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31 livres

créée il y a 6 mois · modifiée il y a 24 jours
Rosa
7
1.

Rosa (1967)

Sortie : 1967 (France). Roman

livre de Maurice Pons

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

Les Saisons, sorti en 1965, est un peu l’arbre qui cache la forêt, un arbre tellement hors norme et inattendu dans le paysage français qu’on a un peu vite tendance à croire qu’il est le seul opus de Pons, tant on voit mal comment un auteur pourrait rebondir après ça. Outre les textes parus pendant les quinze années précédentes (dont un récit traitant de la guerre d’Algérie au style trop percutant pour l’époque), Pons qui vivra jusqu’à ses 90 ans écrira encore beaucoup de nouvelles et de romans, dont cet amusant opus dont le véritable titre tel qu’il devrait apparaître sur la couverture est :Chronique fidèle des événements survenus au siècle dernier dans la Principauté de Wasquelham comprenant des révélations sur l'étrange pouvoir d'une certaine Rosa qui faisait à son insu le bonheur des plus malheureux des hommes. On devine dès l’abord qu’un élément plutôt absent des Saisons va ici régner en maitre : l’humour et le second degré. C’est que Rosa est traité à la façon des récits XIXe, façon Manuscrit trouvé à Saragosse : mélange d’histoires soldatesques, de fantastique légèrement surréaliste et de conte philosophique savamment dosé. Bulle de savon charmante, amusée et amusante, qui transcende haut la main le simple pastiche potache grâce à la plume alerte de l’auteur.

L'Employé
6.9
2.

L'Employé (2010)

El oficinista

Sortie : novembre 2012 (France). Roman

livre de Guillermo Saccomanno

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Dans ce court roman (par rapport aux 600 pages de Basse saison je veux dire) à l’écriture resserée, Saccomanno s’amuse à partir d’une situation qui pourrait avoir lieu en 77 dans l’Argentine de la dictature, mais par glissements progressifs dans la narration, comme avec une caméra qui subreptiscement montrerait un hors cadre de plus en plus hors norme, il installe ses personnages – et son lecteur - en pleine dystopie digne d’un cauchemar post kafkaien. C’est surtout pour cette ambiance poisseuse et angoissante que le roman m’a plu (on ne sait jamais, du coup, ce qu’on va trouver derrière la prochaine porte, ou dans le prochain bouge traversé par le héros bancal du livre), car coté intrigue, les choses sont un peu baclées (ou alors il aurait fallu faire encore plus court, auquel cas la relative banalité de l’histoire serait peut être passée plus inaperçue).

Dans ce court roman (par rapport aux 600 pages de Basse saison je veux dire) à l’écriture resserée, Saccomanno s’amuse à partir d’une situation qui pourrait avoir lieu en 77 dans l’Argentine de la dictature, mais par glissements progressifs dans la narration, comme avec une caméra qui subreptiscement montrerait un hors cadre de plus en plus hors norme, il installe ses personnages – et son lecteur - en pleine dystopie digne d’un cauchemar post kafkaien. C’est surtout pour cette ambiance poisseuse et angoissante que le roman m’a plu (on ne sait jamais, du coup, ce qu’on va trouver derrière la prochaine porte, ou dans le prochain bouge traversé par le héros bancal du livre), car coté intrigue, les choses sont un peu baclées (ou alors il aurait fallu faire encore plus court, auquel cas la relative banalité de l’histoire serait peut être passée plus inaperçue).

« Ce qui nous accable n’est pas la différence entre ce que nous avons été et ce que nous sommes, pense-t-il. C’est la paresse avec laquelle nous nous laissons aller à la dégradation »

M - L’homme de la providence
7.9
3.

M - L’homme de la providence (2020)

Mussolini, tome 2

M. L'uomo della provvidenza

Sortie : 2021 (France). Roman

livre de Antonio Scurati

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

Ayant tout d’abord imaginé sa saga en trois parties (elle en aura finalement quatre), il était logique qu’après un premier tome relatant l’ascension vers le pouvoir, la partie centrale soit destinée à raconter le climax du règne, les années 25 à 32, soit juste avant l’accession au pouvoir d’Hitler en Allemagne. Véritable laboratoire de l’infamie politique, le système de Mussolini, imposé par la violence extrême de ses squadri, trouve pendant ces huit années son rythme de croisière, rognant petit à petit toutes les libertés publiques pour instaurer à la place la tyrannie de l’arbitraire. A partir du moment où il n’a même plus à craindre d’avouer sa responsabilité dans l’ignoble meurtre de Matteotti, Mussolini remonte ses manches et met son plan à exécution : couler dans l’airain de la loi ce qui justement va détruire l’état de droit : confiscation de l’autorité exécutive, du pouvoir de légiférer sans en référer au Parlement, musellement de la presse d’opposition, mainmise des préfets sur les régions, déchéance du mandat des parlementaires de gauche , réforme du scrutin électoral (liste unique) ; interdiction du droit de grève, limitation du droit d’expression... Ce qui est amusant à suivre, c’est la lente transformation qui en parallèle semble toucher le texte de Scurati : voilà que l’auteur s’autorise de plus en plus souvent des phrases amples, au style nettement plus travaillé. Des prises de hauteur, des commentaires. Et des moments de plus en plus épiques et narratifs (qui du coup détonnent un peu il me semble) comme les deux récits de la guerre menée en Libye. Presque comme s’il ne pouvait s’empêcher une certaine fascination. Or ce qui ne serait pas justifiable de la part d’un historien tenu à la neutralité devient forcément plus facile à assumer sous les atours du romancier.

« Avec le nouveau siècle, la peur l’emporterait sur l’espoir. Et avec elle, la déception, le découragement, l’égarement, le sentiment d’avoir été vaincu, trahi et déclassé, enfin la haine, la rancune, la rage vindicative. Soudain, il n’y avait plus seulement dans la rue des hommes et des femmes qui réclamaient des transformations historiques et politiques, il y avait aussi ceux qui les redoutaient, qui redoutaient notamment cette révolution socialiste en laquelle on avait longtemps espéré. Après la Grande Guerre, les millions d’Italiens qui souhaitaient le changement avaient commencé à en sentir la menace. Le chant des rues s’était mué en hurlement étranglé. Un hurlement qui ne d

Defferre et Marseille
-
4.

Defferre et Marseille (1989)

Sortie : 1989 (France). Document

livre de Emmanuel Loi

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Le court livre d’Emmanuel Loi est certes de l’ordre du pamphlet, mais il permet aussi de creuser quelques plaies qui à l’heure de son écriture (1989) faisaient encore = après plus de trente ans de règne = mal à la ville, à moins que l’on dise déjà puisque certaines d’entre elles ne sont toujours pas refermées vingt cinq ans plus tard. Clientélisme, autocratie, mépris envers les faibles, haine des communistes, injustice sociale, absence patente de vision et d’audace (autre celle qu’apporte la mauvaise foi et la brutalité) : on pourrait croire que la charge est un peu forte, mais malheureusement à l’aune des faits elle est bien réelle. Pamphlet disait-on : les turpitude de Gaston sont avant tout un formidable pretexte pour s’amuser avec les mots, avec les formules (notons en une parmi des dizaines : « à force d’être entier, il se croit moral »), et pour dessiner à grands traits le portrait d’un méchant qui finalement n'est ni brillant ni mémorable, juste puissant. Alors très vite, il sert à l'auteur de truchement, pour une analyse assez fine de Marseille, car il ne saurait y avoir de tyrans sans tyranisés. Même incinsciente et à contre-coeur, la servitude dans ces cas là est clairement volontaire : pour preuve la cité phocéenne en aura connu d’autres avant (Sabiani étant le plus marquant) et d’autres, au pluriel, après. Façon donc aussi d’essayer de comprendre, comme dans une enquête freudienne, ce que peut bien vouloir dire cette répétition d’un schéma si désespérant, et qui transcende, décenies après décénies le trop siimpliste clivage gauche droite.

« Cette quasi-défaillance du batiment institutionnel et/ou historique explique en grande partie le sentiment aigu de déshérence : la ville n’hérite jamais de sa mémoire, la cité marseillaise mue comme si elle avait honte de son impérieux besoin de croissance, elle vit son réseau et sa tectonique comme une gangue. L’évitement de toute radicalité urbaine et architecturale vient-il de l’« esprit » des gens du lieu, c’est une vieille querelle. Se mangeant elle même sans rien garder, Marseille exhonère la mémoire. Eternel chantier qui n’aboutit jamais sur de grands espaces, elle fuit toute majesté de perspectives »

Le Roi et la Reine
7.4
5.

Le Roi et la Reine

Sortie : 1948 (France). Roman

livre de Ramón Sender

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Drôle de personnage que ce Ramon Sender, né avec le siècle, déjà anarchiste acharné dans les années 20, et qui se prend donc de plein fouet la Guerre d’Espagne alors que sa carrière d’écrivain est déjà bien lancée. Exilé au Mexique d’abord, puis aux Etats Unis (nul n’est parfait !) il a a son actif plus de 60 romans… dont seuls 10 sont traduits en français !
Apparemment, les très valeureuses éditions Attila se lancent dans une longue épopée de réédition ou de sortie d’inédits et à en juger par cet opus, datant de l’exil mais revenant sur la période de la Guerre de 36, c’est une très bonne idée.

A la fois très réaliste dans son implantation au coeur du conflit (Madrid en guerre, la lutte des classes entre la duchesse et son jardinier, la présence soldatesque, la montée des périls et les différentes modalités de résistance quel que soit le camp) et délibérement onirique dans son traitement (collages des situations, flou des atmosphères, angoisse de l’enfermement), le récit s’enfonce en spirale, tourne et revient mais toujours plus profond dans un imaginaire collectif fait de fantasmes, de non-dits, de violences sourdes et d’antagonismes viscéreaux qui nourrit et exacerbe toute guerre civile voyant un pays soudain se déchirer en deux.

Le Fils du forçat
-
6.

Le Fils du forçat (1859)

Sortie : 1859 (France). Roman

livre de Alexandre Dumas

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Wikipedia affirme avec beaucoup d’aplomb et pas de preuve que le roman n’est surement pas de notre cher Alexandre, ce que le site des amis de Dumas n’a pas du tout l’air de confirmer, notant juste au passage que pour celui-ci (comme beaucoup de ceux de la période 57-60), il faut secondé par Cherville. Alors effectivement, de retour à Marseille quinze ans après le Comte de MC, on ne peut pas dire que l’histoire qu’il nous y concocte cette foit soit d’une originalité folle, mais sorti de la comparaison écrasante, ça reste suffisemment prenant pour ne pas bouder notre plaisir. Plaisir qui se trouve à la fois dans la figure de M. Coumbes, anti héros étriqué au possible, déplorable de lâcheté, de pusillanimité et de radinerie qu’aboslument rien ne viendra racheter à la fin du roman, et surtout dans le style d’une ironie mordante où personnellement je n’ai pas trop de scrupule à reconnaître la main volubile du maitre. Reste la question : est-ce qu’une main peut être volubile ? Etymologiquement, oui, puisqu’il suffit pour cela qu’elle tourne prestement...

« Chateau, bastide ou cabanon, c’est tout un à Marseille, c’est à dire que le caractère et l’imagination du propriétaire décident du titre que porte toute habitation extra-muros, bien plus que la taille ou l’architecture de ladite habitation. Si le Marseillais est orgeuileux, la maison est un château, s’il est simple elle deviendra une bastide ; s’il est modeste, il la nommera un cabanon. Mais lui seul peut établir cette classification, car rien ne ressemble autant à un château marseillais qu’une bastide, si ce n’est peut-être un cabanon. »

M - L'enfant du siècle
7.8
7.

M - L'enfant du siècle (2018)

Mussolini, tome 1

M. Il figlio del secolo

Sortie : 26 août 2020 (France). Roman

livre de Antonio Scurati

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

A lire ici ou là les interventions de Scurati, son intention première en se lançant le défi de la « fiction documentaire » pour traiter des années au pouvoir de Mussolini était prioritairement de changer la perception des Italiens quant à celui qui était devenu au fil des années plus une figure de mythe qu’un personnage historique. Bon, je ne sais pas trop quelle perception et quelle conaissance nos voisins transalpins ont de leur dictateur, mais ici en France j’ai la ferme impression qu’on est très loin de réaliser ce qu’ont pu être ces vingt deux années de violence et d’arbitraire absolu. Vingt deux ans, le double donc de l’expérience nazie. Voilà une donnée qui en tout cas pour moi change beaucoup la teneur de cette lecture. Si Scurati voulait, en traitant de façon assez froide et faussement neutre les événements au jour le jour (le premier tome de 800 pages ne traite que des 5 premières années) selon les différents points de vue de ceux en train de l’orchestrer, faire de l’histoire un roman, pour moi qui découvre tout ce fatras d’opportunistes mûs par l’éternel cocktail de ressentiment, de barbarie, de mauvaise foi, de lâcheté, de compromission, de calculs, de bassesses, d’obsessions sordides, l’ouvrage est plutôt l’inverse : un roman transformé en livre d’histoire. C’est sur cette corde fine, plus que raide (pour ça il faudrait à Scurati une plume un peu plus acérée) que le texte trace sa route : ni très romanesque, ni purement historique, il préfère jouer la carte un peu paradoxale du « collage exhaustif » : des faits ajoutés à des faits, des tactiques ajoutées à des tactiques, sans savoir ou sans vouloir définir un cadre plus précis, une analyse plus personnelle de ce qui se joue là : l’irresistible ascension du mal.

La Véritable Histoire de la mort de Francisco Franco
-
8.

La Véritable Histoire de la mort de Francisco Franco (1960)

La verdadera historia de la muerte de Francisco Franco

Sortie : 15 mars 2003 (France). Nouvelle

livre de Max Aub

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Aub dans cette nouvelle railleuse et facétieuse, semble illustrer en quelques traits de plume la phrase de Cioran « Nous sommes des farceurs, nous survivons à nos problèmes ». Doublement même : en coup direct via les réfugiés de la Guerre d’Espagne qui du jour au lendemain viennent troubler la torpeur d’un petit café de quatier à Mexico, et en coup inversé via Nacho, le serveur dudit café, décidant un beau jour de faire quelque chose de drastique pour régler le sien. De problème.
Impossible d’en dire plus sans déflorer tout ce qui fait le sel de ce texte, le poivre étant bien évidemment le style délicieusement ironique de l’auteur qui lui aussi est un faceur de la plus belle eau, ayant décidé de se moquer des problèmes puisque ni lui ni personne ne peut véritablement les résoudre.

La Havane année zéro
-
9.

La Havane année zéro (2011)

Habana año cero

Sortie : 5 avril 2012 (France). Roman

livre de Karla Suarez

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

L’articulation entre les fantomes du passé (en l’occurrence Meucci, le véritable inventeur du téléphone, spolié par Bell) et les dures réalités du quotidien cubain des années 90 fonctionne très bien, et permet à Suarez d’installer une atmosphère à la fois débridée et congruante. Un peu de fantaisie, d’évasion, de respiration dans une ville qui jour après jour se renferme sur elle même et menace la population d’étouffement. Seul petit regret pour ma part : c’est que la mécanique des faux-semblants qui m’a diablement fait penser à du Rivette dans les Caraibes (en gros tout le monde ment à tout le monde), finit par se répéter sans raison, par s’enliser et par lasser, là où cent pages de moins aurait rendu le texte aussi incisif et claquant qu’un coup de fouet.

Le Témoin oculaire
7.2
10.

Le Témoin oculaire (1939)

Der Augenzeuge

Sortie : 1963 (France). Roman

livre de Ernst Weiss

Chaiev a mis 9/10.

Annotation :

Le roman de Weiss comporte quelques points communs avec Les enfants Oppermann de Feuchtwanger: écrit en 38, depuis l’exil français, il raconte lui aussi la montée quasi imparable du nazisme dans l’Allemagne fracassée par le Première Guerre mondiale. C’est assez intéressant de voir ce qui rapproche les deux œuvres (ce sens aigu de la tragédie vécue en direct, mélange de lucidité et de sidération) et ce qui diffère de l’une à l’autre. Là où Feuchtwanger adopte une posture presque journalistique, et assez naturaliste, pour documenter la catastrophe en train de se produire, Weis lui va piocher dans des recoins beaucoup plus sombres et quasi psychanalitiques. L’auteur était médecin, et l’on aime à répéter que c’est Kafka qui, reconnaissant en lui une certaine proximité de style, lui mit dans les années 20 le pied à l’étrier. Et c’est vrai que beaucoup de choses dans le traitement, l’atmosphère, la narration rappelle cette saveur typiquement kafkaienne de cauchemar éveillé. Ce que raconte la plupart des résumés, autour de la guérison du soldat Hitler quelques mois avant la fin de la guerre est certes primordial dans le roman, mais n’arrive qu’au milieu du livre, façon à la fois de montrer que l’épisode est central, mais qu’il faut le remettre dans un contexte beaucoup plus large, à la fois historique (les deux premières parties forment un roman d’apprentissage âpre et destabilisant) et psychologique (il y a là parmi les plus belles et plus percutantes pages écrites sur la fascination hypnotique que provoquait Hitler, analysée par celui qui justement avait rendu possible une telle mainmise, à cause de sa propre hybris de médecin).
Weiss a quité le jeu avant la fin, témoin de l’invasion de Paris par les troupes allemandes en juin 40, il se suicide et une malle remplie de ses manuscrits disparaît avec lui. Il ne saura jamais comment la partie s’est terminée, et nous ne saurons jamais à quoi ressemblait le roman terminé, puisque le texte parvenu par miracle jusqu’à nous n’est qu’une première version écrite en 2 mois pour être envoyé à un concours lancé par les Etasuniens. Concours au jury duquel on retrouve justement Feuchtwanger. La boucle est bouclée.

« Il ne parlait presque jamais de choses personnelles avec moi, je l’avais déjà remarqué à la ville. Malgré tout, bien des choses me furent vite claires. Car je me suis toujours efforcé de lire dans les gens comme en moi, pour les dominer comme moi-même. »

La Prise de Makalé
4.8
11.

La Prise de Makalé

Sortie : 2006 (France). Roman

livre de Andrea Camilleri

Chaiev a mis 4/10.

Annotation :

La 4e de couverture parle en terme un peu lyrique d’une dénonciation magistrale du fanatisme, perso je ne dirais pas ça. J’ai beaucoup de mal à comprendre le parti pris de l’auteur, qui traite d’une période particulièrement violente sous le ton de la face énaurme. Alors ok, on peut encore accepter un principe Zazie dans le métro appliqué au fascisme mussolinien, avec une ambiance délétère que ne perçoit pas le jeune héros à travers le regard duquel toute l’histoire est racontée, sauf que là on nage dans le grotesque malaisant : Michelino est censé avoir six ans, mais rien ne cadre, ni ses reflexions, ni son anatomie (ouah, les blagues sur ses attributs gigantesques qui font rêver tout le village, curé pédophile compris), ni la façon dont il traverse ces mésaventures franchement sordides. A l’arrivée, ça me paraît aller à l’encontre de l’objectif de départ : à force de déréaliser à ce point là la brutalité qu’il cherche à dénoncer, Camilleri ne choque pas, il lasse.

Ovni 78
7.8
12.

Ovni 78 (2022)

Ufo 78

Sortie : 17 mai 2024 (France). Roman, Policier

livre de Wu Ming

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

1978 et Italie cote à cote, forcément en un réflexe à la Pavlov on répond présent : Brigades Rouges, Aldo Moro, Années de plomb e tutti quanti… C’est ljustement à que le (désormais) trio des Wu Ming (non pas des Moumines, enfin voyons) s’amuse, puisque 78 est aussi l’année record concernant les signalements de soucoupes volantes et autres mystères martiens qui prirent la forme d’une fièvre dans toute la penninsule (chez nous aussi d’ailleurs, on se souvient de Jean Claude Bourret et des soirées au Flunch. Passons). Mélange détonnant donc, entre batailles politiques et imaginaire populaire, auquel vient s’ajouter quelques autres fils : un auteur à succès en pleine crise existentielle, une communauté new age, des scouts disparus, une antropologue enquetant parmi les ufologues, petits morceaux d’une mosaïque faussement foutraque qui patiemment se rejoignent pour dessiner avec brio, légèreté et finesse le portrait d’une époque en équilibre nstable, à cheval entre un passé rugeux mais débordant de créativité et un à-venir où mise au pas rimera avec platitude et conformisme.

Carnaval
7.5
13.

Carnaval (1922)

Sortie : 2 avril 2005 (France). Roman

livre de Mireille Havet

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

À quoi tient la légère déception qu’entraine la lecture de Carnaval ? Peut-être à la distance entre la formidable dextérité avec laquelle Havet manie la langue (dextérité et non maitrise : la jeune autrice choisit ses mots, sa syntaxe, mais de façon à laisser à ses phrases un jeu certain, une insolence, un claqué de fouet devenu maitre de lui-même) et la nonchalance un peu paresseuse du récit qui semble flotter comme un esprit shooté à trop d’éther. Claire Paulhan, qui a sorti l’artiste maudite de l’anonymat où l’avait plongé cinquante ans sa mort en paria, avoue elle-même avoir été un peu désappointée en refermant le livre après sa première lecture. C’est surement la raison pour laquelle elle a tenu a entourer le court roman de quelques textes d’époque : les extraits du Journal de Mireille qui reviennent sur sa passion malheureuse avec la comtesse de Limur (la Germaine de Carnaval), les lettres autour de la sortie du livre, les articles dans la presse. Appareil critique et historique intéressant, mais ne parvenant pas tout à fait à forcer ce qui fait à la fois le charme vénéneux et le talon d’achille du texte, cette tentative de rendre d’une façon sonore et poétique toute la cruauté d’une souffrance aussi aiguë que muette.

« Je ne vous demande pas de m’aimer, je connais l’amour mieux que vous, c’est un poison terrible qu’il faut chasser, une drogue supérieure à toutes. N’en parlez donc pas si légèrement, je ne prends pas votre impudence pour de la naïveté. Je connais les masques, ceux de Venise et les autres. ; car ceux de Venise ne cachent que les yeux, le vôtre est plus étroit, il vous colle au visage, c’est votre âme qui me plairait si vous étiez capable d’amour. Ah ! nous sommes fous, moi de répondre, vous d’inventer. Si vous étiez tel que vous dites, mais il faudrait nous enfuir pour cacher notre torture et notre félicité. »

14 juillet
8.5
14.

14 juillet (2026)

14 juillet

Sortie : 7 janvier 2026. Roman

livre de Benjamin Dierstein

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Troisième et dernier acte de la longue fresque politico-policière qui aura vu tomber Giscard et Bokassa, mourir Mesrine et Boulin, s’effondrer le SAC de Pasqua, pointer le nez de Tapie, se renforcer le Pen et l’extrême droite, s’accumuler les complots et les scandales d’état, les attentats terroristes et les attaques à main armée, les procès et les magouilles, les chantages et les traffics, les filatures et la débauche, les calculs et les trahisons. Final dépressif et opressant, fidèle en tout point à ces années 82/84 où la gauche se réveille avec la gueule de bois en réalisant que son héraut n’était peut-être pas si honnête et bien intentionné que ça, et que sous les beaux discours prônant comme il se doit l’équité et à la justice se cachait des manœuvres, des ratages et des compromissions tout aussi délétères que les précédentes. L’occasion également de réaliser à quel point le temps qui passe fait oublier les aspérités d’une époque, et à quel point ces premières années de la décénie maudite furent d’une violence extrême. De quoi bien rigoler les prochaines fois qu’on entendra soupirer « ah c’était mieux avant ».

Les Enfants Oppermann
8.4
15.

Les Enfants Oppermann (1933)

Die Geschwister Oppermann

Sortie : 2023 (France). Roman

livre de Lion Feuchtwanger

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

L’intrication temporelle à l’oeuvre avec les Enfants Oppermann rend la lecture du roman tout à fait particulière. Selon un double schéma qui se répond sans se recouvrir : le fait que Feuchtwanger écrit son roman exactement au moment où les faits se déroulent – soit 1933, la prise de pouvoir de’Hitler, l’incendie du Reichtag et la fin de l’état de droit – brouille les frontières entre fiction et documentaire, mais cette même date d’écriture, qui montre à quel point le regard de l’auteur peut être aigu et sans illusion, jette comme une grande ombre en aval de l’oeuvre, puisque nous lecteur connaissons la suite (dictature, barbarie, guerre et effondrement) que le romancier perçoit, craint, mais ne peut en aucun cas savoir déjà. Et c’est comme si ce deuxième malaise résonnait en nous à la même hauteur que celui qui étreint les personnages et Feuchtwanger lui même : celui qu’une menace - à la fois trop claire pour être repoussée mais trop atroce pour être embrassée et assumée - entraîne irrémédiablement chez ceux en train de vivre une catastrophe en temps réel. C’est parce qu’il est à la fois froid témoin et acharné lanceur d’alerte que l’auteur parvient à rendre aussi finement, à travers les différents membre d’une famille bourgeoise sans histoire, les multiples nuances de la peur où se mêlent courage, lucidité et aveuglement, et c’est parce qu’on sait nous qu’il a raison alors même que lui ne peut pas en être sûr, que nous vibrons, et tremblons, et pleurons.

« Même alors j’aurais été contraint, en tant qu’avocat scrupuleux, de vous déconseiller toute action. Car les auteurs des articles auraient essayé de prouver la véracité de leurs dires.” “Mais…”, objecta Edgar, indigné. “Je sais, l’interrompit d’un geste Mühlheim, ils n’y seraient jamais parvenus. Seulement vos ennemis n’auraient eu de cesse d’inventer de nouvelles accusations, toujours plus abstruses et plus abjectes, et le tribunal aurait autorisé qu’on enchaîne les enquêtes, on vous aurait balancé tant de crasses à la figure que vous vous seriez étouffé de rage. N’oubliez pas, Edgar, que nos adversaires ont un énorme avantage sur nous : leur manque absolu de loyauté. C’est pourquoi ils sont aujourd’hui au pouvoir. Ils ont toujours employé des moyens que les autres n’auraient pas cru possibles, si primitifs qu’ils seraient impensables dans tout autre pays. Ils ont par exemple abattu l’un après l’autre tous les chefs de file qui comptaient à gauche. Tout simplement, impunément »

Les Orphelins
6.6
16.

Les Orphelins (2026)

Une histoire de Billy the Kid

Sortie : 28 janvier 2026. Roman, Biographie

livre de Éric Vuillard

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

Le souci avec les auteurs/autrices qui préfèrent creuser la même veine plutôt que de jouer les touche à tout, c’est pas tant le fait de savoir avant d’ouvrir le livre dans quoi on s’embarque ( on peut bien réécouter indéfiniment le même genre de chansons sous des titres différents). C’est plus de trouver de nouvelles choses à dire ici, si ce n’est : « nan mais c’est pareil mais c’est bien quand même ». Trouver les arguments pour expliquer que Vuillard pourrait faire autre chose, mais que vu que ce qu’il fait est bien, ça va aussi, car le plaisir de se régaler d’une écriture aussi riche, précise, joussive n’est quand même pas le pain quotidien, alors ça serait un peu gonflé de se plaindre.
Non à la limite, moi la seule chose sur laquelle je pourrais récriminer s’il fallait, c’est plutôt le choix du sujet. Tout ce qui est dit, et la façon de le dire, me paraît exemplaire, mais franchement Eric tu pourrais trouver partout ailleurs dans le monde un équivalent, de Rimbaud à un bandit africain, de la Guerre d’Espagne à la Peste de Justinien, de l’empire Inca à une tribu oubliée des Célèbes. Tes magnifiques Tristesses de la Terre avait il me semble clos un sujet beaucoup moins vaste qu’on voudrait nous faire croire, en tout cas en ce qui me concerne c’est une fascination que je ne veux ni ne peut comprendre. Même si c’est pour chanter un thrène en l’honneur de tout ceux que ce pays a broyé, c’est à mes yeux encore trop cher payé.

L'Étendard sanglant est levé
8.3
17.

L'Étendard sanglant est levé

Sortie : 24 septembre 2025 (France). Roman

livre de Benjamin Dierstein

Chaiev a mis 9/10.

Annotation :

La descente aux enfers dans les années de plomb à la française continue. L’objet littéraire de Dierstein est à la fois très unifié (on a l’impression de ne lire qu’un seul roman qui s’étend de 1978 à 1984, et c’est effectivement comme cela qu’il l’a écrit) et très séquencé puisque le premier tome traitait du dévissage du système Giscard, que le troisième s’attaquera aux ambitions d’un système Miterand, et qu’au milieu du gué l’auteur nous entraine dans la période crépusculaire de l’entre deux : le roi est mort, vive le roi. Toujours autant de dextérité pour mêler la fiction et les faits réels, les personnages et les personnes, le suspens et l’air du temps, avec cette fois comme un passage de la symphonie en mineur : il est temps de dire adieu aux années soixante dix, violentes mais idéalistes, enflammées mais passionnées, pour voir depuis un haut plateau à l’air raréfié, se préparer l’atroce décénie qui vient où il ne s’agira plus ni d’espérer, ni de lutter, ni d’imaginer : juste détruire et dénaturer.

Notes sur l'Affaire Dominici
7.6
18.

Notes sur l'Affaire Dominici (1955)

suivies d'un Essai sur le caractère des personnages

Sortie : 6 juin 1955 (France). Essai

livre de Jean Giono

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

En 54, Giono assiste, à la demande du magazine Arts au procès Dominici, et livrera quatre articles qu’on retrouve dans la première partie du recueil. La deuxième est un texte écrit pour la sortie en volume chez Gallimard, où l’écrivain revient sur son expérience et réfléchit aux liens entre ce fait divers et son travail de romancier. Dans ce dialogue entre réalité et fiction, entre observation et réflexion, Giono excelle. Il virevolte et s’amuse, enjambant tous les pièges, les lieux communs, les banaités, pour se concentrer sur ce qui est sa matière depuis son premier livre : l’inextricable complexité des êtres humains, à la fois condamnés à être foncièrement seuls et à vivre pourtant en société.

« Nous sommes au contraire dans Homère quand on introduit la femme de l’accusé. Je ne pouvais pas savoir qui elle était avant de l’avoir vue. La société paysanne des régions que j’ai décrites a des femmes plus subtiles que ne sont les hommes. Eux, ils sont taillés sur le même patron et les différences de personnalité ne provoquent que des irisations de caractères. La solitude, les éléments, la vie, finissent par donner chez les uns et chez les autres les mêmes résuktats. Elles, au contraire, sont à chaque instant modifiées par l’intérieur. »

Les Grammaires de la contestation
-
19.

Les Grammaires de la contestation (2010)

Sortie : 9 septembre 2010. Essai

livre de Irène Pereira

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Pereira tente une typologie de la gauche radicale (tous les mouvements à gauche du PS après la recomposition post soixante-huitarde) en se fondant sur une vision organiciste des différentes composantes, afin surtout de voir comment les croisements, les enjambements, les compromis sont possibles entre elles. Gauche républicaine (pour qui l’important est le citoyen), gauche socialiste (le travailleur) et gauche nietzschéenne (l’individu) sont les trois grandes catégories qu’elle met au jour, avec leur corollaire de lutte : démocratie participative, anticapitalisme et droits des minorités. La grande qualité de sa démarche est donc d’offrir une grille de lecture assez souple et modulable, en revenant sur les généalogies historiques et philosophiques plus que sur un contenu idéologique qui pousserait le tableau et les postures à être plus figés. Reste malheureusement que le format extrêmement ramassé du texte dessert un peu la portée de la démonstration, comme si on lisait là un digest extra-concentré d’une vision qui aurait gagné à s’étendre nettement plus.

L'Amour des hommes singuliers
8.1
20.

L'Amour des hommes singuliers (2016)

O Amor dos Homens Avulsos

Sortie : 2 janvier 2025 (France). Roman

livre de Victor Heringer

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

C’est pas un scoop, mais bon il y a certaines fois où les livres sont comme le creuset d’une alchimie, d’une magie subtile qui tient, au-delà du style lui même, à l’agencement, au choix de ce qui est dit et de ce qui est tu, à la tension extrême d’une parole qui cherche à circonscrire tout se qui se cache dans les franges ombrées de l’indicible. Au delà du style car cela dépasse le rythme et les mots, mais on pourrait aussi concevoir que ces zones plus impalpables sont aussi une des composantes, du style. Toujours est-il que ce tact, qui remplace la pudeur par la justesse extrême, permet à Victor Heringer d’arracher à la vie quelques lambeaux de triste poésie. Avant de la quitter sur la pointe des pieds, à 29 ans.

« Joana m’a demandé quelque chose avec les sourcils. Je lui ai répondu avec une bouche de poisson. Elle a soupiré en imitant les adultes, mains sur les hanches, les yeux au ciel. Elle en savait beaucoup plus que moi et pourtant elle ne savait rien du tout. »

Bleus, Blancs, Rouges
8.1
21.

Bleus, Blancs, Rouges

Sortie : 19 janvier 2025 (France). Roman

livre de Benjamin Dierstein

Chaiev a mis 9/10.

Annotation :

On parle souvent de romans de plage pour les énormes pavés à la lecture un peu facile, dans lesquels on plonge l’été pendant de longues heures où le bruit assourdissant de la mer, des enfants, des mouettes fait comme un cocon où toute aspérité se dissout et où le temps finit par rendre les armes. On devrait tout autant parler de romans de pluie, ou de neige, pour son pendant inverse. Ces énormes pavés touffus, haletants, brutaux dans lesuqle il est tellement bon de se laisser enfermer presque contre son gré alors que dehors la tempête fait rage et la lumière semble à peine se battre pour séparer la nuit d’hier à la nuit de demain. Ce premier tome (bon gros bébé de 800 pages, sur les 2500 que compte l’ensemble) m’a fait cet effet là : happé, aiguisé, en haleine voire en apnée. C’est que le sujet choisi par Dierstein est fascinant : la France de 78, fin de règne pour la droite (marigot aux crocodiles déchiré entre Gaullistes et Giscardiens)qui voit le pays s’nefoncer dans la violence, acculé d’un coté par les exactions du SAC de Pasqua et de l’autre par les attentats acharnés des autonomes d’extrême gauche. Le grand talent de Dierstein est dans la façon dont il agence cette mosaique, à travers les tiraillements qui secouent la DST, la PJ et les RG, trois poles de pouvoir où se décident beaucoup plus de choses que dans les couloirs de l’Assemblée. Filatures, complots, enquêtes, infiltrations, on est dans du roman d’espionage politique le plus pur, traité à la façon balzacienne inversée : 90 % de vrais personnages, de faits réels, et 10 % de sauce pour assurer le liant. Chaud devant, à dévorer d’une traite, pendant qu’il fait froid dehors.

Mince de pince
-
22.

Mince de pince (1957)

Sortie : 1957 (France). Roman, Policier

livre de Clarence Weff

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

Ainsi donc, Serge Valletti a de qui tenir, puisque derrière le nom d’auteur faussement amerloque de ce polar loufoque, se cache son papa Alexandre. Les dogs ne font pas des cats ! Même amour des formules cocasses, même fantaisie enfantine, même tendresse pour ses personnages quel qe soit le rôle que l’histoire - débridée mais sans grande importance finalement – leur a assigné. C’est très années 50 dans le fond : privé et petites pépées, entourloupes et jeux de rôles dans un Paris à la Audiard où tout le monde s’imagine le héros d’un Hawks. On a connu pire terrain de jeu.

« Natacha Spockff. C’est pas un nom, c’est une insulte. Dans quelle langue ? »

À la recherche de Klingsor
6.8
23.

À la recherche de Klingsor (1999)

En busca de Klingsor

Sortie : 2001 (France). Roman

livre de Jorge Volpi

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Octobre 1946. À Nuremberg, on juge les dirigeants nazis. Un criminel reste introuvable : le responsable secret du projet atomique allemand sous le IIIe Reich, un scientifique connu seulement sous son nom de code, Klingsor. Enquêter sur cet homme de l'ombre, ce Faust contemporain à la solde de Hitler, revient à suspecter de trahison les plus grands cerveaux de ce siècle. Au service des Alliés, le jeune lieutenant Francis Bacon, physicien raté, empêtré dans ses histoires sentimentales, interroge méthodiquement l'entourage d'Einstein, échafaude des hypothèses scientifiques pour démasquer Klingsor. Mais le hasard et le jeu imprévisible des intérêts contrarient ses théories... Retors à souhait, Construit sur une énigme vertigineuse, À la recherche de Klingsor est un magistral roman policier et philosophique dans la lignée du Nom de la rose. Sous la plume de Volpi, le doute se propage comme une onde. Les génies les plus brillants qu'il dépeint, aveuglés par la mystique de la science, animés par leurs passions, conspirent au désordre général de ce siècle.

Marseille ou la Mauvaise Réputation
-
24.

Marseille ou la Mauvaise Réputation (1998)

Sortie : 1998 (France). Essai

livre de Olivier Boura

Chaiev a mis 9/10.

Annotation :

Un peu sur le principe « portrait d’une ville de face et de profil » de Marsiho. Mais là où Suarez tentait un carnet de croquis à l’instant T, Boura, lui, relève le défi du diachronique avec une série de tableaux de la belle phocéenne à travers les âges. Le point focal étant comme le titre l’indique une enquête sur les raisons qui poussent Marseille à tellement aimer se faire détester. Intelligence du propos et grande élégance du style, l’auteur ne démérite pas de son prestigieux modèle.

« Les civilisations ne meurent guère que de suicide, lasses qu’elles sont, un beau jour, d’être encore… Ceux qui ne fuient pas, que n’emporte pas cette soif de néant et de pureté, ceux là abattent les anciens édifices. Avec la colonne, le chapiteau, le marbre des peristyles, ils dressent des remparts de fortune. Des églises bancales. Tout disparaît, s’efface. L’herbe, la ronce envahissent les rues. Marseille est une ville qui toujours s’est mangée elle-même. »

Après l'orage
6.2
25.

Après l'orage (2012)

El viento que arrasa

Sortie : 6 mars 2014 (France). Roman

livre de Selva Almada

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Ambiance très étasunienne et très cinématographique - on se croirait dans un croisement des Souris et des hommes et de Bagdad Café– pour ce roman compact qui respecte scrupuleusement les trois unités de temps, de lieu et d’action. Classicisme assumé, bien mené, avec un finale qui parvient à ne pas décevoir, mais qui donne quand même au texte un aspect quelque peu surrané qui l’empêche de prendre réellement son envol (on est très loin de l’éclat et des fulgurances de ses collègues argentines Sosa Vilada ou Schweblin)

Croisade sans croix
6.8
26.

Croisade sans croix (1943)

Sortie : 1943. Roman

livre de Arthur Koestler

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Retrospectivement, Koestler considérait que Spartacus, Le Zéro et l’infini et Croisade sans croix formait une trilogie autour du conflit entre morale et engagement politique. Trilogie peut-être, mais alors née de façon organique, au fur et à mesure que le « monde d’avant » s’effondrait sous les pieds d’Arthur. Journaliste et activiste, il a toujours été particulièrement peu sensible aux sirènes de la doxa (en ce qui le concerne, la propagande stalinienne qu’il démontera pièce par pièce après avoir quitté le parti communiste pour protester contre la macabre masquarade des procès de Moscou). Ce qui est intéressant dans ce troisième volet, c’est qu’il est écrit au plus près des évenements : l’action, très fortement autobiographique, se déroule au printemps 1941, et le livre sort fin 1943, bien avant la fin de la guerre (période peu fertile en romans, comme chaque fois que l’Histoire s’emballe).

La clairvoyance de Koestler est comme toujours impressionnante même si cette fois il y a dans sa plume quelque chose d’un peu raide. Mais difficile d’en tenir rigueur à l’auteur qui fait l’effort de ne pas attendre la fin de la pièce à laquelle il prend part pour en tirer les conclusions : Koestler est trop fin pour croire que ces conclusions seraient d’ailleurs définitives ou sans discussion. Disons plutôt qu’il s’agit d’une boussole dans la tempête, deux éléments qui teintent le travail d’un auteur aux prises avec sa fiction si proche de la réalité : les parties décrivant la tempête étant peut être, plus de 80 ans après, celles qui ont le moins vieilli et la boussole forçant l’écrivain à tomber dans un travers quelque peu théorique qui s’accorde mal avec la diègese en tant que telle. A mon avis il s'en rend compte d'ailleurs, puisqu'il "démonétise" un peu les longs discours de ses personnages en les confrontant à l'expérience de la cure psychanalitique, avec un sens assez piquant de l'ironie. Expliquez, expliquez, il restera toujours au fond d'un comportement une part d'obscurité contre laquelle il est inutile de lutter.

Les Mains du miracle
8.2
27.

Les Mains du miracle (1960)

Sortie : 1960 (France). Roman

livre de Joseph Kessel

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

Kessel raconte ici, suite au récit détaillé que lui en a fait le principal intéressé, une histoire qui a fini par disparaître un peu des mémoires si on la compare à d’autres figures de grands « sauveurs » comme Schindler, Wallenberg ou Varian Fry. Une histoire tellement hors du commun qu’on a parfois plus l’impression de lire un roman qu’un témoignage historique. Et pourtant, même si encore aujourd’hui certains pans de l’affaire restent flous, il est avéré que grâce à sa position de thérapeute aux mains d’or, Felix Kersten, farouchement anti-nazi, a effectivement pu pendant toute la guerre influencer d’une façon hallucinante Himmler, un des pires bourreau de la clique d'Hitler. Petit à petit, Kersten comprend qu’il peut utiliser le fait qu’il est devenu indispensable au Reichsführer SS dont il est le seul à pouvoir atténuer les atroces douleurs musculaires. On estime que grâce à lui c’est plus de 100 000 personnes qui ont été sauvées des camps de concentration, dont au moins 60 000 juifs. Le livre est un peu répétitif au bout d’un moment mais la façon dont l’auteur parvient à se glisser dans la psyché du médecin, un peu perdu face à l’ampleur de ses responsabilités mais ne pouvant se résigner à ne pas en profiter, permet de passer outre. On a vraiment souvent envie de se pincer pour croire à ce couple improbable du monstre sans états d’ame et du kiné faussement candide, tissant patiemment une toile d’araignée qui risque à chaque moment de le conduire à l’arrestation ou à la mort.

Le Royaume de dégun
-
28.

Le Royaume de dégun (2002)

Sortie : 2002 (France). Roman

livre de Gilles Del Pappas

Chaiev a mis 5/10.

Annotation :

Heureusement que le roman se passe en 67, car c’est surtout pour sa façon de rendre l’époque que j’y ai trouvé un petit intérêt. Marseille au temps des yéyés, même raconté 40 ans plus tard, c’est plutôt sympa. Le héros, petit marlou prolo de 17 ans, fraye chez les bourges, traverse la ville en scooter, dine dans des clandé africains, monte des petites escroqueries sans gravité, et drague tant qu’il peut à la plage, en boite, au café. Et sinon il s’entraine à être photographe, ce qui va lui atirer des ennuis le jour où il capturera sans le faire exprès des durs à cuir du Milieu. Le tout saupoudré comme il se doit de bonnes rasades d’argot phocéen (toutes choses que finalement Carrèse réussit avec plus de brio et de fantaisie) : bref c’est un peu du fini parti, quoi.

William
5.5
29.

William (2023)

Sortie : 18 août 2023. Roman

livre de Stéphanie Hochet

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

On le sait, la vie de Shakespeare est à nos yeux une raquette remplie de trou, et cette absence d’informations sur un auteur aux œuvres tellement hors norme n’a pas manquée de stimuler l’imagination de toute une cohorte de scientifiques, historiens ou artistes. Stéphanie Hochet, pour sa part, se cantonne aux années d’apprentissage, entre 1585 et 1592, un blanc de 6 ans penndant lequel William passe du statut de petit professeur de latin timide à jeune auteur prometteur, suite à l’abandon de son foyer (où l’attendent sa femme et ses trois enfants) pour rejoindre sur les routes une troupe célèbre londonienne.
C’est donc plus la figure de l’évaporation d’un homme qui semble aiguilloner l’autrice, que de percer un des mystères de ce mythe qui en comporte tant. Pretexte donc, pour scruter les états d’âme d’un auteur en construction qui se sent à l’étroit dans sa vie, scruter ses doutes, son ivresse face à la vie d’aventure qui s’ouvre à lui, sa passion pour le jeu théâtral… toutes choses que Hochet trouve d’autant plus saillantes qu’elle semble les avoir vécues elle même comme quelques intrusions personnelles nous le font comprendre (pas forcément la partie qui m’a le plus plu dans le livre).

Une santé de fer
-
30.

Une santé de fer (2019)

La mediana edad

Sortie : 16 mai 2019 (France). Roman

livre de Pablo Casacuberta

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Le choix de la voix narrative à la première personne est toujours intéressant à questionner : il y a des auteurs qui s’en servent comme d’une facilité, alibi bien pratique pour excuser une certaine myopie paresseuse du récit, d’autres comme d’une coquetterie grâce à laquelle ils peuvent donner libre court à leur talent mimétique. Et puis d’autres qui, comme ce très cher Casacuberta, l’utilisent comme subterfuge particulièrement subtil pour traquer la réalité toujours fuyante lorsqu’il s’agi de traiter de situation ou de personnages border line. Or le Tobias qui prend corps en prenant la parole est de ceux-ci : hypocondriaque, immature, chicanneur, irascible, et surtout écorché vif pour qui tout ce qui l’entoure n’est qu’une agression perpétuelle, qu’une énigme étouffante et désespérée. Vu de l’extérieur, cet anti-héros serait un monolithe insupportable qui aurait vite fait de plomber le roman (c’est justement l’effet que me fait le fameux Ignace de la Conjuration des Imbéciles, où tout est traité à la 3eme personne, en surplomb). Et du coup, Casacuberta relève la gageure avec son brio habituel, cet humour décapant, en faisant tout reposer sur le monologue intérieur d’un personnage qui s’épanche en circonvolutions maniaques, tellement soucieuses d’être précises qu’elles en deviennent insensées. C’est dans cet interstice que se cache tout l’art du romancier urugayen : faire sentir la détresse et la folie de l’intérieur, sans jamais juger, condamner ou se moquer, ni se prendre au sérieux.

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