Lectures - 2026
2 livres
créée il y a 15 jours · modifiée il y a 10 joursD'autres vies que la mienne (2009)
Sortie : mars 2009. Récit
livre de Emmanuel Carrère
Mark-McPherson a mis 7/10.
Annotation :
3/01
Après une entreprise autofictionnelle qui faillit lui coûter l’amour de sa mère (Un roman russe), Carrère propose une manière de mémoires "extime", pour reprendre un mot de Tournier : l’auteur se raconte au travers d’autres destins, plus grands, plus graves que le sien. Dans D’autres vies que la mienne, il est question de catastrophe naturelle, de cancer, d’amputation, d’agonie, de pauvreté et pourtant le livre semble beaucoup plus doux à la lecture que ses précédents ouvrages. Comme si la violence du sujet ouvrait un espace à un sentiment nouveau : la tendresse de l’auteur pour celles et ceux qui voient, comme lui, le monde à travers les lunettes sans tain du désespoir. En découle un sentiment de stase quasi-bouddhique, ce que souligne les références appuyées aux sagesses extrême-orientales (le Tao, le Yi-King) qui parsèment le récit et dont Carrère relève les correspondances avec l’attitude adoptées par les éclopés de la vie qu’il a rencontrés - Juliette, Philippe, Patrice, Etienne... D’une fluidité à toute épreuve, l’écriture de Carrère se met au service de la relation de ces destins (le double sens du mot de "relation" pourrait d’ailleurs synthétiser toute l’entreprise autobiographique de l’auteur), quitte à perdre un peu de l’art de la narration qui resplendissait dans L’Adversaire et Un Roman russe.
Dernières nouvelles de Rome et de l'existence (2025)
Sortie : 8 mai 2025 (France). Roman
livre de Jean Le Gall
Mark-McPherson a mis 8/10.
Annotation :
7/01
Avec son troisième roman, Jean Le Gall signe, de son propre aveu, une sorte de réponse désengagée et anti-moderne à La Nausée de Sartre : aux décors glauques de la France des années 30 répond la faste romaine, entre apparition spectrale de Silvana Mangano et découverte des ruines antiques dans les chantiers. L’intemporel spleen du snob face aux compromissions médiocres du présent, au premier rang desquelles celles de la politique : le programme du livre le situe dans une tradition dandy qui, de Baudelaire à Nimier, a fait les grandes heures de la droite littéraire. À l’évidence - et en dépit de ses propres récriminations - Le Gall semble en être aussi, comme en témoigne la ligne des journaux dont il a reçu les bonne grâces lors de la publication : le JDD, Le Figaro, Marianne, CNews... Oui mais voilà : si la couleur politique de Dernières nouvelles... transparaît dans les valeurs qu’il promeut (celles de l’élégance aristocratique, du refus de la société, de la nostalgie des âges d’or), la technique, la manière et le ton de Le Gall n’en restent pas moins irrésistibles de virtuosité. À l’heure où la réaction s’enferre dans la bêtise et la médiocrité, on peut reconnaître à ce roman de constituer un adversaire de taille et à la bonne hauteur pour les écrivains de gauche véritablement ambitieux.



