
Alexander Payne - Commentaires
Cinéaste rare, et donc assez précieux, que ce portraitiste subtil de l’Américain d’aujourd’hui, héritier de toute une tradition classiques de la comédie américaine mais ayant su développer un ton bien à lui, fait d’humour cocasse, de chaleur et de mélancolie. Je trouve qu’il vaut bien plus que les caricatures de cinéma indépendant auxquelles certains voudraient le circonscrire.
Mon top :
1. Sideways (2004)
2. The descendants (2011)
3. Winter break (2023)
4. L'arriviste (1999)
5. Monsieur Schmidt (2002)
L'Arriviste (1999)
Election
1 h 43 min. Sortie : 12 janvier 2000 (France). Comédie
Film de Alexander Payne
Thaddeus a mis 7/10.
Annotation :
Aux urnes, lycéens. Dans une Amérique que les artistes, les sociologues et les éditorialistes n’hésitent pas à dire malade de ses jeunes, cette grinçante chronique de mœurs pré-étudiantes fait plutôt mouche. Le sujet laisse envisager une banale comédie de campus, mais les relations tordues unissant le professeur à l’une de ses élèves, petite ambitieuse cynique et tête-à-claque-modèle type, forment le moteur d’une satire assez amère dont chaque étape (les rebondissements liés à l’élection, la déchéance drôle mais pathétique du héros) parvient à déjouer les conventions. S’il n’est pas sans se chercher et tâtonner parfois, Payne met dans son récit assez d’acide, voire de méchanceté (les personnages peuvent se montrer odieux), pour garantir un drôle de plaisir coupable.
Monsieur Schmidt (2002)
About Schmidt
2 h 05 min. Sortie : 5 mars 2003 (France). Comédie dramatique
Film de Alexander Payne
Thaddeus a mis 5/10.
Annotation :
Américain très moyen, agent d’assurances à peine retraite qui perd sa femme et se retrouve seul, déboussolé, Schmidt entame un voyage vers le Nebraska pour dissuader sa femme de se marier. Péripéties variées, rencontres insolites. Dans l’une de ces prestations étonnantes dont il a le secret, Nicholson confère à son personnage de raté exemplaire, papy paumé et aigri en quête d’un nouveau souffle, une touchante épaisseur humaine. Il est le principal atout d’un film à l’ironie amère mais curieusement déséquilibré, emprunt d’une cocasserie cruelle qui flirte par instants avec la méchanceté. Dans l’implacabilité de son regard social, dans le systématisme de sa caricature, le road movie manque d’une chaleur et d’une tendresse que les films suivants sauront trouver. Pas mal mais un peu ennuyeux.
Sideways (2004)
2 h 04 min. Sortie : 9 février 2005 (France). Comédie dramatique
Film de Alexander Payne
Thaddeus a mis 8/10.
Annotation :
Payne reprend le schéma toujours fructueux du voyage géographique, qui est aussi un voyage intérieur, initiatique, et adjoint à son humour caractéristique, fait d’observation caustique et de notations acides, une générosité empathique qui manquait à l’opus précédent. Sur les pas d’un Caliméro angoissé et d’un dragueur immature, quinquagénaires à la croisée des chemins, il capte avec beaucoup de justesse les manifestations d’une crise existentielle en laquelle chacun peut se reconnaître, et marie harmonieusement la comédie de mœurs (ponctuée de quelques moments hilarants) et la romance, agrémentée d’une touche de mélancolie. Road movie un peu hors du temps, tranche d’intimité parfaitement écrite, réussite grisante et savoureuse dont la qualité de l’interprétation parachève l’émotion contenue.
The Descendants (2011)
1 h 55 min. Sortie : 25 janvier 2012 (France). Comédie, Drame
Film de Alexander Payne
Thaddeus a mis 8/10.
Annotation :
C’est l’histoire d’un homme qui tente de (re)trouver sa place auprès des siens, ses descendants, ses ancêtres, ceux qui font de lui ce qu’il est. Où l’on retrouve avec plaisir la petite musique discrète et prégnante de l’auteur, son goût pour les protagonistes déphasés, sa faculté à retranscrire leurs doutes interrogations à un moment critique de leur existence. Du cadre inédit de Hawaï, Payne fait le contre-point euphorisant d’un drame du deuil qui passe par la remise en question, en peaufinant un sens très sûr de la comédie burlesque et en affûtant un regard chargé de tendresse et d’affection sur ses personnages (à cet égard, George Clooney s’y montre super attachant en père de famille déboussolé). Je suis très client de ce cinéma-là, sans prétention mais toujours d’une grande acuité humaine.
Winter Break (2023)
The Holdovers
2 h 13 min. Sortie : 13 décembre 2023 (France). Comédie dramatique
Film de Alexander Payne
Thaddeus a mis 7/10.
Annotation :
On pourrait qualifier cette comédie dramatique de film "pull en laine-feu de bois-tasse brûlante" ou de film chocolat chaud (avec pas mal de gnôle dedans), tant tout y est étrangement douillet, agréable, réconfortant. Pas à cause de ses décors neigeux et de ses teintes boisées mais parce qu’il parle de personnages auxquels on croit, de leurs cœurs trop lourds qui se débondent, de leurs zones blessées qui s’amollissent, de leurs secrets qui crèvent à force d’être contenus. Il pourrait être larmoyant s’il ne tenait à distance le pathos et la mièvrerie, gardant son cap sur le tragi-comique de l’existence. L’humour salvateur y est indémêlable à une forme de tendresse, et la facture 70’s du style (ascendant Hal Hashby) s’y accorde idéalement, jusque dans le filmage des paysages urbains, à la grande mélancolie américaine.







