BD lues en 2025
Juste une liste recensant les bandes-dessinées que j'ai lu en 2025, histoire qu au prochain bug du live, je puisse toujours être en mesure de consulter mes avis.
9 BD
créée il y a 9 mois · modifiée il y a 5 moisSur les traces de GARCIA LORCA (2015)
Sortie : 2015 (France).
BD (divers) de El Torres et Carlos Hernandez Sanchez
Alfred Tordu a mis 5/10.
Annotation :
Un peu à la manière de Citizen Kane, la BD tente de dresser le portrait de Garcia Lorca à travers une compilation de souvenirs raconté par ses proches. Démarche intéressante, mais les anecdotes sont assez inégales et l’ensemble n’aboutit qu’à une vision peu approfondie de l’artiste, de son combat et de son art. Mais je n’étais peut-être pas le public cible, n’étant pas un grand connaisseur de Lorca, j'ai pu passer à côté de certaines références.
Radium Girls (2020)
Sortie : 26 août 2020.
Roman graphique de Cy
Alfred Tordu a mis 5/10.
Annotation :
Même si j’apprécie beaucoup le dessin de la BD, avec ses traces de crayon apparentes, je trouve qu’elle ne rend pas du tout justice à la tragédie vécue par ces ouvrières, massivement exposées à des doses importantes de radiation dont leurs employeurs connaissaient pourtant bien les risques sur le long terme. Surtout quand on se renseigne un peu sur l’histoire vraie, qu’on apprend la douloureuse agonie qu’elles ont dû traverser, ainsi que le caractère éminemment politique de cette affaire, faisant écho à nombre de scandales contemporains.
L’autrice relègue tout ça au second plan pour s’intéresser au quotidien de ces jeunes femmes pleines de vie, narrant ainsi leurs loisirs en dehors de l’usine et les premiers problèmes qu’elles rencontrent à cause de leur activité. L’intention est louable et on sent les efforts pour retranscrire au mieux le contexte historique de l’époque, mais on ne rentre quasiment jamais dans l’intimité des protagonistes, d’où la sensation de suivre un groupe de filles lambda, aux personnalités interchangeables, évoluant dans une version idéalisée des années 20.
Aussi, si l’ouvrage réussie sa mission de médiatisation, en donnant envie de se renseigner sur la tragédie des Radium Girls, il na cependant pas grand-chose à dire sur celle-ci et ne parvient pas à raconter un récit suffisamment poignant pour se suffire à lui-même.
Ernestine (2024)
Sortie : 26 janvier 2024.
BD (divers) de Salomé Lahoche
Alfred Tordu a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
On sent l’influence de Daria dans le style graphique et de le caractère de l’anti-héroïne, mais Salomé Lahoche s’en distingue par un humour encore plus caustique, reposant sur des punchlines bien senties, ainsi qu’un excellent sens du découpage qui donne à cette BD un tempo comique très particulier mais redoutablement efficace.
En plus de suivre les aventures d’Ernestine, Lahoche consacre au moins une histoire sur chaque membre de sa pathétique famille, dessinant de fait tout un lore au fil des pages, peuplé de personnages plus profonds qu’au premier abord. La relation compliquée entre la gamine et sa mère, sombrant de plus en plus dans la dépression et l’alcoolisme, sera ainsi subtilement développer en filigrane, jusqu’à terminer l’album sur un véritable cliffanger dont on mesure alors toute la gravité.
Y avait fort longtemps que je n’avais pas autant ris devant une bande dessinée. Ça fait plaisir de tomber sur une autrice de mon âge avec qui je partage le même sens de humour et j’ai hâte de découvrir ses autres ouvrages.
Carnets de Campagne (2022)
Sortie : 10 mai 2022.
BD (divers) de Mathieu Sapin, Kokopello, Morgan Navarro, Dorothée de Monfreid, Louise Angelergues (Louison) et Lara
Alfred Tordu a mis 3/10.
Annotation :
Les dessinateurs n’ont droit à aucun traitement de faveur et sont généralement vus comme n’importe quel journaliste. Rares sont ceux ayant pu partager quelques vrais moments d’intimités avec les candidats et la plupart n’ont donc rien d’inédit à raconter par rapport à la trouzaine de reportages TV ayant suivis les campagnes au jour le jour. D’autant que, n’étant pas journalistes, leur contenu manque cruellement de fond.
Ils se contentent de décrire les déplacements ou les meetings auxquels ils assistent, mais sans jamais les étayer d’une quelconque analyse politique. Aussi, si on se contente de leurs planches, on ne comprend pas du tout l’évolution des sondages ou l’échec d’une campagne par rapport à une autre. Zemmour, annoncé au début comme un sérieux prétendant avec ses 16% d’intentions de vote, chute brusquement de 7 points à quelques mois de l’élection. Pourtant, cela ne sera jamais évoqué par le dessinateur Navarro, alors que c’est un point de bascule important de cette présidentielle. Pas un mot non plus sur l’utilisation des réseaux sociaux qui était pourtant la grande nouveauté de cette élection par rapport aux précédentes, et sur laquelle il y aurait également beaucoup à dire.
Certains auteurs ne semblent pas non plus très impliqués dans leur mission, à l’image de Louison qui passe plus de temps à exprimer son ennuie lors des meetings d’Hidalgo, qu’à couvrir la campagne de cette dernière. On s’attarde aussi énormément sur des petits candidats (Jadot, Pecresse, Roussel, Lassalle) et très peu sur le trio arrivés en tête. A l’exception de Macron qui s’est déclaré candidat au dernier moment et n’a jamais été réellement en campagne. On peut d’ailleurs entrevoir à travers les planches de Sapin, toute la vanité de ses équipes, persuadées d’être la première force de gauche (oui oui) et se voyant déjà au second tour, tout en faisant mine que rien n’était encore joué.
Finalement, c’est la campagne de Valerie Pecresse qui sera la plus intéressante à suivre. Kokopello faisant état d’une politicienne sensible que des communicants ont affublé d’un costume de femme forte et charismatique qui n’était pas du tout à sa mesure.
Malheureusement, les autres candidats ne bénéficient pas du même traitement et comme ils n’ont même pas l’acuité d’un Riad Sattouf pour repérer l’incongruité rigolote dans la banalité du quotidien, on se retrouve juste avec des histoires banales et sans intérêts.
Ne m'oublie pas (2021)
Sortie : 15 janvier 2021 (France).
BD de Alix Garin
Alfred Tordu a mis 5/10.
Annotation :
Ce road trip avec une mamie sénile et sa petite fille dans la vingtaine avait tout pour me plaire et pourtant… Peut-être que l’histoire emprunte trop de chemins convenus, trop de péripéties inutiles et reste trop focalisée sur son héroïne (double assumée de l’auteure) pour développer en profondeur le personnage de la grand-mère et la relation qui les lit toutes les deux. La BD a pour elle un très bon découpage et quelques beaux moments de vérité, malheureusement noyés dans un scénar décousue qui peine à raconter quelque chose de précis.
Au-dedans (2021)
In
Sortie : 18 janvier 2024 (France).
Roman graphique de Will McPhail
Alfred Tordu a mis 7/10.
Annotation :
Une jolie histoire sur la difficulté de communiquer avec les autres, au moyen d’une mise en page singulière qui impose son rythme et son espace pour représenter la façon dont l’auteur interagit avec son monde, ce qui rend les situations assez relatable pour les personnes au tempérament similaire. Mais c’est dommage que Nick ne s’interroge pas plus sur les causes de son blocage et ne propose qu’une résolution très simpliste à son histoire. A en croire la BD, il suffirait juste de se jeter à l’eau pour régler le problème. Mon cul ouais ! Si c’était aussi simple, ça se saurait !
Peur de mourir mais flemme de vivre (2025)
Peur de mourir mais flemme de vivre
Sortie : 3 février 2025.
BD (divers) de Salomé Lahoche
Alfred Tordu a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Témoignage drôle et touchant d’une femme en fin de vingtaine, essayant de combattre ses vieux démons et de remettre de l’ordre dans le chaos de son quotidien.
Quiconque étant au même stade de vie ne pourra que se reconnaître dans les frasques de l’autrice. Salomé Lahoche a vraiment l’art de mettre en images des trucs très spécifiques qui nous pourrissent l’existence, sans qu’on parvienne à mettre les mots justes dessus. Notamment lorsqu’elle aborde avec une franchise déconcertante les névroses qui l’ont poussées à adopter un mode de vie auto-destructeur, comme sa consommation excessive d’alcool ou ses interminables épisodes de procrastination.
L’album synthétise à merveille la remise en question et la volonté de changement qui sont courant à l’approche de la trentaine. Et ce n’est peut-être pas hasard si il se conclut lorsque l’héroïne botte en touche, au moment où sa psy lui demande de revenir sur ses traumatismes familiaux. On verra ça à la crise de la quarantaine.
La Vérité sur l’affaire Vivès (2024)
Sortie : 16 octobre 2024.
BD franco-belge de Bastien Vivès
Alfred Tordu a mis 2/10.
Annotation :
N’ayant aucun a priori sur Bastien Vivès que je ne connais pas du tout, j’étais parfaitement disposé à entendre son point de vue sur la polémique. Hélas, il n’y a aucune vérité dans cet ouvrage, ni celle de Vivès, ni celle de ses opposants dont il n’a pas compris ou pas voulu comprendre les reproches qu’ils lui ont été adressés. La BD en dit plus sur lui que sur l’affaire, puisque 99% des blagues partent du principe que nous vivons dans une société de censeurs wokes complètement cons et incohérents. L’auteur fabule ainsi une dystopie de bien-pensants pas drôle, car éloignée de toute réalité matérielle. Difficile alors de rigoler à ses planches sans adhérer à sa vision de boomer égoïste et bourré de préjugés.
En territoire ennemi (2024)
Sortie : 6 septembre 2024.
Roman graphique de carole lobel
Alfred Tordu a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
C’est sa couverture qui m’a donné envie de lire cette BD. La précision du dessin mêlé à la simplicité des chara-designs et aux coups de stylo apparents, forme un style à la fois réaliste et enfantin qui m’a immédiatement tapé dans l’œil.
Tout comme Sophie Lambda avant elle, Carole Lobel retrace sa douloureuse relation avec un pervers narcissique, mais de façon plus onirique et imagée. Assimilant sa descente aux enfers à la lente invasion ennemie d’un fasciste, ayant progressivement colonisé son corps, son âme et son esprit. Une histoire d’autant plus tragique que, même après la séparation, leurs vies sont à jamais liées par celles de leurs enfants. Des progénitures que le facho entend bien éduquer selon ses dogmes, ce qui sera toujours source d’angoisse pour leur mère, elle-même descendante de déportés juifs.
Une histoire tristement ordinaire que l’autrice a eu le courage de raconter à sa manière, nous touchant en plein cœur par la sincérité de sa narration et la beauté de sa mise en images.











