Cover Quentin Tarantino - Commentaires

Quentin Tarantino - Commentaires

Incroyable à quel point ce réalisateur en qui je portais les plus grands espoirs (ses trois premiers films dessinent une montée en puissance et en maturité phénoménales) est devenu le symbole de ce que j’exècre au cinéma ; pire, son exaltation permanente de la violence et de la vengeance, sa célébration de l'épanouissement individuel par le goût du sang et du meurtre cathartique, son immaturité régressive et bas-du-front me font gerber. Depuis quelques films son cinéma n'est que souffrance, haine, brutalité, bêtise, agonies triviales, jouissance gourmande et nauséeuse de la torture, de la mise à mort - pas la moindre miette de douceur, de tendresse, d'humanité, de compassion. Seulement des personnages odieux et détestables, comme en attestent des titres pourvus de "Basterds" ou autres "Hateful", lorsqu'ils n'affichent pas fièrement leur programme à base de "Kill" et de "Death". Triste figure que ce grand débile de cinquante balais doté d'un âge mental de douze ans, et dont les films anti-romantiques, anti-humanistes, anti-émouvants par excellence sont à l'opposé exact de ce qui me touche au cinéma. Il est l'antithèse de tous les artistes du coeur et de sentiments, les seuls qui comptent vraiment. Je cherche des films qui m'apportent humainement ; ceux de Tarantino, au contraire, tirent vers le bas. Je me suis juré de ne plus aller voir les étrons filmiques de ce guignol, c’est terminé.

Une citation crasse de l'intéressé en illustration de ma pensée, à l'occasion de la sortie de "Django Unchained" (
https://urlz.fr/890H) :

"Comme à chaque fois que je fais un film, j'ai voulu faire le film que j'avais envie de voir et que personne n'avait fait exactement comme je l'avais rêvé. J'ai envie de donner la satisfaction au public d'une vengeance collective. La catharsis est un ressort essentiel de mon cinéma. C'est le film que je rêvais de voir, avec un héros qui venge les souffrances des Noirs américains. Oui, il y a beaucoup d'hémoglobine, mais c'est pour rire, avec des ralentis, des zooms. J'y accorde beaucoup d'importance, car, pour moi, cela fait partie intégrante du divertissement. Et puis il y a une violence brutale et crue, qui n'est pas amusante du tout. Celle des Blancs contre les Noirs."

La méthode Tarantino, bien rodée depuis quelques films. D'abord éprouver le spectateur avec une violence douloureuse, réaliste, pour mieux le faire jouir ensuite lors d'une violence fun et cartoonesque, conçue comme un défouloir orgasmique, qui justifie et magnifie la vengeance dans un grand bain d'extase sanglante. C'est peu dire qu'un cinéaste qui tient de tels propos, et qui réalise de tels films, n'a droit qu'à mon mépris et mon aversion les plus totaux.

On peut y lire aussi, à propos de "Kill Bill" :

"On était solidaire du projet de vengeance de l'héroïne de Kill Bill par exemple, du moins je le souhaitais !"

Après un aveu si crânement assumé, je souhaite bien du courage à ceux qui affirment que le cinéaste ne célèbre et ne légitime pas la vengeance. Il va leur falloir sortir de très solides arguments.

Mon top :

1. Jackie Brown (1997)
2. Pulp fiction (1994)
3. Reservoir dogs (1992)
4. Kill Bill (2003/2004)
5. Inglourious basterds (2009)

Liste de

7 films

créée il y a environ 14 ans · modifiée il y a presque 7 ans
Reservoir Dogs
7.9

Reservoir Dogs (1992)

1 h 39 min. Sortie : 2 septembre 1992. Gangster

Film de Quentin Tarantino

Thaddeus a mis 10/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Démarrage fulgurant. Si l’on perçoit derrière ce formidable polar, virtuose et grinçant, une culture cinéphage folle, la créativité de Tarantino n’en demeure pas moins exceptionnelle, qui sidère par son sens inné de la mise en scène tranchée, du découpage net, de la réplique cinglante, de la construction jubilante. Autour d’un casse qu’on ne verra jamais, l’auteur déroule des plages de dialogues à la verve insolente, égrène à plaisir les situations canoniques du genre, met à nu les comportements, orchestre un jeu de masques et de dévoilement progressif qui, petit à petit, dépasse l’anecdote et la jouissance de l’instant pour atteindre une gravité presque tragique. Quand, en plus, le festival est mené par une telle troupe d’acteurs, il ne reste qu’à se taire et se délecter de chaque instant.
Top 10 Année 1992 :
http://lc.cx/UPx

Pulp Fiction
8.3

Pulp Fiction (1994)

2 h 34 min. Sortie : 26 octobre 1994 (France). Gangster, Policier, Comédie

Film de Quentin Tarantino

Thaddeus a mis 10/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Deux heures et demie de nectar et de jubilation absolue. Avec un sens inouï de la narration, du casting, de la rythmique musicale, Tarantino transforme l’admirable réussite de Reservoir Dogs et offre ce qui reste l’une des œuvres emblématiques de sa décennie. Nourri de culture pop et de cinéma, le film est un hybride harmonieux à la rutilance enivrante, où les clichés de l’americana sont revisités par des personnages beckettiens, des situations absurdes dopées à l’héro ou à l’adrénaline, et qui mine de rien, récit après récit, dessine une morale de la vérité, entre hasard et destin – un type sauve celui qui a juré de le tuer, la loyauté d’un autre lui coûte la vie, le tueur qui récitait sans le comprendre un psaume d’Ezechiel finit, transfiguré par un miracle, par en comprendre le sens. Un film qui réinvente à ce point la notion de plaisir pur pris au cinéma mérite de figurer sur un piédestal.
Top 10 Année 1994 :
http://lc.cx/UPY

Jackie Brown
7.3

Jackie Brown (1997)

2 h 34 min. Sortie : 1 avril 1998 (France). Gangster, Policier

Film de Quentin Tarantino

Thaddeus a mis 10/10 et a écrit une critique.

Annotation :

L’auteur ralentit la course et regarde ses personnages vieillir, sur les pas d’une héroïne magnifique en passe de doubler tout le monde, flics et truands, avec la complicité amoureuse d’un type un peu comme elle, le plus looser des princes charmants. Tout entier dévoué à ses personnages, son cinéma acquiert une indolence nostalgique au tempo décontracté, une épaisseur romanesque et sentimentale des plus précieuses. La tchatche de Jackson, la fatigue un peu blessée de De Niro, le regard ahuri de Michael Keaton, les décors californiens gorgés de Cadillac criardes et de chemises hawaïennes, les Delfonics en fond musical… Le plaisir est immense, mais le plus beau est dans la douceur cachée et le romantisme pudique du polar, qui au final débouche sur autre chose : un vrai suspense sentimental entre deux héros qui n'ont plus vingt ans, et leur relation toute en estime et en reconnaissance réciproques. Une pure merveille.
Top 10 Année 1997 :
http://lc.cx/UPQ

Kill Bill - Volume 1
7.7

Kill Bill - Volume 1 (2003)

Kill Bill: Vol. 1

1 h 51 min. Sortie : 26 novembre 2003 (France). Arts martiaux, Action

Film de Quentin Tarantino

Thaddeus a mis 5/10.

Annotation :

Le grand-œuvre de l’auteur, la synthèse foisonnante de son cinéma, de sa philosophie, de ses inspirations : deux volets gorgés de personnages, d’intrigues, de ramifications complexes, nourris d’un appétit vorace et d’une formidable virtuosité formelle et narrative, en forme de totem mythologique. Seulement voilà : toute cette matière romanesque est activée par des motivations, des principes, une morale absolument puants. J’y vois une héroïne exécrable s’enivrer de violence devant le regard attendri du cinéaste, occire une femme rangée (ce à quoi elle aspire, ou aspirait) sous les yeux de son enfant, en jubiler (dit texto en ouverture du volume 2), et au final tuer le père de sa fille pour l’élever seule ("Ben oui ma chérie, j’ai trucidé papa, mais c’est pour repartir sur de bonnes bases, tu vois"). Voilà la glorieuse conception de la maternité selon QT : sortir épanouie et magnifiée d’une croisade sanglante, apologie nauséeuse au meurtre et à la vengeance cathartiques. Bravo l’artiste.

Kill Bill - Volume 2
7.4

Kill Bill - Volume 2 (2004)

Kill Bill: Vol. 2

2 h 17 min. Sortie : 17 mai 2004 (France). Action, Arts martiaux

Film de Quentin Tarantino

Thaddeus a mis 6/10.

Annotation :

Voir ci-dessus (et la citation gerbante du réalisateur en introduction de cette liste).

Boulevard de la mort
6.7

Boulevard de la mort (2007)

Death Proof

1 h 54 min. Sortie : 6 juin 2007 (France). Action, Thriller

Film de Quentin Tarantino

Thaddeus a mis 3/10.

Annotation :

Tarantino n’a rien perdu de sa verve de dialoguiste, de son sens du détail jouissif et de la notation jubilante, qui me vaut des piques de plaisir intense pendant la première partie du film. C’est à peu près tout ce que je retire de ce truc d’une incommensurable vacuité, qui donne un nouvel aperçu de l’éthique nauséabonde de l’auteur, et de sa vision pathétique du monde et des êtres (les mecs sont tous des mufles débiles et vulgaires, les filles des pétasses horripilantes). Tarantino se vautre dans la posture fétichiste et reconduit une imagerie douteuse en néo-féminisme dévoyé : la libération des femmes est conçue en nivellement par le bas, qui voit des super-pouffes investir les clichés machistes et en rajouter dans le décervelage généralisé et la joyeuse loi du talion. Reste le petit manifeste théorique pour les intéressés : connerie frontale ou connerie réflexive, choisis ton camp, camarade.

Inglourious Basterds
7.4

Inglourious Basterds (2009)

2 h 33 min. Sortie : 19 août 2009 (France). Action, Drame, Guerre

Film de Quentin Tarantino

Thaddeus a mis 4/10.

Annotation :

Tarantino, le néant humain et émotionnel de son cinéma, son irresponsabilité crasse et infantile : troisième chapitre. Comme toujours la jouissance est là, éphémère, masturbatoire. Comme toujours les personnages n’existent pas, réduits au mieux à un charisme de surface, sans affect : ce sont des marionnettes, des figures fonctionnelles ne servant que le brio stérile des dialogues. Aucun regard sur le monde, un repli permanent dans ses fantasmes cinéphiliques étriqués, une nouvelle légitimation rance de la vengeance (salvatrice, puisqu’elle s’exerce par le biais du cinéma, et contre les nazis, que l’on torture et massacre dans une joyeuse catharsis). A la fin, lorsqu’au terme d’une énième effusion gourmande de sang (la violence fait littéralement bander le bonhomme), Tarantino-les-chevilles affirme au spectateur qu’il a réalisé son chef-d’œuvre, je ne sais pas quoi l’emporte, du dépit ou de la nausée.

Thaddeus

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