Cover Rétrospective Poétiques baltes

Rétrospective Poétiques baltes

La Cinémathèque du documentaire et la Bibliothèque Publique d'Information organisent de janvier à mars 2026 une magnifique rétrospective de films baltes, en provenance d'Estonie, de Lettonie et de Lituanie, au Forum des Images à Paris : https://agenda.bpi.fr/cycle/poetiques-baltes/.

Le programme est très riche, et regorge de pépites à découvrir, du milieu du 20e siècle à aujourd'hui. Ce cinéma est encore peu connu en France, et un tel événement est l'occasion parfaite pour célébrer ce cinéma si inventif sur la forme et si émouvant sur le fond.

La plupart de ces films ont en effet été réalisés par des cinéastes non alignés avec le régime soviétique, qui ont tenté de s'exprimer malgré la censure et la corruption du langage par l'art et la propagande officiels. D'où l'attachement de ces cinéastes à recourir le moins possible aux mots, et le plus possible aux images et aux sons, comme s'ils avaient redécouvert le cinématographique, dans une grande pureté esthétique et un grand courage.

Liste des films que j'ai vus, classés et regroupés par séances, dans l'ordre chronologique où je les ai découverts.

Liste de 6 films créée il y a 6 mois · modifiée il y a 5 mois
Est-il facile d'être jeune ?
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Est-il facile d'être jeune ? (1987)

Vai viegli but jaunam?

1 h 23 min. Sortie : 1987 (Union Soviétique). Drame

Documentaire de Juris Podnieks

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Film d'ouverture de la rétrospective, le 7 janvier 2026 : https://agenda.bpi.fr/evenement/soiree-d-ouverture-est-il-facile-detre-jeune/

Un brillant documentaire balte, du réalisateur letton Juris Podnieks, qui eut un fort retentissement à sa sortie, en 1986. Et pour cause, dans la Lettonie soviétique envahie par l'URSS, ce film qui montrait la réalité de la jeunesse balte, rebelle, triste, perdue, loin des clichés du réalisme socialiste soi disant radieux, ne pouvait que mettre en colère les autorités, avides de propager une fausse image, forcément parfaite, du soviétisme.

Ce long métrage est un assemblage de prises de vues disparates qui suivent un certain nombre jeunes, dans leur environnement quotidien : leurs familles, leurs amis, leurs études, leurs emplois... On fait la connaissance aussi bien de punks, que d'un aide soignant dans une morgue ou que de militaires partis faire la guerre pour l'URSS en Afghanistan, ou encore d'apprentis cinéastes...

Juris Podnieks fut très courageux de montrer la Lettonie d'alors telle qu'elle était, et de s'intéresser aux cultures underground, mais aussi aux jeunes quelle que soit leur condition sociale : des plus aisés aux plus modestes. Il radiographie ainsi la jeunesse de son temps, et livre un témoignage inestimable, qui a bouleversé les spectateurs à sa sortie, et qui est encore aujourd'hui édifiant. Ce film fait partie du Canon culturel letton, soit les 99 plus grands trésors culturels de la Lettonie, c'est dire son importance :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_culturel_letton.

Dix minutes de vie
6.4

Dix minutes de vie (1978)

Par desmit minutem vecaks

10 min. Sortie : 11 mai 1978 (Lettonie).

Court-métrage de Herz Frank

Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Programme Les heures, les vies - Séance du 9 janvier 2026 : https://agenda.bpi.fr/evenement/les-heures-les-vies-1/

1er court métrage : Temps (Aeg) de Mark Soosaar, 00h10min, RSS Estonie, 1983 - 7/10

2e court métrage : celui-ci.

3e court métrage : L’Éveil (Atmoda) de Herz Frank, 00h10min, RSS Lettonie, 1979 - 7/10

4e court métrage : Petite nature (Jautrumo kaip duonos…) d'Edmundas Zubavičius
00h10min, RSS Lituanie, 1979 - 7/10

5e court métrage : Le Rêve des centenaires de Robertas Verba, voir ci-dessous.

Mon avis sur Dix minutes de vies de Herz Frank :
L'un des grands classiques du documentaire poétique balte, un court métrage régulièrement programmé dans les cinémathèques du monde entier. Et pour cause, il est d'une beauté renversante : le cinéaste letton Herz Frank filme le visage d'enfants en train de regarder un spectacle, dans un beau noir et blanc magnifiquement éclairé. On ne voit rien du spectacle, on reste focalisés sur le visage des enfants, notamment un petit garçon particulièrement cinégénique et expressif, alternant rires, surprise et pleurs. C'est simple et beau, accompagné d'une très belle musique, comme souvent pour ces films où l'aspect auditif est tout autant soigné que l'aspect visuel. Une petite merveille qui est une très bonne porte d'entrée vers le cinéma balte de la deuxième moitié du 20e siècle, d'une grande poésie. Ce court métrage figure dans le Canon culturel letton, signe de son incontestable importance.

Les rêves des centenaires
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Les rêves des centenaires (1969)

Šimtamečių godos

17 min. Portrait

Court-métrage de Robertas Verba

Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Programme Les heures, les vies - Séance du 9 janvier 2026

Sublime long métrage. Le cinéaste lituanien Robertas Verba, l'un des maîtres d'Audrius Stonys, filme des personnes centenaires, en leur donnant la parole pour évoquer leur vie à ce grand âge. Certaines et certains en ont assez de la vie, d'autres au contraire souhaitent encore vivre longtemps. C'est bouleversant et souvent très drôle. Le cinéaste montre les espoirs et les chagrins de ces personnes très âgées, mais aussi leurs facéties et leurs manies. C'est d'une grande tendresse et d'une profondeur insondable. Du très très grand cinéma, qui démontre toute la puissance du documentaire poétique balte et le besoin de le redécouvrir de toute urgence.

Time Passes Through the City
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Time Passes Through the City (1966)

Laikas eina per miesta

17 min. Sortie : 1966 (Lituanie). Essai

film de Almantas Grikevicius

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Programme Vilnius, une muse - Séance du 14 janvier 2026 : https://agenda.bpi.fr/evenement/vilnius-une-muse-1/

1er court métrage : celui-ci.

2e court métrage : En souvenir des jours passés de Šarūnas Bartas, voir ci-dessous.

3e court métrage : Les Idylles de Kirtimai (Kirtimu idilés) de Arturas Jevdokimovas
00h10min, Lituanie, 1991 - 7/10

Mon avis sur Le Temps passe à travers la ville d'Almantas Grikevičius :
Encore un magnifique documentaire à haute teneur artistique. Almantas Grikevičius dépeint Vilnius à travers le temps, en filmant différents endroits de la ville, nous ramenant à différentes époques de son histoire : le Moyen Âge, l'ère baroque, avec ces églises luxuriantes, la Seconde Guerre mondiale, avec ces stigmates toujours visibles au moment du tournage, en 1966... et puis la frénésie de (re)construction dans les années 1960, au son de musiques pop bonnes à hérisser le poil des censeurs soviétiques et avec un montage fait des brillants raccords d'idées, à la Eisenstein. C'est une merveille d'intelligence, et un documentaire qui montre un visage moins conventionnel de Vilnius, la période soviétique semblant une courte parenthèse dans une riche histoire de plusieurs millénaires.

En souvenir d'un jour passé
7.1

En souvenir d'un jour passé (1990)

Praejusios Dienos Atminimui

40 min.

Documentaire de Sharunas Bartas

Arthur Debussy a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Programme Vilnius, une muse - Séance du 14 janvier 2026

Enfin, je découvre ce cinéaste dont j'ai tant entendu parler, en commençant par le commencement, à savoir son film de fin d'études, un moyen métrage de 40 minutes. On retrouve cette esthétique propre au cinéma documentaire balte, profondément poétique et humaine, à l'esthétique folle. Mais je crois aussi discerner ce qui fait la personnalité du cinéma de Sharunas Bartas : un côté assez désespéré (à l'heure où j'écris ces mots, je viens de voir pour la deuxième fois un de ses films, et il s'agit de son dernier, Laguna). En souvenir d'un jour passé est comme une errance de sa caméra dans un Vilnius fantomatique, avec quelques personnages esseulés, notamment un étrange marionnettiste. La ville est comme prise dans la glace, le regard se perd dans les rues, et la vie semble comme en suspens, voire même étrangère à cette Vilnius de 1990, dans cette atmosphère de fin de régime soviétique. C'est tout un monde qui meurt, et Sharunas Bartas s'en fait l'observateur distancié, montrant avec poésie la décrépitude d'une époque où l'espoir semble absent.

Le jugement supreme
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Le jugement supreme

Augstaka tiesa

1 h 09 min.

Documentaire de Herz Frank

Arthur Debussy a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Séance du 4 mars 2026 : https://agenda.bpi.fr/evenement/le-jugement-supreme-2/

Le Jugement suprême est bien plus qu'un film de tribunal ou sur l'univers carcéral. C'est le portrait sans concession d'un condamné à mort, atteignant le plus profond de l'âme humaine, à travers des questionnements humains et moraux dignes de Dostoïevski... jusqu'à cette fin bouleversante. Herz Frank, immense cinéaste documentariste letton et juif, signe un film édifiant, sans sacrifier l'esthétique pour autant, tant il soigne l'image et le son, malgré des conditions de tournage complexes. Le Jugement suprême est l'un des films les plus marquants de cette magnifique rétrospective Poétiques baltes, organisée par la Cinémathèque du Documentaire à Paris, qui démontre combien le cinéma documentaire balte est précieux et mérite d'être redécouvert.

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