Les meilleurs films des années 2020
Top 50 - 1. Une bataille après l'autre, 2. Licorice Pizza, 3. Perfect Days, 4. Les Graines du figuier sauvage, 5. Les Filles d'Olfa.
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Cinq longs métrages qui me semblent refléter et représenter les années 2020, entre l'instabilité mondiale, la crise du Covid et le monde d'après (Perfect Days), le mouvement Femme Vie Liberté en Iran (Les Graines du figuier sauvage), l'Amérique trumpiste dégénérée et son impact sur le monde entier (Une bataille après l'autre), l'emprise de l'Etat islamique au Moyen Orient (Les Filles d'Olfa)... et le besoin de se réfugier parfois dans la nostalgie et un passé quelque peu fantasmé, comme dans Licorice Pizza, un film réjouissant et magnifique, petite parenthèse enchantée au milieu d'une actualité anxiogène...
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50 films
créée il y a environ 2 ans · modifiée il y a environ 1 moisUne bataille après l'autre (2025)
One Battle After Another
2 h 42 min. Sortie : 24 septembre 2025 (France). Comédie, Drame, Thriller
Film de Paul Thomas Anderson
Arthur Debussy a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
A ce jour, il s'agit pour moi du meilleur film des années 2020, tant il est un miroir de notre époque...
Une bataille après l'autre met du temps à démarrer, mais devient bien assez vite le film complètement fou et jubilatoire tant vanté par un good buzz mérité.
Encore une fois, Paul Thomas Anderson démontre qu'il est l'un des tous meilleurs réalisateurs américains en activité, jamais là où l'attend.
Je suis surpris de lire parfois que PT Anderson n'est pas assez, voire pas du tout politique avec ce film. Au contraire, c'est certainement son long métrage le plus politique, et les références nombreuses à l'Amérique trumpiste d'aujourd'hui sont évidentes. Le souligner davantage aurait été too much. Et pardon, mais ça fait du bien de voir un réalisateur qui fasse confiance à son public pour comprendre ce qui se passe à l'écran.
Le film est un festival de séquences d'action haletantes et drôlissimes, servies par un excellent casting. Big up à Leonardo DiCaprio, magistral en père looser et sensible, dépassé par les événements, mais très attachant. Mention spéciale à Chase Infiniti, jeune actrice prometteuse. Et bien sûr, je n'oublie pas Sean Penn, inoubliable en militaire suprémaciste complètement barge.
Tout comme Licorice Pizza, mais en beaucoup moins léger (Une bataille après l'autre est plutôt un thriller), ce long métrage est un grand moment de cinéma complètement réjouissant et virtuose. Qu'est-ce que ça fait du bien de voir de tels films !
Nino (2025)
1 h 36 min. Sortie : 17 septembre 2025. Drame
Film de Pauline Loquès
Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
C’est tout ce que j’aime dans le cinéma, ce genre de belles surprises. Ça fait un moment que j’entends beaucoup de bien de Nino de Pauline Loquès, notamment de la part d’ami-es proches. Au point que bien après la bataille, je me sois décidé à enfin aller le découvrir en salles, à peu près sûr de mon coup.
Et en effet – ce qui n’est pas si courant – Nino a tenu toutes ses promesses. J’ai été conquis par la finesse et l’intelligence de l’écriture cinématographique de Pauline Loquès, aidée de Maud Ameline. On alterne régulièrement le rire et les larmes, parfois en quelques secondes ou en même temps, émus qu’on est par ces personnages très attachants, et notamment ce grand échalas de Nino, incarné à la perfection par un Théodore Pellerin magnétique, bouleversant de force tranquille et de fragilité à la fois.
Rares sont les films à savoir rendre compte à la fois de la complexité et de la beauté de la vie. A ne rien omettre des difficultés que nous rencontrons, sans pour autant s’enfermer dans l’amertume, mais au contraire en laissant percer l’espoir.
Nino est en cela un film particulièrement précieux, et un très gros coup de cœur en ce qui me concerne, qui vient chambouler tout ce que j’ai vu cette année, pour arriver directement dans mon top 3. Je suis loin d’avoir vu tous les films sortis en 2025, et mon top évoluera peut-être. Mais au-delà de tout classement, voilà un film qui m’a marqué, à la fois par son sujet et son traitement, et par cette conception du cinéma qui me parle beaucoup, là, tout de suite.
Licorice Pizza (2021)
2 h 13 min. Sortie : 5 janvier 2022 (France). Comédie dramatique, Romance
Film de Paul Thomas Anderson
Arthur Debussy a mis 8/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.
Annotation :
Après un Phantom Thread froid comme la mort, Anderson nous livre cette merveille pleine de vie. Un film très attachant, à l'image de son duo d'acteurs principaux. On rit beaucoup devant ce long métrage à la fois léger et profond, insouciant comme peut l'être l'adolescence ou comme l'était la Californie dans les années 70.
On peut presque établir une filiation avec Lubitsch par ces personnages qui ont tous leurs petits défauts ou leurs petites manies, mais qui en cela paraissent vraiment humains. On sent une immense tendresse d'Anderson pour chacun de ses personnages, des principaux aux figurants.
Gros coup de cœur pour ce film, ça faisait longtemps que je rêvais d'être de nouveau emballé par un long métrage d'Anderson, et là je le suis complètement. Un vrai plaisir que ce Licorice Pizza, qui sort l'hiver mais qui est printanier et solaire, plein de promesses tenues.
Perfect Days (2023)
2 h 03 min. Sortie : 29 novembre 2023 (France). Drame
Film de Wim Wenders
Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Encore un film qui relève davantage du 7,5/10, au premier abord, par sa modestie apparente. Mais la maîtrise totale de Wenders en fait un grand film de plus à mettre à son actif, et Wim m'incite à la générosité par la sienne. D'une grande subtilité, porté quasi exclusivement par le formidable Kōji Yakusho, qui a amplement mérité son prix à Cannes, Perfect Days est un film vraiment magnifique. Simple et beau comme l'est la vie.
L'hommage à Ozu est évident, mais on retrouve beaucoup de Wim Wenders dans ce film, notamment par sa bande son très anglo saxonne et très rock, qui confère un aspect presque road movie à ce long métrage, alors qu'il ne se déroule qu'à Tokyo... Même si le héros use beaucoup de sa camionnette pour traverser la ville (nombreux sont les plans à tomber par terre...).
Si le pitch vous fait peur, sachez que Wim Wenders m'a passionné du début à la fin, 2h durant, avec cette histoire toute simple d'homme qui nettoie consciencieusement les toilettes tokyoïtes. Bien entendu, cette trame n'est qu'un prétexte, et par sa virtuosité Wim Wenders la transforme en une méditation profonde sur (le sens de) la vie. Respect total pour cet immense cinéaste et cet acteur génial, qui font de ce film une pure merveille.
Les Graines du figuier sauvage (2024)
Daneh Anjeer Moghadas
2 h 46 min. Sortie : 18 septembre 2024 (France). Drame
Film de Mohammad Rasoulof
Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Grosse grosse claque, avec ce long métrage implacable, impressionnant de maîtrise. Mohammad Rasoulof a non seulement du cran et un sacré courage, qui force le respect. Mais c'est en plus un cinéaste doué, qui filme avec talent la désagrégation d'une famille et d'un pays, l'Iran, qui s'autodétruit et tue sa population sous le joug des mollahs, dans un déluge de violence... Et en même temps, Rasoulof filme l'espoir. Celui que portent des femmes, mêmes des enfants, et des hommes, qui se battent pour leur liberté et leur dignité...
C'est un film dur, réaliste, et en même temps humain, montrant toutes les contradictions d'un régime qui monte les Iraniens les uns contre les autres, jusque dans les familles, dans une logique patriarcale, brutale et rétrograde...
La situation en Iran a paru un temps donner de l'espoir avec le mouvement Femmes Vie Liberté, mais la répression s'abat toujours plus violemment... Le courage de ces gens est incroyable, inimaginable pour nous Français, qui nous plaignons de tout...
Il est d'ailleurs remarquable et éloquent que les deux héroïnes de ce films soient deux adolescentes, pleines d'audace. Espérons que le régime théocratique iranien tombe enfin, que ce peuple héroïque puisse goûter pleinement à cette liberté tant méritée...
Les Filles d'Olfa (2023)
1 h 47 min. Sortie : 5 juillet 2023. Société
Documentaire de Kaouther Ben Hania
Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Énorme chef-d’œuvre. Oui, chef-d’œuvre. Le mot n'est clairement pas usurpé. Un film bouleversant, une énorme claque. Kaouther Ben Hania est à la fois une très grande cinéaste et une très grande scénariste. Le dispositif qu'elle a monté est d'une grande intelligence et en même temps très troublant.
Il permet de raconter l'indicible, cette histoire extrêmement douloureuse, d'Olfa et de ses quatre filles. Je ne peux que saluer Olfa et ses deux plus jeunes filles, qui jouent leur propre rôle et crèvent l'écran. Mais je ne peux que m'incliner également devant Kaouther Ben Hania, qui livre un film d'une grande finesse et d'une grande subtilité, ainsi que d'une profondeur et d'une richesse incommensurables.
Il y aurait tellement à dire sur les nombreux sujets qu'elle brasse avec talent... Car elle met le doigt là où ça fait mal. Ce film est tellement riche sur le fond... Je salue également le courage de la cinéaste, qui a réalisé un film sans concession. Toujours pudique, mais très critique, car très réaliste, sur la condition de la femme en Tunisie. Et le courage d'Olfa et de ses deux filles, qui se battent contre le djihadisme, à visage découvert...
Total respect pour ce film et son équipe. Je ne peux que vous inciter à le voir. Pour moi, à ce jour et de loin, c'est le meilleur film de 2023... et le plus marquant.
Le Garçon et le Héron (2023)
Kimitachi wa dô ikiru ka
2 h 04 min. Sortie : 1 novembre 2023 (France). Animation, Aventure, Drame
Long-métrage d'animation de Hayao Miyazaki
Arthur Debussy a mis 8/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.
Annotation :
Probablement l'un des films les moins aimables et les plus complexes de Miyazaki, passablement hermétique. Un film qui en désarçonnera sans doute beaucoup. Et qui comporte, il est vrai, certains défauts, notamment un manque de maîtrise et de liant dans la narration.
Mais je lis souvent que le jeune héros manque de personnalité et qu'on ne s'y attache guère... Pas d'accord, moi je trouve que c'est un très bon héros miyazakien, pour une fois qu'il s'agit d'un garçon d'ailleurs ! Je m'y suis complètement attaché. Quant à l'autre jeune héroïne féminine, les rares fois où elle apparaît, elle a une telle présence, que non, décidément, je ne peux pas décemment affirmer que ces deux personnages sont ratés, au contraire. Même si, bien sûr, j'aurais aimé qu'ils soient encore plus développés.
Ce film m'a vraiment surpris, car Miyazaki va là où on ne l'attend pas. Graphiquement, il ose de nouvelles techniques, ce qui étonne quand on connaît le canon ghiblien si strict et si familier habituellement.
Et sur le fond, tout est tellement riche et complexe, que je me retrouve comme lorsque j'avais découvert Le Voyage de Chihiro, le premier film de Miyazaki (et Ghibli) que j'aie vu en entier : impressionné, avec le sentiment de ne pas avoir tout compris... Même si on ne va pas se mentir, Chihiro m'a immédiatement mis une énorme claque et j'ai passé un moment magique. Là, mon sentiment est plus mitigé, mais il faut dire que nous sommes face à une œuvre d'une exceptionnelle gravité, où la mort est omniprésente, ce qui offre moins l'occasion de se réjouir...
Conclusion : je pense que là encore, un second visionnage s'impose prochainement, pour tenter de mieux appréhender ce film si particulier.
Killers of the Flower Moon (2023)
3 h 26 min. Sortie : 18 octobre 2023 (France). Drame, Policier, Thriller
Film de Martin Scorsese
Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Voilà que j'ajoute ce film à mon top des meilleurs Scorsese... et il arrive directement tout en haut ! Mais je n'en suis qu'à moitié surpris. Je dois dire que je ne suis pas vraiment un fan de Marty, donc mon avis n'est pas forcément représentatif, même si j'admire un certain nombre de ses films. En effet, je trouve que le bougre a une filmographie inégale. Mais pour une fois, voilà un de ses films qui allie virtuosité esthétique et profondeur du fond, en se basant sur un récit terrible. Qui, sans beaucoup extrapoler, est également le récit de la fondation des Etats-Unis.
Il fallait donc bien 3h30 pour déployer ce récit... Et Scorsese ne perd pas une seconde. C'est là la marque des grands réalisateurs - et je m'incline. Sur un film d'une telle durée, il n'y a pas un plan de trop. Chaque image, chaque parole, chaque silence est nécessaire pour ancrer cette fresque aux multiples niveaux de lecture, qui vient se placer sans sourciller face à des monuments tels que Naissance d'une Nation de Griffith, rien que ça (à noter que je ne l'ai pas vu, mais tout le monde le connaît de réputation).
La réalisation est d'une grande efficacité, osant certaines séquences originales. Mais l'autre grand atout de ce film, c'est surtout ses acteurs, et notamment le trio de tête : Leonardo DiCaprio (exceptionnel), Robert De Niro (en très grande forme), et la révélation de ce film, la charismatique Lily Gladstone.
Après son semi échec de The Irishman, Scorsese était attendu au tournant. Encore un très long métrage, allait-il réussir à retrouver les sommets de sa filmographie ? La réponse est clairement oui, he did it.
Je ne peux que vous inciter à aller voir ce long métrage. Attention, c'est un film d'une facture très classique. C'est d'ailleurs un classique instantané, un film intemporel et déjà clé dans sa filmographie, une œuvre dont on parlera encore longtemps. Mais plus que par sa forme, c'est par son fond qu'il éblouit, avec ce scénario machiavélique... qui n'est autre que le reflet d'un réel crime de masse, le génocide amérindien...
Les Feuilles mortes (2023)
Kuolleet lehdet
1 h 21 min. Sortie : 20 septembre 2023 (France). Comédie, Drame, Romance
Film de Aki Kaurismäki
Arthur Debussy a mis 8/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.
Annotation :
Ce sera donc un 8/10. A vrai dire j'hésitais avec un 7 (7,5 pour être précis), car Les Feuilles Mortes m'a donné l'impression d'être un film très simple. Trop simple ? Peut-être... Ou peut-être pas. J'ai très envie de le revoir en salles, et j'anticipe, car je suis certain que de toutes les façons, j'aurais fini par mettre un 8. Soit pour moi la note des chefs-d’œuvre, même les "petits" chefs-d’œuvre comme celui-ci.
Car la simplicité apparentes des Feuilles Mortes est très trompeuse. Comme le disait je ne sais plus qui, ce film ne dure que 1h21 (ce qui nous laisse un peu sur notre faim)... Mais il a fallu 43 ans de carrière à Aki Kaurismäki pour en arriver là.
Dans ce film, chaque image fait mouche. Chaque plan est savamment construit. Avec une beauté simple, discrète. Mais réelle. Avec un côté artificiel... et en même temps vivant, concret. Aki Kaurismäki, c'est un peu le poète du réel, une sorte d'héritier du réalisme poétique de Prévert et Carné, mais à sa façon... D'ailleurs, il n'est pas anodin que la célèbre chanson de Prévert donne son titre à ce magnifique long métrage.
Chaque plan, chaque geste, chaque chanson vient sublimer ce film. Mais le summum, ce sont les corps et les visages de nos deux héros principaux. Un regard, une attitude... et puis un sourire... viennent chavirer notre cœur.
Pour moi, il s'agit d'un classique instantané. Un film qu'on aura un très grand plaisir à revoir dans 5, 10, 50 ans. Pour nous qui connaissions déjà Aki Kaurismäki (un tout petit peu pour ma part), nous nous sentons peut-être trop en terrain connu. Et puis, cette sublime bande-annonce (une des meilleures que j'aie vues ces 10 dernières années) dévoilait sans doute trop du film, le desservant ainsi. Mais je pense sincèrement qu'il s'agit une fois de plus d'un "grand petit film" pour Aki Kaurismäki : un film modeste en apparence, mais d'une très grande générosité et d'une très grande maîtrise, qui durera...
Un simple accident (2025)
Yek tasadef sadeh
1 h 42 min. Sortie : 1 octobre 2025 (France). Thriller, Drame
Film de Jafar Panahi
Arthur Debussy a mis 8/10.
Annotation :
Grand film de Jafar Panahi, qui déboulonne la statue branlante du régime iranien avec une économie de moyens remarquables. Il est intéressant de comparer Un simple accident avec l'autre film iranien de la compétition cannoise : Woman and Child de Saeed Roustaee. Un excellent film au demeurant. Mais il passe par beaucoup d’esbroufe en termes de mise en scène, de scénario et de dialogues tortueux, quand le film de Panahi est un modèle de concision et d'efficacité. Son humanisme à la fois lucide et bonhomme rappelle les grands maîtres du western classique, tels John Ford, le van du film ressemblant à la diligence de La Chevauchée Fantastique, où des personnages contraints de rester ensemble et de se supporter incarnent toutes les nuances de l'humanité.
Mais Un simple accident n'est pas qu'une simple tragicomédie. C'est une réflexion vertigineuse sur la violence, la justice et le mal. Comment combattre ce dernier sans tomber sous son emprise ? La réponse est loin d'être simple. On le sait depuis longtemps, l'art nous prenant d'ailleurs à témoin, la vengeance peut être amère.
Jafar Panahi livre donc un film simple en apparence, mais riche et complexe, porté par de talentueux interprètes, et une mise en scène limpide, mais qui ça et là démontre le savoir-faire indéniable du cinéaste iranien.
J'ai vu l'autre grand favori de Cannes 2025, Un agent secret de Kleber Mendonça Filho, et après l'erreur de l'an passé (La Graine et le Figuier de Mohammad Rasoulof aurait clairement dû être sacré au lieu d'Anora), le jury de Juliette Binoche semble ne pas s'être trompé : Un simple accident est une belle et évidente Palme d'Or.
Dahomey (2024)
1 h 08 min. Sortie : 11 septembre 2024 (France). Société
Documentaire de Mati Diop
Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Quel film ! Mati Diop livre un long métrage remarquable, une œuvre hybride qui déconcerte aussi bien la critique que le public (quoi, ce n'est ni un documentaire ni une fiction, mais les deux, et bien plus encore ?!).
La cinéaste franco-sénégalaise réalise le film qu'il fallait faire sur le processus de restitution des œuvres d'art pillées par les occidentaux en Afrique, processus qui commence à peine, et qui charrie beaucoup débats, mais qui ouvre aussi à beaucoup d'espoir.
Dahomey n'est pas une œuvre didactique, comme pourrait l'être un simple documentaire télévisé. C'est un beau film de cinéma, à l'esthétique très travaillée, mais aussi et avant tout un film politique et sociologique.
Mati Diop, pour l'occasion, a lancé un débat dans une université béninoise, donnant la parole à de jeunes étudiants du Bénin, au sujet de cette restitution. Un passage passionnant et intellectuellement très stimulant (humainement aussi).
J'ai également beaucoup apprécié la sensibilité de ce film et de son autrice-réalisatrice, qui s'exprime notamment par cette statue majestueuse qui prend plusieurs fois la parole, du fin fond des siècles et dans notre monde d'aujourd'hui. Dahomey est un film magnifique, primé à raison par un Ours d'Or du meilleur film au dernier Festival de Berlin.
Green Border (2023)
Zielona granica
2 h 27 min. Sortie : 7 février 2024 (France). Drame
Film de Agnieszka Holland
Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Un film indispensable. Beau et bon film, terrible et poignant, qui documente la façon dont la Biélorussie, téléguidée par Poutine, utilise les migrants pour exercer un chantage et une pression sur la Pologne, et ainsi sur l'Union Européenne.
Réaliste et équilibré, ce film ne montre pas que le point de vue des migrants, mais aussi celui des gardes-frontière polonais et d'activistes locaux. Une façon de montrer que ce drame touche tout le monde, des militaires aux civils.
Agnès Holland a tout mon respect. Après avoir exercé son métier sous le joug communiste et en avoir dénoncé les crimes contre l'humanité, voilà qu'elle est trainée dans la boue par le parti d'extrême-droite Droit et Justice (PiS) en Pologne, qui a mené une campagne extrêmement violente et dégradante contre la cinéaste et son équipe. On voit qu'elle a touché un point sensible, en dénonçant les incohérences et l'inhumanité de la politique migratoire de la Pologne et de l'Union Européenne...
Fermer les yeux (2023)
Cerrar los ojos
2 h 49 min. Sortie : 16 août 2023 (France). Drame
Film de Victor Erice
Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Premier visionnage : 7/10
Magnifique film. Imparfait, mais vivant, gorgé d'émotion, d'une grande beauté et d'une grande poésie. Je ne pensais pas, un jour, voir un film d'Erice à sa sortie au cinéma... Je mesure ma chance. Notre chance. Ce cinéaste s'est fait rare. Son film porte sans doute le souvenir de ces projets qui n'ont pas vu le jour, Erice sachant mieux que personne ce qu'est le silence... Une chose bien difficile pour un artiste qui a tant de choses à exprimer. Ce film est donc un magnifique cadeau qu'il nous fait. Je n'ai pas tout saisi et j'ai parfois été un peu déçu, mais je suis certain que je le regarderai de nouveau avec un grand plaisir, et que j'y découvrirai sans doute de nouvelles choses. Merci Monsieur Erice.
Second visionnage : 8/10
Revu en salle et +1, c'était obligé. Le seul autre film que j'ai vu 2 fois en salles, c'était Parasite. Fermer les yeux soutient largement la comparaison, je le trouve même meilleur. Scandaleux qu'il ait été évincé de la compétition cannoise (Erice était fou de rage)... Sans avoir vu le film de Triet, dont j'ai plein de bons échos, je pense que le long métrage d'Erice était un concurrent sérieux pour la Palme...
Fermer les yeux m'a fait une très grande impression. Il est imparfait certes. Mais d'une beauté... Avec un sens du rythme inouï : le montage est parfait, chaque plan semble vivre de lui-même, et l'on prend beaucoup de plaisir à chaque seconde qui s'égrène. Il y a quelques longueurs dans le troisième quart du film, mais le final est sublime. Je pense qu'on peut parler de chef-d’œuvre, un de plus pour Erice, cinéaste rare mais précieux.
Sirocco et le royaume des courants d’air (2023)
1 h 20 min. Sortie : 13 décembre 2023. Animation, Aventure, Fantastique
Long-métrage d'animation de Benoît Chieux
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Passé quasiment inaperçu à sa sortie fin 2023, Sirocco et le Royaume des courants d’air est un magnifique film d’animation français de Benoît Chieux, qui prouve combien la France est une nation qui compte dans ce domaine.
Benoît Chieux rend un hommage explicite à Hayao Miyazaki, mais il réussit à proposer un film personnel, à l’esthétique belle à pleurer. Le character design des principaux protagonistes, les décors envoûtants, tous ces petits personnages amusants et inventifs, font de ce long métrage une ode à l’imagination.
Il faut aussi saluer le scénariste Alain Gagnol, qui a épaulé Benoît Chieux et à qui on doit une grande partie de ce monde fantastique aux nombreux attraits. Saluons pour finir Pablo Pico, le compositeur de la belle bande son de ce film, qui signe une partition ample et majestueuse, parfaite pour donner vie aux images animées. Il faut dire que comme un certain Hayao Miyazaki, Benoît Chieux accorde beaucoup d’importance au rapport son/musique et images. Il pense son film comme un tout, où chaque élément, chaque détail, contribue à la cohérence et à la beauté de l’ensemble.
J’attendais beaucoup de ce film, et même s’il n’a pas la perfection d’un Ghibli des grands soirs, il ne m’a pas déçu. Car au-delà des images, très inventives et inspirées, pointe l’émotion, qui nous fait chavirer alors que le film touche à sa fin. Je ne peux qu’inciter les spectateurs et spectatrices, petits et grands – car ce film s’adresse à tous – à aller découvrir ce superbe long métrage qu’est Sirocco et le Royaume des courants d’air, qui démontre le pouvoir de créativité sans limite de l’animation.
Les Bonnes Étoiles (2022)
Beurokeo
2 h 09 min. Sortie : 7 décembre 2022 (France). Comédie dramatique
Film de Hirokazu Kore-eda
Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.
Annotation :
Superbe film, poétique, sensible, drôle, touchant... Une petite merveille portée par d'excellents acteurs, dont le génial Song Kang-Ho, qui méritait son prix à Cannes.
Un film multiple : en cela il a un côté très coréen, mais c'est aussi le propre des longs métrages de Kore-Eda. C'est aussi bien un drame social qu'une comédie décalée, mais jamais dans l'excès, toujours dans la nuance, avec un côté doux-amer très japonais.
On y rit de bon cœur, on verse des larmes, et surtout on s'attache à ces personnages cabossés et imparfaits, tellement humains. Humaniste, le mot est lâché. Un qualificatif qui caractérise le cinéma de Kore-Eda. Du beau, et même du très beau cinéma, comme on aimerait en voir plus souvent.
Drunk (2020)
Druk
1 h 55 min. Sortie : 14 octobre 2020 (France). Comédie dramatique
Film de Thomas Vinterberg
Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.
Annotation :
Un film brillant, puissant et ambigu. Une vraie réussite pour un Thomas Vintergberg qui revient enfin à du vrai et bon cinéma.
Decision to Leave (2022)
Heeojil Gyeolsim
2 h 18 min. Sortie : 29 juin 2022. Thriller, Drame, Romance
Film de Park Chan-Wook
Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.
Annotation :
Une belle réussite : un film ambitieux, à la réalisation somptueuse, porté par des acteurs habités. Une histoire d'amour vénéneuse brillamment mise en images, avec des plans surprenants sur le moment, et qui restent longtemps en mémoire une fois le long métrage fini... Clairement un des meilleurs films de Park Chan-wook, vétéran du cinéma coréen qui n'a pas perdu la main, bien au contraire.
La Chimère (2023)
La Chimera
2 h 13 min. Sortie : 6 décembre 2023 (France). Comédie dramatique
Film de Alice Rohrwacher
Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.
Annotation :
Une belle réussite pour Alice Rohrwacher, après un Heureux comme Lazzaro qui m'avait profondément déçu. Ici, la cinéaste italienne livre un film abouti, avec une certaine épaisseur, convoquant l'histoire de l'Italie, les mythes antiques ou la société de sur-consommation depuis les années 1980.
Mais il est avant tout question de mystère et de poésie, de chimères que tout le monde poursuit à sa façon. Celle d'Arthur est son aimée, qu'il a perdue et qu'il tente de retrouver. Mais peut-être est-il lui-même un homme d'autrefois, un mythe à lui tout seul.
Toutes ces figures actuelles et passées nous emportent dans leur sillage, à travers une rêverie poétique, nous amenant également à réfléchir sur notre monde contemporain. Si La Chimère comporte tout de même quelques faiblesses, c'est un film réussi, assez fascinant...
They Shot the Piano Player (2023)
1 h 40 min. Sortie : 31 janvier 2024 (France). Animation, Drame, Historique
Long-métrage d'animation de Fernando Trueba et Javier Mariscal
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Magnifique et bouleversant, They Shot The Piano Player est un hommage vibrant au génial pianiste brésilien Francisco Tenório Júnior, disparu pendant la dictature brésilienne, dans les années 1970. Le film rend également hommage à tous les maîtres de la bossa nova, dont beaucoup sont présents (par le biais d'interviews audio) dans ce long métrage, accompagnés d'une superbe bande son. Au total, le film est autant artistique que politique, servi par une animation au budget modeste, mais qui tire pleinement parti de ses limites pour proposer un visuel aux couleurs éblouissantes. Ce film est une petite pépite, que je ne peux que recommander.
Megalopolis (2024)
2 h 18 min. Sortie : 25 septembre 2024 (France). Drame, Science-fiction
Film de Francis Ford Coppola
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Je crois que je n'ai pas compris ce qui m'est arrivé, je n'étais pas prêt à ça...
Je partais au cinéma sûr d'avoir affaire à un nanard gênant... Et même si Megalopolis l'est un peu, j'ai finalement bien aimé, contre toute attente... Il y a plein de trucs que je n'aime pas, certes : cette vulgarité omniprésente, ce kitsch pompier, ce propos pas franchement très fin... Et en même temps, il y a un tel élan de cinéma, une telle soif et une telle joie de créer, un côté tout de même assez visionnaire par moments, même si c'est un film qui se base beaucoup sur le passé... Tout cela m'a emporté et me fait dire que les critiques complètement négatives sont excessives.
Qu'on puisse ne pas aimer ou détester ce film, je le comprends totalement. Coppola tend régulièrement le bâton pour se faire battre. Mais dire que ce film est nul ou sans intérêt, non je ne suis pas d'accord. C'est plutôt un brouillon complètement fou, plein d'idées lancées dans tous les sens, dont beaucoup sont inabouties, mais dont certaines relèvent du génie il me semble.
Megalopolis est un chaudron bouillonnant, un machin complètement épuisant... mais que j'ai trouvé passionnant. Je n'ai plus qu'une chose en tête : aller le revoir au cinéma, pour tenter d'y voir un peu plus clair !
Illusions perdues (2021)
2 h 29 min. Sortie : 20 octobre 2021. Drame, Historique
Film de Xavier Giannoli
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Quel plaisir de découvrir (avec du retard) un bon film français historique, ambitieux et réussi ! Toutefois, ce succès, Illusions Perdues le doit avant tout au génie de Balzac et à ses acteurs et actrices, tous et toutes formidables. Mention spéciale pour Cécile de France et Xavier Dolan (vraiment excellent), qui incarnent à la perfection peut-être les plus beaux personnages du film (je sais que certains autres personnages du roman - que je n'ai pas lu - ont été supprimés ou transformés).
Quant à Xavier Giannoli, j'ai été déçu par ses choix de mise en scène (assez plate), de photographie (téléfilmesque, mais ça vient sans doute aussi de sa mise en scène molle) et par la direction artistique, plutôt luxueuse, mais un peu trop artificielle à mon goût. Ajoutons des choix musicaux surprenants : avant tout de la musique baroque (beaucoup de Vivaldi)... Ok, ça a du style, mais à l'époque de l'intrigue, il y avait aussi de la belle musique qu'il eut été beaucoup plus opportun de mettre en avant... Pour finir, malgré le talent des acteurs, on sent une faiblesse dans leur direction, et un montage pas assez sec, ce qui génère quelques moments de flottement dans le jeu de certains comédiens... Sans parler des tentatives de relier maladroitement le film à notre époque actuelle : plutôt une bonne idée, mais qui aurait mérité davantage de finesse... Donc assez déçu par Giannoli, dont c'est le premier film que je vois.
Mais il s'en sort tout de même honorablement, et dans l'ensemble ce film est à la fois un vrai spectacle et une fête pour l'esprit. J'ai donc été sous le charme... et je n'ai qu'une envie : lire le livre de Balzac !
Asteroid City (2023)
1 h 44 min. Sortie : 21 juin 2023 (France). Comédie dramatique, Science-fiction
Film de Wes Anderson
Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.
Annotation :
Encore une belle réussite pour Wes Anderson, à mon sens. Bien loin de n'être qu'une réflexion sur les quarantaines vécues difficilement lors de la période d'épidémie de Covid 19, c'est un film drôle et subtil, baigné d'une ambiance douce-amère, incarnée notamment par le couple principal, formé par Jason Schwartzman et Scarlett Johansson, particulièrement attachant. Alors certes, c'est un film très verbeux, mais virtuose formellement, et surtout avec une vraie sensibilité qui perce ici et là, craquelant le vernis esthétique pour nous toucher droit au cœur. Sous le masque de la mise en scène très travaillée et de l'humour omniprésent, on sent un Wes Anderson très humain, attaché à ses personnages et à une certaine idée de la vie, pleine de panache. Bravo et merci, Wes.
The French Dispatch (2021)
1 h 43 min. Sortie : 27 octobre 2021 (France). Comédie dramatique
Film de Wes Anderson
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Une fois de plus, j'arrive après la bataille, 4 ans après que ce film soit sorti en salles... ce qui me permet au moins de le prendre avec un peu plus de recul et d'objectivité, même si c'est toujours la subjectivité qui prend le dessus, of course.
Wes nous sort un film à sketch, qui lui offre l'opportunité de déclarer son amour à la France... tout en s'en moquant avec drôlerie et respect à la fois. C'est un véritable festival de clichés, mais façon Wes Anderson, donc toujours intelligents, à prendre au 10ème degré, et attachants.
The French Dispatch est construit comme un magazine, avec un édito, quelques petits textes, et trois grands articles, soit autant de courts ou moyens métrages. Forcément, comme tout film à sketchs, ceux-ci sont inégaux. Pour ma part, j'ai eu un coup de cœur pour le bref segment avec Owen Wilson, et pour les deux derniers grands chapitres : celui sur la révolte étudiante et celui sur le film policier détourné.
J'ai bien aimé le premier grand chapitre, sur l'artiste prisonnier : c'est peut-être le plus maîtrisé. Mais c'est également le plus froid et le plus terne (volontairement), notamment avec le personnage féminin incarné par Léa Seydoux, qui joue littéralement comme une porte de prison... Je ne me suis pas attaché à son personnage, alors que le reste de la distribution de The French Dispatch regorge de rôles attachants, comme toujours chez Wes. J'ai donc préféré le reste du long métrage.
Le segment central, qui rejoue mai 68 en s'en moquant gentiment, est dans l'ensemble très sympa avec cet esprit sixties, jusque dans la bande son. Le couple formé par Timothée Chalamet et Lyna Khoudri fonctionne, celui formé par Chalamet et Frances McDormand moins, mais ça passe quand même. Dommage que Lyna Khoudri ne soit pas bien dirigée... Sa diction n'est pas très crédible (c'est un peu pareil avec Chalamet ceci dit), comme son rôle dans Les Trois Mousquetaires, alors que je l'avais trouvé excellente dans Papicha de Mounia Meddour. Peut-être qu'elle n'est pas à l'aise avec les dialogues trop écrits. Pour autant, sa présence scénique est un des atouts du film, à mon sens.
Le troisième et dernier grand chapitre, celui sur le cuistot policier (sic !), m'a également beaucoup plu. Anderson rend hommage aux polars français des années 50 et 60, et en même temps à la gastronomie française, qui met tout le monde d'accord : flics et gangsters :-). Et puis le passage en dessin animé est très réussi : il y a un côté ligne claire à la Blake et Mort
Toute la beauté et le sang versé (2022)
All the Beauty and the Bloodshed
1 h 57 min. Sortie : 15 mars 2023 (France). Société, Art, Photographie
Documentaire de Laura Poitras
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Un magnifique long métrage sur Nan Goldin, sa vie, son œuvre de photographe, et son combat contre la famille Sackler et les opiacés. C'est un film multiple, qui traite plusieurs époques : l'enfance de Nan dans les années 1950-60, faite de drames familiaux ; la maturité, les expériences sexuelles et l'art de la photographie dans les années 1960-1980 ; la période SIDA et Act Up dans les années 80-90 ; et plus récemment, son engagement contre les opiacés dans les années 2010-2020.
Le documentaire est un peu disparate, mais il montre que tous ces aspects de la vie de Nan font sens et sont reliés entre eux, notamment à travers la trajectoire de sa sœur qu'elle aimait tant, brisée par leurs parents et par une société américaine rétrograde et toxique, qui n'a pas tellement changé que ça plus d'un demi siècle plus tard...
On comprend que Nan Goldin soit révoltée, et c'est tout à son honneur d'avoir transformé cette colère en engagement artistique, politique, social et citoyen. Vraiment, il faut voir ce film, passionnant de bout en bout et terriblement actuel en cette ère trumpiste.
Oui (2025)
Ken
2 h 29 min. Sortie : 17 septembre 2025 (France). Drame
Film de Nadav Lapid
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Ça fait du bien de découvrir des films comme Yes de Nadav Lapid, des films fous, ambitieux, politiques et polémiques, qui posent plus de questions qu'ils n'assènent de réponses. Rendre hommage aux victimes israéliennes du 7 octobre, tout en dénonçant les crimes d'Israël à Gaza et en Palestine, voilà une posture pas facile, et pourtant Nadav Lapid est à la hauteur de son sujet. Je ne peux que saluer également les trois acteurs principaux : Ariel Bronz, Efrat Dor et Naama Preis, exceptionnels. Si le film se perd un peu dans quelques longueurs dans sa deuxième partie, il reste passionnant de bout en bout, et particulièrement caustique. Les films qui font réfléchir, c'est toujours plaisant... et alors quand la mise en scène est inventive, c'est un vrai régal :-).
Berlin, été 42 (2024)
In Liebe, Eure Hilde
2 h 04 min. Sortie : 12 mars 2025 (France). Biopic, Drame, Historique
Film de Andreas Dresen
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Très beau film pour l'ouverture du Festival du Cinéma Allemand, à Paris. Un film fort sur le fond (des Allemands résistant aux nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale) et avec une esthétique et un parti pris très intéressants : filmer cette époque comme si elle nous était contemporaine, nous immergeant pleinement dedans, avec un côté spontané et réaliste.
On doit cette approche au binôme formé par le réalisateur Andreas Dresen et la cheffe opératrice Judith Kaufmann, considérée comme la plus grande directrice de la photographie actuelle en Allemagne. Filmé en numérique mais en imitant à la perfection un beau 16 mm désaturé, ce film marque par son aspect visuel, qui reflète totalement le scénario.
Le réalisateur ne voulait pas montrer des gens héroïques. Il voulait montrer des gens comme tout le monde, qui ont des préoccupations simples : des relations humaines, des espoirs, des joies, qui se font des misères...
D'après Judith Kaufmann, qui était présente lors de la séance (elle a tenu à répondre à toutes les questions du public), Andreas Dresen voulait "montrer des petites choses de résistance pour nous donner du courage".
Vu l'état de notre monde actuel, c'est exactement ce dont on a besoin...
Leila et ses frères (2022)
Leila's Brothers
2 h 39 min. Sortie : 24 août 2022 (France). Drame
Film de Saeed Roustaee
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Un long métrage ambitieux, à la fois chronique familiale amère et radiographie sociale d'un pays qui ploie sous le poids d'un régime théocratique corrompu, d'une économie exsangue et de traditions patriarcales mortifères...
Leila (formidable Taraneh Alidoosti) peine à se faire entendre au milieu d'une famille et d'une fratrie complètement dysfonctionnelles. Saeed Roustaee en fait la voix des femmes en Iran, des femmes courageuses et intelligentes dont on brise la vie et les aspirations, au bénéfice de l'homme-roi...
Saeed Roustaee est un brillant scénariste et directeur d'acteurs, tout en usant d'une mise en scène efficace. Beaucoup de qualités pour un jeune cinéaste, dans un pays où la censure est omniprésente. Cela ne l'empêche pas de livrer un pamphlet contre son pays : on ne peut que saluer son audace.
Quelques bémols toutefois : une tendance à s'enfermer dans des dialogues à n'en plus finir, qui ralentissent le rythme (et l'intérêt) du film, en nous perdant un peu... Mais indéniablement, voilà un grand film qui aurait mérité une ou plusieurs récompenses à Cannes.
L'Histoire de Souleymane (2024)
1 h 33 min. Sortie : 9 octobre 2024. Drame
Film de Boris Lojkine
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Superbe film, bouleversant, sur l’histoire d’un jeune guinéen immigré en France, et qui passe ses journées et ses soirées sur son vélo, pour livrer des repas. L’histoire de Souleymane, c’est aussi l’histoire de son interprète, l’inoubliable Abou Sangaré, dont le réalisateur Boris Lojkine s’est inspiré pour composer son personnage. Lojkine opte pour un récit brut, sans fioritures et sans effets de manche, qu’il agrémente par une belle mise en scène et une magnifique photographie. Un moyen de rendre un bel hommage à tous ces immigrés qui luttent pour survivre, que ce soit en France ou ailleurs, et dont notre société est redevable… Un film à voir absolument, au succès mérité.
État limite (2023)
1 h 42 min. Sortie : 1 mai 2024. Société
Documentaire de Nicolas Peduzzi
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Bouleversant et magnifique documentaire de Nicolas Peduzzi, qui suit le quotidien d'un jeune psychiatre, Jamal Abdel Kader, le seul (!) de l'hôpital où il travaille, à Clichy. Un psychiatre particulièrement humain, qui croit davantage en le lien humain et social, en la parole, qu'en les médicaments, l'enfermement ou la violence... Même s'il sait être ferme quand la situation le nécessite.
La caméra de Nicolas Peduzzi se fait oublier, pour nous plonger dans les échanges de ce médecin avec ses patients, aux trajectoires de vie particulièrement difficiles. Pourtant, Jamal Abdel Kader reste d'une humanité extraordinaire et d'un calme olympien, allant au-delà de ses prérogatives, abaissant l'oreiller d'un patient qui dort pour qu'il n'attrape pas de torticolis, servant un repas à un patient épuisé et affamé ou animant des ateliers théâtre avec ses patients qui commencent ainsi à revivre.
Au-delà de la psychiatrie et de la médecine, et du triste constat du délabrement de l'hôpital public et du système de santé en France, ce film peut intéresser n'importe qui, en ce qu'il montre un homme avec une réelle éthique, d'une grande exigence avec lui-même, qui fait son métier avec passion et humanité. Qui plus est, avec les très belles images de Nicolas Peduzzi : si ce film est passé sur Arte, c'est un vrai film de cinéma, avec une esthétique sophistiquée et un vrai regard d'artiste. Un film marquant que je ne peux que recommander.
La Jeune Fille et les paysans (2024)
Chlopi
1 h 54 min. Sortie : 20 mars 2024. Animation, Drame, Romance
Long-métrage d'animation de Dorota Kobiela et Hugh Welchman
Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Deux heures après que le film se soit fini, je suis encore sous le choc. Je connaissais le couple Welchman, j'avais été bluffé par La Passion Van Gogh. Je savais donc à peu près à quoi m'attendre. Certes, là nous n'avons plus les peintures extraordinaires du génie hollandais. Mais à la place, sur le fond, le couple de cinéastes polonais adaptent un classique de la littérature de leur pays, Les Paysans, de l'écrivain nobelisé Władysław Reymont.
Et ce récit relève effectivement du chef-d’œuvre. Il s'agit d'une œuvre naturaliste, sociologique et politique, qui dépeint la société nobiliaire et paysanne de la Pologne du 19e siècle... particulièrement rude, surtout pour les femmes.
Władysław Reymont tisse une histoire ample et complexe, avec des personnages subtils, qui ont tous leur part d'ombre. Alors que la plupart d'entre eux, dont certains apparaissent comme des antagonistes, ont parfois aussi leur part de lumière. En somme, La Jeune Fille et les Paysans est un film sombre, pessimiste, mais aussi contrasté, allant bien au-delà de la surface et des clichés, sorte de vaste comédie humaine qui n'aurait rien à envier à Zola, Flaubert ou Maupassant.
Mais c'est aussi un beau film, notamment grâce à cette sublime mise en images, où chaque plan est peint à la main, grâce au procédé de la rotoscopie. La caméra virevolte et les couleurs explosent, lors de danses effrénées ou de disputes homériques. Toutefois, dommage de prendre pour modèle des photos, les visages paraissent trop photoréalistes et contemporains, ce qui m'a sorti plusieurs fois du film. Mais c'est là l'un des seuls reproches que j'ai à faire à ce long métrage.
Je n'ai pas lu le roman d'origine. Son adaptation contemporaine est clairement féministe, mais c'est très bien amené. Notamment avec ce personnage féminin central, très complexe, se débattant avec les traditions et la société paysannes, particulièrement oppressantes.
Sur le fond et la forme, voici donc un film particulièrement puissant, excessif comme l'est l'âme slave, inoubliable par son propos terrible, et surprenant par ses images flamboyantes.

































