Re : Elaine May
Bien malgré ses (très) nombreuses contributions à l'histoire du cinéma, je peine encore à trouver (du moins en français) des éléments sur cette cinéaste complexe, protéiforme.
Ayant commencé par révolutionner les règles du théâtre d'improvisation avec son comparse Mike Nichols, Elaine May sera tour à tour scénariste, dramaturge, réalisatrice, actrice, script doctor... tant de possibilités d’être. Qui êtes-vous, Elaine May ?
Je rappelle au passage cette statistique : ""en 1980 une étude statistique a été réalisée: sur 7000 films sortis à Hollywood entre 1950 et 1979, seulement 14 ont été réalisés par des femmes." https://etd.ohiolink.edu/acprod/odb_etd/ws/send_file/send?accession=ohiou1725904333976986&disposition=inline
Un nouveau départ (1971)
A New Leaf
1 h 42 min. Sortie : 20 décembre 1978 (France). Comédie romantique
Film de Elaine May
Mellow-Yellow a mis 7/10.
Annotation :
Premier film en tant que réalisatrice, "A New Leaf" brille par l'incongruité de ses situations et de ses personnages. La caméra s'attarde beaucoup trop sur le maladresses et les lâchetés des humains. Le rythme est bizarre. Comme s’il y avait cette volonté de prendre le spectateur à revers, de ne pas jouer sur un comique dynamique, qui claque. Cela s’étend.
Elaine n’aura pas le privilège du final cut sur ce film, ce qui explique son relatif happy ending.
Le film original devait apparemment durer trois heures.
La thèse de Mathison-Regan sur May souligne avec pertinence que les qualités du réalisateur nouvel hollywoodien classique (perfectionnisme, dur à travailler mais génie de par son aptitude à rester fidèle à sa vision) sont "curieusement" absents dans le traitement critique d’Elaine May.
Le Brise-cœur (1972)
The Heartbreak Kid
1 h 46 min. Sortie : 15 novembre 1973 (France). Drame, Romance, Comédie
Film de Elaine May
Mellow-Yellow a mis 8/10.
Annotation :
Experience cinématographique intense pour moi que ce "NEIL SIMON'S HEARTBREAK KID". Je suis assez sensible à l’humour cringe, négativement parlant. Je me recroqueville littéralement sur mon siège lors des situations gênantes, et le film en est rempli jusqu'au bord.
Et à refuser de racheter ses personnages, en les équilibrant par de bonnes actions ou une mise en scène, le film prend une teinte plus profonde qu'il n'y paraît au premier abord, illustrant notamment la lâcheté masculine typique, l’objectification de la femme et les difficultés à agir selon ses désirs. Je trouve qu’un tel point est louable, surtout dans la période du Nouvel Hollywood et sa glorification de la masculinité toxique. J’aime également cette critique du stereotype du personnage errant, si souvent glorifié dans les films de la période.
Ce film m’a aussi permis de découvrir tout le talent de Charles Grodin, magnifique dans ce rôle tout sauf glamour.
Comme dans tous les films d’Elaine May, les personnnages féminins sont majoritairement grotesques et repoussants par leur comportement. Cela me dérangerait si les hommes n’étaient pas traités pareil, or c’est le cas.
Mikey et Nicky (1976)
Mikey and Nicky
1 h 46 min. Sortie : 29 avril 1987 (France). Drame, Gangster
Film de Elaine May
Mellow-Yellow a mis 7/10.
Annotation :
Au premier abord, "Mikey & Nicky" est une oeuvre dont on peine à comprendre l'existence. Un film perdu de Cassavetes réalisateur?
Puis on se rappelle qu'Elaine May est certainement bien plus calée dans le domaine de l'improvisation que ce dernier. Et que l'intérêt pour les personnages humains complexes, peu adaptés à briller sur l'écran, reste finalement un de ses thèmes clés. Dès lors l'existence d'un tel film devient déjà plus compréhensible, mais surtout nous permet de nous éloigner de l'ombre de Cassavetes, qui peut vite devenir omniprésente.
L'improvisation est évidemment toujours omniprésente, mais il ne s’agit pas d’une improvisation "je dis des choses au hasard" : le film est scripté, travaillé, retravaillé. Tout au plus nous autorisons nous à faire varier la rangée des émotions.
Ce qui m’impressionne dans ce "Mikey et Nicky", c’est cette joie qui semble être présente d’observer les corps de Peter Falk et John Cassavetes. Les voir s’époumoner, s’agiter, hurler, grimacer. Cela ne m’étonne pas de lire à côté qu’Elaine aurait apparemment filmé des kilomètres et des kilomètres de pellicule, dans l’espoir d’attraper quelque chose de vrai dans les interactions de Falk et Cassavetes.
Notons qu’il faut se demander si le peu de crédit féministe accordé aux films d’Elaine May n’est-il pas explicable par cette préférence assumée pour les personnages masculins, couplée à un traitement particulièrement castrateur de l'idéal viriliste de l'époque : ici il n'y a que de la lâcheté et de la misogynie.
Ishtar (1987)
1 h 47 min. Sortie : 15 mai 1987 (États-Unis). Action, Aventure, Comédie
Film de Elaine May
Mellow-Yellow a mis 6/10.
Annotation :
Je me suis plongé dans "Ishtar" en lisant le moins possible sur la réputation désastreuse du film.
Et à la fin de la séance, ma réaction a été: "mais pourquoi toute cette haine ?"
Dans son comic strip "The Far Side", Gary Larson dessine un "video store from Hell", ne contenant que des copies d'Ishtar. Des années après ce dessin, Larson s'est senti obligé d'écrire une excuse : il n'avait jamais vu le film. Et après l'avoir vu, il regrette son dessin.
J'ai l'impression que c'est un peu ça le consensus sur Ishtar : on le traîne dans la boue sans forcément l'avoir vu. Et même quand on le voit, il est possible que l'on soit pris par sa réputation et que l'on se construise une opinion déjà posée dès les premières minutes.
Et quelles premières minutes ! Dans la plus pure tradition de la patte d'Elaine May, nous avons le droit à de longues séquences appuyant les catastrophiques chansons du duo Beatty/Hoffman. On peut grincer des dents, ou se gausser. On peut aussi vite s'ennuyer aussi, tellement le trait est appuyé.
Personnellement, j'ai tout à fait été pris dans le délire du film. "Ishtar" est une comédie biscornue, un délire très particulier, sur lequel il est très facile de taper : blagues parfois dépassées, difficulté à s'extirper de l'habitude que nous avons à voir Hoffman et Beatty dans des rôles plus glamours, rythme parfois pataud... et en même temps "Ishtar" reste une comédie relativement classique, s'appuyant sur toutes les ficelles du genre.
Deux femmes pour un tueur (1990)
In The Spirit
1 h 34 min. Sortie : 6 avril 1990 (États-Unis). Comédie
Film de Sandra Seacat et Elaine May
Mellow-Yellow a mis 3/10.
Annotation :
La légende voudrait qu'Elaine May ait secrètement réalisé ce film.
Je ne l'espère pas. C'était une expérience particulièrement atroce. Il n'y a presque rien qui fonctionne dans un tel film. Autant le casting peut rester dans une certaine mesure sympathique, s'il n'y avait ce scénario foutraque, parfois incompréhensible, mélangé à une rythmique ratée et des dialogues vains. Au bout de quarante minutes, il ne reste plus que May et Thomas qui s'embourbent dans des simagrées sans queue ni tête, pour un récit tenant sur un post-it. Ce fut douloureux.








