Reise, reise... [Rammstein] (avec annotations)
Des Allemands rois de la provocation, qui n'hésitent pas, à l'instar de Nietzsche avant eux, à dépasser la morale pour ériger des tableaux tous plus glauques et dérangeants les uns que les autres, mais qui ne manquent pas de faire réagir. Et c'est ce qui compte : c'est la base de la provocation.
5 albums
créée il y a plus de 10 ans · modifiée il y a plus de 10 ansHerzeleid (1995)
Sortie : 24 septembre 1995 (France). Rock, Industrial metal
Album de Rammstein
Alexandre G a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Un premier album est toujours difficile à évaluer lorsqu'on sait ce qu'ils font par la suite... Pourtant quand Rammstein sort Herzeleid, ils ont tout de même l'air d'avoir acquis une bonne part de ce qui feront leur succès après Sehnsucht !
On trouve tout de suite une touche très particulière qui ne manquera pas de susciter l'engouement de l'Europe et du monde : des riffs parfois lents ('Rammstein' est symptomatique), parfois très rapides, accompagnés de mélodies souvent folles au synthé, qui donnent une ambiance schizophrène, malsaine... Et les paroles ne sont pas là pour rassurer : "Insanity is only a narrow bridge the banks are reason and desire" ('Du riecht so gut') ou autres enfants morts et mères apeurées. Mais on se complaît souvent dans cette folie, un monde chaotique, où tout part à vau-l'au et où pourtant "die Sonne scheint". Rammstein montre une sorte de folie particulière, et donne au métal des notes de psychopathologie, en mettant en exergue le plaisir qu'on peut avoir à sombrer dans le chaos, ou l'empressement à s'échapper du bonheur.
La très belle phrase qui conclut le titre 'Herzeleid' le prouve : "Bewahret einander vor der Zweisamkeit", soit plus ou moins "Save each other from togetherness" (intraduisible en français). Rammstein, acte I, c'est surtout la révolution psychologique, et l'assertion de la folie dans l'homme.
J'y trouve à redire dans le sens où beaucoup de titres sont anecdotiques, et les bons titres sont très imparfaits. Le style est limpide, mais du même coup on a l'impression d'entendre plusieurs fois la même chanson (et en allemand on ne comprend rien...) C'est le pari du groupe de toujours chanter en allemand, et peut-être ce qui les dessert parfois. Ils prétendront à l'originalité et à la diversité par la suite, ce qui les aidera énormément.
Sehnsucht (1997)
Sortie : 22 août 1997 (France). Rock, Industrial metal
Album de Rammstein
Alexandre G a mis 7/10.
Annotation :
Album de la consécration pour Rammstein... ou so-called. Je reste un peu sur ma faim à la première écoute de 'Sehnsucht'. Les morceaux sont certes beaucoup plus travaillés que sur 'Herzeleid' : on sort souvent du schéma classique (en témoigne le célèbre 'Du Hast') et la variété des accompagnements au synthé fait toute la force de ce Rammstein II.
Mais pourtant, le groupe ne parvient pas à l'originalité parfaite... La voix de Till n'est pas utilisée à bon escient (alors qu'elle peut aller très haut) et frôle souvent trop la caricature du robot.
Les textes sont toujours relativement intéressants, bien qu'on ne trouve pas toujours de continuité directe dans l'album, pas de thème conducteur explicite, si bien qu'on sent que le groupe cherche surtout à provoquer avec ses textes sans pour autant chercher à être constructif. Ce qui était particulièrement appréciable pour le premier album, mais qui tend à la redondance dans le second... (ce qui me fait augmenter la note du premier par effet de comparaison)
On trouvera cependant davantage intéressants les effets de la batterie cette fois-ci, qui fait réellement naître le genre industriel, tant on a l'impression que Christoph Schneider tape sur des fûts à s'en rompre les ligaments. Mais à la seconde écoute encore, je n'y trouve pas là un album majeur mais davantage une continuité d'Herzeleid...
Live aus Berlin (Live) (1999)
Sortie : 30 août 1999 (France). Electronic, Heavy Metal, Industrial
Live de Rammstein
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Finalement, un album live permet souvent de se réconcilier avec certains titres et certains albums... Si j'étais un peu refroidi par 'Sehnsucht' en version studio et quelques titres de 'Herzeleid', il suffisait de les écouter en concert pour se dire que Rammstein est un groupe fait pour la scène.
En reprenant pratiquement tous les titres de leurs deux premiers albums dans un concert à Berlin, les Allemands nous prouvent à quel point leur musique est prédisposée aux pogos et autres circle pit. Le rythme y est pour beaucoup, mais on se rend compte que très vite le public connaît toutes les chansons par coeur, ce qui sublime certains titres au refrain déjà bien connu ('Rammstein' par exemple est parfaite). Des titres comme 'Du Riechste so gut', qui m'avait laissé sur ma faim en studio, se retrouvent tout de suite beaucoup plus entraînant et intéressant en concert.
On regrettera cependant le manque d'expressivité de Till Lindemann, qui ne semble pas être très à l'aise vis à vis de son public. Certains passages auraient gagné à n'être chantés que par le public, et Lindemann ressemble toujours autant à un robot qui chante, sa voix n'étant pas spécialement différente de la version studio...
En attendant le Volkerball, on a là un premier livre extrêmement intéressant.
Mutter (2001)
Sortie : 27 mars 2001 (France). Heavy Metal, Industrial, Hard Rock
Album de Rammstein
Alexandre G a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Quel changement par rapport à 'Sehnsucht' ! Voilà qu'on passe d'albums avec quelques très bons titres et beaucoup de titres anecdotiques à un album avec seulement un ou deux titres anecdotiques, et qui restent tout de même excellents !
La variété des inspirations est absolue : du violon, du tragique, de la provocation, de la tristesse, de la mélancolie... On n'est plus dans la rage pure et dure des premiers albums. Les gars de Rammstein ont décidé de faire de leur musique un regroupement de styles variés, de telle sorte à donner à respirer entre certains titres ('Sonne' est à ce titre magnifique), tout en conservant une hargne formidable ('Feuer Frei!', que je n'aime pas particulièrement, mais qui, en tant que métaphore de la pénétration, est solidement dans l'esprit du groupe...)
Cette fois-ci, je ne peux critiquer la cohérence de l'album : il s'annonçait comme celui de la maternité, et pour cela tous les titres peuvent être interprétés tels quels. La naissance du soleil ('Sonne'), la maternité bien sûr ('Mutter'), les caprices ('Ich Will'), l'hermaphrodisme ('Zwitter'), l'acte sexuel ('Rein Raus'), etc. Il n'y a pas de faux pas, et c'est un album beaucoup plus complet que les précédents, qui aura pris le double de temps que 'Sehnsucht', et qui donne enfin au groupe ses meilleurs titres, et pour moi son meilleur album.
Reise, Reise (2004)
Sortie : 27 septembre 2004. Heavy Metal, Industrial
Album de Rammstein
Alexandre G a mis 8/10.
Annotation :
Album bien moins subversif que les précédents, 'Reise, Reise' semble être pourtant celui qui a permis au groupe d'atteindre un succès formidable dans le monde entier. Ils ont désormais complètement atteint leur style et la patte "Rammstein" est complètement aboutie, si bien qu'on se permet un petit écart, plus acceptable et vers un public plus vaste.
Ce n'est pas l'album le plus violent, ni le plus provocateur de la discographie. On parle beaucoup d'amour ('Ohne Dich', 'Amour', ou même 'Moskau' qui est une ode à Moscou, dans ce qu'elle a de crade certes), de fierté ('Reise, Reise', qui apparemment signifierait ici davantage 'to Rise'; 'Keine Lust'). Les riffs incisifs qui ont fait la réputation de cette musique y sont moins percutants : il y a même un morceau à la guitare sèche ('Los') ! Qui néanmoins garde un rythme tout à fait intéressant, mais sensiblement éloigné de ce à quoi les Allemands nous avaient habitué...
L'album est assez hétérogène. Il semble que la cohérence soit assez difficile à trouver, puisque des étapes successives, voire enchâssées, sont décelables : le diptyque 'Amerika'/'Moskau' pour le voyage, et les thèmes précédemment abordés qui ne respectent pas d'ordre particulier.
Ce n'est donc pas une suite extraordinaire à 'Mutter' (qui avait atteint des sommets), mais le groupe conforte ses concerts de titres prodigieux (le 'Mein Teil' du Volkerball s'avérera un grand moment d'expression scénique) mais davantage une diversification du style de Rammstein qui nous est proposée à travers 'Reise, Reise', devenu plus soft, plus poétique.
![Cover Reise, reise... [Rammstein] (avec annotations)](https://media.senscritique.com/media/media/000010659516/960x250/cover.jpg)





