Scott Walker - chronologie d'un cheminement
Faire quelques pas avec Scott Walker, emprunter sa voix à contresens.
Il y a plusieurs chemins pour accéder à Scott.
Les fans de la première heure furent subjugués par la voix de l'adolescent et du jeune homme, interprète de standards rock puis membre d'un boys band avant l'heure.
D'autres, comme l'auteur et journaliste François Gorin, ont eu le coup de foudre pour le crooner des premiers albums solo, qui reprenait des chansons de Brel et commençait à composer d'élégants morceaux aux arrangements et textes d'une beauté singulière.
J'ai découvert Scott quelques années avant sa mort, en commençant par la fin, par ses expérimentations musicales, vocales et textuelles, par la grandiose déconstruction de sa légende qui n'en fut pas vraiment une, puisque Scott Walker s'est ingénié, tout au long de sa carrière, à fuir la lumière.
C'est donc le sens de mon cheminement personnel dans l'univers walkérien que je retiens pour cette liste.
Tilt (1995)
Sortie : 8 mai 1995 (France). Avantgarde, Rock, Experimental
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 10/10.
Annotation :
Fin 2016, lors de mes pérégrinations musicales, un coup de foudre me frappe.
Le morceau s'appelle 'Bolivia '95' extrait d'un album sorti en 1995 et nommé 'Tilt' par un musicien totalement inconnu de moi : Scott Walker.
Je me repasse 'Bolivia' en boucle, sans percer son mystère. Quelque chose qui tient de l'obsession.
"Lemon bloody cola". La voix me subjugue, le phrasé m'enveloppe. Et ces instruments, ces bruits !
Je me lance d'urgence dans l'écoute de l'album.
L'expérience me laisse au tapis. Chaque morceau est ciselé.
La voix est puissante et vulnérable à la fois.
Chuchotis et cliquetis fomentent un déchaînement des éléments qui s'abat soudain avec une violence qui vous prend au plexus.
Capitaine de ce grand navire grinçant, Scott scrute l'horizon fantomatique et scande des oracles.
Tiens ! par certaines inflexions vocales, par les arrangements funèbres et grinçants, 'Tilt' me rappelle 'Blackstar' de David Bowie, sorti un an avant que je découvre Walker. Ce n'est pas un hasard. Bowie admirait Walker et inversement. Chacun a suivi discrètement la carrière de l'autre en révélant ça et là, au détour d'interviews, cette admiration réciproque.
'Tilt' est le dixième album de Scott Walker, jeune pop-rocker américain devenu crooner britannique, chanteur virtuose qui traversa des déserts et y apprit à se dépouiller des oripeaux de la célébrité pour atteindre le cœur de son univers musical. Paradoxe : plus de 20 musiciens et un orchestre l'ont entouré pour obtenir cette épure.
The Drift (2006)
Sortie : 8 mai 2006 (France). Rock, Art Rock, Avantgarde
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 9/10.
Annotation :
11 ans après 'Tilt' sort 'The Drift', deuxième album de la trilogie expérimentale de Walker.
Les éclairs qui zébraient 'Tilt' se font moins sentir, avec une légère perte de relief...
qui n'entame pas mon plaisir de découvrir cette "suite", où Walker offre quelques répliques à une jeune artiste française, Vanessa Quinones (piste 2 'Clara', chanson qui dépeint Clara Petacci, maîtresse de Mussolini).
Avec 'The Drift' le bâtiment grinçant de Scott est à la dérive, bateau fantôme dont la silhouette se dessine dans le brouillard pareille à une cathédrale gothique. Des sons d'horreur, de guerre et de mort s'y font entendre, voix déformée démoniaque dans 'The Escape', braiment d'âne affolé dans 'Jolson and Jones', hurlements.
Scott Walker (Engel de son vrai nom : "ange" en allemand) atteint ici le niveau d'un chanteur lyrique, sur une tessiture allant du baryton au ténor.
L'ange n'a pas fini de choir.
Bish Bosch (2012)
Sortie : 3 décembre 2012 (France). Experimental
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 9/10.
Annotation :
Le troisième pan du triptyque est le plus radicalement bruitiste, le plus hermétique, le plus difficile.
'Bish Bosch' nécessite plusieurs écoutes, et l'écoute des deux précédents.
Walker dissout la musique telle qu'on la connaît, tout en semant quelques indices de son existence passée (courts passages de samba, de guitare électrique saturée, quelques grattements de yukulélé...)
La disparition du sens entamée dans 'Tilt' et 'The Drift' se poursuit.
"Bish-Bosh" est une interjection anglo-américaine qui signifie "nonsense", paroles absurdes. Walker a ajouté un "c" à Bosh, en référence peut-être au peintre flamand Jérôme Bosch, dont l'une des oeuvres les plus célèbres est le triptyque connu aujourd'hui sous le nom de 'Jardin des Délices' ; triptyque dont le troisième panneau représente l'Enfer, aboutissement des deux autres (Jardin d'Éden et Humanité Pécheresse).
C'est bien vers un enfer que 'Bish Bosch' nous entraîne, avec ses mots absurdes et inquiétants déclamés sur un ton prophétique, avec ses sons menaçants ou grotesques.
L'enfer devient plus concret dans la dernière pièce de l'album qui évoque de nouveau un dictateur, thème cher à Walker. Il s'agit là de Ceaucescu et de sa femme, exécutés à noël 1989. La chanson est écrite comme un questionnaire avec deux choix de réponses. Par exemple :
"I have control
Over desires and temptations
◦ Not so much
◦ Very much"
Tel un ricanement glacial le morceau (et l'album) se termine par quelques notes cristallines de 'Jingle Bells'.
Scott (1967)
Sortie : août 1967 (France). Vocal, Pop, Ballad
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 8/10.
Annotation :
Les échos des trois albums abstraits résonnent encore en moi lorsque je m'attaque aux premiers albums solo de Scott Walker, sortis 30 à 40 ans auparavant. J'y retrouve la voix qui me subjugua, mais avec une technique et un style absolument opposés. Il me faudra quelques années pour apprécier ces œuvres de jeunesse.
Juste à la fin du "Summer of Love", sur des ondes saturées de flower's power et de sales gosses géniaux, 'Scott' rame à contre-courant.
Aucun accent adolescent dans la voix impressionnante de justesse et de volume. Le premier album solo de Walker semble destiné aux "mothers in law" de ce gendre idéal de 24 ans, amatrices de Broadway et de crooners des fifties.
Et pourtant, la singularité de Walker s'y perçoit déjà entre les violons et les cuivres.
La cavalcade qui ouvre l'album est une somptueuse reprise du 'Mathilde' de Brel. Car Scott Walker a découvert le grand Jacques grâce à une stripteaseuse allemande et en est devenu raide dingue.
'Montague Terrace', le titre suivant, augure du talent d'auteur-compositeur du gars.
Un puissant 'Amsterdam' clôt l'album, le démarquant définitivement des œuvres des autres crooners de l'époque.
Scott 2 (1968)
Sortie : mars 1968 (France). Pop, Vocal
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 8/10.
Annotation :
'Scott 2' est construit comme son précédent, avec de rassurantes reprises de standards et chansons de films, des adaptations de Brel par Mort Shuman et des compositions originales de Scott Walker.
Il s'ouvre lui aussi dans une cavalcade brélienne : l'incandescent 'Jackie'.
Deux autres reprises de Brel émaillent 'Scott 2' : 'Next' ('Au Suivant') et 'The Girls and the Dogs' ('Les Filles et les Chiens'), chansons qui font le lien entre le désenchantement de Brel et celui, déjà sensible, de Walker.
L'album comporte quatre compositions de Walker, soit une de plus que l'album précédent.
Trois de ces chansons s'inspirent de son mentor Brel ('The Amorous Humphrey Plugg', 'The Girls from the Streets' et 'The Bridge').
Le lumineux 'Plastic Palace People', première piste de la face B, est avec 'Montague Terrace' de 'Scott' une des premières pierres (précieuses) à l'édifice de Walker. Il s'émancipe de ses aînés et entame le chemin personnel qui le mènera, trente années plus tard, à ses expérimentations musicales.
Scott 3 (1969)
Sortie : mars 1969 (France). Vocal, Pop
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 9/10.
Annotation :
Dès le saphir posé sur le sillon 'It's raining today' répand ses perles cristallines et capte, capture, captive.
Pas difficile de se plonger dans la pupille dilatée de la pochette de 'Scott 3' et de se retrouver soi-même les yeux écarquillés.
Comme 'Montague Terrace' et 'Plastic Palace People', 'It's raining today' est l'accord idéal entre Scott Walker et... Walter Stott, arrangeur de génie devenu par la suite une arrangeuse non moins talentueuse sous le nom d'Angela Morley.
Stott, par un soupçon d'acidité, de discordance et d'électrons en suspension, apporte aux compositions et à la voix soyeuse de Scott une intensité et une tension extraordinaires.
Sur les 13 chansons de 'Scott 3' seules 3 ne sont pas de Scott.
Elles sont parmi les plus tragiques de Brel et closent en beauté le plus bel album -selon moi- de la tétralogie solo 'Scott'.
Scott 4 (1969)
Sortie : novembre 1969 (France). Pop, Vocal
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 8/10.
Annotation :
Pourquoi 'Scott 4' , premier album entièrement composé et écrit par Walker, n'obtient-il pas le succès escompté à sa sortie ?
- On a dit que c'était parce que Scott avait décidé d'utiliser son vrai nom Noel Scott Engel pour créditer les chansons, plongeant son public dans la perplexité
- On a dit que les fans avaient été déçus par l'album qui s'est intercalé entre 'Scott 3' et 'Scott 4' , et qui est un florilège des chansons qu'il a interprétées dans une série TV documentaire que la BBC lui a consacrée en 1968
- Selon Scott Walker lui-même, le désintérêt du public s'est manifesté à partir de Scott 3, album sur lequel les gens ne pouvaient pas danser "à moins de vouloir valser toute la nuit", puisque l'ensemble des chansons étaient sur un rythme à 3 temps (ce qui n'est pas exact en réalité, mais Scott était injuste envers ses propres créations).
Là où Scott voit juste, c'est tout simplement sur l'idée de danse et de rythme en général. La fin des années 60 relégua au grenier les "chanteurs à voix", aussi singuliers soient-ils.
- Et peut-être, tout simplement, que 'Scott 4' comporte moins de pierres précieuses, peut-être qu'en réduisant la participation de Wally Stott à deux chansons, l'ensemble a perdu une part de la magie qui nimbait 'Scott 3'
Même si 'Scott 4' est devenu avec le temps le favori de nombreux admirateurs dont les membres du groupe Radiohead (excusez du peu), même s'il comporte certaines gemmes ('Angels of Ashes', 'Boy Child') et des propositions originales ('The Old Man's Back Again' qui évoque le Printemps de Prague et le glaçant fantôme de Staline, 'The Seventh Seal' hommage à Bergman)... 'Scott 4' manque un peu de profondeur, de mystère.
La nonchalance de la soul music ou des folksongs ne convient peut être pas à Walker, non plus que les envolées scat en fin de morceau.
Je me prends à rêver de ce qu'aurait été 'Angels of Ashes' arrangé par Wally Stott...
’Til the Band Comes In (1970)
Sortie : décembre 1970 (France). Pop, Chanson, Classical
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 7/10.
Annotation :
Après l'échec de 'Scott 4' Philips hésite à faire confiance à Scott Walker en tant qu'auteur-compositeur. Un marché est conclu à condition que les chansons ne soient plus signées du véritable nom de Scott. Pas d'album entièrement de sa main non plus : 5 standards sont ajoutés aux 10 chansons écrites en quelques jours par Scott pendant des vacances en Grèce.
’Til the Band Comes In', qui pourrait s'appeler 'Scott 5' est cuisiné assez rapidement.
Peter Knight s'occupe de l'arrangement des reprises, et Wally Stott, l'arrangeur fétiche de Walker -qui vient d'effectuer médicalement mais non officiellement sa transition de genre- s'occupe des morceaux originaux.
Or Scott et Stott semble fatigués. À part 'The War is Over' qui brille des derniers feux du duo, les titres originaux manquent de souffle.
Les essais louables de renouveler le style se soldent par un ensemble assez lisse.
L'idée de l'album-concept est intéressante, mais si le concept ne concerne que les deux tiers de l'album, ça donne plutôt une impression de tentative avortée.
Le style jazzy piano-bar, la voix qui s'éraille un peu et l'horloge parlante dans l'intro de 'Time Operator', la présence d'Esther Ofarim, chanteuse "à voix" sur un morceau entier ('Long about now'), tout cela donne une impression de gadgets plaqués sur de beaux restes, mais des restes quand même.
’Til the Band Comes In' est un flop mais un album honnête, après lequel Scott Walker semblera faire de la figuration, et entrera dans une longue période de marasme.
Sings Songs From His T.V. Series (1969)
Sortie : juillet 1969 (France). Pop, Jazz, Swing
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 6/10.
Annotation :
Difficile de se le figurer aujourd'hui, mais Scott Walker a suscité un engouement tel dans son Angleterre d'adoption que la BBC lui a consacré un de ces "shows" télévisés que la chaîne avait l'habitude de réserver aux "étoiles".
Il y a interprété des standards seul ou avec des guest stars comme Kiki Dee.
Ces sessions ont donné lieu à un album venu s'insérer entre 'Scott 3' et 'Scott 4'.
Léché, impeccablement chanté et produit, digne des plus classiques des crooners, mais sans aucune composition de Scott.
Premier d'une lignée de compilations de reprises, cet album orchestré façon Broadway, tout en violons mélancoliques et envolées pianistiques, inaugure l'enterrement première classe de l'artiste pour la décennie à venir.
Any Day Now (1973)
Sortie : mai 1973 (France).
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 6/10.
Annotation :
La voix de Scott Walker semble désormais avoir une vie propre.
Elle fait parfaitement le job pendant que Scott est ailleurs.
Ainsi les albums des années soixante-dix peuvent-ils s'écouter avec un certain plaisir, en prenant un verre entre amis, en tenant des propos légers ou même une conversation de fond.
Ce ne sont pas ces sages reprises gentiment orchestrées par le fidèle Peter Knight qui viendront déranger une discussion animée.
Sauf à avoir une pensée attristée pour le chanteur, ex auteur-compositeur, qui vivait alors sa période la plus sombre, qu'il appela sa "traversée du désert". Au point d'avoir empêché la réédition de 'Any Day Now' et des albums solos suivants de la décennie.
Stretch (1973)
Sortie : novembre 1973 (France).
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 6/10.
Annotation :
Walker a rompu avec Philips et rejoint CBS/Columbia. Pas d'étincelle à l'horizon suite à ce changement.
On s'étire, on se fend d'un grand sourire, et c'est encore le calme plat. À peine quelques vaguelettes sur l'EEG.
Mais la voix est toujours magnifique, et on prend plaisir à retrouver de vieilles ballades, dont 'That's How I Got to Memphis' de Tom Hall, que l'on connaît mieux via l'adaptation interprétée par Eddy Mitchell.
On se dit que si on lançait 'Tilt' juste après 'Stretch', on risquerait l'infarctus.
We Had It All (1974)
Sortie : août 1974 (France).
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 6/10.
Annotation :
Dans la suite de 'Stretch' le deuxième et dernier album chez Columbia (ensuite Walker changera de label pratiquement à chaque album). Dernier album solo des dix années à venir.
Que dire de plus, sinon que la photo de pochette est issue du même shoot que celle de 'Stretch'. Mêmes lunettes aviateur à branches dorées, même chemise bleu ciel, même veste en jean sans manches.
Mêmes chansons, un soupçon de country western, un peu de soul, quelques ballades tristes avec violons. Même voix à couper le souffle y compris en mode pépère.
Climate of Hunter (1984)
Sortie : mars 1984 (France). Electronic, Avantgarde, Jazz
Album de Scott Walker
RubberChicken a mis 9/10.
Annotation :
Puis enfin... 'Climate of Hunter'
Les 8 titres puisent leur sève dans les meilleures compositions des premiers albums solo. Balayée la quiétude "middle of the road" des reprises imposées.
Scott reprend les chemins de traverse qu'il avait commencé à emprunter autrefois, avec des morceaux sur le qui-vive, et transforme l'essai des quatre titres qu'il a signés sur l'album Nite Flights (mais ça je le découvrirai plus tard).
'Climate of Hunter' marque aussi la renaissance de Scott Walker, sa mue après un long état de stase. Après Nite Fights, il est le lien entre le Scott des années soixante, et celui de 'Tilt'. Ses morceaux contiennent déjà en germe la puissance énigmatique de la trilogie, sa pulsation organique.
Scott s'est entouré de 10 musiciens, chacun jouant sa partition de son côté. Mark Knopfler et Billy Ocean font partie de l'aventure ainsi que le brillant Brian Gascoigne dont le clavier et les arrangements de cordes accentuent l'atmosphère intranquille produite par la voix et les mots de Scott.
C'est Peter Walsh qui assure avec Walker la production de l'album, et qui l'accompagnera désormais dans son périple.
Sorti une décennie trop tôt, 'Climate of Hunter' n'a rien de commun avec les années quatre-vingts.
L'album fut donc un échec commercial (la plus mauvaise vente de Virgin à l'époque) faisant de nouveau de Scott un perdant, mais un perdant magnifique.
Soused (2014)
Sortie : 20 octobre 2014 (France). Drone, Rock expérimental
Album de Scott Walker et Sunn O)))
RubberChicken a mis 9/10.
Annotation :
Lorsque j'ai découvert Scott Walker, 'Soused' était son album le plus récent. Cependant il m'a fallu des années pour m'y plonger. Peut-être l'idée d'une association avec un autre groupe me déplaisait-elle, sans doute craignais-je une dilution de la singularité de Walker. Je ne connaissais pas Sunn O))) dont le nom m'évoquait un groupe de rap, que je jugeais incompatible avec la musique de Walker. J'ai reculé l'écoute de 'Soused' à cause de ces étranges a-priori.
C'est après sa mort, en 2019, que j'ai tenté l'expérience.
'Soused' m'est alors apparu comme un album majeur de Scott Walker.
Le silence, ingrédient essentiel de la trilogie expérimentale où il borde les morceaux, est rare dans 'Soused'.
Ici les pièces sont saturées de coups de fouets, roulements, cliquetis de trains ou machines industrielles.
Le bourdonnement incessant des guitares drones de Sunn O))) imbibe l'espace où claque la voix de Scott, particulièrement pure, et son étrange poésie qui frappe l'esprit.
Scott voulut appeler l'album 'Ronronner' (en français). Mais Stephen O'Malley (Sunn O)))) qui vivait en France craignait que ce titre donne au public francophone une fausse impression de mignonnerie à cet album très sombre.
Pola X (OST) (1999)
Sortie : 17 mai 1999 (France). Alternative Rock, Soundtrack, Indie Rock
Bande-originale de Various Artists
Annotation :
Creuser Scott, c'était aussi aller écouter ses oeuvres de commande.
Mais une musique de film a-t-elle une vie en dehors de ce film ?
Difficile pour celle-ci.
Et je n'ai toujours pas vu Pola X.
And Who Shall Go to the Ball? And What Shall Go to the Ball? (EP) (2007)
Sortie : 1 octobre 2007 (France). Post-Modern, Classical
EP de Scott Walker
Annotation :
Cette pièce instrumentale en quatre mouvements a été écrite pour un spectacle de danse contemporaine.
Le chorégraphe Rafael Bonachela mettait en scène des danseurs handicapés et des danseurs valides de la CandoCo Dance Company.
Mais vidée de la performance des corps, et de toute façon exsangue de la voix de Scott, 'And Who Shall Go to the Ball? And What Shall Go to the Ball?' pourra sembler aride.
Demeure une oeuvre cérébrale et abstraite, aussi monochromatique que sa jaquette. Mais qui mérite d'être réécoutée pour déployer ses qualités.
Ce qui se fera sans support physique, l'EP n'ayant été gravé qu'à 2500 exemplaires.
"Dans quelle mesure une intelligence a-t-elle besoin d'un corps pour être potentiellement socialisée à l'ère de l'IA en constante évolution ? Ce n'est là qu'une des nombreuses questions qui ont guidé la conception de ce projet." (Scott Walker, 2007)
The Childhood of a Leader (OST) (2016)
Sortie : 19 août 2016 (France).
Bande-originale de Scott Walker
Annotation :
Lorsqu'il eut l'idée d'adapter au cinéma la nouvelle de Sartre 'L'Enfance d'un Chef' Brady Corbet pensa à Scott Walker pour la musique. Lui seul, selon Corbet, avait dans ses cordes la combinaison parfaite entre le classique et le punk.
De fait, Scott est dans son élément quand il met en musique l'évolution d'un jeune garçon depuis la "scène primitive" freudienne jusqu'à l'appel des sirènes fascistes.
Car le fascisme est un sujet qui revient régulièrement dans sa discographie :
- Staline dans 'The Old Man's Back Again' (1969)
- Un tortionnaire américain dans 'The Electrician' (1978)
- Eichmann dans 'The Cockfighter' (1995)
- Les réfugiés des régimes fascistes sud-américains dans 'Bolivia 95' (1995)
- Mussolini dans 'Clara' (2006)
- Ceausescu dans 'The Day The 'Conducator' Died (An Xmas Song)' (2012)
Je n'ai pas vu 'The Childhood of a Leader'.
Mais j'ai fait l'expérience passionnante d'écouter la B.O instrumentale signée Walker tout en lisant 'L'Enfance d'un Chef', qui est pour moi une des meilleures nouvelles d'introspection de la littérature française.
'The Childhood of a Leader' est une œuvre musicale en elle-même. Aux plages équilibrées, mais à la tension brutale.
Vox Lux (OST) (2018)
Sortie : 14 décembre 2018 (France). Electropop
Bande-originale de Various Artists
Annotation :
'Vox Lux' de Brady Corbet signe l'ultime collaboration de Scott Walker avec un metteur en scène, et sa dernière œuvre tout court. Le "musical" pop à la prestigieuse distribution est présenté à Venise en septembre 2018, soit 6 mois avant la mort de Scott Walker.
La bande originale se partage entre les compositions de Sia, principalement interprétées par Natalie Portman qui joue l'héroïne du film, et celles de Scott.
Drôle de confrontation entre les chansons pop autotunées qui ouvrent l'album et les amples mélodies cinématographiques signées Walker, qui fait montre une dernière fois de son talent en musique de films.
I Only Came to Dance With You
Album de John Walker et Scott Engel
RubberChicken a mis 5/10.
Annotation :
Quand on s'intéresse à un artiste, on a parfois envie de tout connaître de son passé musical même si ce qu'on découvre n'est guère enthousiasmant.
Ainsi, après avoir épuisé l'inégal mais passionnant filon solo de Scott, je m'attaquai à la période "Walker Brothers" que je connaissais dans les grandes lignes : 3 musiciens se faisant passer pour des frères comme c'était la mode dans les "early sixties" et dont le principal atout est la voix de baryton du crooner Scott Engel, rebaptisé Scott Walker pour les besoins du groupe.
Lors de mes fouilles, je découvre qu'avant la mise en place du trio existait un duo formé par deux des futurs Walker Brothers (John et Scott), sous le nom de "Dalton Brothers". Ils avaient pourtant matière à trouver un nom de groupe plus original avec leurs véritables patronymes, Engel et Maus (l'ange et la souris).
Les enregistrements datent vraisemblablement de 1963, mais une compilation est pressée en Allemagne par Capitol Records en 1966, surfant sur le succès récent des "frères".
Bizarrement, apparaissent sur la jaquette les noms de John Stewart (ou Steward) & Scott Engel, avec la mention "original members of the Walker Brothers".
C'est loin d'être une pépite, tout juste une curiosité où les comparses, d'origine allemande tous les deux, interprètent de langoureuses et paresseuses ballades vaguement rock'n'roll, aux accents parfois bavarois (cf les dancings de la série 'Derrick') et quelques instrumentaux, dont certains de leur composition.
L'un d'eux porte le titre prémonitoire de 'Wallflower', qui signifie au propre "giroflée" et au figuré argotique une personne introvertie qui évite la lumière et la reconnaissance sociale.
Take It Easy With The Walker Brothers (1965)
Sortie : 1965 (France).
Album de The Walker Brothers
RubberChicken a mis 7/10.
Annotation :
1965
- En Angleterre les Beatles sont à un tournant de leur créativité en sortant le révolutionnaire 'Rubber Soul'
- Les Rolling Stones se réforment en peaufinant l'association Jagger/Richards
- Aux USA les Beach Boys en sont déjà à leur dixième album studio, et 'Pet Sounds' est dans les tuyaux
...
3 jeunes musiciens californiens à qui on a fait miroiter le "swinging London" décident de tenter leur chance au Royaume Uni. Leur groupe s'est formé l'année précédente, et ils ont décidé qu'ils seraient frères. John Maus, guitariste, qui a pris le pseudonyme de Walker depuis plusieurs années, réunit ses deux comparses sous son "nom". Ainsi Gary Leeds, batteur, devient Gary Walker et Scott Engel, bassiste et baryton, devient Scott Walker.
Philips a reçu les demos, et le contrat est signé dès leur arrivée à Londres.
Les "brothers", jolis garçons coiffés à la Brian Jones font des reprises de qualité, et ont dans leur manche un atout à la voix impressionnante : le crooner à la gueule d'ange Scott Walker.
Sauf qu'en 1965 ils sont déjà anachroniques sans le savoir.
'Take it easy with the Walker Brothers' est un album qui possède l'essence des années 1960 commençantes, encore irriguées par la décennie précédente. Un concentré de nostalgie auquel la voix de Scott donne une teinte particulière, mais c'est un album déjà daté quand il est dans les bacs.
Il n'en remporte pas moins un succès qui embarque les Walker Brother dans une aventure pleine de promesses.
The Sun Ain’t Gonna Shine Anymore (Single) (2006)
Sortie : 27 mars 2006 (France). Pop, Rock, Classic Rock
Single de The Walker Brothers
RubberChicken a mis 8/10.
Annotation :
Il aisé de comprendre pourquoi ce disque a tutoyé les sommets des charts en 1966 (n°1 au Royaume Uni, top 10 au Canada, 13e aux US).
Interprétée un an plus tôt par le crooner Frankie Valli, la chanson d'amour qui occupe la face A prend avec les Walker Brothers un rayonnement et une puissance mélancolique que le falsetto du leader des Four Seasons n'avait su lui donner.
'After the Lights Go Out' qui constitue la face B, honnête composition de John Stewart (autre pseudonyme de John Maus alias John Walker) n'a pas à rougir non plus.
























