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14 livres

créée il y a 2 mois · modifiée il y a environ 16 heures
Notes sur l'Affaire Dominici
7.6
1.

Notes sur l'Affaire Dominici (1955)

suivies d'un Essai sur le caractère des personnages

Sortie : 6 juin 1955 (France). Essai

livre de Jean Giono

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

En 54, Giono assiste, à la demande du magazine Arts au procès Dominici, et livrera quatre articles qu’on retrouve dans la première partie du recueil. La deuxième est un texte écrit pour la sortie en volume chez Gallimard, où l’écrivain revient sur son expérience et réfléchit aux liens entre ce fait divers et son travail de romancier. Dans ce dialogue entre réalité et fiction, entre observation et reflexion, Giono excelle. Il virevolte et s’amuse, enjambant tous les pièges, les lieux communs, les banaités, pour se concentrer sur ce qui est sa matière depuis son premier livre : l’inextricable complexité des êtres humains, à la fois condamnés à être foncièrement seuls et à vivre pourtant en société.

« Nous sommes au contraire dans Homère quand on introduit la femme de l’accusé. Je ne pouvais pas savoir qui elle était avant de l’avoir vue. La société paysanne des régions que j’ai décrites a des femmes plus subtiles que ne sont les hommes. Eux, ils sont taillés sur le même patron et les différences de personnalité ne provoquent que des irisations de caractères. La solitude, les éléments, la vie, finissent par donner chez les uns et chez les autres les mêmes résuktats. Elles, au contraire, sont à chaque instant modifiées par l’intérieur. »

Les Grammaires de la contestation
-
2.

Les Grammaires de la contestation (2010)

Sortie : 9 septembre 2010. Essai

livre de Irène Pereira

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Pereira tente une typologie de la gauche radicale (tous les mouvements à gauche du PS après la recomposition post soixante-huitarde) en se fondant sur une vision organiciste des différentes composantes, afin surtout de voir comment les croisements, les enjambements, les compromis sont possibles entre elles. Gauche républicaine (pour qui l’important est le citoyen), gauche socialiste (le travailleur) et gauche nietzschéenne (l’individu) sont les trois grandes catégories qu’elle met au jour, avec leur corollaire de lutte : démocratie participative, anticapitalisme et droits des minorités. La grande qualité de sa démarche est donc d’offrir une grille de lecture assez souple et modulable, en revenant sur les généalogies historiques et philosophiques plus que sur un contenu idéologique qui pousserait le tableau et les postures à être plus figés. Reste malheureusement que le format extrêmement ramassé du texte dessert un peu la portée de la démonstration, comme si on lisait là un digest extra-concentré d’une vision qui aurait gagné à s’étendre nettement plus.

L'Amour des hommes singuliers
8.1
3.

L'Amour des hommes singuliers (2016)

O Amor dos Homens Avulsos

Sortie : 2 janvier 2025 (France). Roman

livre de Victor Heringer

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

C’est pas un scoop, mais bon il y a certaines fois où les livres sont comme le creuset d’une alchimie, d’une magie subtile qui tient, au-delà du style lui même, à l’agencement, au choix de ce qui est dit et de ce qui est tu, à la tension extrême d’une parole qui cherche à circonscrire tout se qui se cache dans les franges ombrées de l’indicible. Au delà du style car cela dépasse le rythme et les mots, mais on pourrait aussi concevoir que ces zones plus impalpables sont aussi une des composantes, du style. Toujours est-il que ce tact, qui remplace la pudeur par la justesse extrême, permet à Victor Heringer d’arracher à la vie quelques lambeaux de triste poésie. Avant de la quitter sur la pointe des pieds, à 29 ans.

« Joana m’a demandé quelque chose avec les sourcils. Je lui ai répondu avec une bouche de poisson. Elle a soupiré en imitant les adultes, mains sur les hanches, les yeux au ciel. Elle en savait beaucoup plus que moi et pourtant elle ne savait rien du tout. »

Bleus, Blancs, Rouges
8.1
4.

Bleus, Blancs, Rouges

Sortie : 19 janvier 2025 (France). Roman

livre de Benjamin Dierstein

Chaiev a mis 9/10.

Annotation :

On parle souvent de romans de plage pour les énormes pavés à la lecture un peu facile, dans lesquels on plonge l’été pendant de longues heures où le bruit assourdissant de la mer, des enfants, des mouettes fait comme un cocon où toute aspérité se dissout et où le temps finit par rendre les armes. On devrait tout autant parler de romans de pluie, ou de neige, pour son pendant inverse. Ces énormes pavés touffus, haletants, brutaux dans lesuqle il est tellement bon de se laisser enfermer presque contre son gré alors que dehors la tempête fait rage et la lumière semble à peine se battre pour séparer la nuit d’hier à la nuit de demain. Ce premier tome (bon gros bébé de 800 pages, sur les 2500 que compte l’ensemble) m’a fait cet effet là : happé, aiguisé, en haleine voire en apnée. C’est que le sujet choisi par Dierstein est fascinant : la France de 78, fin de règne pour la droite (marigot aux crocodiles déchiré entre Gaullistes et Giscardiens)qui voit le pays s’nefoncer dans la violence, acculé d’un coté par les exactions du SAC de Pasqua et de l’autre par les attentats acharnés des autonomes d’extrême gauche. Le grand talent de Dierstein est dans la façon dont il agence cette mosaique, à travers les tiraillements qui secouent la DST, la PJ et les RG, trois poles de pouvoir où se décident beaucoup plus de choses que dans les couloirs de l’Assemblée. Filatures, complots, enquêtes, infiltrations, on est dans du roman d’espionage politique le plus pur, traité à la façon balzacienne inversée : 90 % de vrais personnages, de faits réels, et 10 % de sauce pour assurer le liant. Chaud devant, à dévorer d’une traite, pendant qu’il fait froid dehors.

Mince de pince
-
5.

Mince de pince (1957)

Sortie : 1957 (France). Roman, Policier

livre de Clarence Weff

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

Ainsi donc, Serge Valletti a de qui tenir, puisque derrière le nom d’auteur faussement amerloque de ce polar loufoque, se cache son papa Alexandre. Les dogs ne font pas des cats ! Même amour des formules cocasses, même fantaisie enfantine, même tendresse pour ses personnages quel qe soit le rôle que l’histoire - débridée mais sans grande importance finalement – leur a assigné. C’est très années 50 dans le fond : privé et petites pépées, entourloupes et jeux de rôles dans un Paris à la Audiard où tout le monde s’imagine le héros d’un Hawks. On a connu pire terrain de jeu.

« Natacha Spockff. C’est pas un nom, c’est une insulte. Dans quelle langue ? »

À la recherche de Klingsor
6.8
6.

À la recherche de Klingsor (1999)

En busca de Klingsor

Sortie : 2001 (France). Roman

livre de Jorge Volpi

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Octobre 1946. À Nuremberg, on juge les dirigeants nazis. Un criminel reste introuvable : le responsable secret du projet atomique allemand sous le IIIe Reich, un scientifique connu seulement sous son nom de code, Klingsor. Enquêter sur cet homme de l'ombre, ce Faust contemporain à la solde de Hitler, revient à suspecter de trahison les plus grands cerveaux de ce siècle. Au service des Alliés, le jeune lieutenant Francis Bacon, physicien raté, empêtré dans ses histoires sentimentales, interroge méthodiquement l'entourage d'Einstein, échafaude des hypothèses scientifiques pour démasquer Klingsor. Mais le hasard et le jeu imprévisible des intérêts contrarient ses théories... Retors à souhait, Construit sur une énigme vertigineuse, À la recherche de Klingsor est un magistral roman policier et philosophique dans la lignée du Nom de la rose. Sous la plume de Volpi, le doute se propage comme une onde. Les génies les plus brillants qu'il dépeint, aveuglés par la mystique de la science, animés par leurs passions, conspirent au désordre général de ce siècle.

Marseille ou la Mauvaise Réputation
-
7.

Marseille ou la Mauvaise Réputation (1998)

Sortie : 1998 (France). Essai

livre de Olivier Boura

Chaiev a mis 9/10.

Annotation :

Un peu sur le principe « portrait d’une ville de face et de profil » de Marsiho. Mais là où Suarez tentait un carnet de croquis à l’instant T, Boura, lui, relève le défi du diachronique avec une série de tableaux de la belle phocéenne à travers les âges. Le point focal étant comme le titre l’indique une enquête sur les raisons qui poussent Marseille à tellement aimer se faire détester. Intelligence du propos et grande élégance du style, l’auteur ne démérite pas de son prestigieux modèle.

« Les civilisations ne meurent guère que de suicide, lasses qu’elles sont, un beau jour, d’être encore… Ceux qui ne fuient pas, que n’emporte pas cette soif de néant et de pureté, ceux là abattent les anciens édifices. Avec la colonne, le chapiteau, le marbre des peristyles, ils dressent des remparts de fortune. Des églises bancales. Tout disparaît, s’efface. L’herbe, la ronce envahissent les rues. Marseille est une ville qui toujours s’est mangée elle-même. »

Après l'orage
6.2
8.

Après l'orage (2012)

El viento que arrasa

Sortie : 6 mars 2014 (France). Roman

livre de Selva Almada

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Ambiance très étasunienne et très cinématographique - on se croirait dans un croisement des Souris et des hommes et de Bagdad Café– pour ce roman compact qui respecte scrupuleusement les trois unités de temps, de lieu et d’action. Classicisme assumé, bien mené, avec un finale qui parvient à ne pas décevoir, mais qui donne quand même au texte un aspect quelque peu surrané qui l’empêche de prendre réellement son envol (on est très loin de l’éclat et des fulgurances de ses collègues argentines Sosa Vilada ou Schweblin)

Croisade sans croix
6.8
9.

Croisade sans croix (1943)

Sortie : 1943. Roman

livre de Arthur Koestler

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Retrospectivement, Koestler considérait que Spartacus, Le Zéro et l’infini et Croisade sans croix formait une trilogie autour du conflit entre morale et engagement politique. Trilogie peut-être, mais alors née de façon organique, au fur et à mesure que le « monde d’avant » s’effondrait sous les pieds d’Arthur. Journaliste et activiste, il a toujours été particulièrement peu sensible aux sirènes de la doxa (en ce qui le concerne, la propagande stalinienne qu’il démontera pièce par pièce après avoir quitté le parti communiste pour protester contre la macabre masquarade des procès de Moscou). Ce qui est intéressant dans ce troisième volet, c’est qu’il est écrit au plus près des évenements : l’action, très fortement autobiographique, se déroule au printemps 1941, et le livre sort fin 1943, bien avant la fin de la guerre (période peu fertile en romans, comme chaque fois que l’Histoire s’emballe).

La clairvoyance de Koestler est comme toujours impressionnante même si cette fois il y a dans sa plume quelque chose d’un peu raide. Mais difficile d’en tenir rigueur à l’auteur qui fait l’effort de ne pas attendre la fin de la pièce à laquelle il prend part pour en tirer les conclusions : Koestler est trop fin pour croire que ces conclusions seraient d’ailleurs définitives ou sans discussion. Disons plutôt qu’il s’agit d’une boussole dans la tempête, deux éléments qui teintent le travail d’un auteur aux prises avec sa fiction si proche de la réalité : les parties décrivant la tempête étant peut être, plus de 80 ans après, celles qui ont le moins vieilli et la boussole forçant l’écrivain à tomber dans un travers quelque peu théorique qui s’accorde mal avec la diègese en tant que telle. A mon avis il s'en rend compte d'ailleurs, puisqu'il "démonétise" un peu les longs discours de ses personnages en les confrontant à l'expérience de la cure psychanalitique, avec un sens assez piquant de l'ironie. Expliquez, expliquez, il restera toujours au fond d'un comportement une part d'obscurité contre laquelle il est inutile de lutter.

Les Mains du miracle
8.2
10.

Les Mains du miracle (1960)

Sortie : 1960 (France). Roman

livre de Joseph Kessel

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

Kessel raconte ici, suite au récit détaillé que lui en a fait le principal intéressé, une histoire qui a fini par disparaître un peu des mémoires si on la compare à d’autres figures de grands « sauveurs » comme Schindler, Wallenberg ou Varian Fry. Une histoire tellement hors du commun qu’on a parfois plus l’impression de lire un roman qu’un témoignage historique. Et pourtant, même si encore aujourd’hui certains pans de l’affaire restent flous, il est avéré que grâce à sa position de thérapeute aux mains d’or, Felix Kersten, farouchement anti-nazi, a effectivement pu pendant toute la guerre influencer d’une façon hallucinante Himmler, un des pires bourreau de la clique d'Hitler. Petit à petit, Kersten comprend qu’il peut utiliser le fait qu’il est devenu indispensable au Reichsführer SS dont il est le seul à pouvoir atténuer les atroces douleurs musculaires. On estime que grâce à lui c’est plus de 100 000 personnes qui ont été sauvées des camps de concentration, dont au moins 60 000 juifs. Le livre est un peu répétitif au bout d’un moment mais la façon dont l’auteur parvient à se glisser dans la psyché du médecin, un peu perdu face à l’ampleur de ses responsabilités mais ne pouvant se résigner à ne pas en profiter, permet de passer outre. On a vraiment souvent envie de se pincer pour croire à ce couple improbable du monstre sans états d’ame et du kiné faussement candide, tissant patiemment une toile d’araignée qui risque à chaque moment de le conduire à l’arrestation ou à la mort.

Le Royaume de dégun
-
11.

Le Royaume de dégun (2002)

Sortie : 2002 (France). Roman

livre de Gilles Del Pappas

Chaiev a mis 5/10.

Annotation :

Heureusement que le roman se passe en 67, car c’est surtout pour sa façon de rendre l’époque que j’y ai trouvé un petit intérêt. Marseille au temps des yéyés, même raconté 40 ans plus tard, c’est plutôt sympa. Le héros, petit marlou prolo de 17 ans, fraye chez les bourges, traverse la ville en scooter, dine dans des clandé africains, monte des petites escroqueries sans gravité, et drague tant qu’il peut à la plage, en boite, au café. Et sinon il s’entraine à être photographe, ce qui va lui atirer des ennuis le jour où il capturera sans le faire exprès des durs à cuir du Milieu. Le tout saupoudré comme il se doit de bonnes rasades d’argot phocéen (toutes choses que finalement Carrèse réussit avec plus de brio et de fantaisie) : bref c’est un peu du fini parti, quoi.

William
-
12.

William (2023)

Sortie : 18 août 2023. Roman

livre de Stéphanie Hochet

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

On le sait, la vie de Shakespeare est à nos yeux une raquette remplie de trou, et cette absence d’informations sur un auteur aux œuvres tellement hors norme n’a pas manquée de stimuler l’imagination de toute une cohorte de scientifiques, historiens ou artistes. Stéphanie Hochet, pour sa part, se cantonne aux années d’apprentissage, entre 1585 et 1592, un blanc de 6 ans penndant lequel William passe du statut de petit professeur de latin timide à jeune auteur prometteur, suite à l’abandon de son foyer (où l’attendent sa femme et ses trois enfants) pour rejoindre sur les routes une troupe célèbre londonienne.
C’est donc plus la figure de l’évaporation d’un homme qui semble aiguilloner l’autrice, que de percer un des mystères de ce mythe qui en comporte tant. Pretexte donc, pour scruter les états d’âme d’un auteur en construction qui se sent à l’étroit dans sa vie, scruter ses doutes, son ivresse face à la vie d’aventure qui s’ouvre à lui, sa passion pour le jeu théâtral… toutes choses que Hochet trouve d’autant plus saillantes qu’elle semble les avoir vécues elle même comme quelques intrusions personnelles nous le font comprendre (pas forcément la partie qui m’a le plus plu dans le livre).

Une santé de fer
-
13.

Une santé de fer (2019)

La mediana edad

Sortie : 16 mai 2019 (France). Roman

livre de Pablo Casacuberta

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Le choix de la voix narrative à la première personne est toujours intéressant à questionner : il y a des auteurs qui s’en servent comme d’une facilité, alibi bien pratique pour excuser une certaine myopie paresseuse du récit, d’autres comme d’une coquetterie grâce à laquelle ils peuvent donner libre court à leur talent mimétique. Et puis d’autres qui, comme ce très cher Casacuberta, l’utilisent comme subterfuge particulièrement subtil pour traquer la réalité toujours fuyante lorsqu’il s’agi de traiter de situation ou de personnages border line. Or le Tobias qui prend corps en prenant la parole est de ceux-ci : hypocondriaque, immature, chicanneur, irascible, et surtout écorché vif pour qui tout ce qui l’entoure n’est qu’une agression perpétuelle, qu’une énigme étouffante et désespérée. Vu de l’extérieur, cet anti-héros serait un monolithe insupportable qui aurait vite fait de plomber le roman (c’est justement l’effet que me fait le fameux Ignace de la Conjuration des Imbéciles, où tout est traité à la 3eme personne, en surplomb). Et du coup, Casacuberta relève la gageure avec son brio habituel, cet humour décapant, en faisant tout reposer sur le monologue intérieur d’un personnage qui s’épanche en circonvolutions maniaques, tellement soucieuses d’être précises qu’elles en deviennent insensées. C’est dans cet interstice que se cache tout l’art du romancier urugayen : faire sentir la détresse et la folie de l’intérieur, sans jamais juger, condamner ou se moquer, ni se prendre au sérieux.

Les Héritiers du monde
-
14.

Les Héritiers du monde (1901)

The Inheritors

Sortie : 2025 (France). Roman

livre de Joseph Conrad et Ford Madox Ford

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

C’est assez fou qu’il ait fallu attendre 120 ans avant que ce roman soit traduit, car même s'il a été écrit en collaboration avec Ford Madox Ford, et qu’il présente plus de failles que leur autre roman à 4 mains, ça n’en reste pas moins un jalon très intéressant dans la carrière de Conrad. L’ancien marin a dépassé les 40 ans, et ses œuvres ne rencontrent pas beaucoup de succès, cataloguées comme littérature des mers : c’est alors que son éditeur lui fait rencontrer un jeune plumitif de 24 ans avec qui notre loup de mer va particulièrement bien s’entendre. Collaboration qui dans les faits ne sera pas très étendue (deux romans, une nouvelle) mais qui permet au plus vieux des deux de retrouver un peu de confiance dans son talent, qu’il mettra à profit tout de suite après la publication de « l’Aventure ».

Deux ans plus tôt avait paru ces Heritiers, texte très étrange car mêlangeant une satire politique aigüe (l’effondrement d’un modèle social élitiste et génocidaire, préfiguration de ce qui arrivera effectivement avec la Première Guerre mondiale) avec les codes du roman de science-fiction façon HG Welles. Raconté à la première personne, par un personnage perdu, dans tous les sens du terme (il ne comprend pas grand-chose à ce qu’il lui arrive, et erre dans un brouillard aussi bien réel que métaphorique)  le récit flotte, et ses deux auteurs se jouent du lecteur avec un masochisme concerté : ambiguité et second degré, avec un très fort tropisme jamesien (figure tutélaire de cette fin de siècle pour une grande partie des écrivains anglo-saxons) non pas tant comme un hommage que comme un clin d’oeil ironique. Car tout dans cette affaire de complot et de manipulation est à double fond, une sorte de jeu de dupes qui ne peut finir qu’en catastrophe intégrale et définitive, règne du vide et du silence où l’humanité à force de se débattre meurt de sa propre main, par K.O.

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