
Les meilleurs films de Bong Joon-Ho
Mon réalisateur préféré dans le cinéma ""récent"" (autrement dit mon réalisateur préféré apparu ces 20/30 dernières années, de moins de 60 ans). Pour sa manière de traiter de l'irrationalité et son impact dans une société et sa manière mettre en scène les différents microcosmes qu'il explore. Pour son regard acéré et parfois drôle sur la médiocrité humaine et malgré tout un certain sens de la nuance et de l'empathie. (14/09/1969 - )
Au cœur du cinéma Sud-Coréen : https://www.senscritique.com/liste/Mes_peregrinations_vers_l_est_au_coeur_du_cinema_Sud_Coreen/2264968
Memories of Murder (2003)
Salinui Chueok
2 h 10 min. Sortie : 23 juin 2004 (France). Policier, Drame, Thriller
Film de Bong Joon-Ho
Noe_G a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Son chef d’œuvre.
Dans ce film l'ambiance est pesante (le travail sur la mise en scène fait ressentir une montée dans le désespoir accompagné d'un malaise constant) mais pas seulement pour l'enquête au demeurant très bien mené et prenant aux tripes. Elle l'est aussi pour cette atmosphère crépusculaire d’effondrement de la troisième dictature Sud-Coréenne (l'action du film commence en 1986 et ça sent la fin pour Chun Doo-Hwan), renforcé par le dénuement total d'une campagne Sud-Coréenne semblant loin du miracle économique ayant touché la Corée du Sud dans les années 70/80 mais pas épargné par contre par le sensationnalisme et les on-dits. (Tout cela est montré par de petits détails très fins dans le cadre très travaillé que l'on décode au fil des visionnages).
Comme à son habitude Bong Joon-Ho s'attache à essayer de comprendre les personnages qu'il montre, aller au delà de leur médiocrité apparente. Ainsi il montre un lien entre les vielles méthodes des policiers de cette campagne, leurs côtés profondément irrationnels et l'autoritarisme du pouvoir, mais il montre aussi la bonne foi des policiers venant de cette campagne qu'il suit et s'attache à les nuancer et à ne pas en faire des caricatures (et ce malgré un humour très acide s'attachant à souligner finement tout ce qui ne va pas sans tomber dans le misérabilisme). Song Kang-Ho incarne parfaitement ce rôle ce qui permet aussi d'éviter toute caricature. Par le policier aux nouvelles méthodes de Séoul, rationnel, il symbolise le vent de démocratie venant de la ville et des jeunes. Là aussi Bong Joon-Ho nuance et montre à quel point il est facile même pour le plus rationnel de ses personnages de basculer dans l’irrationalité et ainsi l'autoritarisme. Avec le manque de moyen, le personnel aux fraises, les problèmes de tout part et ce besoin d'un coupable, d'un visage, d'un bouc émissaire, d'un épouvantail à faire payer pour les horreurs auxquels il est confronté pour aller mieux, même lui peut vriller. Tout ceci mène à une fin bouleversante au terme de laquelle je finis toujours par voir flou.
Ainsi c'est probablement à mon humble avis le film le plus juste sur le fait que regarder quelqu'un dans les yeux ne donne aucune preuve de culpabilité, mais aussi un film montrant à quel point la démocratie et la rationalité sont des choses fragiles qui peuvent vite être ébranlés.
Un de mes films préférés de tout les temps.
Parasite (2019)
Gisaengchoong
2 h 12 min. Sortie : 5 juin 2019 (France). Drame, Thriller, Comédie dramatique
Film de Bong Joon-Ho
Noe_G a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Deuxième chef d’œuvre. Je vais laisser décanter un peu et essayer de le revoir tant qu'il passe encore au cinéma pour être sûr de ma note et de ce que j'en pense, afin de rationaliser l'uppercut carabiné que je viens de me prendre au cinéma (au passage ça faisait longtemps que l'actualité en salle ne m'avait pas procuré un tel choc). En tout cas ça faisait longtemps que la lutte des classes n'avait pas été traité au cinéma de manière aussi virtuose, en n'hésitant pas à plonger la tête la première dans le cinéma de genre et l'humour le plus noir/absurde.
Mother (2009)
Madeo
2 h 08 min. Sortie : 27 janvier 2010 (France). Policier, Drame, Thriller
Film de Bong Joon-Ho
Noe_G a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Son film le plus désespéré.
Ce film est une sorte de miroir inversé de Memories of Murder. Là aussi il est question de savoir distinguer le vrai coupable du bouc émissaire. Ici aussi on a des policiers parfois peu scrupuleux, cependant on est du point de vue de l'accusé (enfin d'un proche surtout puisque le film se place du point de vue de la mère dès le début du deuxième quart du film) et non des policiers, ici l'injustice potentielle nous la vivons. Le rapport à la rationalité est également renversé ici il ne s'agit plus de savoir si tel accusé est le vrai coupable ou un bouc émissaire, ici il s'agit d'une mère intimement persuadé que son fils est innocent. Elle est prête à croire toute les pistes, les moindre on-dits les plus méprisables, tout les espoirs même les moins rationnels si cela peut amener à la conclusion que son fils est innocent.
Plus que jamais Bong Joon-Ho montre que des personnages médiocres peuvent être attachants. Ici tout le microcosme autour de la mère de l'accusé et de l'accusé de meurtre y passe. On peut faire quelques reproches très léger vis à vis de quelques petites facilités. Cependant le personnage de la mère montre à quel point les sentiments peuvent prendre le dessus sur la rationalité. Et ce même concernant le spectateur, qui face aux point de vue de la mère ne peut que ressentir de la compassion pour elle, malgré ses excès pourtant objectivement détestables. Ainsi il a tendance à la suivre dans ses pistes même les plus irrationnelles, a vouloir qu'elle ait raison sur l'innocence de son fils qui après tout semble être une victime du système Sud-Coréen qui semble indéfendable de son point de vue. La qualité d'interprétation du personnage par Kim Hye-Ja permettant une telle identification. Il faut aussi mentionner la musique magnifique d'introduction et de conlusion de Lee Byung-Woo : https://www.youtube.com/watch?v=HMZvrdZ86M8
Un film bouleversant.
Snowpiercer - Le Transperceneige (2013)
Snowpiercer
2 h 06 min. Sortie : 30 octobre 2013 (France). Science-fiction, Action
Film de Bong Joon-Ho
Noe_G a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Son grand blockbuster.
Peut être aussi son film qui divise le plus et que je trouve au regard des notes assez sous estimé. La première partie établit une histoire assez classique de lutte des classes. Cependant déjà là on sent un sacré travail sur l'ambiance presque "Gilliamesque" d'une certaine manière. Ainsi on observe un vrai travail sur le foisonnement de détails au sein des différents wagons afin d'offrir un microcosme vraiment marquant, où les personnages ont tous une trogne marquante (les acteurs sont tous au top et c'est un plaisir de voir Chris Evans sale le crâne rasé et barbu loin de son rôle de soldat sans peur et sans reproche dont on peut être habitué si l'on a trop été exposé au MCU). Au delà de la question de la lutte des classes qui saute évidemment aux yeux au sein de cet univers, on observe, par l'humour noir que Bong Joon-Ho manie si bien, les tenants essayant par toute une mythologie de nous convaincre, de convaincre les pauvres et même de se convaincre que ce microcosme au premier abord horriblement absurde est ce qu'il y a de plus rationnel dans leur monde.
Tout ceci fait qu'on ne peut qu'adhérer à cette révolte qui a des scènes extrêmement fortes, galvanisantes (la scène de l'allumette entre autre) en terme de mise en scène, mais qui marque aussi le début d'une progression dans l'horreur qui ne s'arrête pas.
Un point de bascule assez fort marque le début de la deuxième moitié du film, moins de scènes d'actions et la révolte y est peu à peu elle même déconstruite, apparaissant de plus en plus irrationnelle et perdant peu à peu sa logique initiale. Cependant ici la rationalité de l'ordre est si peu convaincant qu'il est compliqué pour les personnages de garder un quelconque sens de la rationalité (le discours de l'écosystème du train pendant la "dégustation de sushis" face à l'océan asséché est assez poétique à ce niveau là) et pour le dire simplement de ne pas péter totalement les plombs.
Bong Joon-Ho s'attaque là aussi à la petite médiocrité, en effet même si le film montre des hommes de mains particulièrement violents, au delà de cela il nous décrit surtout au fur et à mesure du film tout un système où chacun des rouages qui le composent en sont réduit à devenir médiocre, inhumain ou sinon à avoir une espérance de vie fragile. Le film ne serait finalement ainsi pas loin d'être aussi désespéré que Mother si la fin, ne laissait pas une ouverture. Son refus un peu fou de tout statut-quo donnant finalement un peu d'espoir.
The Host (2006)
Gwoemul
1 h 59 min. Sortie : 22 novembre 2006 (France). Action, Épouvante-Horreur, Science-fiction
Film de Bong Joon-Ho
Noe_G a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Son grand film de monstre.
Tout d'abord même si les effets spéciaux ne sont pas parfait, il y a quelques scènes un peu douteuse (dans le combat final) le monstre est quand même plutôt bien fait (ça ne m'étonne pas, j'ai vu les néo-zélandais de Weta workshop au générique pour la création du monstre).
Évidemment comme dans tout les grands films de monstres, le monstre en question n'est qu'un prétexte pour parler de la société dans laquelle il sévit. Ici la société Sud-Coréenne et les Américains faisant comme chez eux sont passés au crible. Au delà de la question de la simple dénonciation de la pollution, Bong Joon-Ho continue à explorer par la satire l'impact de l'irrationnel dans les microcosmes qu'il développe en montrant dans ce film basculement dans la folie de la société Sud-Coréenne et des Américains à la suite de la première attaque de la créature. C'est d'ailleurs à mon avis le film de Bong Joon-Ho plus drôle.
Les personnages qu'il développe dans ce film sont pour le coup pas les plus fins et nuancés qu'il ait pu créer. Il y a tout de même cette famille pathétique et ridicule au premier abord et puis finalement plus efficace et soudés face à ce monstre que le reste de la société Sud-Coréenne sombrant dans la panique et la peur, même si là aussi Bong Joon-Ho va au delà de leur médiocrité apparente, se moquant et s'attaquant davantage aux négligences des Américains, à l'incompétence des institutions à certains opportunistes et au sensationnalisme des médias qu'aux Sud-Coréens en question.
Mickey 17 (2025)
2 h 17 min. Sortie : 5 mars 2025 (France). Science-fiction, Action, Comédie
Film de Bong Joon-Ho
Noe_G a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Je dois dire qu’au début, j'étais un peu (voire pas mal) circonspect par ce concept de double un peu vu et revu (pour certaines scènes, j’avoue avoir pensé successivement à Double Dragon, Misfits et Volte-Face). Cela dit, j’ai aussi retrouvé avec plaisir le ton cartoonesque d’un récit aux personnages hauts en couleur, comme Bong Joon-ho sait les faire. De plus, il fait une satire sociale assez bien mise en scène, tout en étant de manière assez évidente un produit de l’ère du temps : les autocrates showmans messianiques qui ne savent pas réellement ce qu’ils font (quoique la vision de Bong Joon-ho soit très individualisante et c’est un peu tout le problème de la fin), le traitement des conditions de travail comme révélateurs du vrai visage d’une société (la meilleure utilisation de ce concept de double par Bong Joon-ho) et des « monstres » (entre guillemets, car bien sûr chez Bong Joon-ho, c'est toujours l’humain le pire des monstres) qui ne sont pas sans rappeler son travail sur les créatures marquantes de The Host et Okja, qui servaient aussi à une critique de la société. Également, mais surtout en fin de film, un discours assez prononcé et plutôt bien intégré au reste du film, sur la colonisation, qui n'était qu'assez peu présent dans ses films précédents.
Le vrai défaut étant surtout le happy end qui règle trop facilement tous les problèmes de l’intrigue avec une logique assez individualisante et simpliste pour conclure le film sur une note quasi utopique, à coup de petits artifices rhétoriques en voix off.
Barking Dog (2000)
Flandersui gae
1 h 50 min. Sortie : 19 février 2000 (Corée du Sud). Comédie
Film de Bong Joon-Ho
Noe_G a mis 7/10.
Annotation :
Son film matriciel.
Pour son premier long métrage, il part d'un simple immeuble et quelques-uns de ses résidents pour développer sa manière de raconter les histoires et développer les personnages. Il y travaille ainsi son regard comique acerbe et des personnages ambigus, ici souvent médiocres au premier abord, nuancés quand on regarde mieux, pour lesquels il a toujours au moins un peu d'empathie, avec une figure d'innocence. Il y travaille aussi tout un rapport à l'irrationalité et l'impact que cela peut avoir dans le microcosme qu'il développe (le rapport du personnage principal aux chiens, l'histoire du vieux gardien et le traitement du SDF à la fin) même si c'est léger dans ce film. En arrière-plan on peut observer aussi une légère critique des médias. Ces choses, on les retrouvera dans une certaine mesure dans tous ses films, peu importe le microcosme.
Je peux comprendre que l'on considère ce film comme un brouillon de ce que Bong Joon-Ho fera plus tard, car il y a certes des maladresses, la mise en scène n'est pas tout le temps extrêmement travaillée même s'il y a quelques audaces de temps à autre. De plus le microcosme où il fait cela est petit, il en a vite fait le tour, 1 heure 50 est peut-être un poil trop long pour ce qu'il a à raconter. Cela dit, dans ce cas, il s'agit d'un brouillon plus qu'honorable.
Okja (2017)
2 h. Sortie : 28 juin 2017 (France). Aventure, Drame, Science-fiction
film de Bong Joon-Ho
Noe_G a mis 7/10.
Annotation :
Son film le plus accessible.
Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un film pour la famille il y a tout de même des scènes difficiles, mais j'ai l'impression qu'avec ce film Bong Joon-Ho cherche presque à se mettre à hauteur d'enfant ou du moins à rendre son cinéma plus abordable. C'est aussi le film de Bong Joon-Ho dans lequel il doit y avoir probablement le plus de blagues et si certaines font vraiment mouche, certaines sont également un peu lourdes.
Il s'attaque dans ce film aux opérations médiatiques pour redorer l'image des marques industrielles, (les médias ont souvent été critiqué pour leur sensationnalisme dans les films de Bong Joon-Ho même si souvent hormis dans The Host c'était en arrière plan). Ici la question de l'irrationalité que Bong Joon-Ho aime développer dans ses films se manifeste par cet espoir absurde que le monde change simplement à l'aide d'images chocs, de storytellings forts et de grands slogans marketing.
Le manque d'ambiguïté des personnages est le point faible de ce Bong Joon-Ho par rapport à ses autres films. On a des méchants pas très fins et dont la méchanceté est exagérée par leurs cabotinages et des gentils plein de bonnes intentions. Ainsi Jake Gyllenhaal est notamment totalement en roue libre c'est n'importe quoi je ne comprends pas le choix de Bong Joon-Ho avec ce personnage, il est irritant et ridicule. Tilda Swinton exagère trop son jeu par rapport à son rôle dans ce film. Le rapport de l'héroïne à Okja est assez touchant cela dit, il y a une vraie tendresse et une vraie innocence qui fonctionne (il y a toujours eu un personnage comme cela dans les films de Bong Joon-Ho faisant office de lueur d'espoir -sauf dans Memories of Murder- mais il n'avait jamais eu une telle importance). On a tout de même ce groupe rebelles de bras cassés enchaînant les erreurs dans un espoir assez naïf de changer le monde à eux tout seul et par là même inspirant de la sympathie. Il est cependant difficile de croire que leurs opérations d'amateurs soient bien menés face à une entreprise aussi puissante. A la fin Bong Joon-Ho appuie aussi un peu trop lourdement certaines scènes avec les cochons, de même les scènes de Okja en cage sont assez poussives, même si il a l'intelligence de ne pas tout montrer directement.
Pour finir je dois dire que j'aime quand même beaucoup l'ironie de faire un film critique sur la consommation de masse à visage branché et certains de ses détracteurs bras cassés sur une plateforme comme Netflix.










