Victoire éclair
Pierre Michon a dit de l'œuvre de Rimbaud qu'elle était "petite et fermée comme un poing". Une qualification qui pourrait également correspondre aux publications listées ci-dessous : courtes par la taille, grandes par la hauteur. On n'en finira pas de s'émerveiller sur ce que ces poètes ont pu accomplir en moins de vingt pages.
Discours. Derniers vers
Sortie : 8 août 2000 (France). Poésie
livre de Pierre de Ronsard
Annotation :
À 61 ans, Ronsard se meurt dans le prieuré de Saint-Cosme, que lui avait offert Charles IX en récompense de ses services. Entouré de ses amis (dont Jacques Davy Du Perron, qui nous a laissé un témoignage direct de ses derniers instants), il leur dicte ses derniers vers, qui seront publiés dans un petit livret l'année suivante. On y trouve certaines des images les plus poignantes du poète.
Je n’ay plus que les os, un Squelette je semble,
Decharné, denervé, demusclé, depoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son fils, deux grans maistres ensemble,
Ne me sçauroient guerir, leur mestier m’a trompé :
Adieu plaisant Soleil, mon œil est estoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se desassemble.
(Sonnet I)
Les Chimères (1854)
Sortie : 1854 (France). Poésie
livre de Gérard de Nerval
Annotation :
Dans la préface des Filles du feu, Nerval écrivait à Alexandre Dumas, qui avait publié "El Desdichado" dans son journal Le Mousquetaire pendant l'internement de son auteur dans la clinique du docteur Émile Blanche : "Puisque vous avez eu l’imprudence de citer un des sonnets composés dans cet état de rêverie supernaturaliste, comme diraient les Allemands, il faut que vous les entendiez tous. — Vous les trouverez à la fin du volume. Ils ne sont guère plus obscurs que la métaphysique d’Hégel ou les Mémorables de Swedenborg, et perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose était possible, concédez-moi du moins le mérite de l’expression ; — la dernière folie qui me restera probablement, ce sera de me croire poète : c’est à la critique de m’en guérir." Huit poèmes (en douze sonnets), et quelques-unes des pages les plus fascinantes de la littérature française.
La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l’olivier, le myrthe ou les saules tremblants,
Cette chanson d’amour… qui toujours recommence !
(Delfica)
Serres chaudes - Quinze Chansons - La Princesse Maleine (1889)
Sortie : 1889. Poésie
livre de Maurice Maeterlinck
Annotation :
Les Douze chansons sont publiées en 1896 : le nombre monte à quinze dans la réédition de 1900. Dans ses Propos de littérature (1894), Albert Mockel appelait ainsi de ses vœux la forme que Maeterlinck allait lui offrir : "Je voudrais la chanson enfin, car la chanson parfaite doit naître assurément en France ! Et elle dirait des mots purs, doux et vastes, la cantilène enfin trouvée ; elle serait d'allure ingénue, pourtant imagée, savoureuse, même subtile mais toujours naturelle et franche d'aspect, et naïve à force d'art ; je voudrais qu'elle parût jaillie d'elle-même sur des lèvres ignorantes, mais que le penseur et l'esthète vinssent avec elle s'unir, comme l'on songe, comme on se mire au clair tranquille d'une eau qui rafraîchira maintes bouches et coule sans les voir sous les visages penchés."
L'heure est triste enfin, mes sœurs,
Ôtez mes sandales,
Le soir meurt aussi, mes sœurs,
Et mon âme a mal...
(XIII)
Du monde entier au coeur du monde (1957)
Sortie : 1957 (France). Poésie
livre de Blaise Cendrars
Annotation :
En 1919, les éditions de la NRF rassemblent dans le recueil Du monde entier les trois poèmes d'apprentissage de Blaise Cendrars : "Les Pâques à New York", "La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France" et "Le Panama ou les aventures de mes sept oncles", respectivement publiés en 1912, 1913 et 1918. Trois coups de maître, trois coups frappés à la porte de la modernité. La carrière poétique du bourlingueur aurait pu s'arrêter là, le plus important était fait.
C'est rigolo
Il y a des heures qui sonnent
Quai-d'Orsay-Saint-Nazaire !
On passe sous la Tour Eiffel — boucler la boucle — pour retomber de l'autre côté du monde
Puis on continue
(Le Panama ou les aventures de mes sept oncles)
Cartes postales (1900)
Sortie : 1900 (France). Poésie
livre de Henry Jean-Marie Levet
Annotation :
En 1921, longtemps après en avoir esquissé le projet, Valery Larbaud et Léon-Paul Fargue publient à titre posthume les poèmes d'Henry J.-M. Levet chez La Maison des Amis du Livre. Ce recueil fut pris par certains comme une supercherie des deux compères ! On y trouve entre autres les célèbres Cartes postales : une dizaine de textes publiés en revues entre 1900 et 1902, qui feront toute la postérité du diplomate montbrisonnais mort à 32 ans.
L’Armand-Béhic (des Messageries Maritimes)
File quatorze nœuds sur l’Océan Indien...
Le soleil se couche en des confitures de crimes,
Dans cette mer plate comme avec la main.
— Miss Roseway, qui se rend à Adélaïde,
Vers le Sweet Home au fiancé australien,
Miss Roseway, hélas, n’a cure de mon spleen ;
Sa lorgnette sur les Laquedives, au loin...
(Outwards)
Très haut amour
Poèmes et autres textes
Sortie : 27 novembre 2002 (France). Poésie
livre de Catherine Pozzi
Annotation :
"J'ai écrit Vale, Ave, Maya, Nova, Scopolamine, Nyx. Je voudrais qu'on en fasse une plaquette. Sapho n'a pas traversé le temps sur plus de mots." C'est la revue Mesures qui exaucera (en 1935 dans ses pages, et l'année suivante en tiré à part), mais après sa mort, le souhait que Catherine Pozzi avait exprimé dans son journal. Ces six petits poèmes suffisent en effet à la placer au firmament de nos plus grandes poétesses.
Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t'avais donnée
Pour la douleur.
(Vale)









