme un flashback romantique sous la pluie qui fonctionne parfaitement bien.
    Rien de honteux, donc, mais il manque indéniablement quelque chose. De l'implication émotionnelle ? Des scènes de trip qui vont plus loin ? Tout ça à la fois ? Je ne sais pas trop; sans être mauvais, le film laisse perplexe. Dans tous les cas, ça reste pour l'instant le plus faible de PTA à mes yeux.
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    Ready Player One (2018)

    2 h 20 min. Sortie : . Science-fiction, action et aventure.

    Film de Steven Spielberg avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn

    28 Mars

    Le grand retour de Spielberg à la sf n'est pas aussi sombre que "A.I", "Minority Report" ou "La guerre des mondes". Etrangement, c'est peut-être ce qui rend ce "Ready Player One" un peu moins intéressant à mes yeux, le réalisateur renouant avec une certaine candeur et un manichéisme assez appuyé. Pas que je n'y adhère pas (je suis loin d'être un cynique), mais plus de complexité et d'audace narrative aurait certainement été profitable à l'œuvre. Car là est l'une des rares (je précise) limites du long-métrage: son déroulement est un peu trop classique, et ses personnages relèvent plus de l'archétype qu'autre chose. Leur caractérisation est plutôt faible, et on a pas le temps de voir des liens se nouer. De fait, on s'amuse beaucoup mais on ne ressent pas grand chose pour eux.
    Sinon, c'est le pied total. Comme toujours, Spielberg est un immense virtuose qui délivre une claque visuelle ahurissante. Dans la droite lignée du déjà très impressionnant "Tintin", le réalisateur nous gratifie de scènes d'actions complètement dingues, ne s'autorisant aucune limite dans le découpage et les mouvements de caméra. Bref, c'est une orgie visuelle, et une orgie visuelle qui réussit toujours à être lisible (ce qui n'était pas une mince affaire avec un univers pareil). L'intrigue est continuellement prenante, rythmée par un montage énergique et aidée par une splendeur visuelle permanente. Alan Silvestri s'en donne à cœur-joie (même si sa bo est sous-utilisée), et le casting est extrêmement attachant. Bref, c'est du travail plus que bien fait, qui dépasse formellement les trois quarts des blockbusters de ces dernières années. Là où le film marque le coche, c'est dans ses scènes avec James Halliday. Ca a été dit et redit, mais ce personnage représente indéniablement Spielberg, donnant à ses scènes un aspect aussi émouvant que pertinent (la belle prestation de Mark Rylance y est pour beaucoup). De plus, le film évite l'écueil du fan-service gratuit, et ne se complait pas dans son univers: Spielberg n'est pas dupe et ça se voit.
    Bref, on a là un divertissement loin d'être bête, constamment spectaculaire et par bien des aspects visionnaires. Il est dommage que l'ambition visuelle comme thématique bouffe un peu les personnages: indéniablement, ça manque d'émotions et d'implication, surtout pour un cinéaste aussi empathique que Spielberg. Le roller-coaster qu'est "Ready Player One" reste cependant prenant, évasif et jouissif. Ce serait un tort de le louper au cinéma.
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    Van Gogh (1991)

    2 h 38 min. Sortie : . Drame et biopic.

    Film de Maurice Pialat avec Jacques Dutronc, Alexandra London, Bernard Le Coq

    29 Mars

    Je ne partais pas nécessairement avec un bon apriori, malgré la réputation de Pialat. C'est que Van Gogh a eu une vie sacrément merdique, et le risque de sombrer dans le misérabilisme était grand. Et il n'y a rien que je déteste le plus au cinéma: les biopics à la con qui te donnent envie de te pendre tellement la vie décrite est misérable, si possible avec de la musique pompeuse et des acteurs qui en font des tonnes.
    Fort heureusement, Pialat ne fait pas du tout ça et opte pour une approche brute et sans pathos. C'est vraiment rafraichissant, et on y croit du début à la fin. La personnalité atypique de Van Gogh est admirablement retranscrite par Jacques Dutronc (absolument parfait): jamais il n'en fait trop, il reste dans une sobriété qui ne casse pas l'illusion référentielle et rend le personnage étrangement concret. L'écriture joue intelligemment sur ses rapports avec son entourage; sur ses amours, ses amitiés, sur la haine qui le ronge et le dévore peu à peu...bref, de ce point de vue-là, c'est une véritable réussite; le tout mis en scène avec soin et servi par une photographie douce et agréable. L'apogée des partis-pris singuliers de l'œuvre se fait lors de la mort de Van Gogh, qui acquiert dans sa sobriété et son refus du pathos une aura qui arrive à être bouleversante. J'aurais quelques réserves sur la direction d'acteurs de certains personnages secondaires, qui m'a semblé assez forcé. Et je ne mentirais pas en disant que les 2h40 m'ont parfois semblés plutôt longues, le film aurait probablement gagné à être raccourci (notamment lors de la fête à Paris).
    Mais Pialat réussit une fresque ambitieuse, arrivant à représenter avec force toute la singularité et l'ironie de la vie de Van Gogh. Le portrait est aussi complet que bouleversant, ne regardant jamais son personnage de haut mais le représentant tel qu'il était: un artiste brillant, certes, mais un humain imparfait et rongé par des démons intérieurs. Et c'est en le représentant dans toute cette vulnérabilité que Pialat lui rend un très bel hommage.
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    Vice-Versa (2015)

    Inside Out

    1 h 34 min. Sortie : . Animation.

    Long-métrage d'animation de Pete Docter et Ronnie del Carmen avec Amy Poehler, Phyllis Smith, Bill Hader

    Séances de cinéma (1 salle)
    1er Avril

    Beau, prenant, créatif, rempli de rebondissements qui font sens dans le parcours de chaque personnage..."Vice-Versa" représente ce que Pixar peut faire de mieux. Un vrai bon film d'animation, certes tenu par d'assez grosses ficelles, mais aussi sincère qu'attachant et porté par une équipe de cadors (que ce soit son réalisateur, le casting vocal ou le compositeur Michael Giacchino). Rien à dire de plus, c'est du travail bien fait, qui arrive parfois à être très émouvant (et c'est l'une des incroyables forces de Pixar).
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    Punch-Drunk Love, ivre d'amour (2002)

    Punch-Drunk Love

    1 h 35 min. Sortie : . Comédie dramatique et romance.

    Film de Paul Thomas Anderson avec Adam Sandler, Emily Watson, Philip Seymour Hoffman

    7 Avril

    Une magnifique surprise, aussi étrange qu'attachante, qui prouve décidément que Paul Thomas Anderson est talentueux dans à peu près tous les registres. Sa prise de risque est aussi louable que rafraichissante, offrant à Adam Sandler ce qui restera probablement le seul bon rôle de sa carrière. Il y est ici excellent, entrant pourtant dans un territoire dangereux où le cabotinage n'est jamais très loin. Mais son jeu est toujours d'une justesse étonnante, pouvant paraître aussi fragile que fou dangereux selon les humeurs de son personnage. C'est lui qui fait tout le sel du film; c'est autour de lui que chaque intrigue, aussi étrange soit-elle, arrive à se justifier. Car PTA croit sincèrement en ce personnage attachant, et c'est là que le film devient un vrai rayon de soleil. Est-ce que c'est étrange ? Evidemment, et j'ai même envie de dire que c'est un peu l'intérêt du film: la romance est complètement barge et imprévisible. Ajoutons à cela la mise en scène virtuose et riche de précision de PTA qui est un vrai régal, et on a là une petite perle qui, malgré ses étrangetés et son audace formelle, n'est jamais prétentieuse. "Punch-Drunk Love" ne prétend jamais être autre chose que ce qu'il est, et c'est bien ce qui le rend si agréable et rafraichissant, le tout grâce à une approche singulière qui détonne avec le carcan habituel des comédies romantiques. C'est peut-être une œuvre mineure de la carrière de son réalisateur (qui est assez incroyable, il faut le dire), mais elle n'en reste pas moins très recommandable.
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    Wonder Wheel (2018)

    1 h 41 min. Sortie : . Drame.

    Film de Woody Allen avec Kate Winslet, Justin Timberlake, Juno Temple

    10 Avril

    Sacré Woody Allen: même après une cinquantaine de films, il réussit à m'impressionner. "Wonder Wheel" s'annonçait assez mineur, à l'instar de la plupart des derniers films du bonhomme. C'était sans compter l'acuité de son écriture, la direction d'acteur absolument parfaite et un hallucinant travail formel qui doit beaucoup au chef-opérateur Vittorio Storaro. La maitrise est d'autant plus plaisante que l'on reconnaît aisément les thèmes et le style de Allen qui ne changent que très peu; mais il arrive à les revitaliser avec tellement d'aisance que je n'ai jamais vu le temps passer. Allen convoque toute une galerie de personnages qui se tournent entre eux et qui sont liés avec une maitrise narrative à chaque fois impeccable, enchainant les rebondissements et jouant sur les aprioris que l'on a de chacun. Comme souvent chez Allen, la fatalité a un rôle à jouer, dévoilant la face sombre de chaque personnage pour mieux nous emmener dans des territoires émotionnels surprenants. Kate Winslett est absolument parfaite et trouve là un de ses meilleurs rôles: bien aidée par un casting secondaire très bien utilisé (notamment James Belushi qui est on ne peut plus crédible), elle porte le film et incarne facilement toutes les facettes de son personnage imprévisible. Toujours rigoureuse et au service du récit, la mise en scène d'Allen sait s'effacer pour mieux mettre en valeur ses acteurs. L'écriture impeccable permet au film d'avoir un rythme toujours juste, faisant de "Wonder Wheel" un des films de Allen les plus prenants et attachants que j'ai pu voir.
    Vu le contexte, il me parait peu probable de revoir un film de Woody Allen au cinéma. Si c'est le cas, "Wonder Wheel" est une porte de sortie on ne peut plus honorable et s'affirme comme une des plus belles réussites de son auteur.