Cover On the row 2025
Liste de

66 livres

créée il y a environ 1 an · modifiée il y a 3 mois
Au loin le danger
7.5
1.

Au loin le danger (1937)

Uncommon Danger

Sortie : 1937. Roman

livre de Eric Ambler

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Le mélange habituel à la Ambler : un peu d’espionnage, pas mal de politique, beaucoupde rebondissements, le tout raconté avec un humour anglais décalé et indolent – bref, onse croirait en plein Hitchcock des années britanniques. Evidemment, le fait que le livre (son second roman) date de deux ans avant la guerrerajoute un peu à l’acuité de l’analyse : derrière le ton farcesque et les péripétiesfantasques se cache une véritable inquiétude envers une Europe déglinguée et âpre augain, qui savonne avec beaucoup d’opiniâtreté la pente qui va la mener tout droit à ladéflagration funeste.

Les Armées
7.8
2.

Les Armées (2006)

Los ejércitos

Sortie : août 2008 (France). Roman

livre de Evelio Rosero

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

La lente descente aux enfers d’un vieil homme qui voit son village sombrer très lentementdans la folie meurtrière d’une guere civile. On est en pleine Colombie des années Farc,mais on pourrait tout aussi bien être ailleurs, ou dans un autre temps, tellement l’écriturede Rosero épouse les codes du conte philosophique. Plus que les faits ou que la violencedes combats, c’est surtout l’enfermement dans une réalité de moins en moins réelle quifait la patte de l’auteur : le narrateur comprend de moins en moins les pourquoi et lescomment, son horizon se restreint chaque jour un peu plus, les liens logiques entre leschoses aussi, et il entraine inexorablement le lecteur dans sa nuit sans retour.

Les Minots
-
3.

Les Minots (2019)

Une enquête à Marseille

Sortie : 2019 (France). Document

livre de Romain Capdepon

Chaiev a mis 5/10.

Annotation :

Mouais, alors pour le coup, Capdepon ne choisit pas la forme romancée pour traiter de son sujet, la violence que vivent les adolescents dans les cités marseillaises gangrénées par les réseaux de trafiquants de drogue, et on en viendrait presque à le regretter, tant le texte est mou du genou (alors que les faits en question sont d’une dureté exceptionnelle), voire parfois larmoyant. On ne peut pas lui retirer l’importance de son constat, mais la mise en forme (qui s’inspire, mauvaise idée, des pires travers de Philippe Pujol) est décidément très en deçà.

Jeu de massacre
-
4.

Jeu de massacre

Sortie : avril 2006 (France).

livre de Henri-Frédéric Blanc

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Suite à une énieme dispute dans leur lycée pro, quatre jeunes Marseillais prennent le maquis sans plan pré-établi sinon de rouler en liberté et de ne plus se soucier des oppressions sociales ou culturelles. La langue et le ton sont chouettes, mais il y a comme une certaine paresse dans l’élaboration de l’histoire.

Discours sur l'universalité de l'esprit marseillais
-
5.

Discours sur l'universalité de l'esprit marseillais (1994)

Sortie : 1994 (France). Essai

livre de Henri-Frédéric Blanc

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

« Moi : — Avoir banni de la littérature française l’humour, la satire et l’esprit critique, ça ne suffit pas, on va transformer en bouillie pour chiens la substantifique moelle de notre langue. Ne restera plus qu’un squelette verni. Et silence dans les rangs ! Pour l’esprit marseillais c’est une catastrophe. On va être relégué au cirque si l’étau se maintient, si la verve devient suspecte, s’il faut se surveiller toujours plus !

Lui. — L’esprit marseillais ! Tu te figures qu’il va régénérer le monde ?

Moi. — Pourquoi pas ? Croire qu’on peut faire un miracle c’est déjà un demi-prodige. C’est André Suarès qui a dit ça. Encore un Marseillais inconnu à Marseille.

Lui. — C’était simple mais il fallait y penser : sauver la Terre en lui injectant de l’aïoli. »

Le Crépuscule des hommes
6.6
6.

Le Crépuscule des hommes

Sortie : 28 août 2025 (France). Roman

livre de Alfred de Montesquiou

Chaiev a mis 5/10.

Annotation :

Disons pour être gentil que Montesquiou a préféré miser sur les données factuelles plutôt que sur son talent de romancier pour composer son bouquin. A tel point qu’on voit mal pourquoi il se rajoute cette contrainte qui ne fait que rendre les choses plus poussives. Sinon, l’idée (qu’il avait déjà exploitée dans son documentaire télé) de traiter le procès de Nuremberg selon le point de vue des journalistes internationaux est pas mal : on découvre toute l’infrastructure et l’organisation qu’a demandé ce premier procès international jugeant des crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Gouverner Marseille
8.1
7.

Gouverner Marseille

Sortie : septembre 2005 (France). Essai, Politique & économie

livre de Michel Samson et Michel Peraldi

Chaiev a mis 9/10.

Annotation :

Aux commandes, un duo journaliste/sociologue qui permet un scan très complet de la vie politique et sociale de la capitale phocéenne entre 1953 (arrivée de Defferre aux manettes) et 2003 (dix ans après le passage de relais à Gaudin). 50 ans pour asseoir un système clientéliste où tous les coups sont permis pour s’arroger le pouvoir et le confisquer le plus longtemps possible au nez et à la barbe des électeurs bernés, manipulés et oubliés. Le panorama est à 360° (comme en haut de la Bonne Mère), implacable et désenchanté, mais très documenté et fouillé.

Les Vies d'Alexandre Jacob
-
8.

Les Vies d'Alexandre Jacob (1998)

Sortie : 17 juin 1998 (France). Biographie

livre de Bernard Thomas

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Une merveilleuse biographie d’un merveilleux cambrioleur anarchiste, qui ne vole qu’aux très riches pour aider ses compagnons de lutte à organiser le Grand Soir. Cinq ans de pieds de nez aux bourgeois (on dit que Jacob a servi de modèle principal à Leblanc pour son Arsène Lupin) très chèrement payés puisque notre héros détient probablement le record de temps passé au bagne : 20 ans à Cayenne, alors que l'espérance de vie moyenne était de 5 ans. Personnage hors du commun donc, autodidacte et frondeur, drôle et impertinent, que la société capitaliste et matérialiste aura essayé de broyer sans succès.

Nous serons les rois de Marseille
-
9.

Nous serons les rois de Marseille (2004)

Nous serons les rois de Marseille

Sortie : 27 août 2004. Roman, Policier

livre de Serge Scotto

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Une plongée dans la vie nocturne marseillaise des années 80, avec l’aventure de deux bras cassés qui s’auto-proclament rois de la night et décident d’ouvrir une boite de nuit sur le quai de Rive Neuve. Bon, ça pourrait être pire, car l’écriture est sympa, mais ça pourrait être mieux car l’histoire est tout de même aussi paresseuse que les protagonistes.

Banlieue Sud-Est
7.6
10.

Banlieue Sud-Est (1947)

Sortie : 1947 (France). Roman

livre de René Fallet

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Assez incroyable d’écrire un roman aussi maîtrisé à 19 ans. Fallet avance dans son récit avec beaucoup d’assurance et de désinvolture mêlées, et un sens du style épatant : maturité paradoxale sûrement acquise d’avoir été adolescent pendant la guerre, ce que raconte justement le texte sans avoir l’air d’y toucher. Paradoxale car rien de très héroïque n’attend la plupart des jeunes dont on suit les journées tranquilles loin des combats, d'autant plus libres et insouciants que le pays ne fonctionne plus selon les règles habituelles. C’est l’occasion d’ailleurs de réaliser à quel point cette parenthèse étrange ont peu été traitées dans la littérature, moments de flou et de bonheur auquel ceux qui s’y livrent ne peuvent pas non plus adhérer sans un peu de mauvaise conscience.

« C’était une petite fille blonde avec des yeux de porcelaine qui conservaient l’enfance comme un oiseau entre les mains. Son rire de guitare, ses lèvres de porto et sa douceur de nuit de juin. Ses yeux de porcelaine, ses joues de sucre et son rire de vigne. C’était une petite fille blonde, avec des gestes de poupée, des étonnements de gamine, joies sans raison, battements de tempes, battements de cœur. Rêve-terre, express permanent, elle sortait du songe, elle était née du bleu. Ange, petite, en provenance d’ailleurs, fragile, à manier doucement, belle… Etoile inouïe, née d’un cœur et d’une corde, elle plantera la discorde au sol de vos cosmogonies. Connaîtra-t-elle l’éclipse et la mort momentanée, quelles méditerranées engloutiront ses ellipses ? Plaintif obus du matin, notre étoile personnelle, en rétrécissant tes ailes tombe donc dans nos jardins…»

Une drôle d'année à Marseille
-
11.

Une drôle d'année à Marseille

Document, Histoire

livre de Michel Franceschetti

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

La période de la “drôle de guerre” (sept 39 à mai 1940) vue depuis Marseille, à travers les articles de journaux locaux. Du coup pas mal de faits nationaux passent au second plan, et l’on redécouvre via les articles la vie quotidienne pendant ce laps de temps un peu hybride et suspendu, juste avant l’abîme de la peur et de la répression.

La Bonne Mère
7.6
12.

La Bonne Mère (2025)

Sortie : 21 août 2025. Roman

livre de Mathilda Di Matteo

Chaiev a mis 3/10.

Annotation :

Je louais un peu plus tôt dans l’année la riche idée qu’avait eu Esther Teillard de décaler un peu (dans Carnes) le thème éculé de la confrontation Paris/Marseille en évitant le plus possible la comédie de mœurs : eh bien le moins qu’on puisse dire c’est que Mathilda di Matteo n’évite absolument pas d’y recourir, et le résultat est à mes yeux catastrophique. Tout est caricatural et convenu, bête car cousu de fil blanc, fonçant tête baissée dans tous les pièges, toutes les compromissions, toutes les facilités narratives et psychologiques.

Le Conscrit
5.8
13.

Le Conscrit (2002)

Dos veces junio

Sortie : 2012 (France). Roman

livre de Martin Kohan

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

Vision glaçante de la barbarie argentine pendant la dictature de 76, car calquée sur la perception très lacunaire qu’en a un jeune conscrit, témoin de toute la machinerie à broyer l’humain sans vraiment la comprendre. Bourreaux, victimes, sur fond de mascarade politico sportive (la fameuse coupe du monde de football de 1978), rien n’a l’air d’entamer la naïveté du narrateur, comme si son cerveau (comme celui de la plupart de ses concitoyens) avait une fois pour toute choisi de se déconnecter face à l’horreur dont est capable l’être humain en société.

« Il est bien évident que l’art de la guerre consiste justement à détecter la principale force sur laquelle compte l’ennemi, puis de tout mettre en œuvre pour en faire sa plus grande faiblesse. »

Pourquoi j'ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port
-
14.

Pourquoi j'ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port (1995)

Sortie : 1995 (France). Récit, Autobiographie & mémoires

livre de Serge Valletti

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

Valletti ne démérite pas de sa réputation de faconde tendre et loufoque, avec ces quelques pages arrachées à l’enfance, sans grande histoire mais avec plein de petits bouts de rien qu’il manipule avec un amour communicatif.

Sbang-sbang
-
15.

Sbang-sbang (1969)

Sortie : 1969 (France). Roman

livre de Claude Klotz

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Avant de s’appeler Patrick Cauvin, Claude s’appelait Klotz et écrivait des livres noirs et polars en tout genre. Ici, il s’agit d’un mélange assez amusant entre la vie plan plan plan d’un petit employé de la SNCF qui voit tellement de western qu’il a transformé Marseille en gigantesque OK Corral. Amusant car bien écrit, mais à dire vrai le dispositif a du mal à tenir plus de 15 pages tant il est répétitif et légèrement attendu.

« Ils ont levé à l'aube du premier jour de l'août un volet de fer huilé, gondolant et vraoum, vraoum, Simca lilas, pêle-mêle, mélé méli dans les crevettes : filets veaux froids moutarde cascadant sur parasol quadricolore ils ont, la lunette valseuse dans les boîtes à gants, cinglé, toute bedaine sur volant sport, vers des plages avec à l'arrière, mollement immergeante the Jeune Fille, la girl, Engrangée rechigneuse entre de mols ballots il la convoie pépère, la drive de borne en borne jusqu'à ce que le sexe lui gigote d'être tant urineux. Papa pipi. L'immonde. Indolente June gît, geint, jeune, jaune in the sun. Dans trois heures si les bielles patinent à l'envie nous serons à Cassis-plage où plein de jus et de maigreur je l'attends. J'ai seize ans et je suis. Le mollet rapace et le bréchet blafard, calfaté à la serviette éponge j'ai lu Buck John dans les mouettes pendant bien des aoûts mais la plage est déserte sinon de boules et de pizzas, le sun tourne entre les baraques, personne ne s'y baigne ou quelques enfants-poissons seaux de sable gueule verte de noyé mais nib pour les naïades. »

Belle de Mai
-
16.

Belle de Mai (2023)

Sortie : 2023 (France). Roman, Policier

livre de Pascal Escobar

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Bonne idée de choisir comme toile de fond d’un polar marseillais la communauté comorienne et le quartier de la Belle de Mai, sur les pas d’un ancien éducateur devenu détective privé : ça change des flics pourris et des magouilles politiques. Bon, reste qu’à l’arrivée le coté “roman” me laisse clairement dubitatif, tellement peu original et fouillé que j’ai du mal à voir ce que ça peut rajouter à une approche simplement documentaire d’un sujet tous les jours plus actuel et plus dévastateur.

Sur nos cadavres, ils dansent le tango
-
17.

Sur nos cadavres, ils dansent le tango (2011)

Sortie : 2011 (France). Roman

livre de Maurice Gouiran

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

L’enquête est un peu conventionnellement traitée (avec le bon gout cela dit de laisser aux composantes romanesques la place la plus succinte possible) mais les faits réels sur lesquelles elle repose sont passionnants : d’une part l’intrication des réseaux clandestins de la droite extrême française issus de l’OAS avec le milieu marseillais, la mouvance franquiste et la junte militaire en Argentine, et d’autre part l’effarante compromission du gouvernement français (et de la plupart des prétendues démocraties) lors de la coupe du monde de football en 1978 qui servit de vitrine de réhabilitation honteuse aux dictateurs criminels de Buenos Aires.

L'Odyssée cosmique
6.4
18.

L'Odyssée cosmique (2023)

Une histoire intime des étoiles

Sortie : 22 septembre 2023 (France). Essai

livre de Éric Lagadec

Chaiev a mis 5/10.

Annotation :

J’adore les bouquins d’astrophysique, et là toute la partie “vulgarisation” est plutôt claire et vivante. Seulement pourquoi, ô pourquoi il faut qu’Eric Lagadec nous raconte entre deux quasar set trois trous noirs sa vie, ses questionnements, ses émerveillements, ses rencontres amicales gniagnia gnia et gnia gnia. L’auto fiction a aussi gagné les textes scientifiques on dirait. Je vois pas ce que ça ajoute, par contre ça ‘a rendu la lecture plus que pénible. Ah ah ah j’avais toujours peur de le revoir apparaitre en plein milieu d’une explication sur les galaxies ou les photons, genre film d’horreur.

Chamamé
7
19.

Chamamé (2007)

Sortie : 30 août 2012 (France). Roman

livre de Leonardo Oyola

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Bah à l’arrivée ça va pas du tout cette affaire, à quoi bon être un auteur argentin pour écrire un roman à ce point là étasunien ?

Devenir fasciste
6.5
20.

Devenir fasciste (2025)

Ma thérapie de conversion

Sortie : 20 mars 2025 (Canada). Essai, Culture & société

livre de Mark Fortier

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Pas convaincu qu’un pamphlet au second degré soit très pertinent face à la montée des périls, ou alors c’est juste que l’humour de Fortier me parait un peu tourner à vide. Disons que je préfère ses analyses du phénomène à ses blagues un peu inutiles, voire déplacées dans un essai politique.


« C’est à ce moment que l’éloge de la diversité s’est discrètement substitué à la défense de l’égalité. Une des plus vieilles valeurs de l’histoire politique occidentale se trouvait ainsi partiellement éclipsée. À l’origine de la démocratie, de l’évolution du droit, de la matérialisation des libertés, il y a toujours eu une puissante revendication d’égalité de la part des esclaves, des serfs, des femmes, des laissés-pour-compte. C’est à la suite d’incessantes révoltes populaires contre l’esclavage pour dette, contre l’écrasement des petits propriétaires et la concentration de la richesse que la Grèce antique aboutit à l’idée d’un règne de la loi et d’une citoyenneté démocratique. L’idée de l’égalité a été le moteur de l’identité occidentale. On en retrouve partout le cœur battant : de l’invention et de l’élaboration du droit à Rome au christianisme, des révolutions modernes aux conflits entre le travail et le capital. La haine viscérale qu’éprouve la droite radicale pour tout ce qui a trait à cette valeur est au demeurant la preuve par excellence de l’imposture de ces soi-disant conservateurs. Un signe que ce n’est pas tant l’identité de cette civilisation qui les préoccupe que la conservation des privilèges des possédants »

Papa
6.2
21.

Papa

Sortie : 2 janvier 2020 (France). Roman

livre de Régis Jauffret

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Dans un autre temps, une autre vie, j’aimais bien Jauffret je crois me souvenir. Au début du siècle il faisait partie de la jeune garde prometteuse. Je ne sais d’ailleurs plus trop pourquoi j’ai cessé de lire ses romans, peut-être parce que plus rien dans ses sujets ne m’attirait, ou pour une autre raison, ou pour aucune raison. Et voilà que 15 ans après j’en relis un, enfin pas un roman exactement, plutôt un récit de souvenirs autour de la figure de son père, homme falot et taiseux. Premier constat : cette mode des autobiographies familiales me dépasse, pas sûr que ça soit une très bonne idée de laisser les auteurs/trices se baigner ainsi dans leur auto-fascination égotique. Deuxième constat : Jauffret réussit sur quelques passages à néanmoins être touchant, mais bon de là à écrire 250 pages, assez maladroites et paresseuses, bof. Et troisième constat, qui n’a rien de nouveau, déso : la période trouble de la guerre sied bien à Marseille. C’est là le petit point original du livre : décrire la période non pas par rapport aux résistants ou aux envahisseurs, mais du point de vue des neutres, des quidams, qui faisaient le dos rond en attendant que ça passe.

Ténèbre
7.5
22.

Ténèbre (2020)

Sortie : janvier 2020. Roman

livre de Paul Kawczak

Chaiev a mis 9/10.

Annotation :

La très très bonne surprise de l'année. Ecriture luxuriante, et grande intelligence dans l'intrication des thèmes et le jonglage avec les références.

« Il faut le dire encore, car cela est important, seul l’amour le plus pur put accomplir une telle saisie du monde sur le corps d’un amant. Xi Xiao savait, en incisant ainsi la chair du géomètre, qu’il opérait de façon à le soustraire au temps même, à ses lenteurs, ses langueurs, ses longueurs, son inquiétude et sa condamnation ; il le suspendait au-dessus du gouffre de l’absence pleine, de cette ténèbre véritable, plus brillante, en son sein, que mille étoiles et dont, pourtant, aucune lumière ne s’échappe, toutes prisonnières de son noir absolu. Ainsi suspendu dans le vide de la mort pure, Claes eût dû grandir fabuleusement à la mesure de sa tristesse, laquelle, croyant à son triomphe sur l’ordre de l’univers, croyant dominer la vie et le temps, aurait relâché sa garde, desserré quelque peu son emprise sur l’âme du jeune homme qu’elle comptait, sûre d’elle, dominer au-delà de la mort, pour se voir soudainement trompée et trahie à l’instant où Xi Xiao eût, incisant le cœur de Pierre Claes fraîchement libéré de son couvercle de côtes, rompu le dernier fil retenant le géomètre à la vie. »

Tovaangar
6.2
23.

Tovaangar (2025)

Sortie : 20 août 2025. Roman, Science-fiction

livre de Céline Minard

Chaiev a mis 5/10.

Annotation :

Les grandes douleurs sont muettes. No comment.

La Folie Océan
6.4
24.

La Folie Océan

Sortie : 22 août 2025 (France). Roman

livre de Vincent Message

Chaiev a mis 4/10.

Annotation :

Aie aie aie, le temps se gâte. Jusque là je pouvais continuer à croire que « les années sans soleil » n’était qu’un accident de parcours, mais au bout de ces 400 pages éreintantes, j’ai la sale impression que c’est plus grave que ça. Je dis éreintantes, mais seulement si on se force comme moi à aller au bout, car en fait les 400 pages prises une à une sont juste... rien du tout. Message est constamment à coté de son sujet (la sur-pêche et les luttes écologistes) probablement parce qu’il ne le connaît pas de l’intérieur. C’est à dire qu’à part nous étaler à grand coups de louches des données wikipédia et des noms de planctons, l’écrivain est aux abonnés absents. Le roman ne tient pas (wesh on s’en fout du début à la fin, de cette histoire de meuf scientifique fille d’immigrés, qui ne sait pas choisir entre un jeune plongeur sexy mais instable ou un vieux prof gniangnian), l’écriture ne tient pas (c’est à hurler ce style, à côté Houellebecq c’est Proust, Bellanger c’est Faulkner), le manifeste militant ne tient pas (on dirait un article d’Okapi magazine, vu l’urgence c’est un peu dommage), et le tout est emballé dans une ambiance « gendre idéal » qui a le don de m’horripiler. Franchement parler des océans et ne surtout pas vouloir faire de vague, c’est abusé (je passe sur le titre mais je n’en pense pas moins, Nothomb doit faire la gueule de se l’être fait piquer).

Trois jours d'engatse
7.2
25.

Trois jours d'engatse (1995)

Sortie : 1 avril 1995. Roman

livre de Philippe Carrèse

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

« Frais-Vallon, c’est la cité qui est juste au-dessus du camion de flics, au bout de la rocade… Des barres d’immeubles, tous gris… Enfin pas tous, parce qu’il y a eu réhabilitation… Réhabilitation. Ils ont tout repeint en rose pour faire gai. C’est vrai que ça fait plus gai quand tu retrouves le petit frère de Nordine, défoncé raide à la colle, au pied d’un escalier en crépi rose, plutôt qu’au pied d’un escalier en béton gris. »

Histoire du S.A.C. : La Part d'Ombre du Gaullisme
-
26.

Histoire du S.A.C. : La Part d'Ombre du Gaullisme

Sortie : 15 octobre 2003 (France). Culture et société, Histoire

livre de François Audigier

Chaiev a mis 7/10.

Annotation :

L’histoire du SAC

Ca se lit comme un polar, tellement toutes ces histoires de barbouzes, de réseaux d’influence et de milices secrètes au coeur du pouvoir gaulliste sont hallucinantes. Comme est hallucinant l’espèce d’omerta/amnésie qui touche toute cette séquence de l’histoire française, particulierement pas glorieuse.

Pour vous combattre
7.8
27.

Pour vous combattre (2022)

Sortie : 5 mai 2022 (France). Récit

livre de Joseph Andras

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Ni roman ni document, on va dire quoi ? Evocation ? En évitant de convoquer encore une fois les auspices du cher Vuillard, même si bon le principe y est un peu… Quoi qu’il en soit, l’écriture est intéressante, serrée, efficace, Andras évitant le didactisme et l’emphase. Et puis de toute façon passer quelques chapitres intelligemment tournés aux côtés de Camille Desmoulins c’est toujours ça de pris.

« L’Histoire les bâtira rivaux irréductibles, mais l’Histoire n’est jamais qu’une façon pour les puissants de continuer à faire les poches aux morts. »

La Bonne Tisane
-
28.

La Bonne Tisane (1955)

Sortie : 1955 (France). Roman

livre de Jean Meckert / Jean Amila

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Après un début en fanfare avec son premier roman, Les Coups, qui est un succès de librairie malgré la guerre en cours, la carrière de Meckert s’enlise un peu. Pas la faute à ses livres, toujours aussi cruels, ni à son style, toujours aussi direct et percutant. Après plusieurs tentatives, il semble marquer le pas et dès 1950 il laisse la place à son double, Jean Amila, pour se consacrer à la Série Noire de son ami Duhamel.
Celui ci est son 3eme (il y en aura 21, sans compter tous ses romans alimentaires écrits sous d’autres pseudos), et respecte avec humour une unité de temps et (presque) de lieu, à savoir une nuit dans une maternité des quartiers cossus, jouxtant une villa où a eu lieu un règlement de comptes chez les mafieux. Ça donne au bouquin ce coté très cinématographique, redoublé par des dialogues enlevés, à l’argot aux petits oignons. L’histoire par contre est réduite à sa plus simple expression, et hormis la dimension ludique et distrayante, y’a pas grand-chose d’autre à chercher entre les lignes puisque même le monde des truands ou celui de l’hopital n’est qu’une façade qui n’intéresse visiblement pas plus que ça l’auteur.

« Maine et Roger étaient en train de se regarder dans le blanc des yeux, pas très contents. Ça s’arrangeait mal. Et, pour tout dire, la femme avait un petit automatique au poing droit, histoire de se faire respecter.
Le beau Roger était plutôt pâle. S’étant fait traiter d’ordure, il avait voulu forcer l’autorité, avait placé deux va-te-laver sur la devanture à la Maine… Au troisième essai, il avait vu surgir le petit rond noir qui rééquilibrait drôlement la corrida. »

Hildegarde
7.5
29.

Hildegarde

Sortie : 18 avril 2018 (France). Roman

livre de Léo Henry

Chaiev a mis 8/10.

Annotation :

Loin de l’exercice de style lassant ou du devoir d’histoire appliqué, Henry réussit à se plonger dans un imaginaire moyenâgeux fascinant, celui du XIIe siècle avec ses légendes, ses croisades, ses mystiques. Partout il s’agit de rencontres extraordinaires, qu’il s’agisse de se confronter à Dieu, à l’Etranger, au Mystérieux, à l’Incompréhensible ouà l’Indicible. Au coeur du livre, qui est un roman sous forme de mosaïques d’histoires, il y a Hildegarde de Bingen, femme d‘exception à la tête du premier couvent exclusivement féminin de la Chrétienté, tout à la fois visionnaire, médecin, musicienne, pivot politique. Mais comme un cœur de réacteur : cachée, presque invisible. Une sorte de portrait en creux où les alentours sont privilégiés : plutôt que de rajouter un portrait supplémentaire, et forcément falsifié et imprécis de cette figure légendaire qui ne bougea pas de son monastère des bords du Rhin, l’écrivain choisit la voie oblique en se propulsant dans tous les coins du monde connu, dans tous les lieux de pouvoir, multipliant les voies et les voix pour redonner vie à un monde impossible à retrouver autrement que par ces harmoniques juxtaposées.

« Guiot se tait, se lève à son tour, s’apprête à te laisser sur un nouveau mystère, encore une explication en suspens. Mais, à ta grande surprise, voilà qu’il te tend la main pour t’aider à te remettre sur pied et qu’il conclut : parce que nos vies à tous ne sont que des histoires, un mélange de vécu, de souvenirs, de songes, de témoignages et d’inventions. Parce que lorsqu’il raconte ces épisodes brodés pour ton plaisir, au fur et à mesure, il n’est pas plus honnête ni plus menteur que s’il s’agenouillait face à un prêtre pour une confession. Il sait, comme moi, comme toi, la valeur des récits : tout à la fois immense et insignifiante, à l’exacte mesure de celle que lui accordent son public, sa rêverie, sa confiance, son imagination. »

Carnes
6.6
30.

Carnes

Sortie : 15 janvier 2025 (France). Roman

livre de Esther Teillard

Chaiev a mis 6/10.

Annotation :

Si le thème du livre- l’éternelle opposition entre Marseille et la Capitale – n’est pas d’une originalité folle, Esther Teillard a néanmoins la bonne idée de le décaler un peu en évitant le plus possible la comédie de mœurs : ici la confrontation est d’ordre quasi métaphysique, non pas entre deux façon de vivre mais bien deux façon d’être, et plutôt que d’avoir lieu via une trame narrative bornée, elle se joue au sein du regard de la narratrice, qui abandonne la violence solaire de sa ville natale pour plonger dans l’enfer des apprentis artistes parisiens. Il ne s’agit d’ailleurs pas trop de vior qui gagne et qui perd, ici tout le monde est à la dérive, perdu irrémédiablement, défoncé, humilié, sans espoir, et seule la façon de l’être change : beauté décomposée de la vulgarité vitale contre matité fascinante de la morbidité triomphante, dans tous les cas le mot de la fin semble de toute façon rimer avec « no future ». Cette facette là du livre est assez bien maitrisée, notamment grâce à une écriture flamboyante et ciselée. Mais le revers de la médaille, c’est que très vite le récit tourne en rond, à force de refuser tout enjeu romanesque : les considérations s’enchaînent, brillamment exprimées certes, mais sans réel lien avec une quelconque trame qui pourrait servir d’âme à ce mannequin finalement un peu vide et vain.

« Marseille est à la mode. La cagole s’est convertie en icône féministe, Marianne des temps modernes qui laisse tomber ses seins, ivoire ou marbre j’ai oublié, pour l’option cramoisie crado, salope qui se tape complètement de la gravité. Le côté ville cramée apparemment maintenant ça fait rêver. »

Chaiev

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