Mes livres
Averroès (2016)
Ou le secrétaire du diable
Sortie : 2 novembre 2016. Roman
livre de Gilbert Sinoué
Annotation :
Il fallait au moins la plume magistrale de Gilbert Sinoué pour s’attaquer à un monument de la pensée tel Averroès.
« L’ignorance mène à la peur et la peur conduit à la haine », jamais cette phrase n’a autant été d’actualité.
Quand on lit ce superbe roman, il nous vient à l’esprit une toute première chose ; l’âme humaine à bien peu changée depuis Averroès.
Et pourtant, c’est l’époque de la quatrième croisade, du pape Innocent III, celle du roi Philippe Auguste, septième roi de la dynastie des capétiens qui autorisa le retour des juifs en France.
C’est aussi le grand chamboulement dans les dynasties arabes, c’est la fin des Almoravides et le début des Almohades et avec eux, le déclin prévisible de l’âge d’or du rayonnement culturel du Levant.
Sous cette plume inspirée, nous revivons l’âge des Lumières de l’Orient, nous visitons Cordoue, Séville, le luxe inouï des palais, nous sentons les épices dans les souks, nous caressons les plus belles soies, nous cheminons au côté d’un des plus grands philosophes de l’islam.
Nous rêvons derrière les murs épais des riches maisons marchandes, nous enivrant de l’odeur douce des roses.
Nous vibrons à l’unisson de la pensée de ce grand maître, tantôt aimé, tantôt haï, mais toujours réclamé aux quatre coins de l’empire musulman du XII siècle.
Son esprit, beaucoup trop dangereux dans une époque où tout se devait d’être rattaché au divin tant chez les chrétiens que chez les musulmans, était d’un libéralisme presque moderne.
On assiste tout au long de cette magnifique vie d’Averroès à la luminosité du monde musulman face à l’obscurantisme de l’Occident chrétien.
De nos jours les rôles sont inversés semble nous dire Gilbert Sinoué.
Un autre sujet et non des moindres est évoqué ; celui du danger des interprétations, des traductions et du doute qui en résulte.
L’auteur nous présente l’influence du philosophe au travers des siècles, les débats passionnés qu’il déchaina.
Ainsi nous rencontrons Thomas d’Aquin et sa croisade contre Averroès alors que certaines de ses propres théories en sont proches. Dante, Pétrarque, tous ont jugés, débattus passionnément sur les écrits de ce libre-penseur du XII siècle.
Peut-être, nous laisse entrevoir l’auteur, il y a avait-il une jalousie devant la pérennité de la pensée du philosophe musulman.
Comment dans un Occident écrasé par l’omniprésence et la puissance du clergé pouvait-on accepter le libéralisme, l’érudition des femmes dans ces pays d’Orient.
Fréderic II dérange, le pape, le clergé par sa
Le rocher (2017)
Sortie : 20 octobre 2017. Roman
livre de Elisa Sebbel
Annotation :
Un puissant souffle historique balaie ce magnifique roman écrit avec passion par Elisa Sebbel.
Choisissant de l’écrire à la première personne, l’auteur nous fait revivre un fait historique dont on parle peu, celui des prisonniers de l’île de Cabrera aux Baléares.
Sous sa plume inspirée et vive, nous vivons aux cotés de ces malheureux oubliés sur ce bout de rocher.
Enrichi par des recherches historiques poussées, ce roman se laisse lire avec avidité, tant nous sommes pris par le fil de l’histoire des héros.
Les descriptions de la faim, de la soif sont faites méthodiquement, avec précision.
Certes c’est un roman d’amour, mais cette histoire s’efface devant l’horreur de la grande histoire.
On est vite admiratif de l’abnégation de ces soldats, de leurs comportements.
Un beau travail de recherche sur les militaires de l’époque napoléonienne où le sentiment de « famille » allait perdurer jusqu’à nos jours au sein des armées modernes.
Vous avez écrit là Elisa Sebbel, un roman magistral sur une sombre partie de la grandeur de l’empire de Napoléon.
Grâce à une écriture sensible, fluide, « Le Rocher » se laisse apprivoiser et nous délivre ses horribles secrets.
Un roman à ranger dans la catégorie des témoignages aussi traumatisant que celui du radeau de la Méduse ou des oubliés du banc d’Arguin.
La richesse de la documentation, des détails et surtout les documents authentiques qui clôturent ce récit nous font froid dans le dos.
A noter une belle bibliographie en fin d’ouvrage.
A lire pour connaître l’Histoire.
Kariane Maxwell, janvier 2018



