STURGES Preston - Critiques & Annotations
Un cœur pris au piège (1941)
The Lady Eve
1 h 34 min. Sortie : 10 décembre 1946 (France). Comédie romantique
Film de Preston Sturges
SimBoth a mis 7/10.
Annotation :
Henry Fonda, riche héritier assez gauche et benêt, tombe amoureux de Barbara Stanwyck, une arnaqueuse malicieuse qui profite de la naïveté de l'homme pour le piéger, mais elle-même tombe dans le piège de l'amour. À partir de là, Preston Sturges propose une screwball comedy dans ses derniers feux, à la fois sophistiquée, charmante, loufoque et piquante. Le cinéaste éclaire les recoins des psychés pleines de désir de ses personnages dans ce film luxueux, comme le prouve la façon qu’a Pike d’être hypnotisé par la belle séductrice et par son irrésistible parfum. Son magnétisme cynique est une sorte de serpent, motif régulier du long-métrage, à l'image du générique où un serpent animé descend de l’arbre de la connaissance et brise l’hymen du « O » de Preston.
Le serpent revient dès le début du récit lorsque Pike, après une expédition dans un Eden terrestre, revient avec un spécimen reptilien et monte dans le bateau où il rencontre la malfaisante. Celle-ci mange une pomme et la fait tomber sur la tête de sa future proie. Le thème biblique d’Adam et Ève est donc clair, et "The Lady Eve" (en version originale) parle de cette chute de nos ancêtres devant la tentation. La chute qui est en même temps le premier genre comique du cinéma. Cela devient un vrai élément burlesque, car Pike chute constamment et s’étale au sol parce qu’il fond contre l’inépuisable bagout de cette Ève moderne, qui elle-même cède devant l’innocence maladroite du protagoniste. Même lorsque celle-ci se fait passer pour une aristocrate anglaise afin de se venger d’une première désillusion et que Pike retombe amoureux sans se rendre compte, encore une fois, de la supercherie.
Le cinéaste tisse ainsi une vive guerre des sexes qui devient une réjouissante farce sur les jeux truqués de l’amour et du hasard, mais aussi une satire du monde des milliardaires qui pensent plus souvent à l’argent qu’aux sentiments. Il faut noter comment la persona habituellement sérieuse et digne d’Henry Fonda est détournée pour le faire bafouiller dans ses paroles et son langage corporel. Les comiques de mots et les extravagants bavardages, à la fois cultivés et populaires, détournent constamment l’aspect traditionnel de la comédie romantique. Le réalisateur fait dérailler le récit dans un rythme allumé et un jeu charnel de suggestion et de quiproquos qui fait tout le sel de cette amusante comédie de remariage.




