
Victor Erice - Commentaires
Quatre films en cinquante ans de carrière : il est difficile de trouver réalisateur moins prolifique que Victor Erice, sorte de légende vivante du cinéma espagnol, créateur solitaire, en marge des modes et des tendances, qui ne semble guidé que par son modèle intérieur.
Mon top :
1. Fermer les yeux (2023)
2. L’esprit de la ruche (1973)
3. Le songe de la lumière (1992)
L'Esprit de la ruche (1973)
El espíritu de la colmena
1 h 35 min. Sortie : 5 janvier 1977 (France). Drame
Film de Victor Erice
Thaddeus a mis 7/10.
Annotation :
Ce premier long-métrage aborde avec pudeur et sensibilité le mystère et l’imaginaire qui hantent l’esprit d’une enfant. Il donne aux actes les plus simples d’une famille castillane, dans la campagne espagnole de 1940, un pouvoir de magie incantatoire. On comprend vite que la vieille maison aux vitres alvéolées est un macrocosme de la ruche : inviolable et refoulant toute tentative d’intrusion. Avec la complicité de sa sœur, la petite héroïne y parcourt les étapes d’une véritable initiation : rites, épreuves et apprentissage donnent à leur univers secret une logique que n’appréhendent plus les adultes, et lui feront préférer le monstre de ses fantasmes à l’ordonnance feutrée de l’hypocrisie sociale. Un film d’atmosphère, inquiétant, suggestif, sans alibis psychologiques, et dont la singularité dépasse le seul cadre hispanique.
Le Songe de la lumière (1992)
El Sol del Membrillo
2 h 18 min. Sortie : 5 mai 1993 (France). Comédie dramatique
Documentaire de Victor Erice
Thaddeus a mis 6/10.
Annotation :
Antonio Lopez, peintre madrilène, entreprend le portrait "réaliste" d’un cognassier de son jardin. Le regain de chaleur de la fin septembre fait mûrir les fruits tardifs et annonce les orages. L’artiste organise son travail, plante des piquets, matérialise le niveau de son regard. Passent les jours et les semaines ; change la saison et, avec elle, la possibilité de capter tel rayon spécifique à telle heure. L’ombre de la nuit et la clarté de la lune viennent alterner avec l’or des coings, de plus en plus lourds, de plus en plus dévorés d’insectes. Et lorsque l’hiver étreint les élans et les sèves, le peintre se résout à n’être que dessinateur, comme si la couleur ensevelissait la lumière. Autant de segments s’articulant avec un dépouillement obstiné, et faisant de ce documentaire une réflexion quelque peu ardue sur la création et la mort.
Fermer les yeux (2023)
Cerrar los ojos
2 h 49 min. Sortie : 16 août 2023 (France). Drame
Film de Victor Erice
Thaddeus a mis 9/10.
Annotation :
Le prologue, somptueusement serti dans le grain poudré du 35 mm et la vaste demeure d’un vieux juif tangérois, promet d’emblée un romanesque ébouriffant. Le gage sera tenu, mais sur un mode encore plus inattendu et envoûtant. En près de trois heures rétrospectives et introspectives, le cinéaste offre une splendide variation sur la vieillesse, la fidélité en amitié, le fil brisé du temps et les brèches non colmatées de la mémoire. Tout y est marqué du sceau des rencontres, des discussions et des retrouvailles, selon une scansion intime qui ne cesse d’élargir son ancrage initial pour offrir toujours plus de réverbérations émotionnelles au récit. Et lorsqu’advient la conclusion, transfigurante, on mesure à quel point le cinéma demeure ce corps âgé dans les crevasses et vulnérabilités duquel continue de perdurer la possibilité d’un miracle.
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