Bon je vais spoiler.
Pour le contexte, j'aime Murakami car j'aime a penser que chacun y trouve des synchronicités avec sa vie, peut importe au moment où il lit ses livres. C'est le cas pour tous ses romans que j'ai lu, et ma vie étant encore longue- je l'espère- j'ai hate de voir ce que les prochains ont à me dire. Mais là je ne parle pas de lui, je dois parler du tome 3.
J'ai été une vraie FAN de cette trilogie. Comme toujours, la justesse de Murakami sur la description des personnages, son univers onirique mais qui étrangement me parle parfaitement, tout était parfait. J'ai même aimé Ushikawa, avec son crane de patate.
Mais ce dernier tome m'a déçu, car Aomame, si puissante et intéressante, se trouve réduite à l'attente. L'attente de cet enfant qu'elle doit mettre au monde, l'attente de Tengo qui doit la sauver de sa tour d'ivoire. Ce n'est pas la Aomame que j'ai connu. Or, à l'approche de la trentaine, cela me révèle la peur de passer d'une personne puissante et solitaire, à la belle au bois dormant. Même si je vous l'accorde, c'est elle qui va leader Tengo vers la sortie. Je tiens juste à mes héroines féminines, et à leur puissance.
Par ailleurs, la fin était un peu trop émotionnelle pour moi, je manque certainement de sensibilité. Le côté l'amour pourfendra tout et parce qu'on s'aime on fait univers, c'est très beau et je suis d'accord, c'est vrai, mais DOMMAGE. On bascule vers une niaiserie métaphysique, où l'amour devient une clé magique, où un amour d'enfance qu'on a pas vu depuis 20 ans nous met enceinte comme l'immaculé conception, et comme par hasard on l'aime toujours autant, et on peut quitter un monde inquiétant, peuplé de forces opaques (que j'aimerais tant comprendre cc les little people) pour un autre idéalisé, avec la clé magique de l'amour d'enfance. Beaucoup de mes copines seraient désespérées en lisant ça.
Alors oui, celui que j'aime, c'est celui au crane de patate, le bon vieux Ushikawa. Certes il est moche, mais déjà il est super talentueux, et il a cet instinct terrien, charnel, a la limite du chien renifleur. Il a les mains sales, bien ancré dans le réel, c'est peut etre pour cela qu'il est aussi petit aussi, proche du sol. Ce personnage cynique incarne pour moi la lucidité du réel, le potentiel d'une fin intéressante, et il meurt tué. WHAT A SURPRISE :(