Cover Cédric Kahn - Commentaires

Cédric Kahn - Commentaires

Valeur sûre et confirmée, Cédric Kahn est de ces réalisateurs capables d’apporter une réelle plus-value à des sujets riches de potentialités sociales ou psychologiques. Et s’il est difficile de déceler chez lui le tempérament d’un inventeur de formes, au moins doit-il être considéré comme un auteur intègre et exigeant, l’un des plus constants défenseurs de ce "cinéma de milieu" qui fait la force du septième art hexagonal.

Mon top :

1. Roberto Succo (2001)
2. Une vie meilleure (2011)
3. Making of (2023)
4. Le procès Goldman (2023)
5. Vie sauvage (2014)

Liste de 8 films créée il y a plus de 14 ans · modifiée il y a 3 jours
L'Ennui
5.7

L'Ennui (1998)

2 h. Sortie : 16 décembre 1998 (France). Comédie dramatique

Film de Cédric Kahn

Thaddeus a mis 5/10.

Annotation :

Ennui, en effet. Le mot est peut-être un peu fort mais ce n’est pas loin d’être ce que j’ai ressenti face à cette œuvre à la fois charnelle et cérébrale sur le mystère du désir physique et le désarroi existentiel que peut générer son obsession. Les rencontres sexuelles entre l’un, qui devient idiot à force d’idée fixe, et l’autre, qui se laisse mécaniquement tringler comme une vache charolaise broutant pendant la traite, ont une nudité sans érotisme. Kahn s’applique à dessiner les frontières indécises qui séparent le verbe de la pensée, l’envie du plaisir, la névrose de la jouissance, avec une ardeur sans passion qui désamorce de temps à autre la tension philosophique par une sorte d’humour paniqué. C’est très réfléchi mais assez distancié, malgré son traitement éminemment physique.

Roberto Succo
6.3

Roberto Succo (2001)

2 h 04 min. Sortie : 16 mai 2001 (France). Biopic, Policier, Drame

Film de Cédric Kahn

Thaddeus a mis 8/10.

Annotation :

D’une longue dérive criminelle qu’il reconstitue de façon objective et méticuleuse, Kahn tire un grand film sur le mystère, l’opacité, la confrontation avec l’inexplicable. Il filme, souvent entre chien et loup, une cavale aléatoire faites de zigzags meurtriers, d’impulsions amoureuses, de rapts violents, de cambriolages inutiles, et capte avec une rigueur saisissante la terrifiante logique du fou. Ni introspectif ni psychologique, le film s’abandonne au surréalisme des faits, nous perturbe sans nous laisser la possibilité de nous raccrocher à la morale ou à l’analyse rationnelle. Se dégage de cette dissection clinique de l’incompréhensible, où le comique de l’absurde voisine sèchement avec l’horreur pure, quelque chose d’assez vertigineux, qui renvoie le spectateur à la désastreuse réalité d’une humanité dévoyée.
Top 10 Année 2001 :
http://lc.cx/UPW

Feux rouges
6.2

Feux rouges (2004)

1 h 46 min. Sortie : 3 mars 2004 (France). Policier, Drame, Thriller

Film de Cédric Kahn

Thaddeus a mis 6/10.

Annotation :

Du court roman de Simenon, le cinéaste a voulu tirer un conte maléfique, une dérive à la limite du conscient, où la vision du couple se craquelle et où la longue équipée nocturne du héros agit comme une mise en doute progressive de ce que l’on croyait acquis. Le résultat n’est pas mal mais ne casse pas non plus des briques : un thriller sous Penthotal qui tire un bon pari de son décor routier et dont la construction bizarre se perfore de béances inexpliquées pour raccorder à l’expérience déboussolée de son héros – victime d’un trou de mémoire ? d’une manipulation ? ou peut-être même assassin sans le savoir ? Calquée à la désorientation du personnage, la mise en scène semble contaminée par l’effilochage progressif d’une réalité qui s’effrite, et transmet cette angoisse avec une certaine intensité.

Une vie meilleure
5.6

Une vie meilleure (2012)

1 h 50 min. Sortie : 4 janvier 2012 (France). Drame

Film de Cédric Kahn

Thaddeus a mis 8/10.

Annotation :

Dans une veine sociale qu’on ne lui connaissait pas, en adoptant une approche d’urgence et d’empathie très différente des précédents films, Kahn gagne sur le double tableau du précis de décomposition social et du parcours initiatique et individuel. Le film évoque des modèles prestigieux (Pialat, Dardenne, Loach) mais il réussit à trouver sa propre voie, donnant à ressentir sans misérabilisme ni défaitisme le combat acharné d’êtres déclassés pour leur survie, l’acceptation d’une responsabilité, voire la genèse d’une unité familiale. Et pour emmener ce poignant rêve de vie meilleure, où la spirale des barrières économiques enferme dans un quotidien de la débrouille, Guillaume Canet (pour lequel j’ai toujours eu beaucoup de sympathie) et Leila Bekhti se montrent formidables. J’ai adoré.

Vie sauvage
6.1

Vie sauvage (2014)

1 h 46 min. Sortie : 29 octobre 2014 (France). Comédie dramatique

Film de Cédric Kahn

Thaddeus a mis 7/10.

Annotation :

Le film démarre de façon très intense, marqué d’emblée par la déchirure, la séparation, la conscience douloureuse d’un échec. Il s’achève avec une même force d’émotion, en scellant les retrouvailles de la mère et de ses fils sur la voie de la réconciliation. Entre temps, il dresse la chronique d’une utopie constamment mise à l’épreuve des contingences de la société actuelle, entre le désir d’émancipation des normes et la privation indirecte du choix, entre la volonté sincère d’offrir, à soi et aux personnes aimées, un autre voie possible et le prix à payer pour atteindre cet idéal. Privilégiant la sécheresse à l’apitoiement, Kahn éclaire avec tact les enjeux de cette fuite en avant, questionne la notion même de la liberté, et rappelle que Kassovitz est décidément bien meilleur acteur que réalisateur.

La Prière
6.3

La Prière (2018)

1 h 47 min. Sortie : 21 mars 2018. Drame

Film de Cédric Kahn

Thaddeus a mis 6/10.

Annotation :

La religion constitue-t-elle une voie de secours pour s’offrir un nouveau départ et solder les comptes d’une vie mise en pièces par l’enfer de la toxicomanie ? Telle est la question posée par le parcours de Thomas, adolescent poupin embrassant la foi dans la communauté isolée d’un haut plateau savoyard, régie par le travail, le partage et la prière. Si la tentation d’une rigueur ascétique pour figurer un cheminement spirituel appelle immanquablement à l’influence de Bresson, on voudrait trouver dans cette humble chronique d’une renaissance les aspérités qui lui permettraient de vraiment s’incarner. Un peu trop soumise aux exigences du scénario, à la formulation littérale d’hypothèses censées donner le change et apporter leur lot d’ambigüités, elle suit son cours avec une sérénité plus lisse que lyrique.

Le Procès Goldman
7.2

Le Procès Goldman (2023)

1 h 56 min. Sortie : 27 septembre 2023. Drame, Historique, Policier

Film de Cédric Kahn

Thaddeus a mis 7/10.

Annotation :

Si l’on considère que le cinéma est un art quantique, qu’il n’établit pas la vérité, qu’il fixe des points de vue pour les faire exister et garder sa liberté constitutive, alors ce film de procès est une totale réussite. Il est à l’image de l’accusé : procédurier et lyrique, minutieux dans la forme et explosif sur le tréfonds. Sa sécheresse générale lui permet d’atteindre un peu au cœur multiple des choses et des êtres concernés. Kahn a l’intelligence de ne pas pencher pour ou contre son personnage mais de le laisser osciller entre l’opprobre et la justification, la harangue et la confession. Se dégage alors une histoire juive, une archéologie de l’oppression, un examen plus large qui se tient à la fine commissure entre les processus psychologique et historique, façonnant le sujet et se métabolisant en lui sous forme de symptômes.

Making of
5.9

Making of (2023)

1 h 54 min. Sortie : 10 janvier 2024. Comédie, Drame

Film de Cédric Kahn

Thaddeus a mis 8/10.

Annotation :

Kahn fait sa "Nuit Américaine". Comme chez Truffaut, on retrouve ici une fantaisie drolatique, une savoureuse dramaturgie de l’encombrement et de l’entrave, l’état de surchauffe sensible dans laquelle elle plonge ses personnages. Le tournage est une course d’obstacles dont le tempo dicte au film sa forme vibrionnante, déliée, aussi rythmiquement soutenue qu’un train avançant allegretto. Mais parce qu’il raconte l’histoire d’un capitaine de navire qui prend l’eau en filmant une usine qui coule, il aussi pose une question morale des plus épineuses : en quoi le cinéma, monde d’argent, de caprices et d’égos, peut-il rendre compte avec sincérité des drames sociaux ? La réponse qu’il y apporte est d’une généreuse lucidité car elle affirme, au nom d’une certaine éthique artistique, que l’important est la fidélité au réel.