Lectures 2026
10 livres
créée il y a 3 mois · modifiée il y a 2 joursLes Racines du ciel (1956)
Sortie : 1956 (France). Roman
livre de Romain Gary / Émile Ajar
gaspard24 a mis 8/10.
Embrasser Kaboul
Sortie : 6 mars 2025 (France). Roman
livre de Charlotte Erlih
gaspard24 a mis 5/10.
Annotation :
"La petite histoire se mêle à la grande". C'est ainsi que nous vend l'éditeur le livre de Charlotte Erlih. Pourquoi pas. Le problème, c'est que l'autrice semble vouloir nous le marteler, ce concept qui n'en est pas un, à longueur de chapitres et de pages. Elisabeth rencontre un prince afghan à Saint-Malo, en tombe éperdument amoureuse, et contre l'avis de sa famille et de ses amis, quitte son fiancé pour rejoindre le beau Naïm Khan en Afghanistan. Son dulciné lui dresse un portrait élogieux de Kaboul et du règne de son cousin, despote éclairé prêt à faire progresser la place de la femme dans une société éminemment patriarcale. Mais - ô surprise - tout ne se passe pas comme prévu. Le cousin subit un coup d'Etat à l'aube de l'arrivée des deux tourtereaux. Elisabeth comprend trop tard qu'elle s'est engagée sur une voie qui la mènera - littéralement - à sa prison, camouflée derrière un grillage, coincée derrière les murs du palais aux côtés des belles-mères de Naïm. Trop longtemps, l'autrice souligne à grands traits le dur retour à la réalité d'une jeune Française naïve et portée par sa vision exotique de l'Orient. Elle enfonce des portes ouvertes pendant des dizaines de pages, semble soigneusement éviter les zones grises morales pour conforter le lecteur occidental dans ses attentes : la gentille Française progressiste sera martyrisée pendant des années par la méchante société patriarcale afghane. Si encore le style apportait un souffle, un intérêt esthétique ou poétique à cet ensemble convenu ; mais non, là aussi, ça reste très académique, monotone, attendu. La seule audace aurait pu résider dans cette mise en abîme avec ses phases de recherche documentaire. Sauf que l'autrice n'en fait pas grand chose, à part confirmer que son travail n'a consisté qu'à reconstituer le fil d'une histoire à travers des archives éparpillées (un effort colossal, on n'en doute pas, mais insuffisant en soi pour faire littérature) puis à construire, laborieusement, le monde et les pensées d'Elisabeth à l'époque. L'intention est louable, mais le résultat manque cruellement d'imagination et de créativité.
Aimer
Sortie : 21 août 2025 (France). Roman
livre de Sarah Chiche
gaspard24 a mis 8/10.
Annotation :
Il faut, on l'imagine, avoir une sacrée confiance en ses capacités pour s'essayer au roman d'amour. Le genre a ses modèles littéraires intemporels, ses fils scénaristiques éculés, ses scènes et ses archétypes devenus, au fil du temps et des chefs d'oeuvre, des clichés à éviter à tout prix. Surtout, il crée des attentes si grandes, et contient en lui - à peine les premières phrases lues ou écrites - le potentiel d'une immense déception, aussi bien chez l'auteur que chez le lecteur.
Non seulement Sarah Chiche s'est lancée, mais en plus a-t- elle carrément appelé son livre d'un générique "Aimer". On ne s'y trompe pas, même si l'histoire commence par un drame, ou plutôt par un presque-drame : Margaux, 7 ans, se jette dans le lac Léman pour s'ôter la vie. Alexis assiste à la scène, alerte les parents et lui sauve la vie. On le comprend très vite, si l'enfant a tenté de se suicider, c'est qu'elle subit les viols et les violences répétées de son beau-père, Daniel, sous l'oeil passif de sa mère, elle aussi prisonnière du monstre à son échelle. Entre Alexis et Margaux se noue alors une relation précieuse, construite dès sa fondation sur un lit de secrets, de silences et d'écoute. Les deux enfants auront à peine le temps de s'aimer que la mère de Margaux entreprend de s'enfuir en France. Il ne se reverront pas avant leurs 50 ans, une rencontre fortuite dans les rayons d'un Carrefour city, un choc existentiel pour deux adultes alors marqués par les affres d'une vie que Sarah Chiche aura alors eu le talent de raconter pendant plus d'une centaine de pages.
L'autrice excelle à dresser le portrait de ses personnages, chacun nourri d'un univers admirablement décrit - la finance prédatrice pour Alexis, le journalisme puis la littérature pour Margaux. On sent l'attention aux mots, aux images, aux métaphores. Le style de Chiche ne manque pas d'ambition, et gagnerait même peut-être à être un poil plus économe sur certains passages (on a bien compris qu'Alexis et son père étaient des esprits froids et scientifiques qui percevaient le monde comme des algorithmes ou des formules mathématiques - il faut élaguer, élaguer, élaguer, comme le professait Flaubert).
Mais il n'en demeure pas moins des passages sublimes sur l'amour, sur la conjugalité, sur le temps qui passe. Un portrait de la société française et occidentale (de la crise des opioïdes américaine au Jeux Olympiques de Paris 2024) qui vire même au récit d'anticipation sur ses dernières pages, là-aussi, je trouve, ave
Le jardin anglais
Sortie : 26 mars 2025 (France). Récit
livre de Charles Wright
gaspard24 a mis 7/10.
Annotation :
La plume de Charles Wright n'a pas l'air particulièrement belle, au premier abord, mais, en réalité, elle finit par toucher à quelque chose d'assez fort. Il y a de la légèreté, de l'humour, des points d'exclamation - comme toujours pas forcément nécessaires - et quelques formulations toutes faites ici ou là, on sent que l'auteur a plus le souci du souffle que celui de l'audace formelle - pourquoi pas - mais, surtout, Charles Wright semble avoir le talent de l'écrivain voyageur. Son livre est une peinture baroque de l'Angleterre, riche de références culturelles jamais gratuites et d'une certaine densité d'analyse. Il y a bien sûr cette fameuse quête identitaire à travers le personnage de son père et la description quasi documentaire de la branche anglaise de sa famille, mais j'ai trouvé que le principal intérêt résidait plutôt dans ce que Wright nous disait de l'Angleterre, à travers la petite histoire familiale. Il saisit avec justesse l'essence des lieux, des cultures, et des hommes et femmes qui les traversent. Il nous parle aussi d'amour, de foi, d'héritage. Il ne révolutionne rien mais il n'a pas la prétention de le faire. Le jardin anglais ressemble à ces restaurants de village qui ne paient pas de mine mais d'où l'on ressort repus, heureux d'avoir savouré une cuisine honnête, abordable et indéniablement savoureuse.
Malestroit (2025)
Vie et mort d'une résistante mystique
Malestroit
Sortie : 8 janvier 2025. Essai, Document
livre de Jean de Saint Chéron
gaspard24 a mis 7/10.
Annotation :
Comment raconter une vie de miracles et de foi sans perdre les non-croyants ? C'est tout le défi de l'entreprise de Jean de Saint-Chéron. Il ne s'en cache pas, dès le début : cette enquête sera celle d'un croyant. Mais d'un croyant à la démarche journalistique rigoureuse, un croyant à la Saint-Thomas, une veine plutôt sceptique, de celle qui exècre toute illumination susceptible de faire du mal à sa religion, en définitive. Ce qui sauve aussi Jean de Saint Chéron, c'est sa plume. Les mots coulent, dans un flux d'une élégance assez rare, alors qu'il n'y a finalement aucune prétention stylistique ou poétique. L'écriture est érudite, les citations glanées ici ou là sont riches, dynamisent le propos alors qu'ils pourraient l'alourdir. Qu'on croie ou pas aux miracles de la soeur Yvonne de Malestroit n'est que secondaire. La quête reste passionnante.
Le Désir dans la cage
Sortie : 20 août 2025 (France).
livre de Alissa Wenz
gaspard24 a mis 9/10.
Annotation :
Mel Bonis. Cette façon qu'a Alissa Wenz de la tutoyer. Déroutante, au départ. Mais intrigante aussi : le risque de tomber, au fil des pages, des répétitions, d'un souffle qui se perd, dans l'exercice de style, est si grand. Mais Alissa Wenz y parvient, avec brio.
Tu regardes le visage glacé de la petite fille. Elle ne respire plus, c'est fini. Tout est silence autour de toi. Tu comprends. Ce ne sera plus jamais. Clémence Bonis, plus jamais. Ses boucles brunes, muettes. La robe blanche, les dentelles. Le corps de porcelaine, étendu sur le lit. Les livres toutes fines, pâles, plus jamais.
C'est l'incipit du roman, et d'emblée Alissa Wenz impose un rythme. Les phrases seront courtes, vives comme des balles, ou longues mais entrecoupées, ciselées par les virgules, les points-virgules, les respirations, une musique faite de refrains et de couplets. Alissa Wenz raconte la vie d'une compositrice alors elle a fait attention à la musique. Alissa Wenz est elle-même musicienne alors elle a mis un soin particulier aux sonorités, à l'oralité de son roman.
Sur le fond, le désir dans le cage est une tentative de biographie. Tentative car il n'y a évidemment pas le désir d'être exhaustive, seulement de saisir une vérité dans la vie de Mélanie, compositrice qui fut de la trempe de Debussy mais qui, parce qu'elle était une femme, fut d'abord une épouse, une mère, une maîtresse de maison. Mélanie épousera Albert, un riche héritier, plutôt qu'Amédée, l'amour de sa vie. Mais la musique, comme sa passion pour Amédée, continueront d'irriguer sa vie d'un bout à l'autre, son obstination écartant une à une les conventions. Une quête d'émancipation féminine qui ressemblait un peu trop à la trame idéale des maisons d'édition aujourd'hui, alors j'étais un peu sceptique.
Force est de constater que le talent de Wenz gambade allègrement au-dessus des pièges classiques du roman à sujet : d'abord, chercher à faire de la littérature, puis, éventuellement, porter un message ou suggérer une lecture, un questionnement. J'ai aimé Le désir dans le cage non parce que le roman m'apprend des choses sur une gentille héroïne féministe oubliée par les méchants hommes blancs patriarcaux de l'époque, mais parce qu'il m'a ouvert les portes d'une intériorité nouvelle, riche de sentiments ambivalents à l'égard de sa famille, de son art, ou d'Amédée.
J'ai aimé Le désir dans le cage parce qu'il a embrassé, avec une forme audacieuse, la détermination, la soif d'émerveillement d'un personnage fascina
La lumière sur le seuil
Sortie : 1 mars 2012 (France). Poésie
livre de Baptiste Cogitore
gaspard24 a mis 5/10.
L'incident d'Helsinki (2025)
Sortie : 11 septembre 2025. Roman
livre de Anna Pitoniak
gaspard24 a mis 5/10.
Annotation :
Amanda Cole, agente de la CIA en poste à la léthargique ambassade de Rome, est avertie par un officier du GRU que les Russes vont assasiner au Caire un homme politique américain - le sénateur Bob Vogel. Le lendemain, celui-ci meurt effectivement, officiellement d'un AVC.
Entre arnaques sur les marchés financiers et passé trouble d'un père également agent secret, mais potentiellement traître, l'intrigue de l'Incident d'Helsinki est touffue. Peut-être même un peu trop : j'ai eu du mal à comprendre et à suivre le fil de l'enquête. Surtout, je ne voyais pas vraiment où tout cela pouvait nous emmener. Il y avait éventuellement quelque chose à raconter autour de la relation fille-père dans un contexte de trahison ou de collaboration avec l'ennemi, mais c'est finalement très peu exploité.
Un roman d'espionnage qui ne m'a pas - du tout - convaincu sur le genre.












